ML. COURS SUPÉRIEUR
pelle Dora, du nom de la province située à sa sortie, et quelquefois Bada, le Bahar-cl-Azrek se dirige d’abord au sud-est; se courbant ensuite en spirale au sud, à l'ouest et au nord , il sc rapproche de nouveau de sa source jusqu'à la distance d’une journée de marche, après avoir parcouru un espace de vingt-neuf journées. Le pays de Gojam , qu'il entoure ainsi de ses eaux, s'appelle généralement la péninsule de (iujam (I).
Le fleuve , qui s’échappe avec violence de la pointe sud-est du lac , se précipitr, après avoir franchi un espace de 2 milles , dans la célèbre cataracte d'AIata , que Bruce (2) évalue à quarante pieds de hauteur; c’est la première cataracte des l’orlugais, la troisième cataracte de Bruce. Il coule ensuite dans un ravin étroit ,et sombre, hérissé de rochers escarpés, audessus desquels est construit un pont que les Portugais firent sauter, pour mieux défendre leurs possessions; c'est le premier et le seul qu'on rencontre dans cette contrée; le pont de Sioul , mentionné par l’oncet n'a jamais existé (5). Le fleuve atteint, dit-on, jusqu'à La largeur d'un quart de lieue, dans les grandes eaux. Le pays à l’entour appartient aux plus belles contrées du Habesch. « Ici, dit Abba Grégoire (4), toutes les » eaux de pluie, touslesflruveseltorrensdulla- » bcsch (à l’exception du Hanazo et du llanash, » qui se dirigent vers la mer Bouge, sans cc- » pendant l'atteindre), se réunissent à ce roi des » eaux, que nous appelons Abay , le Géant, et » forment son cortège , dans sou cours lointain. » Ainsi renouvelé et fortifié, il s'élance , joyeux » comme un héros, suivant l’ordre de son créa- » teur, dans les contrées inférieures, pour fruc- » lifter le pays d'Egypte , qui n'a pas de pluie, a
Mais, avant d'atteindre l'Égypte, il parcourt encore la terrasse de Fazouklo, le pays des noirs ou Schangallas , et coupe la grande chaîne limitrophe en trois cataractes différentes (3), dont la première sc précipite d'une hauteur de 280 pieds, dans le pays des nègres, appelés JVouba sur la rive occidentale, llouba sur la rire orientale. Plus loin , du côté de l'ouest, celte même chaîne limitrophe porte le nom de Deir et de
(1) Vcllrs, ll>ld. , p. 13. — Lobo, lelse, 1, p. 282. — Bruce, Trav. , V. p. 313.
(2) Drtirc, Trav., V, p. 105.
;3J roncet, Vor., p. 3. — Bruce, Trar., m, p, 489.
(4) i.udoif, mu. Æ1B„ I. I, e. 8.
(5} Bruce. Trar., V, p. 3 IU.
Touggala; on pourrait aussi l'appeler à juste titre la chaîne des cataractes. Au-dessus des cataractes, la rive occidentale du fleuve est habitée par les Galla qui le passent à la nage , lorsqu'ils font leurs invasions dans le Habesch. Suivant Tellez, le fleuve n'est pas plus large ici que le Tibre près de Rome (1).
Au drlà du Habesch, nos renseignemens sur le Bahar-el-Azreck nous abandonnent entièrement; le pays qu'il parcourt est encore pour nous une terre inconnue; c’est ÎAdisa/em, le lYouveau-Monde, comme dit Lobo (2). Ce n’est que près de Sennaar que nous recevons de nouveau quelques renseignemens sur ses bords. Sortant d'un lit de rochers escarpés, il rntredans la vaste plaine de Sennaar, et forme près de la ville du même nom (3) une vallée des plus fertiles, couverte de riches campagnes , qu'il parcourt en nombreux méandres. Delà, entrant dans un terrain sablonneux, habité uniquement par des troupes d'antilopes, de grues et de cigognes, et où l'on ne rencontre que des plaines couvertes d’une herbe fine et des forêts d'acacias, son lit devient très-large jusqu'à ce qu'il se jette dans le Bahar-el-Abiad , à un mille géographique et demi au sud de llalfeia, près d'un petit endroit appelé llojili ou l/o/i/a (4).
Près de Basboch , sur la rive orientale , vis-àvis de la ville de Sennaar , est un pont qui conduit par-dessus le fleuve ; on en rencontre un second fait de barques , dans le voisinage de Hojila ; le fleuve en cet endroit a un quart de mille anglais de largeur, et est très-rapide; on dit qu’il est du double plus large (3) à l'époque du gonflement des eaux. Pendant la moitié de l'année ses eaux sont très-basses; et, malgré tous ses affluons de droite , il est probable qu’il se perdrait dans le sable et n'atteindrait jamais les frontièrrs de l'Égypte s'il ne se réunissait avec le Bahar-el-Abiad, dont la masse d'eau, trois fois plus considérable , est la même pendant toute l'année. Il n'est pas dit par là que le Bahar-el- Abiad n'ait pas aussi sa crue , comme le fleuve Abyssinien, mais scs eaux ne se réduisent jamais, dans la saison sèche , à un aussi petit volume.
Il est étonnant qu’après le confluent du Bahar-
(t) Tcllrr,danaTliCvenol, Rec.,p. 13.
|2) Labo, Bel», l,e- 228.
