ROUTES
La province littorale de Loreto étant, comme nous l'avons dit, sillonnée dans toutes les directions par un grand nombre de rivières navigables , a besoin de bien peu de routes pour se mettre en communication facile avec les départements de la République situés à l'Est des Andes, et pour relier Moyobamba, sa capitale, avec ces rivières navigables.
Malheureusement les chemins de la province littorale de Loreto sont les plus mauvais de toute la République. La route principale elle-même, celle qui conduit de Chachapoyas à Moyobamba, se trouve en si mauvais état qu'elle est presque infranchissable. Le voyageur qui ée rend à Moyobamba par cette route, à moins de se considérer comme un paquet et de se faire lier sur le dos d'un mulet, est obligé de faire à pied, la plus grande partie du trajet. Relativement à son étendue , la province littorale de Loreto ne renferme que bien peu d'habitants; aussi n'est - il pas étonnant que presque tous les chemins soient déserts^ et manquent de tou-
tes ressources. Il arrive souvent qu'on voyage pendant plusieurs jours de suite sans reacontrer une seule habitation. Sur la plupart des routes on a construit, de distance en distance, des espèces de hangars connus dans le pays sous le nom de Tambos (hôtelleries). Là , le voyageur ne trouve d'autre ressource qu'un abri pendant la nuit contre la pluie.
Sur un grand nombre de cartes du Pérou, ces tambos ou hangars sont désignés à tort comme des localités peuplées. Aussi beaucoup de voyageurs , traversant ces régions sans provisions d'aucune sorte, fatigués d'une longue marche à pied à travers des chemins escarpés, étant parvenus à l'un de ces tambos, ont éprouvé la désillusion amëre de se trouver dans un lieu entièrement désert
Une autre difficulté que présentent les voies de communication de ce pays, c'est que, sur une distance de quelques lieues, il fout traverser un grand nombre de rivières oo plutôt de torrents impétueux , qui y n'ajint pas de pont, obligent le voyageur de les tiaverser à la nage, au risque d'être entraîné jur le courant.
Les principales routes qui servent de eoinmunication entre le reste du Pérou et cette province en quelque sorte isolée, sont m nombre de trois. La première est au Nord, la seconde au centre, et la troisième au Sud du Pérou. La route du Nord est la voie principale ; elle conduit , ainsi que nous l'avons dit , de Chachapc^as à Moyobamba. Ce chemin, auquel les habitants du pays donnent une longueur d'environ 50 lieues^ n'en a, en réalité, que 40. Les aspérités et les obstacles de toutes sortes dont il est rempli font qu'il paraît beaucoup plus long qu'il n'est en effet. Les Indiens, d'ailleurs , calculent la longueur d'un chemin par le temps qu'ils mettent à le parcourir, et l'on comprend facUement que , sur un chemin aussi mauvais, on parcourt dans le même espace de temps, un trajet beaucoup moins long que sur une bonne route bien aplanie.
Cette route du Nord, dans la section comprise entre Chachapoyas et Taulia , qui est d'environ 7 lieues, n'est pas mauvaise, et l'on peut y voyager commodément à cheval ou à mulet. Mais, depuis Taulia jusqu'à Rio Negro, éloigné de moins de 8 lieues de Moyobamba,
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3 chemin est affreux, et de plus entièrement ésert. A partir deTauIia, on monte eontinuelement jusqu'à la Pt^na (plateau élevé de la k)rdillère)de Piscohuaûnni^ qui est le point le lus élevé de la route, et la ligne qui sépare 3 bassin du Maranon du bassin de THualiga. On ne peut rencontrer aucune route lus mauvaise que certains points de ce chemin escarpé , comme par exemple la Côte le Doval {Cuesta de Doval), située à peu de istance de Taulia. Pour se former une idée le cette côte , qu'on s^imagine une espèce l'escalier formé de rondins, posés transveralement en manière de gradins , sur une ouche de boue. Les bêtes de somme , en aontant sur ces rondins, qui se trouvent oniinuellement mouillés, glissent à chaque AS et tombent : heureux toutefois le voya- ;eur si sa mule n'enfonce pas son sabot dans es interstices que laissent quelquefois entre lUX les pièces de bois, parce que, dans ce as, le voyageur court un péril aussi grand [oe sa monture !
Au milieu de la côte, entre Taulia et le )lateau de Piscohuanuni, on rencontre le Fambo de la Ventilla (Hangar de la Petiteluberge), espèce de grande chambre sans K>rtes, et dont les murs sont en pierres. Du )lateau de Piscohuanuni , on descend prèsjpie continuellement par un chemin rempli le fange et de bourbiers , jusqu'à ce qu'on itteigne Rio NegrOy en passant par les Tarnios de BagazaUy à! Almirantey de PuccUambo, YYumhite et du VisUador. La dernière dessente, appelée la Ventana (la Fenêtre), est la )ire de toutes. Elle est formée de gradins ;rès - roides , dont quelques-uns ont plus de ieux pieds de haut. Quand les bêtes de somme lescendent cette espèce d'escalier, elles sont )bligées de faire des sauts continuels. Rio Segro est le premier point habité depuis Tauia. n s'est établi dans ce lieu une famille {ui y cultive la canne à sucre. Cet endroit 3orte le nom de la rivière qui passe à quelques pas de la maison. Cette rivière mérite ici me mention spéciale à cause de son origine étrange. En effet, le rio NegrOy qui contient ine assez grande quantité d'eau, sort précipitamment d'un rocher, au moyen de deux bouches, éloignées d'environ une demi-lieue le la route, A première vue, on est tenté de
s'étonner de l'origine mystérieuse de cette rivière; mais, si l'on observe attentivement le rio de Bagazan , dont on suit la vallée sur une grande partie du chemin qui conduit à Moyobamba; si l'on remarque la quantité d'eau que cette rivière possède à différents points de la route , et la perméabilité du sol sur lequel elle coule, on verra que le rio de Bagazan, loin d'augmenter à mesure qu'il descend et qu'il reçoit de petits affluents, ne fait au contraire que diminuer de plus en plus de volume. La quantité d'eau qu'il perd par infiltration coule sous terre , et vient ensuite sortir d'un rocher avec beaucoup de force, et forme le rio Negro. L'eau du rio Negro, ayant passé à travers ce grand filtre naturel, jaillit du rocher transparente comme le cristal, tandis qu'au contraire l'eau des autres rivières des environs de Moyobamba est très-fangeuse.
Après avoir traversé le rio Negro, la route continue jusqu'à la ville de Rioja , éloignée d'un peu plus de 2 lieues. De Rioja à Moyobamba, la route traverse trois rivières appelées le Tonchimany VIndoche et VIndane.
