SÉCHERESSE D'AREQUIPA
L'atmosphère d'Aréquipa est d'une sécheresse extraordinaire, bien que dans les rues, les jardins et les champs, il y ait assez d'eau pour la rendre un peu plus humide. Quelques personnes pensent que cette sécheresse pi'ovient des pierres poreuses dont la ville est construite , et dont les Carrières sont situées dans le voisinage. C'est un trachyte absorbant, et l'on ne saurait trouver assez d'eau pour le rassasier. On en fait souvent l'expérience dans la construction des maisons : une seule pierre d'assise absorbe jusqu'à une arrobe d'eau et elle n'en rend pas une goutte. D'après le principe que nous venons d'énoncer, ce phénomène s'explique d'une manière satisfaisante, et l'on ne peut en découvrir une autre cause.
Heureusement que cet état de choses qui, d'un côté, présente certains inconvénients, offre de l'autre d'inestimables avantages. Grâce à cette sécheîresse, l'astronome jouit d'une atmosphère extrêmement pure pour faire ses observations. L'air est tellement transpare jit que souvent on a aperçu, vers une heure ou deux de l'après-midi, trois planètes, brillant de tout leur éclat, comme au milieu de la nuit. En 1840, le senor Went, directeur de la maison Gibbs de Lima, nous fit appeler (nous ne saurions nous rappeler le jour) pour nous faire voir Jupiter, Saturne et Vénus rayonnant au milieu de la voûte céleste, et malgré l'éclat du soleil, à une heure environ de l'après-midi; D'un autre côté le vent du Nord, chargé de la froidure des Cordillères, souffle pendant la nuit, et prévient ainsi toutes les épidémies que notre beau pays ne connaît heureusemeni pas.
Cependant il est juste de dire ici que le pays souffre un peu de cette extrême sécheresse. Les meubles et les portées des maisons font entendre, pendant la nuit, d'effrayantes détonations, qui causent une grande terreur à ceux qui n'en connaissent pas la cause, et qui ne songent pas que ces bruits soudains sont le résultat de la séparation violente de deux ais fortement unis et collés ensemble,ou d'une pièce de bois qui se fend tout d'un coup. Mais si d'une part le bois souffre de la
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sécheresse, d'un autre côté les métaux sont à Tabri de l'oxydation, môme quand ils sont exposés à Taîr libre.
Le grana astronome William Herschell se plaignait de ce que TAngleterre n'avait, en moyenne, que cent heures par an propres aux observations scientifiques avec son grand télescope. Combien l'astronomie n'eût-elle pas fait de progrès, si ce grand génie avait pu établir à Aréquipason télescope colossal ! On aperçoit de cette ville, à toute époque de l'année, et à la simple vue, le décuple des étoiles perceptibles dans les climats nébuleux d'Europe. Il semble en effet que le ciel d'Aréquipa invite les enfants de cette cité à devenir astronomes, pour peu qu'ils se montrent rebelles à cet appel.
Nous ajouterons que les nuages, quand il s'en trouve au ciel, sont tellement transparents, qu'ils servent à l'astronome de verres obscurs, et avec une grande supériorité sur les verres artificiels, pour diminuer la force des rayons solaires.
MALADIES RÉGNANTES A AREQriPA.
Les maladies communes que l'on éprouve partout sont sujettes, à Aréquipa, à des modifications qui les rendent plus ou moins graves en raison du climat, des aliments et d'autres causes particulières. Les brusques passages du froid au chaud, et réciproquement, fréquents dans cette ville, et provenant du voisinage des Andes, interrompent la transpiration, et causent des catarrhes, des fièvres inflammatoires, appelées communément Tabardillos (fièvres pourpres) et qui sont un vrai fléau pour le peuple.
Ces changements rapides de température donnent également naissance aux pleurésies, aux pulmonies, aux angines inflammatoires, et enfin à cette terrible dyssenterie qui est endémique et qui a de si funestes conséquences. Jusqu'en l'année 1814, on ne connaissait pas cette terrible infirmité; mais une armée dlndiens, conduite par un chef nommé Pumacahua, vint inonder la ville, et y fit germer cette fâcheuse maladie. Cette multitude de malheureux Indiens s'élevait au nombre d'environ 14,000; tous nus et mourants de faim, et traînant avec eux une foule de malades.
Telles sont les maladies principales et endémiques d'Aréquipa, et que l'on traite avec succès par la méthode réfrigérante et antiphlogistique. Au commencement de l'été* l'intérieur du corps agit sur la peau ; mais si alors le vent du nord vient à souffler, et si la température varie, si l'on éprouve des alternatives de froid et de chaud, la transpiration interrompue engendre des catarrhes, fréquemment suivis de fièvres inflammatoires qui à leur tour dégénèrent en fièvres putrides des plus dangereuses.
