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LE NIGER

et sans doute aussi de la côte des Somaulies. Malgré la différence de costume, d'usage et de langage , la paix , l'ordre et la bonne foi ne sont jamais troublés parmi toutes ces nations diverses qui affluent de toutes les parties de l'Afrique.

Il n’y a que la sûreté , la propriété , la justice des souverains envers leurs sujets , l'estime des étrangers , la politesse et l'honnêteté dans le commerce , qui soient capables de conserver et de maintenir ainsi des relations durables entre des millions d'individus. Or, nous «oyons, par les relations d'un grand nombre de témoins oculaires , et plus encore par l'histoire du commerce africain , en tant qu'il exerce une inSueuce audehors , que ces grandes qualités forment le caractère distinctif de tous les habitans des villes situées sur le Niger; si quelquefois les relations commerciales y sont interrompues par des dissensions inévitables , la paix et la proscrite ne tardent jamais à se rétablir aussitôt.

Mais comment un commerce aussi vaste at-il pu s'organiser dans ees plages brûlantes de l'Afrique? C'est ce que les dtcouverles h venir nous apprendront ; cependant on peut admettre d'avance que le sol , première hase de tous les phénomènes, a aussi puissamment contribué au développement de la civilisation et du commerce chez les peuples africains.

Le système d'eaux du Niger a un caractère si particulier, qu'on ne peut se le représenter sans une influence marquante sur l'histoire du développement de ses habitans, au milieu du vaste continent qu'il parcourt.

Son cours ne suit pas, comme beaucoup d’autres fleuves, la direction de son embouchure; mais ses eaux coulent de l'est à l’ouest et de l’ouest à l'est , du nord au sud rt du sud au nord. De même aussi les peuples se réglant d'après le gonflement du Niger, se rassemblent tous dans les vastes terres du cours inferieur où se trourenl les grands marches dont nous venons de parler. Semblables au Niger qui vient y confondre ses eaux et déposer, sur le sol, la poudre d'or et les trésors de fertilité qu’eût s accumulent sans cesse dans leurs cours, les peuples les plus divers se réunissent ici pour échanger les produits de leur travail et de leur industrie. La saison brûlante venue, les eaux, mêlées d'autres substances, et so iiinisesà des formesdifférentes, s’en von l b travers les airs, et les nations, enrichies des produits d’autres nations, s’en retournent à travers les déserts , chacune dans leur patrie, pour revenir rncore, lorsque le soleil aura de nouveau accompli sa course ,

s'enrichir il cc commerce avantageux et lucratif.

En examinant de près le Niger, il se présente il nous comme un système d'eaux très-incomplet qui, jusqu’à présent, n’a pas encore acquis, dans son développement individuel, le caractère d'un système de fleuve accompli et partout exactement limité.

Aussi, comment expliquer sans cela toutes les contradictions dans les relations sur le cours du Niger? Son domaine des sources se confond encore avec le domaine des sources du Nil , et peut-être aussi quelque partavec celuiduSénégal, du moins une partie de l'année, pendant le gonflement des eaux; il n’existe pas encore ici de partage d'eaux absolu. Le Niger n’est donc pas, même à sa source, aussi parfaitement individualisé que le dernier des fleuves européens. Dans le berceau du fleure , les affluons ne se sont pas encore frayé un cours aussi profond que dans d'autres systèmes ; de sorte que l’on peut encore se passer des canaux qui , en Europe, suppléent aux portages, et effectuent la correspondance des fleuves entre eux.

On trouve entre le Nil et le Niger des fleuves qui, suivant les saisons, peuvent appartenir, tantôt à l'un, tantôt à l'autre système.

Le Niger n'est pas mieux individualisé dans son cours moyen , où il forme de grandes Iles , des lacs ; il ressemble , tantôt à un fleure , tantôt à un bras de mer. Nous ne savons pas d'ailleurs si le Niger présente réellement un système d'eaux indépendant, ou s'il n'est qu'une chaîne composée de plusieurs systèmes (1 ).

Hui abolis.

itinéraire de Badji-Boubeker, de Fouta-Ton à Suaktm et à ta Mecque, par le Soudan .

Le voyage intéressant deee pèlerin africain noua a été communiqué par M. Ilouiée (a), orienlalialo distingué , dont nous déplorons ta mort trop prématurée. fladji-Boubckcr, partant dn pays d'Alpes des nègres Foulahs , visita tous les pays situés aur le Joliba : S -go, Timbouctou, Haoussa, Bornou, Dar-Four, et pénétra ainsi jusqu’au Nil dans le Senuaar. De là, s’embarquant à Suakim, il se rendit i la Mecque, et revint , par le Caire et le Maroc, au Sénégal inférieur. C'est Ici qu’il fit la connaissance de Rouxée (mort au Sénégal en 1800).

(1 ) voy. Sots m mrMi à la fin du volume.

(2) Jontard, Soticeaur S. Bouler, voyageur français, dans Xadlc-Crun, Sstv, Annale» de Voy., Pari*, V lu , P. 19.1.208.

AFRIQUE, SYSTÈMES D*RAU : IIIe DIVISION, j 23.

