‹ Géographie du Péron, corrigée et augmentéeChapitre 4 sur 321 · X DISCOURS PRÉLIMINAIRE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

X DISCOURS PRÉLIMINAIRE DU TRADUCTEUR

tirés de D. Eduardo de Riverô, cousin de TAuteur, sont très-substantiels : on tâchera d'être plus complet dans les futures éditions.

Mais il est une brochure , que nous avons donnée dans Tappendice , que nous nous garderions bien d'oublier ici : c'est la Description de la province littorale de Loreto^ par M. Raimondi , publiée en espagnol à Lima , aux frais de la République du Pérou, en 1862» Cette description est une acquisition inappréciable : la Province littorale de Loreto était un pays inconnu jusqu'ici; l'œuvre de M. Rairaondi, aussi complète que possible, va populariser partout les richesses de cet immense pays , le plus fertile peut-être qui soit au monde.

On lira ici avec intérêt les efforts dit Pérou pour favoriser l'immigration dans celte riche province :

« Le Gouvernement n*a pas cessé de prodiguer aux personnes et aux biens des Européens la protection que leur accorde la libéralité des lois et dont Topinion serait disposée à lui demander le compte le plus rigoureux. Bien loin de voir avec crainte grandir leur nombre et leur influence, il leur a cotofié l'enseignement , la direction des travaux publics , les a placés dans toutes les carrières de l*État et a récompensé leurs services avec magnificence. Quand les Européens ont élevé quelques réclamations, il les à satisfaits sans UKirchandér, bien que léS detnandes aient souvent dépassé les limites de la stricte justice. Le Gouvernement le plus libéral et doté des plus amples ressources pourrait se faire honneur des mesures prises et des sommes employées au Pérou pour y attirer une abondante immigration « tantôt concédant gratuitement des terrains fertiles, tantôt payant les voyages, fournissant les frais d'établissement et accordant d'importants privilèges. Il y a plus de douze ans qu*on n'a pas cessé de? donner des primes, des anticipations, des frais de transport et autres précieux avantages à diverses entreprises d'immigration établies soit par des Européens , soit par des Péruviens ; on a dépensé de grosses sommes dans la seule colonie de Pozuzo ; les Allemands, les Suisses, les Belges, les Irlandais, les Espagnols et en général tous les émigrants d'Europe ont été conviés à prendre leur part des offres avantageuses qui ont toujours été fidèlement remplies. Aujourd'hui même le Gouvernement péruvien s'occupe d'im contrat d'immigration basé sur les plus vastes proportions. »

On trouvera également danô cet ouvrage, pages 452 et 433, un article sur la colonisation de la province littorale de Loreto.

Toutefois, à notre avis, il ne saurait être rien tenté de solide et de durable, tant qu'il n'existera pas de voies de communication entre la province littorale de Loreto et les provinces de la côte, à travers les chaînes des Cordillères, ou tant que la jalousie du Brésil , que nous dénonçons ici à la face de toute l'Europe , fermera les portes de l'Amazone à la libre navigation.

Revenons , pour nous résumer , au point d'où nous sommes partis : le Pérou , plusieurs fois conquis, a dû sa première^ civilisation à une race inconnue de l'ancien continent , puis il est retombé , après la disparition de cette race et jusqu'à la conquête des Incas , dans une demi-barbarie , d'où l'ont retiré Manco-Capac et ses successeurs. Le Pérou était florissant au moment de la conquête de Francisco Pizarro. La domination castillane l'a replongé dans une barbarie nouvelle : le fanatisme et la tyrannie aveugle des Espagnols n^ont fait que des victimes et des ruines. Mais enfin , en 1824, l'heure définitive de l'indépendance a sonné , et le Pérou, redevenu désormais maître de ses destinées , ti su se débarrâsôfei' du joug abriitl^sHnt des ttiolnes qlJe l'Espagne

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liii avait imposé ; il a arboré le drapeau du rationalisme et du progrès, il a repoussé au fond de leurs cellules ou chassé de dessus son sol ces hiboux solitaires , triste engeance qu'enfantèrent les ténèbres du moyen âge , et il marche aujourd'hui à la tête de l'Amérique du Sud.

Courage ^ ô nation généreuse , courage ! souyiens-toi que Fintelligence a toujours su Taincre la force brutale ; oui , tu riyaliseras bientôt , toi qui viens à peine de naître , avec les peuples les plus célèbres du vieux continent !