Les symptômes qui annoncent une fièvre inflammatoire sont : l'agitation du pouls, U sécheresse de la langue et une insupportable chaleur : alors une saignée faite à temps, suivant' l'ûge et la constitution du malade, arrête l'intensité de la fièvre, surtout si l'ou emploie les boissons rafraîchissantes, telles que les. limonades, les orangeades, etc., mêlées avec du nitrate de potasse. Mais si les forces diminuent au bout de sept ou huit jours, et si le malade commence à tomber dans le délire, signe certain de la lésion du cerveau, il faut alors recourir aux antiseptiques, aux vésicatoires et aux autres remèdes, suivant l'intensité de la maladie.
Pendant l'hiver, quand la transition du froid au chaud est subite, il règne alors un grand nombre de pulmonies cruelles, de pleurésies, de fièvres de toute espèce, d'angines, d'érésipèles, des rhumatismes, etc. On éprouve les mêmes maladies à l'entrée du printemps.
Le changement brusque de température, dans un même jour, occasionne aussi toutes ces maladies : c'est un proverbe à Aréquipa que : Selieinbre Setiemble (en septembre on tremble).
Pour guérir les maladies qui sévissent d'ordinaire à Aréquipa, il faut d'abord afikiblir l'action du système sanguin ; ensuite rétablir la transpiration dans son état normal, et donner aux vaisseaux le ton qui leur est nécessaire; enfin faire évacuer les humeurs nuisibles, suivant le cas que l'on traite.
Ces observations sont le résultat de l'expérience acquise pendant un grand nombre d'années par le savant médecin D. D. Juan Manuel Yargas , père c^ l'artiste célèbre dont nous avons déjà mÊf^y et du vertueux
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curé de Gharacato , D. D. José Manuel ^ Yargas.
PRODUCTIONS DES TROIS RÈGNES
Quoique le sol d'Aréquipa soit sablontieux et formé de couches de cendres, lancées par le volcan à une époque antérieure, il dohne des. productions excellentes et variées^ grâce à la perfection de la culture et à remploi du guano, qui a lieu dans ce pays depuis un temps immémorial.
Parmi les principales productions du territoire d'Aréquipa, nous citerons : le Mats, le Bléy les Pommes de terre, la Laitue, le Chou ordinaire^ le Chou de MilaUy le Zapallo, le Lacayote^ le Chou-Fleur^ la Luzerne, les Fèves et d'autres plantes ou légumes qui n'ont pas de rivales au Pérou. Aréquipa produit également des Pêches exquises, des Abricots^ des Poires, des Fraises, des Tumhos, des Grenades, des Cerises, des Prunes, etc.
Il n'y a point de pays au Pérou où les terres soient aussi chères, que dans les environs d'Aréquipa ; car un topo (c'est-à-dire 5,000 varas, ou 4,200 mètres carrés environ) des meilleures terres et bien cultivées, rend 25 pour un de blé et 80 pour un de maïs; la luzerne produit 6 coupes par an, c'est-à-dire environ 90 pour 100.
Le territoire d'Aréquipa contient à peine 14,000 topos (environ 14,000 arpents), dont la valeur est de 900 à 1000 piastres par topo dans les meilleurs terrains. Mais, grâce à Tintelligence et à Tactivité des agriculteurs, on fait rendre à la terre, dans un espace aussi resserré, plus de productions que n'en rapportent ailleurs 14,000 fanègues (la fanègue contient 8 topos et demi approximativement).
Sur 44,000 topos, 5,600 sont ensemencés en maïs, qui produisent 25 fanègues (1) par topo, et qui valent en total 140,000 piastres; 6,600 topos produisent du froment, dont la valeur totale est en moyenne, à 10 fanègues par topo, de 66,000 fanègues; 200 topos sont plantés de pommes de terre qui produisent 8,000 fanègues, en calculant sur le pied de 40 fanègues par topo; 212 topos sont
(1) n ne faut pas confondre la [fanègue, mesure de suie, arec la fanègue, mesure de capacité. • (Note du Traducteur,)
plantés de Chauchas (espèce de pomme de terre) qui produisent 8,500 fanègues à 40 par topo; enfin on cultive environ 1,500 topos de luzerne.
En prenant trois piastres comme valeur moyenne de la fanègue de blé, de maïs et de blé, deux piastres pour celle des chauchas, et en calculant sur le pied de 50 piastres le produit annuel d'un topo de luzerne, nous avons pour produit total des terres d 'Aréquipa la somme de 734,000 piastres par an ou 3,770,000 fr., dont la moitié est absorbée en frais de culture et de fermage des terres.
Ce beau paysn^a pas d'autres arbres qu'une charmante espèce de Saule^ et l'arbre épineux connu sous le nom de Molle. La nature a été très-avare sous ce rapport envers le territoire d^Aréquîpa, en échange sans doute du talent, du patriotisme et de la valeur de ses enfants. Le Citronnier sauvage est aussi très-abondant dans ce pays.
