GÉOLOGIE DE LA PROVINCE DE CAMANA
Les flancs des montagnes qui avoisinent la vallée de Camana sont formés de calcaire grossier moderne, produit par les dépouilles d'animaux marins. Ces couches reposent sur des formations de feldspath, comme on a pu s'en convaincre pai* l'examen des cimes de ces montagnes^ et du plateau qui s'étend à plus de huit lieues au Sud et à l'Ouest. Ce dernier terrain décomposé donne naissance à la terre appelée kaolin par les Chinois, au feldspath décomposé pour les Oryctognostes modernes^ et à la terre à porcelaine pour les fabricants de cet article. C'est une erreur de croire que cette matière est un produit volcanique^ erreur dans laquelle le vulgaire est tombé en appelant ce terrain Ceniceros (les
(I) Nous croyons qtril y a «rreur dans les chiffres donnés pour la latitude.
cendriers). Le sol est en conséquence calcaire, quartzeux et argileux.
Aucune colline un peu élevée n'interrompt l'uniformité de cette vallée. On n'y rencontre que les lits de deux ruisseaux, peu profonds d'ailleurs, et qu'on appelle Huaicos, Ces deux ruisseaux forment plusieurs méandres au milieu de cette charmante vallée. Ce sont, sans aucun doute, les anciens bras de la rivière. Leur niveau, depuis la pointe de San Gregorio jusqu'à la côte, est d'environ 36 pieds au-dessus de celui de l'Océan. ,
L'humidité excessive de cette vallée, et la putréfaction des matières végét^iles et animales, forment beaucoup de nUrate de polasse^ ce qui nuit considérablement à la culture.
(XIMAT. — VENT.S.
Le thermomètre Réaumur varie de 8 à 12" pendant l'hiver ; en été le terme moyen est de 23*», comme à Lima. L'hygromètre varie entre 80 et 90". L'atmosphère est humide, et le vent dominant est celui du S., qui souffle toutQ l'année 11 sévit quelquefois avec une telle force qu'il ressemble à un véritable ouragan. Sa vitesse moyenne est de 3,700 pieds (1,230 mètres environ) par minute.
Comme la vallée s'ouvre sur les bords de rOcéan Pacifique sur une distance de plus de huit lieues, en prenant d^un côté pour limite de l'embouchure de cette vallée la pointe de Pano (Punla de Pano), et de l'autre la pointe deChira, il n'estpasélonnantque l'on éprouve dans la Pampa colorada des vents si contraires : les angles rentrants et saillants des montagnes produisent ces courants rapides et opposés au sein de l'atmosphère. Le matin, le vent souHle à l'Est du mois de novembre au mois de mars; pendant le printemps il souffle quelquefois à l'Ouest.
La nature s'est montrée prodigue envers cette province, à laquelle elle a accordé une grande variété de productions et de richesses dans les trois règnes. L'olivier est trèsabondant dans ce pays ; seulement nous ferons remarquer ici qu'il n'est pas annuel, mais périodique, sans doute parce que les habitants récoltent les olives en donnant des
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coups brusques sur te tronc, cette manière étant plus expéditive. Il faut quelquefois cinq et même six ans pour que l'olivier puisse guérir de ses blessures. L'huile que Ton extrait des olives, et les olives elles-mêmes, sont expédiées à Aréquipa, à Lima, etc., et les expéditeurs réalisent de beaux bénéfices.
La canne à sucre est la branche la plus productive de l'industrie agricole. On la cultive avec ardeur et intelligence, et elle fournit des produits très-considérables. La plus grande partie des cannes sert à fabriquer les Chancacas (sorte de suc mielleux); quelques espèces de Chancacas sont excellentes, surtout celles que Ton appelle amelcochadas, qui n'ont rien à envier à celles du Nord. Ces chancacas sont d'une belle couleur rouge. On évalue à 500 piastres (2,500 francs) le produit brut d'un topo (un arpent environ) planté de cannes, dont on extrait le produit que nous venons de mentionner.
Le piment jaune {Aji amarillo), le meilleur du Pérou pour sa belle couleur et son goût exquis, est cultivé à Camana avec beaucoup de soin. On y emploie jusqu'à trois couches de guano. Le gros piment coloré (Aji Colorado largo) est aussi trùs-bon, et croît également en abondance. On échange ces deux espèces, dans la Sierra, pour de la viande séchée, du Chuno, des couvertures de laine, des Ponchos^ de la Cocopa (pomme de terre cuite et séchée), plusieurs sortes de céréales, des pommes de terre et autres denrées.
Le Riz est aussi un produit important de la province de Camana : on le cultive avec intelligence, et il donne de beaux bénéfices.
I>a canne à sucre, les deux espèces de piment que nous avons citées, et le riz, forment la principale richesse agricole de Camana. Los autres productions suffisent à peine à la consommation intérieure. Toutefois , dans ces dernières années, le blé a été très-abondant, et l'on en a expédié une assez grande quantité à Lima.