La seconde route, qui sert d'entrée à la province de Maynas ( réunie aujourd'hui à celle de Loreto), et qui la met en communication avec le centre de la République, est celle de Huanuco. Cette route est suivie par tous ceux qui naviguent sur l'Huallaga , et, quoique mauvaise, elle est néanmoins meilleure que celle de Chachapoyas à Moyobamba, parce que, d'abord, elle est en général assez sèche, et que, ensuite, sur 40 lieues qui forment la distance de Huanuco à Tingo Maria , il n'y a que 10 lieues de pays désert.
Ce chemin part de Huanuco pour aller aboutir au bourg d'Acomayo. Il franchit immédiatement une longue côte, et descend de l'autre côté dans la vallée de Chinchao. Cette vallée, assez fertile, est remplie de haciendas (métairies) jusque près du confluent du rio de Chinchao avec l'Huallaga. Sur la rive gauche de l'Huallaga, on rencontre le Tambo de Chinchavite, qui, comme ceux de la route de Chachapoyas à Moyobamba , consiste en un hangar pour y passer la nuit. En cet endroit, on traverse l'Huallaga en canot, et l'on suit, sur la rive opposée, la route jusqu'à Tingo Maria, qui est éloigné du port de ChinchavUe
de moins de 10 lieues. Cette dernière section du chemin du centre est la plus pénible ; on la franchit à pied, au milieu des forêts, et en traversant à gué un grand nombre de petites rivières.
La troisième route qui met en relation le Sud de la République avec la province littorale de Loreto est celle qui part de Cuzco el passe par la vallée de Santa-Ana.
Cette route se dirige de Cuzco à la ville de Urubamba, éloignée de six lieues, et située sur le bord de la rivière appelée en cet endroit rio Urubamba y parce qu'elle arrose cette vallée. Cette rivière arrose également la ville de Santa-Ana.
A la sortie de Urubamba^ le chemin se prolonge dans la vallée, jusqu'au bourg de Ollantaytambo, célèbre par ses ruines, et qui se trouve à 4 lieues de Urubamba. En cet endroit, on quitte la vallée principale pour entrer dans la vallée secondaire^ par laquelle on parvient jusqu'à une Puna glaciale, entourée de montagnes couvertes de neiges perpétuelles. On traverse là une espèce de gorge, et l'on descend de l'autre côté par une vallée étroite, qui se réunit, im peu plus bas, à la vallée même de Urubamba. qui en cet endroit porte le nom de Santa-Ana. On suit cette vallée jusqu'au bourg de Echarate, que l'on considère comme le port du rio Urubamba ou Santa-Ana, éloigné de Cuzco d'environ 40 lieues.
Cette route, quoique laissant beaucoup à désirer, peut être parcourue sur des bêtes de somme : elle est du reste assez peuplée, car on rencontre à chaque pas des métairies de Coca, de Cacao, de Café, etc.
^ Outre ces trois routes principales, il y a plusieurs chemins de traverse ou sentiers (sendos) plus ou moins fréquentés, qui servent de voie de communication entre la province littorale de Loreto et les autres départements ; mais la plupart de ces chemins sont si raboteux, si escarpés, et traversent des passages si périM^ux, que les Indiens accoutumés à les franchir, et le naturaliste avide d'observer la nature vierge dans ses régions les plus cachées, peuvent seuls parvenir à les franchir. L'un de ces chemins part de Buldibuyo, dans la province de Pataz, traverse la chaîne qui sépare cette province de la province lit-
torale de Loreto, et descend jusqu'au bourg
del Valle, près de l'Huallaga.
De Tayabamba, situé également dans la province de Pataz, partent deux autres chemins de traverse: Pun d'eux descend au bourg de Tocache, et l'autre au bourg de Pizana. Ces deux chemins viennent aboutir près de l'Huallaga.
De Huacrachuco , province de Huamalies, part un autre chemin qui vient également aboutir à l'Huallaga : mais il est meilleur qne les précédents, parce qu'on peut le parcourir presque partout à dos de mulet.
De Chavin de Pariarca, province de Huamalies, part un autre petit chemin qui, traversant la chaîne de montagnes qui sépare le bassin du Maranon de celui de l'Huallaga, descend vers les forêts de Monzon, dont la rivière du même nom est navigable en p^ tits canots, et se jette dans l'Huallaga, près de Tingo Maria.
De Huanuco et de Cerro de Pasco partent deux petits chemins qui se dirigent vers les montagnes duPozuzo. Là, ils se réunissent en une seule voie qui va jusqu'au port duHajro, situé au confluent du Pozuzo et du Palozo. En s'embarquant au port du Mayro, ou peut descendre directement jusqu'à l^cayali an moyen du rio Pachiteac.
De Jauja, Ocopa et Huancayo , il y a des chemins qui , passant par Lamas et Andamarca, se dirigent vers le Pangoa, et l'ancien port de Jésus-Maria , situé au confluent do rio Perene et du rio Ene. C'est par ce chemin que passaient, au commencement de ce siècle, les missionnaires d 'Ocopa qui se rendaient à Sarayacu.
De Huancavelica et d'Ayacucho, partent des chemins qui se prolongent par le moyen de sentiers dans les forêts de Huanta, jusqu'au confluent du rio Mantaro avec l'Apurimac. A partir de ce point conmience le rio Ene, qui est navigable.
Enfin, de Cuzco partie chemin de la vallée de Paucartambo, qui se continue par un sentier jusqu'au rio Madré de Dios, dont on ne connaît pas encore le cours.
Tous ces chemins dont nous venons de parler servent de voie de communication pour pénétrer dans la province littorale de Loreto. Nous allons nous occuper maintenant
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de ceux qui servent aux communications intérieures de ce pays.
Moyobamba, étant la capitale de la province littorale de Loreto, est aussi le centre des chemins qui se dirigent vers les différents bourgs. Le chemin principal partant de Moyobamba, outre la route de Ghachapoyas dont nous avons parlé, est celui qui se dirige vers l'Huallaga en passant par Lamas et Tarapoto.
De Moyobamba à Tarapoto, il y a environ 25 lieues ; quoique les mulets puissent parcourir ce chemin , ils sont plutôt un embarras qu'une utilité réelle : en conséquence^ il vaut mieux faire le chemin à pied . Une grande partie de la route traverse d'affreux bourbiers, sur lesquels on a placé longitudinalement des rondins instables et glissants ; de sorte que, pour traverser ces passages difficiles, il faut savoir maintenir son équilibre, sous peine de tomber et de s'enfoncer dans la boue. De plus, cette route est déserte sur la plus grande partie de son parcours : on ne rencontre que des tambosy ou hangars sans habitants.