Ces vœux que notre admiration pour cette jeune nation nous fait exprimer, nous avons la confiance qu'ils seront bientôt remplis. Qu'on n'oublie pas que la vapeur et l'électricité ont pris possession de ce riche pays; que le firère de l'Auteur de ce livre, directeur général des travaux publics, étudie en ce moment le projet de percer la Cordillère des Andes, comme on perce en Europe le mont Ceuis , et l'on aura la mesure de la puissance intellectuelle qui pousse en avant le Pérou dans la voie de la civilisation !

Nous avons cité plusieurs fois dans ce discours le nom de D. Manuel Rouaud y Paz Soldan, neveu de l'Auteur de cet ouvrage. Ce jeune homme , à peine âgé de vingt-trois ans, a dirigé avec une intelligence vraiment remarquable l'impression de l'édition espagnole et de l'édition française de la Géographie du Pérou. Nous croirions manquer à tous les devoirs de la reconnaissance et de l'amitié , si nous ne lui adressions en terminant nos plus sincères remerclments, pour le bienveillant concoiu*s qu'il a bien voulu* nous prêter durant notre tâche, d'ailleurs si difficile ; nous joindrons nos éloges à ceux des savants distingués qui l'ont encouragé à persévérer dans le chemin où il est entré si jeune ; à travailler, à l'exemple de ses illustres oncles , et avec une ardeur qui réjouira le cœur de sa bonne mère; à travailler, dis-je, à la gloire et à la civilisation de sa riche et belle patrie.

Arsène MOUQUERON.

Fréniontîers (Somme), le 31 oclobre 4862.

PREFACE DE L'AUTEUR

3 saurais me flatter d'avoir exécuté y toute l'étendue de mes désirs , la phie du Pérou : en effet, nous man- >resque entièrement de données stas et physiques, sans lesquelles on ne (tenir aucune certitude en matière de 3hie.

ois néanmoins avoir fait faire un pas science importante , et j'ai la con- [ue les erreurs qui pourraient se ren- * dans ce livre seraient, dans tous les )ins grossières que celles qui se renit dans les traités de géographie pu- Tétranger.

3eaucoup redouté, et je crains encore taxé de présomption ; mais je me rasconsidérant que, dans les sciences I dans les granBs monuments d*arure , il n*y a pas de matériaux perlisque la pierre la plus insignifiante , . considère isolément, devient d'une incontestable dans l'ensemble de Té- Cette pensée m'a donc engagé à com- ;e Traité, avec Tespérance de réussir, porter à mon tour une pierre utile iple des sciences.

raisonnement simple et incontestable core fortifier ma résolution: si Malte-

Brun, Baibi et d'autres écrivains européens et américains sont estimés dans le monde scientifique et respectés comme des autorités en matière de géographie, pourquoi n'écouterait-on pas aussi ma voix avec attention et bienveillance si, d'un côté, je me soumets à leur autorité dans les choses qu'ils ont connues, et si, de l'autre, j'avance des choses nouvelles, mais placées hors de leur portée, et que j'ai pu connaître à cause des circonstances particulières au milieu desquelles je me suis trouvé ?

Ainsi , par exemple , aucun géographe parmi ceux que je connais n'a su indiquer avec précision la direction du rameau occidental des Andes qui parcourt les départements d'Aréquipa , de Moquegua et de Tacna ; moi , au contraire, ayant vécu quatre ans dans ce pays, j'ai pu en étudier tous les détails et déterminer la position de la chaîne de montagnes que je viens de citer.

On ne donnera plusie nom de volcan de Candarave^LM Tutupaca^ volcan majestueux et poétique, remarquable par sa forme, son élévation et la puissance de ses éruptions : en effet, depuis l'époque des Incas, ce volcan a constamment été appelé Tutupaca.

Quant aux positions géographiques , j'en

PREFACE DE L'AUTEUR

publie un grand nombre déterminées astronomiquement par de savants voyageurs et par moi : ce sont encore autant de pierres destinées à élever l'édifice de la science géographique. A celte occasion, je dois déclarer ici, sans vanité du reste, que M. Pentland , savant voyageur anglais qui a résidé longtemps dans le Bolivia et dans le Pérou, où il a fait un grand nombre d'observations astronomiques et géographiques très-exactes, a eu la bonté de m'envoyer d'Europe ses cartes et ses calculs.

On supposera au moins que cet ouvrage ne contient aucune erreur considérable relativement à la division territoriale du Pérou : c'est déjà quelque chose, si l'on songe que, dans plusieurs ouvrages étrangers, on regarde comme des villes importantes quelques misérables villages que presque personne ne connaît, et que, réciproquement, on omet de citer des localités considérables sous tous les rapports.