Son récit, concis el circonstancié à la fois, est d'autant plus important, qu‘«»uparavant nous n'avions aucune connaissance du Fouta-Toro , pays ualal du voyageur africain. Nous ne rapporterons ici que ce qu’il renferme de nouveau , et ce qui peut servir à confirmer el à détruire les opinions émises précédemmt nt, persuadés que nous sommes que cette masse autrefois confuse de faits el de relations sur ces contrées de l'Afrique, peut maintenant se laisser résumer en un ensemble critique.

If ad ji-Boubeker ( 1 ) , mahométan de naissance, partit de Fouta-Toro (Foutadoro) , sa patrie, pour se rendre à Ségo, situé à l’est. De là, se dirigeant au nord-est, il arriva, en vingt-cinq jours, à Timbouclou, qui est à peu de distance de Cailoum (le Sansarra ? ), grand fleuve que le voyageur prend pour un bras du Djolba (Joliba). Les Maures l’écrivent Djolba, les nègres Djaliba( 2).

Timbouclou est maintenant sous le joug des Touaricks (sans doute les Phelleta dont nous avons parlé plus haut), qui, venant de l'oasis Tawat (Toual), subjuguèrent ces contrées, et sont, depuis fors, en guerre continuelle avec les Maures. Des circonstances imprévues empécbaut Iladji d'aller directement à Haoussa, il prit sa roule par Djenné (Jeiuiie), qui en est éloigné de trente journées; il fit la moitié du chemin par eau, naviguant au travers des royaumes de Kabi et de Noufa. Le royaume de Haoussa sc compose de cinq à six étals qui n'étaient autrefois habités que par des nègres de la race des Joloffes et des Maures. Les Touaricks et les Fouhlas en occupent maintenant la plus grande partie. Ces Fouhlas, Fouk les (Poulet) habitent toute la partie occidentale de la ville , à laquelle ils ont aussi donné leur nom ( Foulhon). Ils ont absolument la même couleur, 1rs mêmes traits et le môme langage que les habitans de Fouta-Tore. Ceci confirme ce que nous avons dit plus haut, sur l'identité de ces peuples remarquables, répandus par toute l’Afrique septentrionale, et auquel on devrait accorder plus d'importance, comme formant une race moyenne (3) entre les véritables nègres el les autres nations de l'Afrique, au teint plus clair. Eux-mêmes se donnent le nom de D&omani. Suivant Ifadji-Boubeker, ils sont les meilleurs bergers du monde, et leur pays est aussi bien cultivé que l'Égypte. Il est vrai, dit Hadji , qu on n'y rencontre pas de caones à sucre et autres fruits du midi ; mais ils ont eu abondance le millet, le froment, l'orge, le coton, le chanvre, l'indigo , et s'entendent parfaitement à teindre toutes les couleurs. Haoussa a plus de relations commerciales avec les pays situés à l’est, qu'avec

(1 ) H*dJI-Doubckcr. IMnérairedo Scno-Pale!, Tille de Foula, i la Mecque , dans Malta-BrUD, ibid., p. 200.

(2) Ibid., p. 202.

(3) Milhridate», 111, cli. 1, p 142.

ceux de 1 ouest. De Timbouclou, ITadji-Boubtkor sc dirigea sur Kassina, capitale du Haoussa oriental, et la plus grande des villes situées sur le Djoliba. Le commerce y est très-florissant ; les marchands qui y affluent s'y rendent des contrées les plus lointaines de l'Afrique, par exemple, de Tripoli; ils sont faciles à reconnaître à leur couleur claire et à leurs riches vêteraens. Les Haoussas, c’est-àdire les anciens habitans du pays, sont ici beaucoup plus nombreux que les Foubles et les Touaricks. les Arabes donnent à (avilie le nom de Kaichna, mais les nègres, qui n'ont pas le son du icA, l'appellent Kassina.

Ce récit du pèlerin africain correspond parfaitement à ce que nous avons dit plus haulde la situation du Bornou (l). « Burnou, dit-il, est situé directement à l'est, el uon pas aa nord-est de Kassina, et le royaume de Bornou est traversé dans toute sa largeur par le grand Djoliba. Les babitaus sont noirs comme ceux de Haoussa; ils ont les mômes mœurs, mais ils ne parlent pas la même langue, et soûl beaucoup plus habiles, plus braves et plus spirituels que ces derniers. » De Bornou , Iladji- Boubekcr partit pour Wadaë (Wadai), se dirigeant toujours à l'est. Tout à coup, le Djoliba, qu'il avait toujours eu à sa droite, l'abandonna ; il s’informa de quel côté le fleuve se dirigeait : les uns lui répondirent vers le Ml, d'autres lui dirent qu’une partie du Nil se mêlait avec le Djoliba ; d'autres enfin, qui ne pouvaient nier la réunion des fleuves, prétendaient que le Djoliba coule très-loin au sud, et qu’il se termine en Éthiopie (dans la Habesch). Plusieurs grands fleuves se jettent à Wadai, dans le Djoliba. Parlant de Bornou, Hadji continua son voyage par Begharme, kouk, Four, Shcodi, dans le pays de Barbara, où il rencontra un peuple agricole et laborieux , soumis à la domination des Arabes. Il ressemblait, quant à la physionomie et à la couleur, à ses compatriotes, lesFotihles. Après avoir visité ces contrées, que Barckhardt, après lui, a décrites avec tantde talent, Hadji partit pour la Mecque, où il arriva quatorze mois après son départ de Fouta-Toro.

ni.

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