La section de la route qui s'étend de Moyobamba au bourg de Tabalosos, est la partie la plus pénible à parcourir , soit parce que là se rencontrent les passages les plus mauvais, soit parce qu'on ne trouve, aucune ressource. Quoique cette section n'ait que quinze lieues de longueur, les piétons chargés emploient au moins cinq jours pour la parcourir; quelques-uns même marchent jusqu'à 8 ou 9 heures du soir allant de tamho en tambOf et passant la nuit sous leur abri. Les tambos que l'on rencontre sur la route de Moyobamba à Tabalosos sont ceux de Gera^ de Gerilla , de Jilcarumi , de Laguarpia , de Talavera, de Asanza^ de Roque et de Potrero.
De Tabalosos on se rend au bourg de San- Miguel, situé sur le bord du rio Mayo ou rio de Moyobamba. En cet endroit, on traverse la rivière en canot, et l'on continue la route jusqu'à Lamas, en s'écartant de la rivière. De Lamas à Tarapoto il n'y a plus que quatre lieues, et le chemin n'est pas trop mauvais.
De Tarapoto partent des sentiers pour se rendre aux ports de Juan de Guerra^ de Sehapaja et de Chasula. Le premier^ c'est-àdire celui de Juan de Guerra, est situé à
moins de trois lieues de Tarapoto, sur la rive gauche du rio Mayo, et à trois lieues du confluent de cette rivière avec l'Huallaga. Le port de Sehapaja est également situé sur la rive gauche du Mayo, mais presque au confluent de cette rivière avec l'Huallaga. Enfin le port de Chasuta est situé sur la rive gauche de l'Huallaga^ à un peu plus de six lieues de Tarapoto.
Une ramification du chemin de Moyobamba à Tarapoto, part de Lamas, et met en communication entre eux les bourgs de Saposoa^ de Pachiza^ de Valle, de 5ton, etc., situés sur la rive gauche de l'Huallaga. Ce chemin traverse des forêts épaisses, des terrains marécageux et une multitude de petites rivières. Cette voie n'est pas praticable pour les bêtes de somme; elle ne sert que pour les Indiens qui commercent avec la capitale de la province.
De la ville de Moyobamba part également un autre chemin, également impraticable pour les bêtes de somme, et qui se dirige sur Balsapuerto et JeveroS. Il se ramifie dans les bourgs de Paranapuras ^ Cahuapanas^ ChayavitoSy etc. Ce chemin est d'une grande importance pour le commerce de la province littorale de Loreto, parce qu'il met en communication la capitale de la province avec le port de Balsapuerto, qui est l'embarcadère du rio Cachiyacu, affinent du Paranapuras, qui, à son tour, se jette dans l'Huallaga. Le rio Paranapuras , comme nous l'avons dit plus haut, se jette dans l'Huallaga au-dessous du Pongo de Aguirre^ de sorte que les embarcations qui viennent chargées de marchandises du Brésil, ou de poisson salé de l'Ucayali, entrent dans le Paranapuras poyr éviter les mauvais passages de l'Huallaga, et débarquent leurs marchandises à Balsapuerto, pour les transporter de là^ à dos^ jusqu'à Moyobamba.
Malgré l'importance de la route de Bal* sapuerto à Moyobamba^ c'est le pire de tous les chemins de la Répu]3lique, si toutefois on peut donner le nom de chemin à une voie de communication par laquelle ne saurait passer même un chien, si on ne le transporte.
Cette route, qui a un peu plus de douze lieues de longueur^ est si pénible, et demande tant de temps pour la parcourir, que les ha-
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bitants du pays sont tous convaincus qu'elle a plus de vingt-cinq lieues. Il n'y a pas de mots pour exprimer les difficultés d'un chemin si affreux. Qu'on s'imagine la fatigue que doivent éprouver de pauvres Indiens, recrutés presque de vive force, pour transporter sur leurs épaules des fardeaux du poids de plus de trois arrobes (75 livres) par un chemin où chaque voyageur a déjà trop du fardeau de son corps à porter.
Pour donner une idée de cette route étrange, nous entrerons dans quelques détails sur les points principaux , en commençant par Balsapuerto et en continuant ainsi jusqu'à Moyobamba, car c'est là le chemin que parcourent les Indiens qui transportent sur leur dos les marchandises à la capitale.
A quelques cuadras(i), en sortant de Balsapuerto, on traverse la petite gorge de Urubico, qui possède peu d'eau. Le chemin continue ensuite au milieu de la montagne, et se rapproche des bords du rio Cachiyacu, qui passe à Balsapuerto.
A une demi-lieue de Balsapuerto, on passe à gué le Cano de Canoapuerto, qui, vu son cours sinueux, se trouve traversé trois fois, sur une distance de quelques cuadras. Alors commence un chemin horrible, qui monte sur le flanc d'une montagne très-escarpée ; ce chemin est rempli de pierres et de roches saillantes. Pour le gravir, il faut se cramponner comme des singes, avec les pieds et les mains. A une lieue et demie de Balsapuerto, on arrive sur le bord du rio MtiUinque, qui porte le tribut de ses eaux au Cachiyacu. 11 faut absolument passer à gué le Mullinque, au risque de se voir entraîner par le courant, qui est très-fort et très-violent.
Sur cette route, les rivières se succèdent à chaque pas, et quelquefois même il faut traverser la même jusqu'à dix-huit et vingt fois; de sorte que, si le voyageur voulait quitter ses habits chaque fois qu'il entre dans l'eau, il ne ferait pas une lieue par jour. Le plus simple alors, c'est d'entrer dans l'eau tout habillé, et de se résigner à marcher ensuite avec les habits mouillés sur le corps.
A quelques cuadras de distance, après le
(1) On se rappelle que la cuadra est équivalente à un hectomclre. (Note du Tratlucteur,)
passage à gué du rio Mullinque, il faut entrer de nouveau dans l'eau jusqu'à la ceinture, pour passer également à gué le rio Cachiyacu, que l'on traverse trois fois dans l'espace de quelques cuadras. Le second gué est plus dangereux que le premier, parce qu'il a un courant plus rapide. Le troisième gué, quoique formé d'une eau plus tranquille, est très-périlleux à cause de sa profondeur. J'avais de l'eau jusqu'à la poitrine quand je l'ai traversé.
Pour franchir ce gué, les Indiens sont obligés de déposer leurs charges sur le rivage, et de s'aider ensuite les uns les autres pour les transporter à force de bras, à la hauteur de la tète, pour ne pas les mouiller.