La description exactç de plusieurs provinces et de plusieurs villes est aussi un nouvel avantage du livre que nous publions. En efTet , plusieurs régions du Pérou n'ont pu être explorées par les savant^ de T Europe et ont pu échapper à leurs recherches ; Carabaya, par exemple, et Maynas , dont presque personne n'a entendu parler, même au Pérou, sont des centres très-riches de productions végétales, animales et minérales ; et ces productions suffiraient , à elles seules, pour remplacer avec usure le guano dont l'exploitation rapporte de beaux bénéfices, mais qui néanmoins n'aura qu'une durée éphémère.

Bien que ce Traité soit spécialenient destiné à mes compatriotes, il m'a paru utile, et même jusqu'à un certain point indispensable, d'employer la terminologie scientifique en parlant des produits des trois règnes. En effet, si Ton sort du Pérou, ou si l'on vient de l'Amérique méridionale, quel est le lecteur .qui pourra savoir que VÂirampo^ par exemple, un de nos magnifia ques végétaux, appartient à la fmnilie des

Cactus de Linné, et que le minéral nommé Rosicler 9i\xVèvo\\ est une substance appelée en minéralogie sulfure d'argent et d'antimoine ?

Il est nécessaire , plus nécessaire même qu'on ne le croit généralement, pour l'avenir et le progrès du Pérou , de le faire connaître géologiquement à FEurope. Attirée par les richesses inépuisables du sol, les Eu — ropéens s'empresseront de venir peuple^" notre pays, sans qu'il soit besoin, pour le^ appeler, de primes ou d'autres appâts ima — ginaires et ridicules. Un but aussi grand n^ saurait être atteint si Ton n'emploie, poui:" désigner ses produits, que des noms indi — gènes ou donnés capricieusement et au ha — sard, inconnus même à la plupart desPéruviens.

La science physique, oonmie l'analyse chimique, possède un langage universel que tçus les initiés comprennent ainsi que des notes de musique, mais qui reste inintelligible pour tous les ancres.

Ce Traité sera loin de perdre également sa clarté, si nous employons souvent les termes de chimie, de botanique, etc.; en effet, en nous servant de ces expressions, nous nous adressons à la généralité des lecteurs, dans une langue commune qu'ils entendent parfaitement.

J'ai la satisfaction de signaler, pour la première fois, au monde scientifique l'exisieuce du poétique et majestueux volcan du Tutupaca^ des cimes d'une élévation prodigieuse nommées Coro- Puna et Solimana , situées dans la province de La Union (département d' Aréquipa) . Ces deilx montagnes sont peutêtre les plus élevées du globe, car le Mistî^ volcan voisin, qui atteint une hauteur de ao,ooo pieds (près de 7,000 mètres), seni* ble néanmoins un petit enfant à côté de deux géants.

Nous faisons enfin connaître la source , le cours et la direction des rivières Hual^ laga, Ucajrali, Punis et Modéra, qui se jettent dans Yjàmazone; nous ne savons vraiment comment expliquer toutes les er*

PRÉFACE DE L'AUTEUR

reui*s qui se répètent journellement dans [ les éditions des Géographies des auteurs européens , lorsque nous n^ignorons pas que le savant naturaliste Haenke, homme d'une intelligence supérieure, a navigué à la fin du siècle dernier sur tout'es les rivières que nous venons de citer.

Les senores don Nicolas Pierola et don

3Iariano Eduardo Rivero , tous deux mes

amis (et ce dernier, mon cousin), m'ont

fourni des données très-intéressantes sur la

géologie du Pérou. Le senor Pierola m'a

spécialement donné des renseignements sur

Camana et La Union, et le senor Rivero sur

Pano et Pasco. J'ai de plus largement puisé

dans leurs savants ouvrages.

Les senores Delgados , riches propriétaires de Lambayeque et de Chiclayo, qui font un commerce actif des produits de ces provinces avec le Chili , Guayaquil , lima, etc. , ont eu la bonté de me fournir des renseignements exacts sur leur pays. Les senores Delgados sont , pour ainsi dire , Teipression même des deux provinces de Lambayeque et de Chiclayo. Je crois que cette partie de mon ouvrage possédera toute Texactitude qu'on peut désirer.

Le docteur Chirinos, citoyen distingué deCliuquibamba et mon collègue, le doctenr don Andres Arce, citoyen de Tacna , mon ami et mon condisciple , procureur de b république près la cour supérieure de TrujiUo , enfin tous les hommes distingués qui connaissent le Pérou, m'ont donné les renseignements les plus minutieux sur les points de leur résidence respective ; oh voit par là que je me suis efforcé d'atteindre , dans mon travail, la plus grande exactitude.