Les belles fleurs ne sont pas rares non plus à Aréquipa : néanmoins elles ne sont pas aussi variées qu'à Lima et dans d'autres pays chauds.
Quant aux animaux, on n'en rencontre pas d'autres que ceux qui servent aux usages domestiques. Les animaux de boucherie, tels que les moutons et les bœufs, sont tirés de Puno. Il faut excepter néanmoins ceux qui passent l'hiver à Aréquipa , mais dont la nourriture et l'entretien sont trop coûteux pour le public. Nous devons ajouter qu'il n'y a pas de viande au monde plus succulente que celle des montagnes de la vallée de Vitor et du bourg de Paucarpata.
On rencontre dans cette province très-peu de reptiles et d'insectes. Aucune espèce n'est venimeuse.
Les oiseaux chanteurs sont peu nombreux. Nous citerons seulement le Rossignol, le Chardonneret, le Chirote, le Chihuanco^ le Morrion et les Cuculies, espèce de colombe.
Le rio Chili fournit à Uchumayo des poissons tels que les Pejerreyes et les Éerevisses. Ces deux poissons sont d'une grosseur extraordinaire et d'un goût exquis. Les autres poissons viennent de la mer et du lac de Puno. On pèche également dans le rio Chili, à Aréquipa, des Éerevisses, de petits i^^*^.« et des Pejerreyes.
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Le territoire d'Aréquîpa renferme quelques veines d*or, d'argent, de cuivre et de marbrcj etc.; mais aucune de ces mines n'est digne de considération. A Yura, dans la Gompuerta (chemin de Puno) et à Esquino (chemin de Moquegua), on trouve des veines de houille.
Le terrain d'Aréquipa consiste en couches de porphyre rouge recouvert en certaines parties de lave blanchâtre. C'est un des pays les plus intéressants au point de vue géologique.
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Nous avons déjà fait connaître de quoi sont capables les Aréquipénes dans les arts mécaniques : il semble que la nature les ait doués de talents exceptionnels. Nous avons dit la même chose relativement à Tagricul- • ture, qui est parvenue au plus haut degré de perfection.
Ivfais il nous est pénible d'avouer que le commerce d'Aréquipa est réduit à l'étendue de son territoire, puisque les marchés aux farines de Tacna, Moquegua et Puno lui sont fermés, avec la libre importation du blé et des farines du Chili, depuis l'année 1842. On estime qu'avant cette époque les Aréquipénes vendaient sur les marchés, depuis Locumba jusqu'à Arica, environ 15,000 fanôgues de farine, quantité qui, au prix moyen de 10 piastres par fanèguc, produisait une somme de» 130,000 piastres (750,000 francs). Aujourd'hui on expédie à Puno des farines de Bolivia.
EMPLOI Dr GUAXO A AR^QUIPA.
On a employé ce fameux engrais, dans la culture des terres d'Aréquipa, depuis les temps les plus Veculés. On le tirait des côtes de Quilca. 11 ne faut plus s'étonner si les Espagnols n'ont pas exporté le guano en Europe, si l'on songe que, jusqu'en ces derniers temps^ la navigation par le cap Horn était Irès-dangereuse, très-coûteuse, et qu'il n'y avait alors aucun bénéfice à transporter un article si volumineux et d'un fret si élevé.
Avec un si puissant moyen d'engraisser les lerres, le sol d'Aréqmpa est d'une fertililé extraordinaire. Il est bon d'ajouter ici qu(* le guano préserve les plantes de la nielle.
Il n'y a rien de plus magnifique que le bourg de ChiliMy dans la province d'Aréquipa, au milieu de ses champs de mille couleurs, qui forment un tapis d'une variété de dessins superbe. Une des causes principales qui produisent ce beau panorama, c'est que, le teiritoire de Chilina étant entrecoupé de collines^ il a été nécessaire d'établir sur leurs flancs différentes plates-bandes horizontales, soutenues par -de petits murs en pierre, appelées Pircas. L'espace compris entre le mur et le penchant de la colline est rempli de terre. Ces plates-bandes s'appellent Andenes^ et ce sont elles qui, lorsqu'elles sont couvertes de toutes sortes de productions, présentent le plus beau coup d'œil que l'on puisse imaginer. Il faut ajouter à cela que chaque petit espace de terrain est semé de plantes différentes : ainsi la couleur vertémeraude du maïs, les épis dorés du blé, le vert obscur de la luzerne, etc., forment une harmonie et un contraste vraiment poétique.
Les mois depuis Avril jusqu'à Septembre sont ceux pendant lesquels on éprouve les gelées les plus fortes et les plus fréquentes. On en voit néanmoins encore quelques-uœs jusque vers la Sainte-Lucie, la Saint-Thomas et la Saint-Sébastien. Les arbres seuls n'éprouvent aucun dommage.