Après avoir traversé ce dernier gué, on quitte le rio Cachiyacu pour entrer dans une autre petite gorge, en suivant pour ainsi dire le lit d'une rivière appelée Esealerai/aeu (rivière de l'Escalier). Quoique cette rivière soit peu considérable, elle est néanmoins très-incommode, à cause du grand nomln de courbes qu'elle décrit dans son cours; ce qui oblige le voyageur de marcher contioBellement dans l'eau; on traverse cette rivièare jusqu'à neuf fois dans l'espace d'un mille.
Gomme l'homme n'a pris aucune part dans la formation de ce chemin, mais qu'il s'est contenté de choisir, pour son passage, les points qui offrent le moins d'obstacles, il résulte qu'on ne saurait déterminer à première vue la plus grande partie de cette route : aussi celui qui passe pour la première fois par ce chemin ne doit pas perdre un seul instant de vue les Indiens qui transportent les marchandises, parce qu'à chaque pas il pourrait s'égarer sans pouvoir retrouver sa route, et resterait abandonné au milieu de ces vastes solitudes.
A mesure que Ton avance sur cet étroit chemin, on tombe de mal en pis. On vient d'achever une marche aquatique très-incommode, pour recommencer une route presque aérienne. A quelques cuadras du dernier gué du rio Escalerayacu, et à trois lieues environ de Balsapuerto, se présente une nouvelle forme de chemin , un chemin vertical. Ce chemin consiste en une véritable échelle, formée de grandes perches attachées par des lianes, et appuyée contre le roc dans une po*
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sition presque verticale. C'est un spectacle qui fait mal, de voir ces pauvres Indiens, avec une charge pesante sur leurs épaules, grimper en tremblant, et avec beaucoup de peine, sur cette échelle : un faux pas, on la rupture i'ane perche qui sert d'échelon, peut leur coûter la vie. On ne comprend pas comment, sur un chemin où l'on passe presque chaque jour^ on n*ait pas songé jusqu'à présent à gviter ce passage périlleux, en cherchant une lutre voie, ou en creusant dans le rocher môme des degrés plus solides et plus sûrs que cette affreuse échelle.
Après avoir franchi ces échelons vacillants, on continue de monter sur le rocher, assez incliné en cet endroit, jusqu'à ce qu'on parnenne à la cime de la montagne, qu'on appelle Icuto. On donne également ce nom à l'échelle et à la rampe inclinée qui mène au sommet. La descente de l'autre côté de la montagne est aussi mauvaise que la montée. Elle ressemble plutôt au lit d^un torrent impétueux, qui aurait arraché et entraîné des pierres de toutes les grandeurs, qu'à un chemin.
Sur cette route étrange , les mauvais passages et les dangers se succèdent à chaque pas et sans interruption. Ainsi, à peine est-on descendu, qu'un mugissement sourd vient frapper les oreilles : c'est le torrent redoutable de Pumayacu (rivière du Lion) dont les flots bouillonnants, se précipitant de cascade en cascade, sur un lit de rochers dénudés, annoncent de loin sa fureur.
La traversée de ce torrent est une des plus dangereuses de toute la route ; et, quoique ses flots aient déjà englouti plusieurs victimes^ quoiqu'il soit facile d'y construire un pont solide, puisque les deux rives sont formées d'un rocher très-dur, néanmoins on ne songe pas à le bâtir : il faut traverser le torrent à gué, au risque d'y perdre la vie.
11 est difficile de donner une idée de cet horrible passage : il faut le voir de ses pro* près yeux. Néanmoins nous essayerons d'en donner une description. Le lit du Pumayacu est formé de couches alternatives d'argile durcie et de grès compacte inclinés dans le sens du courant sous un angle de plus de 45 degrés. Ces couches étant d'une dureté différente, celles d'argile ont été, en grande
partie, rongées par les eaux ; il ne reste plus que celles de grès; ces couches forment au- Umt de crêtes transversales recouvertes par les eaux, et séparées entre elles par des fosses profondes ; mais, comme la pente du torrent est très-grande, il en résulte des plans inclinés formés par des couches de grès, de plus de 60 varas de longueur, et sur lesquels l'eau glisse avec une rapidité effrayante.
Le gué du rio Pumayacu est formé par le sommet d'une de ces crêtes de grès : elle forme une sorte de sentier subaqueux qui a moins d'une vara ( 0^,84 ) de large. Le paysage agreste et sauvage, le mugissement des flots, la vue du précipice, le courant rapide comme un coursier sans frein , la solitude immense, tout se réunit pour former aux yeux du voyageur un spectacle majestueux , mais plein de terreur. Malheur à celui qui, en traversant un torrent si dangereux, dévie d'un seul pasi D'un côté^ il tomberait dans un abtme, d'où il ne saurait sortir, parce que la force du courant le tiendrait comme enchaîné sous une voûte de grès; de l'autre il roulerait entraîné par les flots sur un plan uni d'une pente de plus de 60 varas (50«»,40), pour aller s'engloutir dans les tourbillons qui bondissent au pied de la cataracte avec un bruit épouvantable !
Les Indiens qui passent par celte route se réunissent ensemble quand il s'agit de traverser le Pumayacu. Ils se cramponnent les uns aux autres, et forment une chaîne avec les mains, dans le but d'opposer une plus grande résistance à la force du courant^ qui les entraînerait s'ils le traversaient isolément. Quand les eaux sont un peu grossies par les pluies, les Indiens font halte sur ses bords, et attendent que les flots soient diminués pour oser tenter le passage.
La traversée du Pumayacu n'est pas le dernier des obstacles que l'on rencontre sur cette route. A la distance d'un peu plus d'une lieue du célèbre Pumayacu, on rencontre la petite rivière de Chuclluyacu, Le rio ChucUuyacu renferme peu d'eau, et on le traverse à gué neuf fois, et quelquefois môme davantage, sur l'espace d'un quart de lieue. A quelques pas du dernier gué du Chuclluyacu , on se trouve sur les bords de l'interminable rivière appelée Maschuyacu; cette rivière parait être
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l'origine du Cachiyacu^ qui passe par Balsapuerto. Le chemin suit la gorge où coule le Maschuyacu jusqu'à sa source même. Sauf à rentrée de cette gorge^ qui est assez large^ presque tout le reste du chemin suit le lit de la rivière, et Ton passe sur des pierres de toutes grosseurs arrachées et roulées par les eaux au temps de la crue. Dans la plus grande partie de cette nouvelle route, on ne distingue d'autres traces du passage de l'homme que de petites taches sur les pierre^ roulées^ taches produites par le passage continuel des Indiens.
Là, la main de l'homme n'a remué aucune pierre, et l'on marche où l'on peut. Quand la rivière, dans son cours capricieux , vient baigner le pied même du rocher perpendiculaire qui forme la rive, il faut entrer dans l'eau et passer sur l'autre bord. Mais, comme les courbes que le Maschuyacu décrit sont innombrables, il faut, avant d'arriver à sa source, le traverser dix-huit fois, sans compter les nombreux affluents qu'il faut également franchir sur la route.
