CHAPITRE PREMIER
Cours SUPÉRIEUR.
Deux principanx bras , l’un h l'ouest, l’autre h l’est , doivent attirer ici l’attention de l’observateur.
1 . Le bras occidental du Nil, lUiltar-el- Abiad ou le fleuve blanc.
Celui-ci ,1e plusconsidérable des deux Neuves, descend, selon Selim, d'une chaîne de montagnes de grès (p. 283); il tire son origine d’une quantité de sources situées sur les montagnes de la Lune (Jibbel Koiimri), et qui toutes se réunissent dans un seul lit, dans le pays de Donga. De Bornou, on met pour arriver à ces sources, en se dirigeant d'abord au sud, vingt
jouruées de marche ; de Sennaar par Schillouk, quarante-cinq journées (1). Toutes sont situées entre le 7" et le 8“ de lat. nord et h une distance directe de l’embouchure du Neuve, de 260-280 milles géographiques (1,440 miles). Le Neuve parcourt d'abord cet espace dans la direction nord-est , puis il se tourne au nord , où H ne sc trouve placé qu’à 17° h l'ouest du méridien de l'embouchure du Nil ( au 49° long, est de l'ite de Fer (2)).
L’Abiad , après avoir coupé la terrasse de Fazouglo, pénètre à travers les montagnes de Deir etTouggalaetlepaysdes Foungi; il entre eusuile dans une vaste plaine où il reçoit les eaux d'uu grand nombre de Neuves inconnus jusqu'à ce jour aux Européens, mais dont nous connaissons en partie les noms , par les récits d'esclaves nègres transportés de ces contrées dans d'autres pays (3). Ce sont, par exemple, le Bahar-lndry, le Bahar-Arram/a, le Bahar-cl-Uarrus (venant des montagnes de Uarrar?) le Ba/iar- Emdrcnje et le Bahar-Esrak, qui est sans doute identique avec le Bahar-Azrek. Le Maley , qui prend son origine dans les marais au pied de la terrasse de Naréa et coule ensuite par Bizamo, paraît également se jeter dans le Bahar-el- Abiad; de là vient sans doute que Bruce , dans sa carte du Nil, le confond avec ce dernier (4).
L’Abiad forme dans ces contrées Hn grand nombre d’Iles , dont trois des plus considérables ne sont habitables que jusqu’à l'époque des pluies ; dans la saison delà sécheresse , elles scrvcntde repaire aux Schillouck , peuple de nègres idolâtres , qui ne vivent que de piraterie (3) ; au milieu du siècle dernier , ils rendaient encore par leur brigandage toutes les contrées d’alentour très-dangereuses pour les voyageurs.
Au 13° de latitude nord, c’est-à-dire sur la même latitude que la ville de Sennaar, l’Abiad coule entre deux villes, dont l’une, el Acie ( Hellet-Alleis , suivant Browne), est située sur la rive gauche, l'autre, Schillouck, sur la rive droite du Neuve. Les Ko filas, allant de Dar-Four
(1) Bnmne, Tr»v . , p. 473.
(2) Senne», Mm., Jinl Morncmsnn , Vantes, «4. Unjlèi, II, p. £38.
(3) SceUcn , Sachrlchten iiber Dv-Fur , la V. Zacb. M. forr , 1810, mars.
(4) Bruce, Trav., 2* dd., VI ï; dans «urray , Dissertation on lhe progressive Ccogr. of Ibe ftahar-cl-Ablad, «UJ. « p. 386.
(5) Ex tract, ofmanusc., dans Bruce, Trar., Ibid., p. 80.
fl «le Kordofan il Stnnaar (1) , ont établi ici leur passage. Ije Heure est si large en cet endroit, qu'il est impossible de reconnaître la physiontmie d'un homme placé sur le Tirage opposé; la vois, au contraire, s'entend très-distinctement. Le tord occidental du fleure est courert d’arlires de toute espèce; sur le tord oriental, est située la Tilledes nègres schillouck qui, moyennant une rétribution , transportent les royagrurs b l'autre bord. Leur ville est bâtie de mortier; les babitans ne portent aucune espèce de vèteuiens. A huit journées de lb , au 16* latitude nord , Bahar-el-Abiad reçoit près de llolea , les eaux du Bahar-el-Airek , qui est moins considérable (2) , bien que les babitans de ces contrées disent u que i'Abiad se jette dans l'Azrek » ; il conserve aussi en effet son nom , tandis que celui d 'Abiad disparaît (3). Ces notions incomplètes s’accordent parfaitement arec les nouvelles découvertes faites par Burckbardt en Nubie (4).
