VE SOUDA*. DAR-KOULI.A
et d'une quantité d'autres relations africaines, que les habitans du Soudan ne s'expriment souvent pas très-clairement sur les différentes contrées du monde; en parlant du cours d’un fleuve, ils ne prétendent pas, comme les Européens, indiquer sa direction générale ; au contraire , ils n'ont toujours devant les yeux que la ligne du fleuve telle qu’elle s'est présentée h leurs yeux dans un certain endroit. Ont-ils remonté le Nil, ils diront que le Nil coule dans la direction qu'ils ont suivie, c'est-'a-dire au sud et au sud-ouest, parce qu’il s'élargit ou se ramifle en forme d'arbre dans cette direction ; c’est ce que Ploiémée semble déj!> avoir remarqué à l'occasion des fleuves du Soudan; les Arabes aussi appellent souvent la source du Nil, sa fin. En conséquence, le Misse/ad, que Browne ne place à I)ar-Koulla que par oul-dire, prendrait son cours au sudest , et aurait une direction tout opposée à celle que lui donne ce voyageur, l'inclinaison du sol ne serait pas dirigée vers l'intérieur du Soudan, mais vers le Nil-el-Ebiad du côté de Scnnaar. Une autre raison qui nous fait rejeter l'opinion de Browne , c’est que Rurckhardt , pendant son séjour dans le Soudan , n'entendit nulle part (1) parler d'un Bahar-Misselad séparé , tandis que les voyageurs de Borgou ou Dar-Saley lui confirmaient généralement l'identité du Grand-Fleuve avec le l'iit-el-Abiad. Ces contrées mystérieuses qui, selon lui, doivent être bien habitées, paraissent ne pas être inconnues à un certain géographe nubien , Selym (2) , puisqu’il fait venir le Nil-el-Abiad de grands lacs situés daus le Soudan. Uacrizi qui avait consulté ce Sclim-el- Attsouany , historien nubien dont les ouvrages sont perdus , dit du bras occidrntal du Nil ou du grand Nil-el-Abiad (Nil blanc , suivant Jackson Nil des nègres), qu'il vient de l’ouest, qu’il est profond et blanc comme du lait. Voici ce qu'il apprit des voyageurs du Soudan : >> Le JUl-el- Abiad vient de montagnes de sable, il s’assemble dans le Soudan en plusieurs grands lacs ( Berak , suivant Selym, pluriel de Birket , qui signifie lac), le pays qu'il parcourt ensuite est inconnu, ses eaux ne sont plus blanches, elles ne reçoivent cette couleur que de la nature du sol ou d'un affluent. Ses bords sont habités par différens peuples. » Ailleurs ce même auteur nubien s’ex-i
(t) Burckbarüt, Tn*., App , II, p, 484.
(2) MacrUl , d'après Seljrm-el-AJvouaoy , App. 111, dans Hun khan», Trav., p. 409, et dans Quai remère , Mémoires »ur l'fcfjide, etc* , farl», 1811, II, p. 21.
primr ainsi dans Macrizi ( l),sur le cours supérieur du Nil qu’il avait exploré , en partant de la Nubie : * Je me suis beaucoup informé chez tous les peuples, mais je n'ai trouvé personne qui cou- . nût sa fin ; on disait seulement que les eaux venaient des déserts. A l'époque du gonflement des eaux le fleuve emmène cependant des débris de bateaux, des battans de portes et d'autres objets, d’où l'on peut conclure qu’au delà de ces déserts se trouvent aussi des pays civilisés. *>
1,'identité du Niger avec le Nil est encore confirmée ailleurs. Hornemann (2) apprit à Mourzouck, d’un habitant de celle ville, qu'en effet il existe une liaison entre ces deux fleuves, mais qu'elle n’est d'aucune importance avant le gonflement des eaux , attendu que , dans la saison de la sécheresse , le Niger est stagnant et ne coule pas. Or, faut-il admettre que la réunion qui a lieu dans la saison des pluies se continue également par des souterrains pendant la saison de la sécheresse , et que l'eau flltrc à travers des montagnes de sable? ou bien le narrateur de Hornemann neconnaissail-il pasleGrand-Flcuve au sud.
Les basses terres de I)ar Koutla pourraient détruire l'hypothèse de la réunion du Niger et du Nil si on compare leur abaissement absolu à la hauteur absolue de la terrasse de Sennaar (qui , bien qu'élevée de 4,000 pieds au-dessus de la mer, d'après les indications de Bruce, recti fiées par Rennell et Humboldt, est cependant traversée par le Nil-el-Abiad oriental). C’est là le point capital sur lequel s'appuie Hennell (3) pour réfuter l'identité des deux fleuves; jusqu'ici nous n’avons pas encore pu détruire cet argument , à moins qu’on n'admette, ce qui nous parait très-vraisemblable, que toute l’Afrique centrale est beaucoup plus haute que le niveau de la mer.
S’il existr réellement une réunion entre le Niger et le Nil, et si le canal du prétendu Baliar- Misselad . en se dirigeant à l’est, sert en effet à unir tes deux fleures, il faut nécessairement qu’il forme une grande courbe au sud du Dar- Four, et que, se tournant au nord-est, il baigne ensuite, comme Bahar-el-Abiad , la limite du Sennaar. Les prétendues sources du Nil ou Bahar-el-Abiad , situées à l’est de Donga , sur les
(1) Qmtr. «m. >ur l'tsrrlr, p. 488.