On V trouve huit variétés de Camote et deux de Yucca (manioc). La première espèce de yucca s'appelle Yucca Commun (manioc commun), et la seconde Yucca Limcna (manioc de Lima).
On compte neuf espèces de Zapallos sur le territoire de Camana : le meilleur que l'on
connaisse est celui que l'on appelle Equeris; on estime également les Yunquinos.
On trouve en abondance plusieurs variétés de Haricots : des Haricots blancs (Frijoles blancos) ; des Cocachos (littéralement : Coups de poing sur la tête) ; des Haricots de Viemes (c'est-à-dire Haricots du Vendredi)^ des Haricots del Espiritu Santa ( c'est-à-dire du Saint- Esjprit) ; les Perlas et les Panamitos.
Les différentes variétés de Mats, telles que le Mais blanc, le Maïs jaune^ le Mais tremesino (c'est-à-dire qui croît en trois mois) ou Chaparero; et les variétés de blé telles que le Blé de montagne (Trigo serrano), le froment (Trigo candeal), le Blé du Chili (Trigo Chileno), et le Trigo racemoso, introduites il y a peu de temps, donnent de belles récoltes.
L'arbre appelé Huacan, des fleurs duquel on tire une espèce de cire jaune, est trèscommun sur le territoire de Camana.
On trouve enfin dans celte belle vallée des Oranges exquises, des Citrons et des Limas douces, des Lvcumas, des Cachiments (Chiri moyas), des Guanabanas (fruits de l'Assiminier), des Paltas (fruits semblables à la poire de Bon-Chrétien), des Goyaves (Guay abas),des Bananes délicieuses (Piatanos), et surtout celles de Guinée, des Pêches, et une foule innombrable d'autres fruits, tous également excellents. .
Camana a peu de richesses dans le règne animal : on n'y mange du mouton qu'au temps où les lomas (vallons) sont verts et fournissent d'abondants pâturages. La province de Parinacochas lui expédie des I>êtes à cornes. Les porcs sont néanmoins assez nombreux.
On y élève une assez grande quantité de poules et de dindons, que Ton nourrit de marc d'olives, ce qui rend leur chair excellente. On y voit peu de pigeons, d'oies et de canards. Mais d'un autre côté le genre Tourterelle renferme une foule de variétés et une multitude d'individus. Nous citerons, par exemple; les Cuculies (voir p. 133, coi. J), les Madrugadoras, les LomenaSy les Toriolitas, les Gallinetas, les Pafos, les Chocas, les Garsetas, \q?> Alcatraces,\(is Briijillos, les Parigna" fias, les Flécheras, et mille autres qui peuplent les immenses rivages de l'Océan Pacifique.
Dans la rivière et dans la mer on trouve
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beaucoup de poissons, dont se nourrit la classe moyenne.
Dans la rivière on pêche des Chabots (Lizas), des Pejerreyes, des Urnbos exquis et des Écrevisses. Ces deniières sont si abondantes que les pécheurs les font cuire ou sécher au soleil^ et les expédient en grande quantité à Aréquipa, Mages, Chuquibamba en Bolivia, et sur d'autres points encore.
L'écrevisse sèche de Gamana est si délicieuse qu'avec six on peut faire un excellent Chupe (i) pour dix personnes. Le commerce ^ d'écrevisses est assez considérable, (in trouve dans la rivière une espèce de loutre (Nutria) d'an poil très-fin; elle est de la taille d^un chien, et très-féroce.
On pèche dans la mer des CMbots (Lizas), des Corvinas (poisson à écailles, semblable au congre), des Soles (Lenguados), des PejerreyeSj etc. Les pécheurs ont Thabitude de rejeter à Peau les poissons inutiles qui tombent dans leurs filels : coutume vraiment philanthropique, semblable à celle des chats de la fable (2), Misifuf et Zaiiron, qui^ après avoiimangé un chapon, eurent scrupule de manger la broche.
Gamana étant un pays chaud, on y trouve beaucoup de Rats^ de «Sot^rt^^ apportés par le commerce étranger dans ces dernières années; des ScorpiotiSj des Capisj etc. Il y a des Puces par milliers qui rendent Texistencc insupportable.
(1) Le Chupt est un ragoût de pommes de terre avec du fromage, de la viande ou de la chair d*écrevisse, du beurre et d'autres assaisonnements. On Tappelle Chupe de Ttèrneê (Chupe de vendredi ou Chupe maigre) quand iJ ^t fait avec toute autre chose que de la viande.
Quand on compose ce ragoût de Châuclias (sorte de pommes de terre) et de Cecina (mouton salé), de poires, de choux et d'autres légumes verts, on l'appelle Timpuzca.
Si l*on broie les pommes de terre de manière à les réduire en bouillie, le ragoût s'appelle alors Chaque dv y'térnes (Chaque de vendredi ou maigre) ou Chaque de Corne (Chaque de viande), selon que Ton emploie ou non de la viande.