(3) Bruce, Trav., VI, p. 349, 387; VII, Appendia, p. 89.
(4) Bruce, Trav ,2*Cdit., VII, p. I03,nole4c A. Murray. ;3) Bruce, Trav., VI.
el-Azrek dans le Bahar-cl-Abiad les habitans des bords aient conservé à ce système d'eaux le nom du plus petit de ces fleuves , et que le nom de Bahar-el-Abiad disparaisse entièrement.
Cependant nous trouvons bientôt , dans le cours moyen , b côté du nom d'Azrek , le nom de Nil , que le fleuve conserve jusqu’il son embouchure dans la mer.
I,a Mésopotamie , ou le pays situé entre les deux fleuves, le Nil occidental et le Nil oriental, s'étend du sud au nord , depuis la terrasse riche en or de Fazouglo, jusqu'au 16° lat. nord. Elle n'a, près de la ville de Sennaar, selon Bruce (1), que trois journées, suivant Browne, trois journées et un quart d’étendue en largeur, et elle est le siège du royaume de Sennaar. Le côté oriental de cette Mésopotamie , arrosé par le Tacaz zé, ne nous est que peu connu. A l'ouest elle est bornée par le royaume de Kordofan qui sépare le royaume de Sennaar de l’oasis et du royaume de Dar-Four.
Burckhardt (2) nous a communiqué des rrnscigncmens très-importans sur ce pays de Kordofan qui, sauf ce que nous en lisons dans Browne (3) , nous était demeuré jusqu'alors h peu près inconnu. Le Kordofan est une véritable oasis , entourée de tous côtés de grands déserts de six journées de marche , excepté du côté de Schillouck , ville qui n’est séparée du Nil blanc que par un désert de quatre journées. Le Kordofanest maintenant sous le commandement d'un moseltim ou usurpateur , représentant du roi de Dar-Four. Il a sa résidence à Obeyd/ia (Ibeit, selon Brow ne) , capitale du royaume , et est entourée d’une garde de S00 cavaliers. Obeydha est un endroit assez considérable, composé plutôt de huttes que de inaisous; les habitans s'occupent d’agriculture et font en même temps un commerce considérable. Burckhardt cite, outre le mosellim, un indigène du Bournou, portant le litre de roi des Tekroury (des nègres mahométans), qui s'était réfugié dans les montagnes de Hashem, où il prélevait un impôt sur tous les marchands qui traversaient ces contrées. Il fut par la suite assassiné. La plupart des habitans du pays sont des Bédouins , qu’on appelle Bakara à cause de leurs nombreux troupeaux de génisses (ônAarsignifle vache). On nous cite dix
(1) Bruce, Tr»v,, vil, Appendla, P 89— f.rowne, Tr*r., F. 4SI.
(2) Burckhardt, Trav., App., I, p. 482 cl *S7.
(S) Browne, Trav., »pp., 1, 457,
hordes différentes de Bakara , qui tous parlent l'arabe ; ils ressemblent beaucoup, quant à leurs mœurs et leurs usages, aux habitans du Dar-Four à l’ouest et de Shendy à l'est. L'été ils se construisent une habitation fixe, cultivent les terres et conduisent leurs troupeaux, mais dans les autres saisons ils ne s'occupent que de brigandage, et rendent surtout les routes entre Dongola et Sennaar très-dangereuses. Ils vont eux-mèmes à ces marchés pour y vendre leur encens ( leban ), qui est réputé le meilleur de l’Afrique.
La route d'übeydha au Nil conduit d'abord au village de Dauma ; de là on arrive en trois jours li Om-Ganater , où il se prélève pour Shendy un impôt qui souvent se monte jusqu'il cinq pour cent; de Om-Ganater, on entre dans le desert, et l'on atteint le Nil; après quatre journées de marche , à Gerri , endroit où les caravanes passent le fleuve.
Recherches sur les sources du Mil.
Le père de l'histoire, Hérodote, ne put se procurer ni chez les Égyptiens , ni chez les Lybiens, ni chez les Hellènes, aucuns renseignemens sur les sources du Nil. Un seul prêtre de Sais (1), un hiérogra mrnate us, prétendait en avoir quelque connaissance; il cita auboutdelaThébaïde, entre la ville de Syène et l’Ilc d’Éléphantinc, deux cimes de montagnes, le Krophi et le Mop/ii (KfUfi, Màyi), entre lesquelles le Nil surgit des entrailles de la terre, dirigeant une partie de ses eaux au sud, vers l'Éthiopie , une autre partie au nord, vers l’Égypte. Or, ceci ne peut nullement se rapporter aux sources du fleuve; il est probable que le prêtre égyptien n’a voulu désigner que le commencement de son cours en Égypte, c'est-à-dire cette contrée des cataractes du Nil que nous ont fait connaître les voyageurs modernes. Les Cyrénéens apprirent à Hérodote que les premières notions sur le Grand-Fleuve avaient été apportées par les Nasamons , habitans des Syrles. Suivant le récit de ces derniers, le Nil coule dans l’intérieur de l'Afrique, de l'ouest à l’est ; il nourrit un grand nombre de crocodiles et est habité sur ses bords par un petit peuple noir, qui est adonné ïi la magie. Ce même fleuve, que les géographes modernes ont reconnu être
(I ) aeroJote, II, c. 33 et 32.