Les gués^ principalement les premiers que l'on rencontre, et là où la rivière est plus considérable, sont assez difficiles et assez dangereux à traverser. Le lit du Maschuyacu est rempli de grandes pierres : l'eau passant au milieu avec beaucoup de force, on ne peut distinguer le fond, et l'on ignore où l'on pose le pied. Tout d'un coup on se jette dans des trous profonds, et l'on se heurte violemment contre les pierres. Si l'on veut éviter ce danger en cherchant à passer sur les grandes pierres couvertes d'un peu d'eau, on éprouve des chutes dangereuses, en glissant avec la plus grande facilité sur ces pierres revêtues d'une matière verte, gélatineuse, encore plus glissante que le savon.
On parvient enfin au sommet de la chaîne de montagnes qui sépare le bassin du rio de Moyobamba du bassin des rios Cachiyacu et Paranapuras. On descend un peu, et l'on traverse sur la route un assez grand nombre de gorges où l'on trouve de l'eau. On continue ensuite à marcher sur un terrain peu élevé ; enfin, après avoir traversé de sombres forêts, on se trouve tout à coup sur un plateau étendu, sans arbres , recouvert sur toute sa surface d'un tapis de graminées. Ce plateau est connu
dans le pays sous le nom de Pajonal (c'est-idire lieu rempli de paille ). Là se terminent tous les passages difficiles que l'on reDContre sur le chemin de Balsapuerto à Moyobamba. Après quatre jours de marche, où l'on n'a pu, à cause des nombreux obstacles que l'on rencontre, parcourir que trois lieues par jour, on arrive en un lieu habité appelé /en» del atonie.
De Jésus del Monte à Moyobamba, il y a un peu plus de quatre lieues, que l'on peut faire en quelques heures, car le chemio est désormais assez bon. Dans cette dernière8e^ tion, on traverse un grand nombre de ri- : vières, dont les principales sont : le Rtmiyacu , le Yanayacu, le Jumingue^ et le paisible Mayo.
Le Rumiyacu est très-petit : on le passai gué; le Yanayacu suit une vallée profonde: on le traverse sur un pont. On passe également le Jumingue à gué, mais le Mayo se traverse en canot.
Parmi les chemins de la province littoiaie de Loreto, nous ne devons pas passer sobs silence celui qui sert de voie de comaïuîcation entre le rio Huallaga et le rio Dà|ali.
En parlant des tributaires de l'HuaDagi ^ de l'Ucayali, nous avons dit (ju'aujoiirdliai on va en peu de jours d'une rivière à l'antre, en navigant sur le rio Chipurana, affluent de l'Hualiaga, et le rio Santa-Catalina, tributaire de l'Ucayali. Mais, pour passer du rio Chipurana au rio Santa-Catalina, il faut faire par terre un trajet d'un peu plus de six lieues. Ce chemin, que les missionnaires ont ouvert au commencement de ce siècle , est celui qui nous permet de traverser avec facilité ia Pampa du Sacramento , et d'aller en pen de jours de la capitale de la province au bourg de Sarayacu.
Les missionnaires qui vivent actuellement (1862) à Sarayacu, voyant qu'en été le rio de Santa-Catalina avait si peu d'eau que U navigation était très-difficile, môme en petits canots, et que les Indiens étaient obligés d'entrer à chaque pas dans l'eau pour tirer les canots sur une grande partie du parcours, firent ouvrir, à travers les bois, un chemin commode depuis Sarayacu jusqu'au bourg de Santa-Catalina.
Ce chemin est presque entièrement uni,
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pourvu de bons abris (Tambos) et constamment entretenu, facilite beaucoup la communication de Moyobamba avec les rives de rUcayali. Cette rivière, par les riches productions du sol qu'elle arrose, prend chaque jour plus d'importance : on peut considérer le rio Ucayali comme le magasin de toute la province littorale de Loreto.
De tout ce que nous avons dit sur les chemins de la province littorale de Loreto, on ?oit qu'en général ils se trouvent en assez mauvais état, soit à cause du manque de ponts sur les nombreuses rivières qui, à chaque pas, viennent couper la route , soit parce qu'on est forcé de faire la plus grande partie du chemin à pied, en employant des bras nombreux pour le transport des marchandises, quand ces bras manquent pour le$ travaux les plus indispensables de l'agriculture et pour les autres industries.
Après avoir exposé l'état dans lequel se trouvent les routes de cette importante province, j'ai la satisfaction de faire connaître que, depuis trois ans, il semble s'être éveillé dans tout le Pérou un esprit d'entreprise, pour ouvrir partout des chemins qui facilitent les communications des différents départements avec les grandes rivières navigables sillonnant dans toute son étendue la riche et inépuisable province, actuellement Tobjet de notre étude.
Pour faire connaître cette tendance générale, dans tout le Pérou, à s'ouvrir une voie de communication jusqu'à l'océan Atlantique, je dirai qu'en 1858, dans la province de La Convencion, département de Cuzco, on a organisé une expédition dans le but de chercher un chemin qui, partant de la Hacienda (métairie) de Hillapani^ la dernière de la vallée de Santa- Ana, se dirigeât au point nommé Mainiqui ou Tonquini , où le rio de 8anta-Ana ne présente plus aucun obstacle à la navigation. On voulait éviter par là tous les passages dangereux que présente cette rivière, avant de passer à l'endroit appelé Mai^ niqui. Cette expédition organisée par D. Francisco Valverde, sous-préfet de la province, et conduite par D. Sébastian Tejada, eut un heureux succès. Elle parvint à Mainiqui, après nne marche de dix-huit lieues seulement, tandis qu'en suivant le cours de la rivière, sans
«ÉoaaAPau du pAkou.
compter tous les dangers que l'on court, on allonge le chemin de près du double, car, au lieu de dix-huit lieues, on en fait plus de trente pour arriver au même point.
Il serait très-utile que le Gouvernement protégeât l'ouverture de ce chemin, dont les dépenses ont été calculées par D. Sébastian Tejada, chef de l'expédition, à 8 ou 10,000 piastres ( 40 à 50,000 francs ).
Par cette route importante, le département de Cuzco aurait une communication facile avec TUcayali , et une porte ouverte jusqu'à l'océan Atlantique.
Pendant que dans la province de La Convencion, on organisait une expédition jusqu'au Mainiqui, il se formait, à l'autre extrémité de la République , et sous la direction de l'illustrissime évêque de Chachapoyas, la Société des Patriotes de l'Amazone {Sociedad de Patriotas del Amazonas), dont le but principal était l'ouverture d'un cheminjusqu'au Maranon.