11 n'était pas possible , suivant le plan que je m'étais proposé, de passer sous silence l'histoire de l'empire Péruvien (i) et de sa conquête par Francisco Pizarro. Mais, c'est une tâche longue et difficile de réduire en peu de pages le récit d'une foule d'événements aussi considérables, sans faire d'omissions ou sans tomber dans l'inexactitude. En songeant au moyen de présenter dans un cadre restreint le récit de l'origine, du progrès et de la civilisation du vaste empire des Incas, et de sa chute sous le choc de la puissante épée du vaillant Espagnol, j'ai cru plus convenable de suivre un chemin déjà tracé et sûr, où je courusse moins risque de m'égarer. Mon dessein fut admirablement favorisé par la magnifique Histoire du Pérou , composée par le savant Prescott : je m'en suis servi pour rédiger un abrégé concis et rapide des faits historiques relatifs au Pérou. J'ai eu grand soin de n'employer qu'un style simple, clair et didactique propre aux ouvrages de ce genre. Il n'est pas permis d'ailleurs d'écrire autrement les ouvrages destinés à l'enseignement de la jeunesse. La belle et romantique histoire de Christophe Colomb , par Washington Irving , m'a été d'un puissant secours dans plusieurs circonstances, spécialement dans ce qui a rapport à la découverte du nouveau monde.

D. Mateo PAZ SOLDAN.

(1) Nous avons déjà prévenu nos lecteurs, dans notre Discours préliminaire, que des circonstances, indépendantes de notre volonté, ne nous ont pas permis de publier, en tète de la Géographie, la traduction que nous avious faite de cette histoire, si intéressante à tous les points de vue. — A. Mouqurron.

AVERÏISSRMENT DE L'ÉDITEUR

Mon IVcrc, le docteur don Maleo Pa/. Solilan, s'est proposé d'écrire un Traité de Géographie mathématique, physique et politique : il a commencé par la Géographie mathématique , et , comme ses connaissances dans cette branche étaient très-profondes, il a laissé des travaux où il n'y avait presque rien à retoucher. Mais il n'en a pas été de même dans la partie physique et politique. Son manuscrit était achevé , mais il s'y rencontrait un grand nombre de lacunes et d'omissions qu'il n'a pas eu le temps de combler, tant sa maladie fut rapide et menaçante; mais son amour de la science était si grand que, malgré sa santé délabrée , il sut puiser de nouvelles forces dans son enthousiasme scientifique, .et qu'il amassa un grand nombre de matériaux pour écrire un traité de Géographie du Pérou. C'est alors que la mort vint le frapper au milieu d'une brillante carrière : le Pérou perdait en lui un citoyen qui lui avait rendu de grands services. Je me chargeai donc de mettre de l'unité dans les travaux commencés par mon frère : je remplis les lacunes, je confrontai les citations et les faits. Dans la parti» matliématique , ma révision s'est bornée à peu de chose ; dans la partie physique, ma tâche a été un peu plus difficile ; mais, pour ce qui concerne la Géographie du Pérou, je dois dire que le manuscrit laissé par mon frère n'a pu me servir en quelque sorte que de canevas pour l'ouvrage qui parait aujourd'hui.

Ceux-là seuls qui connaissent le Pérou peuvent comprendre les difficultés que j'ai rencontrées pour déterminer la division po-

«AMBAranc DU Pérou.

litique des départements , leurs limites , celles des provinces, des districts, etc. Ce qui parait simple au premier abord n'est qu'un vrai chaos : les sous-piéfets , qui devraient connaître les districts dont se compose leur province, ne remettent entre les mains du gouvernement que des rapports inexacts ; et, quand on compare deux ou trois de ces états dressés par les sous-préfets, il ne résulte de cette confrontation que la confusion et le doute. Je suis parvenu à surmonter toutes ces difficultés, en consultant un grand nombre de livres et une foule de documents officiels et privés. La division politique des provinces et toutes les modifications survenues dans l'administration sont conformes aux dernières lois promulguées jusqu'en Tannée 1861. Je désire que mes ef forts puissent contribuer en quelque chose à' améliorer l'ouvrage commencé par mon frère.

Ea Europe, j'ai pu puiser un grand nombre de documents officiels sur les douanes de France et d'Angleterre ; examiner dans les bibliothèques plusieurs ouvrages rares ou inconnus au Pérou, et une foule de publications faites par des voyageurs qui visitent notre pays. J'ai tiré profit de tout ce que j'ai pu rencontrer d'utile, et j'ai inséré chaque chose en son lieu respectif.

A cette occasion , qu'on me permette de faire ici une observation importante. Si Ton juge du mérite et du savoir de quelques écrivains étrangers par les ouvrages qu'ils ont publiés sur le Pérou, ils ne méritent pas d'autre nom que celui d'audacieux charlatans, ou de calomniateurs peu

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