2. Le Ml oriental, Bahar-cl-Azrck ou le fleure bleu (Bahr-Asral).
On nous cite comme sources de ce fleuve plusieurs (3) fontaines abondantes situées dans le pays des Agows, sur des hauteurs marécageuses et couvertes de verdure; la distance qui les sépare n'<st que d'un jet de pierre; elles sont trèsprofondes, mais n'ont b leur surface que quelques piedsde diamètre; leur emplacement est une haute vallée en forme de demi-lune ; Teliez (6) la compare b la superbe vallée du Montc-Cavo, qu’on aperçoit de Rome, au-dessus d'Albano, et qui est généralement connue sous le nom de C</OT/)0-rf’.4nn;6fl/e.Ceshauteursorbiculaires(7) appelées dans le pays Litchambra et Afonnaseha, exaltèrent b un tel point l'imagination de Bruce, qu’il les prit pour les Montes l.unw de l’tolemce. Après avoir fait plusieurs détours sur un sol marécageux, entrelacé de racines et d'herbes (sans doute un marais tourbeux), le fleuve entre dans un lit rocheux, b travers lequel il se précipite comme un torrent, dans la vallée; après un cours de trois journées de marche, il
(1) Browne, Trav., Itiner. , I, from Cobbc to Sennaar, P. 451.
(2> Browne, Trav., p. 458.
(3) Murray, Dliterl., p. 304.
14) Durckhartl, Trav. in Rubla, p. 341.
(6) Suivant Labo, «feu*; suivant Bruce, trois.
(6) TU«l * 3 * * 6 7venol, Recueil, p. 10.
(7) Bruce, Trav., v, p 302
atteint la plaine de Baad, où sa largeur est déjb d'une portée de fusil.
A la source du Nil , près de Géesch , dans le pays de Sakahata (Sacrala, suivant Bruce) (I) le baromètre tomba jusqu'b vingt -deux pouces anglais , ce qui suppose une hauteur absolue de 0,612 pieds (1,652 toises).
En quittant la plaine de Baad , le Nil serpente b travers un espace de 26 milles géographiques (33 lieues) jusqu'au pays de Dembéa (2) où il se jette dans le lac de Yzana ( Bahar-Senu) ; mais, avant d'arriver, il donne naissance b deux cascades , la première dans la plaine de Goutt'o, où ses nombreux méandres forment sur l’espace d'un mille géographique plus de vingt péninsules b angles saillans (absolument comme le fleure au gut i près de Stirling en Ecosse (3) ) ; la seconde , moins considérable , se trouve près de Kerr.
Le Nil, b l'endroit où il coule dans le Tzana(4), a une largeur de 260 pieds; il parcourt ce lac sur une étendue de 3 milles géographiques, sans que jamais ses eaux se mêlent b celles du lac, soit qu'elles soient trop rapides, ou parce qu’une cohésion toute particulière de leurs parties les empêchent de se confondre.
Ce lac d'alpcs est situé au milieu d'une Tallée très-fertile semblable b la vallée d’L'rseren sur le Sainl-Golhard, et jadis recouverte par la mer. 11 reçoit un grand nombre de lorrens d'alpes ; son étendue est de 9 b 10 milles géographiques en longueur et de 2 b 7 milles en largeur (il est par conséquent plus considérable que le lac de Genève, qui n'a que 14 milles de longueur, y compris la courbe, et b peu près 2 milles de largeur). Suivant le rapport des Abyssiniens, on y compte 24, suivant les Portugais et Bruce, 11 Iles habitées. C'est sur ses bords que s'est concentrée toute la culture du pays d'alpes abyssinien.
Le Nil coule avec une rapidité extraordinaire b travers ce beau lac d'alpes ( transit innatans quasi super ilium) (8) ; on peut facilement s'apercevoir de son cours, en y jetant de la paille, du bois ou quelque autre corps léger (6).
En quittant le lac de Tzana , que Grégoire ap-
(t ) Tobo, a , I, p. 22t.
(2) Telle*, (Lins TbCvrnot,p. 13.
(3) A . vurray. dans Bruce, Trav., V, 313.
(4) Teliez, dans Tbâvcnoi, p. 1 1 et 24.
(5} Abba CrrRorius, dans Lud., Oist. €lb., I. t, r. 8. (0) Telle*, dans Tlu’vcnol, p. 23.