Dans cette vue, au commencement de 1859, une expédition partait de Chachapoyas, composée de plusieurs personnages notables, et ayant à sa tête l'évoque même de la ville. Il serait trop long d'énumérer les importants travaux de cette société patriotique : nous dirons seulement que, dans leur recherche d'un chemin jusqu'au Maranon, ils ont découvert une rivière entièrement inconnue jusqu'ici, à laquelle ils ont donné le nom de Cristalino. Us ont navigué sur le rio Nieva, dont parle La Condamine dans son voyage au Maranon, et que l'on ne voit tracé que sur quelques cartes seulement
L'expédition entra en relation d'amitié avec les sauvages Aguarunas , et enfin elle parvint au fleuve si désiré, le Maranon. Arrivée sur ses bords, l'expédition se divisa en deux corps : l'un se chargea de reconnaître la route par terre , et l'autre, descendant le fleuve, traversa le fameux Pongo de Manseriche, dont nous avons parlé plus haut.
La Société enthousiaste des Patriotes de l'Amazone, après être parvenue au but qu'elle s'était proposée, c'est-à-dire d'ouvrir une route jusqu'au Maranon, n'a pas néanmoins cessé ses importants travaux : au contraire , elle n'a fait depuis que redoubler de zèle et d'ardeur.
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
En 1860, elle organisa une nouvelle expédition dans le but d'étudier une autre route aboutissant au Maranon, mais sur un point situé au-dessous du Pongo de Manseriche, afin d'éviter ce passage dangereux.
Dans la môme année (1860) il s'est également formé dans la partie centrale de la République une expédition dans le but d'une communication facile avec l'Amazone. Celte expédition, conduite par le sous-préfet môme de Huanuco, D. Antonio San-Miguel, et composée de personnes intelligentes, partit de la ville de Huanuco. Elle reconnut d'abord les forôts de Pozuzo, la rivière du même nom et ses affluents, le port du Mayro, etc. Les détails de cette expédition ont été publiés dans un journal de Lima, El Comercio, dans son numéro du 24 octobre 1860.
Le noble exemple donné par la Société des Patriotes de l'Amazone semble avoir éveillé, dans toutes les localités du Pérou, le désir de s'ouvrir un chemin jusqu'à la région vierge qui nous occupe actuellement. En effet , comme je passais, au mois de juin 1860, par la ville de Tayabamba, province de Pataz, je trouvai là toute la population animée du plus vif désir d'ouvrir une route jusqu'à l'Huallaga. On me pria de vouloir bien prendre part à l'expédition : j'acceptai avec plaisir, et j'entrepris un voyage dans le but de reconnaître s'il était possible de tracer une route praticable pour les chevaux et les mulets. Je partis donc de Tayabamba, en compagnie d'un citoyen de cette ville, le seîïor D. Ramon Belevan. Après avoir traversé la chaîne qui sépare la province de Pataz du bassin de l'Huallaga, nous descendîmes à Tocache, à travers un pays désert, coupé par un grand nombre de rivières. Arrivés à Tocache, nous descendîmes l'Huallaga jusqu'au port de Pizana, et de ce point, en remontant par la vallée du rio Mixiollo, nous revînmes à Tayabamba» Ce voyage m'ayant paru intéressant, tant au point de vue de l'ouverture
d'une nouvelle route, qu'à celui des progrès de la géographie, puisqu'il s'agissait d'un pays inconnu jusque-là, Je levai le plan des deux chemins que nous avions parcourus, et je le publie avec ce mémoire. Enfin, ce désir d'ouvrir des routes jusqu'aux rivières navigables s'est fait sentir en môme temps dans le département de Huancavelica. On a tracé l'année dernière un chemin jusqu'au confluent du rio Mantaro et de l'Apurimac.
Je me fais un plaisir d'ajouter^ du reste, à tout ce que je viens d'exposer, que le Gouvernement suprême n'est pas resté indifférent en face de ce désir universel d'avoir une communication facile avec la fertile province littorale de Loreto. Il a décrété et fait verser par la trésorerie les sommes nécessaires pour la construction des routes de Chachapoyas au Maranon, de Huanuco au port du Mayro, et de Tayabamba au rio Huallaga.
DIVISION POLITIQUE
La province littorale de Loreto se divise en douze districts (i) qui, vu leur étendue, peuvent ôtres considérés comme autant de provinces.
Ces districts sont :
Le Cercado {banlieue) Jeveros,
de Moyobamba, Nauta,
Tarapoto, Iquitos,
tingo Maria, Pébas,
Pachiza, Loreto,
Yurimaguas, Sarayacu et
Santa Catalina.
(1) La division politique que donne ici M. Raimondi eit incomplète : la division politique officielle se trouve à Tarticle Province li/totaie de Loreto t dans la Géographie du Pérou proprement dite, page 317. Elle comprend quatorze districts au lieu de douze. Celui de Jeperos a été divisé en trois, savoir : Jeveros, Ëalsapuerto et Andàtu, Celui de yurimtiguas porte aujourd'hui (1862) le nomdt La Laguna, et celui d'Iquitos s'appelle actuellement dii • trict d'Oron. (Note Ju Traducteur,)
APPENDICE
pbeher district.
DISTRICT DU CERCADO (banlieue) DE MOYOBAMBA.
Ce district comprend la capitale de toute la province littorale, qui est Moyobamba^ et les bourgs de :
La Calzada, Rioja,
Habana, Lamas,
Soritor, Tabalosos et Saposoa.
Ce district renferme, en outre, un grand nombre de maisons isolées appelées dans le
pays CaserioSf et qui servent d'auberges, de relais, etc. Ces Caserios sont d'autant plus utiles aux voyageurs et aux commerçants qui traversent ce district, que le manque de chemins praticables rend les voyages longs et pénibles. Après une marche fatigante, on est heureux de rencontrer sur sa route une de ces maisons isolées^ pour se reposer et y passer la nuit.
MOYOBAMBA,
CAPITALE DE LA PROTIIfCB LflTORALB DE LORETO.
La ville de Moyobamba est la capitale de toute la province littorale de Loreto; elle est, en conséquence, la résidence de la principale autorité, qui est le préfet. Moyobamba renferme environ 8,000 habitants; mais, malgré sa population peu considérable, cette ville occupe une étendue de terrain presque égale à celle de Lima. Celte grande étendue vient de ce que chaque maison possède un jardin, de sorte que, dans plusieurs îlots d'habitations, il n'y a qu'une ou deux maisons, le reste du terrain se trouvant occupé par des jardins.