(S} aorosiniun, Voy., SS. L.I1A*», |). 202.
(2) Xenneu , dan» Borncmion , Yor. » Sd. LsnsISs , Il , p. M8.
montagnes de Komri , ne seraient dans ce eas que les sources d’un affluent droit, venant des hautes montagnes au sud, et l'on passerait le Grand-Fleuve sur la route des caravanes, qui conduit de Kobbe aux mines de cuivre de Fertit (voy. p. 130).
En effet l'itinéraire mentionné ci-haut nous apprend qu'après sept journées et demie de marche au snd de Dar-Fungaro, on arrive au Ba har-Taisha (1) et delà seulement au Bahar-el - Abiad ; le ISahar-Taisha , dit-il, se jette dans le Itahar-el-Abiad près de Tendernï; le pays d’à l’entour est habité par des peuples pasteurs, appelés Cousin. On y rencontre une quantité de palmiers, avec des fruits semblables aux cocos ce qui nous fait croire que le fleuve qui les arrose ne peut couler que dans une vaste et large vallée; en outre le Itabar-Taisha se dirige évidemment vers le Nil , et parait n'ètre pas seulement un torrent de montagnes. Or, si la jonction du Nil et du Niger s'opère réellement par un fleuve, pourquoi n'adinettrait-on pas que le Bahar-Taislia est identique gvec le Ba/inr-Missclad qui unit les deux fleuves. Le Bahar-el- Abiad, recevant ainsi un tel affluent, cela nous expliquerait, en quelque façon , comment il se peut qu’il roule vers la Nubie une masse d’eau trois fois plus considérable que tous les autres bras du Nil réunis; on pourrait aussi, dans ce cas, dériver des tribus nègres du Soudan, l’émigration dcsFoungi, dont la nombreuse Hotte de canots ( voyez page 142) exigeait un fleuve considérable.
I.e grand enfoncement près du Misselad s'appelle, suivant Browne, Dar-Koulla, suivant d'autres auteurs Bahar-Koulla, (dar signifie pays, bahar , eau); les nègres prononcent ce mot arabe k'uolla , comme Bowdich eut l’oceasion de s’en assurer chez les Ashantis et sur le fleuve Gabon ( voyez page 164). Jackson en traduit la signification par *< assemblage des eaux de la mer » Me son alllnyether (2), et observe en même temps queeette expression s’emploiechaque fois pour désigner la liaison du Nil occidental ou Niger avec le Nil oriental , par conséquent la continuité de ces deux fleuves (3). Donc cette grande contrée inondée d’eau a une signification tout h fait appellative, comme à peu près
(1) Browne, Trav., A;>p , p. 47a.
(S) JickuniVAcc.of rtoib., p. 478,487, 407 et 603. (3) aonur 1817, p. 188.
NV angara. Mais, ce que les rapports des Ashantis ( 1) appellent le pays et le royaume de koulla- Raba n'est évidemment chez les Arabes que le koulla-Raba ou Raba-koulla, c’est-à-dire le bois de Koulla ( Roulla ) ; par conséquent , pas autre chose que les forêts de la région marécageuse, que nous avons décrite plus bautsous ce même nom, en parlant du bord septentrional de l’Abyssinie ( voyez page 133) ; en comparant cette Koulla d'Abyssinie avec le Dar-Koulla du Soudan , auquel elle se rattache immédiatement, on pourrait en tirer d'importantes lumières pour la connaissance de tout le Soudan septentrional, le longdu bord méridional du Niger.
Nous terminons ici nos recherches sur le Grand-Fleuve, avec la conscience d'avoir poursuivi avec une scrupuleuse exactitude les sources principales , les rapports des témoins oculaires et les faits qui en résultent. Si nous leur avons accordé une aussi grande importance, c’est que I expérience nous a appris que souvent le succès de nouvelles découvertes dans ces contrées lointaines, le bien-être des voyageurs et la réussite des entreprises les mieux organisées, dépendent de la fidélité et de la justesse des données géographiques.
Maintenant, avant de passer au système du Nil, nous nous permettrons d'ajouter à ce qui précède un aperçu général accompagné de quelques hypothèses sur le Niger.
8” Éclaircissement.
Coup d an l historique. Le ii’iyer, un système d'eau non encore développe".
I.a Société africaine considère avec raison le Niger comme l’objet le plus important de ses recherches; il offre la voie la plus s tire pour découvrir le centre de l’Afrique. Ses bords , dans l’intérieur de celle partie du monde , sont cultives et habités comme ceux de la Tamise ; les villes qui les couvrent sont autant' de grands marchés où se trouvent réunies toutes les productions remarquables et précieuses de l’Afrique septentrionale. C’est là le centre de tout le commerce africain. I n grand nombre de caravanes s’y rendent annuellement des bords delà Gambie , du Sénégal , du Maroc, de Fez , de Tunis , de Tripoli, du Fezzan, du Caire, du Dar-Four
(I ; Bjwdlcti Mission, ||,p. 202.