Dans le Bolivia et sur d'autres points on broie le Chuno VAX avec du mouton salé, soit avec des pommes de terre, pour faire le Chupe, On lui donne alors le nom de Chtiiro, Ce manger est très-agréable quand on en a l'habitude.
(2) Cette fable est d*un auteur espagnol nommé Samaniego. (Aote du traducteur.)
GtofiAAfUlB DU PÉROU.
Les Moustiques (Mosquitos), les Zancudos (espèce de mouche à longues patles sèches), sont si vaillants qu'ils annoncent leur attaque par un chant de guerre^ sorte de noblesse dans la famille des insectes. Tout lieu bas, chaud et humiiJe est en proie à cet intolérable fléau.
On y trouve aussi des Piques ou Pfiguas {Puleip penetrans), mais seulement dans les endroits sales ou habités par les cochons. On rencontre aussi des moustiques du genre 5imulium de Latreille, différentes espèces du genre Ricin ou Tique^ des Punaises^ etc.
Nous ne devons pas oublier ici une espèce de chenilles de l'ordre des Lépidoptères, appelées vulgairement Gusanos (vers). Depuis quelques années ces insectes sont un véritable fléau pour les récoltes :*ils dévorent même les saussaies. Leur nombre est si considérable q^'on les voit onduler comme un océan, surtout au milieu des champs.de luzerne; rien ne saurait apaiser leur voracité.
Enfln on rencontre une espèce d'araignée venimeuse dans les vieilles quinchas, ou murs construits en treillis de cannes enduits de boue. La morsure de cette araignée cause une vive douleur.
MIXES. — ANTIQUITÉS.
Il y a plusieurs mines ù* Améthyste et plusieurs salines dans cette province. Au pied du Nevadode Sallaly (Glacier deSallaly) qui, suivant Rivero, doit être plus élevé que le Misti, se trouve la vallée profonde ou gorge de Marco (Quebrada de Murco). Le sol de cette vallée est arénacé et renferme du schiste noir.
On a découvert des veines de charbon de terre au milieu de couches d'ardoises, dans une direction Ë. S. £. à 0. N. Ë., mais avec une inclinaison vers le N. Ces veines de houille ont plusieurs varas d'épaisseur^ et se trouvent mêlées de fer lithoîde et de pyrite ferrugineuse. On rencontre également de la houille dans la vallée de Mages, près de la ferme de Querupalca, Cette veine est mince, et sa direction presque horizontale. Elle est enfermée dans des couches de pierre calcaire.
Près de Quilca, il y a tme Huaca (tombeau), où l'on a trouvé des momies bien conservées,
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en môme temps que des vases, des vêtements^ et mille autres choses précieuses dignes de rétude des archéologues.
PROVINCE DE CONDESUYOS.
LIMITES
La province de Condesuyos est bornée au Nord par celle de La Union; à TEst par celle de Caslilla ; à l'Ouest et au Sud par celle de Camana.
Elle est arrosée par le Rio grande del valle^ auquel vient se réunir celui de Salamanca^ à 15 lieues environ au N. E. Le Rio grande del valle va se jeter dans Tocéan Pacifique par la vallée de Ocona.
DIVISION POLITIQUE
Cette province est très-importante, malgré la création de la nouvelle province de Castilla qui lui a enlevé la moitié de son étendue.
Elle ne comprend plus actuellement que cinq districts et trois cures.
La petite ville de Chuquibamba est la capitale de cette province.
Chuquibamba»
Condesuyos,
Andaray, Yanaquihua,
ISalamanca.
CURES
"Chuquibamba, Audaray,
[ , Salamanca.l
PRODUCTIONS
La province de Condesuyos renferme beaucoup de mulets, dont les habitants de ce pays se servent pour conduire les eaux-de-vic de Mages dans l'intérieur du Pérou et dans le Bolivia. Elle produit en conséquence beaucoup de luzerne. On rencontre un grand nombre de Cèdres f de SauleSy et d'autres arbres dans la vallée de Pacaicocha. Les Pommes de terre de Salamanca sont très-renommées, et nous croyons quelles sont les meilleures du Pérou. On trouve également dans la province de Condesuyos des fruits excellents, des légumes de toute sorte, etc.
On a découvert dans ce pays plusieurs mines d'Or, d'Argent y de CuivrCy telles que celles d'Aragua, de Quiquinabro, d'Arauro et d'AinacoUa. Néanmoins leur exploitation rapporte peu de bénéfice.
Dans les environs d'Orcopampa on trouve des eaux thermales très-efficaces contre plusieurs maladies, et plusieurs mines d'argent assez importantes.
Cette province élève une quantité suffisante de bœufs^ de vaches et de moutons ; mais elle nourrit, ainsi que nous l'avoDS déjà dit, une foule considérable de mulets.
CLIMAT. — INDUSTRIE
Le climat est généralement froid, sauf dans les vallées profondes (quebrcuias)^ mais il est partout très-sain.
On tisse dans ce pays des couvertures de laine^ des ponchos et autres étoffes solides.
La population est d'environ 18,000 habitants.'