Moyobamba est située à 1,029 varas (860 mètres) au-dessus du niveau de la mer, et sur un plateau élevé de H6 varas (97 mètres) audessus du niveau du rio Mayo, qui coule au pied de la ville. La plaine, dans laquelle est bâtie Moyobamba, est formée d'une couche de grès, dont les grains ont si peu de cohésion, qu'ils se désagrègent facilement sous l'action des orages, si fréquents dans cette partie du Pérou. Cette action de la pluie sur le grès qui forme le sol de la ville, a produit des effets considérables ; peu à peu elle a sillonné la terre, et comme, à chaque pluie,
l'eau qui se réunit en ruisseaux au milieu des rues entraîne les parties du terrain qu'elle a arrachées , il s'est formé avec le temps, de grands ravins, dont quelques-uns ont de trente à quarante varas de profondeur (25 à 30 mètres environ). Ces ravins se creusent chaque jour de plus en plus; si l'on n'y porte un prompt remède , ils finiront un jour par diviser la ville en plusieurs lies.
Pour donner une idée de l'action des pluies, je ne citerai qu'un seul fait. Le ravin de Tumino (Barranco de Tumino) a, depuis cinq ans, envahi deux rues dans le même quartier, et empoche la circulation'dans l'intérieur de la ville. Les habitants se sont vus obligés de percer les murs de leurs propriétés pour s'ouvrir une petite rue, qui sert de communication entre un quartier et un autre, afin d'éviter de longs détours.
La ville de Moyobamba est divisée en quatre quartiers, désignés sous le nom de
Lluchucucba, Sarago7^,
Belen et Calvario.
T^ps rues sont nombreuses et un peu étroi-*
GÉOGRAPHIE DE l>\ RÉPUBLTQTIE DU PÉROU.
tes; elles ne sont pas pavées; le sol est du sable produit par la désagrégation du grès. Les maisons ont un aspect misérable, à cause de leurs toits en feuilles de palmier. Cependant aucune ville ne se ti^ouve dans des conditions aussi favorables pour fabriquer avec autant d^économie les briques et les tuiles nécessaires pour la construction des maisons. En efTet, Moyobamba possède sur les bords mômes du rio Mayo tous les éléments indispensables pour cette fabrication. Une lieue au-dessous de Moyobamba, en un point nommé Uria, se trouve sur Je bord du rio Mayo une immense couche de lignite, qui peut servir de combustible. Enfin, un moyen très-économique de transport jusqu'à la ville de Moyobamba est offert par le courant si paisible du rio Mayo. Une entreprise bien conçue et bien dirigée pourrait fournir des briques et des tuifes à un prix très-modéré ; de sorte que les habitants de Moyobamba pourraient couvrir leurs maisons avec des tuiles, et abandonner ces toits de feuilles de palmier, d'un aspect misérable , si souvent la proie de Pincendie et le refuge d'une multitude d'insectes de toute espèce.
L'eau qui sert à la consommation de la ville est tirée de plusieurs puits, situés aux environs, et au pied des ravins qui entourent le plateau sur lequel elle est construite. Quoique cette eau ne soit pas des meilleures, on ne peut néanmoins la classer parmi celles de mauvaise qualité, malgré l'opinion d'un grand nombre d'habitants qui attribuent à cet élément la cause de la dyssenterie qui règne dans la ville. A mon avis, cette maladie est due plutôt à la mauvaise alimentation, qui est presque entièrement végétale, qu'à la mauvaise qualité de l'eau. Une preuve évidente que l'eau n'est pas la cause des maladies qui sévissent à Moyobamba, c'est qu'à l'époque de mon passage dans cette ville , le bataillon Marina y tenait garnison depuis deux mois, et aucun soldat n'était malade. Si l'eau était la cause des maladies, et surtout de la dyssenterie, les soldats qui habitaient pour la première fois la ville de Moyobamba auraient dû tomber malades, par suite des effets de la mauvaise qualité de l'eau, plutôt que les habitants habitués à la boire depuis leur enfance. Maintenant, si la
garnison ne comptait aucun malade, c'est parce que son alimentation était meilleure que celle des habitants de Moyobamba, attendu qu'on distribuait aux soldats une ration de viande chaque jour.
Le mauvais état des chemins qui vont de Moyobamba à la Côte fait que cette ville e^t séparée du reste de la République par une immense barrière, qui est un obstacle au commerce avec les départements limitrophes. Il résulte de cet état de choses que Ton ne transporte que rarement à Moyobamba les aliments les plus indispensables à la vie, tels que la farine; et, pour cette raison, on ne connaît presque pas le pain dans toute la province littorale de Loreto : on y supplée par les bananes et les yuccas. On mange les bananes soit frites , soit grillées sous la cendre. Dans le premier cas on leur donne le nom d'Inguiri, et dans le second celui de Tostado. La viande est très-rare dans ce pays, et le seul aliment d'origine animale que Ton consomme à Moyobamba, c'est du poisson salé, préparé sur les rives de rUcayalî.
INDUSTRIE DE MOTOBAMBA.
Chapeaux de paille.
La seule industrie des habitants de MoyO' bamba consiste dans la fabrication des chapeaux de paille {Sombreros de paja ] appelés communément Chapeaux de Guayaqwi[K), et faits de la môme paille dans les deux pays. Cette paille croit également dans la province littorale de Loreto, et la plante quila fournit est connue sous le nom de Bombonaje ( Ca> ludovica palmata, — Ruiz et Pavon). Les habitants de Moyobamba s'occupent pendantle jour de la fabrication des chapeaux, et le soir, ils vont de boutique en boutique les of* frir aux commerçants, dont un grand nombre ouvrent spécialement leurs magasins à cette heure-là.
Les négociants achètent peu à peu les chapeaux qui se fabriquent dans la ville, et quand ils en ont réuni un certain nombre, ils les enveloppent dans plusieurs toiles, etenfontdes
(1) Eu France, et surtout i Paris, ces chapetnx mat vulgairement connus sous le nom de Panamas.
{Note du Tradueteur,)
APPENDICE
ballots de vingt-cinq à trente douzaines, dont le poids est de 3 arrobes et demi environ ( 90 livres), et qui forment chacun la charge d'un homme. Les fabricants vendent leurs chapeaux aux négociants au prix d'une piastre douze réaux , et môme deux piastres vingt réaux suivant la qualité. Les ballots étant préparés, et soigneusement enveloppés pour être à l'abri de la pluie^ les Indiens les transportent sur leurs épaules jusqu'aux ports de Balsapuerto, de Juan Guerra ou de Chasuta. De là , ces ballots sont transportés par eau jusqu'au Brésil, où se vendent actuellement presque tous les chapeaux que Ton fabrique dans la province de Loreto. La douzaine vaut ordinairement de 35 à 36 piastres ( de 175 à 180 francs].
Avant Tannée 1853, tous les chapeaux que Fon fabriquait à Moyobamba étaient vendus dans la province même^ ou dans les départements voisins, à un prix bien inférieur à celui d'aujourd'hui. La douzaine de chapeaux ne valait alors que 12 piastres (60 francs) achetée à Moyobamba. Mais en 1853^ les marchands ayant transporté quelques-uns de ces chapeaux au Brésil, par la voie de l'Amazone, et cet article ayant été bien accueilli dans ce pays, il s'y établit depuis un commerce actif de Sombreros.
Les premiers négociants qui firent ce commerce réalisèrent de grands bénéfices : ils achetaient les chapeaux à Moyobamba au prix de 12 piastres (60 francs) la douzaine, et ils les revendaient jusqu'à 60 piastres (300 francs) sur lesmarchés du Brésil. Mais ces bénéfices ne durèrent pas longtemps , parce que, comme dans tous les commerces qui procurent de grands avantages, il s'établit bientôt une grande concurrence; d'un autre côté, les chapeaux, étant plus recherchés, augmentèrent de prix dans le lieu même de leur fabrication: comme on en transportait de grandes quantités au Brésil, ils devinrent plus communs dans ce pays^ et par conséquent ils diminuèrent de valeur; de sorte qu^aujourd'hui ces chapeaux, qui coûtent plus cher dans la ville de Moyobamba^ ne se vendent plus que 30 ou 36 piastres ( de 150 à 180 francs) au plus la douzaine.
Ce commerce^ qui ne repose que sur une mode éphémère, a peut-être enrichi quelques
commerçants, mais à coup sûr il a appauvri le pays, parce que les habitants de Moyobamba obligent leurs enfants à tisser des chapeaux, dès leur plus tendre enfance : tous les bras sont employés à ce travail ; et l'on néglige la véritable source des richesses qui est l'agriculture. Aussi Moyobamba manque de plus en plus des articles de première nécessité; et si, aujourd'hui, il y circule plus d'argent qu'autrefois, les besoins ont augmenté dans la môme proportion. Il résulte de cet état de choses que, si l'on ne songe pas à activer l'agriculture, en cultivant non-seulement les plantes les plus nécessaires à la vie, mais aussi les autres qui peuvent fournir des articles d'importation, comme le coton, le café, le cacao, l'indigo, etc., produits dont la vente ne suit pas les caprices de la mode, et dont la consommation, loin de diminuer, va en augmentant tous les jours, et que si, par hasard, la mode des chapeaux de paille cesse ou diminue, les habitants de Moyobamba se trouveront sans aucun commerce ; l'existence leur deviendra plus difficile : ils se seront créés de nouvelles nécessités, sans posséder aucun moyen de les satisfaire. L'industrie de la fabrication des chapeaux, outre les inconvénients que nous venons de signaler, nuit d'une manière considérable au développement physique et intellectuel de la population, parce que, comme nous l'avons déjà dit, les pères obligent leurs enfants, dès leur plus tendre enfance, au travail pénible de' la fabrication des chapeaux de paille. Pour cette opération, il est nécessaire de se tenir sans cesse dans une position forcée, c'est-à-dire qu'on est assis sur un petit banc, avec le corps recourbé, et la poitrine constamment appuyée sur un petit coussin. Le corps ne peut pas se développer librement, il reste courbé, et le jeune homme acquiert une vieillesse prématurée, qui empêche même le développement de ses facultés intellectuelles.
Peu de territoires offrent autant d'avantages à l'agriculteur que cette terre bénie. Il ne faut aucun capital pour acquérir des terres, attendu qu^on les concède à celui qui les demande pour les cultiver : le terrain est vierge et fécond : il ne réclame aucun arrosement, parce qu'il ne se passe pas quinze jours sans pluie; enfin on trouve des Indiens dans les
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
bourgs de Jeveros, de Gahuapanas, de Ghaya- | vito, etc., pour un salaire de quatre piastres ( 20 francs ) par mois.
L'avantage le plus précieux que possède la ville de Moyobamba, c'est le voisinage du rio Mayo qui est navigable sur une distance de plus de vingt lieues au-dessous de Moyobamba^ et qui communique avec les rios Tonchiman etindoche, également navigables. Les métairies, situées sur les bords de ces rivières, ont ainsi un moyen facile et économique pour transporter leurs marchandises jusqu'à la capitale de la province. Pour le débarquement des vivres que Ton expédie à Moyobamba par cette voie, il y a quatre ports connus sous les noms de Motilones, Juan Anionio^ Tahuisco et Chivillo, Tous les samedis, vers le soir, on remarque dans ces ports une grande affluence de canots qui arrivent des différentes métairies, chargés de bananes, qui sont le principal article de consommation dans toute la province; parce que, comme nous l'avons déjà dit, les bananes remplacent le pain.
BourifS du district de 1» banlieue de mojrobanib».
io CALZADA.
Le bourg de la Calzada se trouve situé à une lieue et demie au Sud-Ouest-Ouest de Moyobamba, dans une grande plaine qui s'étend entre le rio Indoche et le rio Tonchiman. La Calzada renferme, d'après le recensement de 1859, une population de près de mille habitants, occupés presque exclusivement de la fabrication des chapeaux de paille. Ils possèdent quelques troupeaux de vaches et quelques chevaux qui vivent dans les petits pâturages de la plaine.
Les maisons de ce bourg ne sont pas alignées : elles sont éparses çà et là dans les champs. Le climat est malsain, et les habitants sont continuellement attaqués de fièvres intermittentes, dues sans doute aux miasmes qui s'échappent du sol, qui est très-marécageux. Pour améliorer leur situation, ils sont actuellement en train de bâtir un nouveau bouig h une lieue de distance vers le nord, sur un terrain plus sec, et par conséquent plus salubro.
90 HABAlfA.
Le bourg de la Habana est situé à une distance d'un peu plus de deux lieues au sud de laGakada, et à une lieue à l'ouest du rio ladoche. Le bourg actuel date seulement de 1822, celui qui auparavant portait le même nom ayant été brûlé dans la guerre de l'Indépendance. D'après le recensement de 1859, le bourg de la Habana renferme 1,208 habitants, dont l'occupation consiste dans la fabrication des chapeaux de paille, et rexploitation de leurs métairies.
50 SORITOR.
Gette localité porte le nom de ville : elle est située à deux lieues au sud de la Habana, et, de même que les bourgs précédents, entre les rios Indoche et Tonchiman. La ville de Soritor a été fondée en 1818 par l'illustrissime évêque Rangel et le colonel don Manuel Fernandez. Gette ville compte aujourd'hui 1,144 habitants, dont l'industrie consiste dans h fabrication des chapeaux de paille.