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Le royaume, de Shendy et r hiérarchie de Damer

Shendy , beaucoup plus grand que les résidences de Dongola et Kordofan .est, après Sennaar et Kobbe (3), l’endroit le plus marquant du Soudan oriental. Le souverain qui porte le titre de Mek, s’appelle Mmr (ce qui signifie tigre). Il peut arriver au trône par la ligne féminine aussi bien que par la ligne masculine ; il accorde généralement une grande liberté de commerce et est lui-même tout à fait indépendant, sauf un tribut qu’il est tenu de payer au Sennaar. 11 ne prélève jamais d’impôt dans ses états , ce qui fait que Shendy est actuellement le marché le plus florissant sur le Nil supérieur. La ville même n’a que 1 ,000 maisons à peu près , bâties à une

(1 ) utunouie, p. SI l

^2) Burckh»nll, Tnv.,p. 2tl .

(3) Burckturdi, Trav. in Kubla, p. 227.

demi-lieue du Nil, dans une plaine de sable, à l'instar des villages nubiens. Bruce donne le nom de Chendy (1) à un endroit au sud de l’ile de hourgos ; cette Ile coutient des ruines qu'il prend pour les débris de l'antique Meroé , mais dont Burckbardl ne fait pas mention; Bruce dérive hourgos de Hû^yc,-. tour, nom qui, dans la langue cophte (2), semble avoir pris la signification de monastère. La situation lalitudinale indiquée par lui (16* 58' 55” latitude nord) nous {tarait un peu trop méridionale.

La souveraineté du Mek de Shendy s'étend au nord jusqu'à l'embouchure de l'Atbara (5) dans le Nil , où est située l'hiérarchie de Damer, dont l'importance a considérablement augmenté depuis peu , et qui est presque parvenue à l'indépendance.

A ltoeydha , situé à une journée de marche de Shendy , le sol est partout mêlé de parties de sel que l'ou recueille, pour les extraire, dans une immense saline qui appartient au Mek; le sel se fabrique en gâteaux , avec lesquels il se fait un commerce important dans tout le Sennaar, jusqu'à Ras-el-Fil ; Burckhardt nous apprend , que dans cette saline , vingt hommes sont occupés à extraire le sel. A une journée de marche de là , vers le nord , Burckhardt rencontra d'énormes collines de décombres (4); elles avaient 80 pieds de large et s'étendaient plus d'un quart de lieue en longueur. C'est là, dit ce voyageur, le seul endroit où il rencontra quelques restes d'anciens monumens; il est à remarquer que ces collines, quant à leur situation, coïncident assez bien avec le kurgos de Bruce. A Shendy, et au nord de ces collines île décombres , près de Gabath , Burckhardt vit deux monumens titmulaires de saints , en forme de pyramides, construits de briques séchées au soleil et ressemblant, suivant l’expression du voyageur, à des sépulcres du plus ancien style (5) ; ce qui nous fait supposer que c’est chez les peuples Éthiopiens qu'il faut chercher l'origine des pyramides (voy. p. 105 et 154).

L’extrême frontière du pays de Shendy, du côté de Damer, est prèsd’llowaya; les caravanes, qui de là vont en trois jours à Shendy, font balte près de cet endroit , sous un grand dattier, qui.

(1) Bruce, Tr*v., VI, p, 430,

(3) Qualreroere, Mtm. aur U subie, II, p, 37. (3 RurckharOI, Trav., p. 373.

(4) Rurckturdl, Trav., p. 37S 376.

(3) Voj-cf 1c dessin, Sans BurckharJI, p. 374.

ATBIQIT, SISTKHEi ù'EAV : III' DIVISION , S

dit-on , est le seul cl le plus considérable de ces contrées ; car, depuis Dongola jusqu'ici, on n'en rencontre nulle part. Cet arbre remarquable est comme un signal indiquant que le désert est heureusement franchi ; tous les parens et les amis des voyageurs viennent attendre sous son ombrage l'heureux retour de la caravane. Ilurckharilt (t), qui séjourna dans celte contrée depuis le 17 avril jusqu’au 17 mai 1834, nous apprend ce qui suit sur l'état actuel et le commerce de Shendy.

Les habitons tes plus marquansde la ville sont des marchands ou des étrangers qui, venant de Sennaar , Kordofan , Dar-Four , Dongola , se sont établis h Shendy; la colonie de Dongola occupe même un quartier tout |iarliculirr dans la ville. Les indigènes ressemblent h Imrs voisins du nord , les Rerbers , mais ils vivent dans une plus grande aisance. La situation de Shendy entre le Soudan, l’Abyssinie, la Nubie, l'Égypte et le golfe Arabique a fait de cette ville le plus grand marché de toute l'Afrique orientale (2) au sud de l'Égypte et à l’est du l)ar-Kour. Outre les troisrangérs de boutiques où l’on vend journellement toute espèce de marchandises, il s’y tient encore régulièrement un grand marché le vendredi et le samedi ; les piastres espagnoles avec lechilfre de Charles IV ont généralement cours; on les trouve aussi répandues dans l'intérieur du Soudan , mais elles n’ont jamais reparu sur les bords de la Méditerranée. La seule industrie de Shendy consiste en forges de fer et d'argent; tous les autres produits arrivent de l’exterieur au marché , où les Dongolerry font le métier de courtiers. Burckhardt vit dans un marche hebdomadaire 4 à 800 vaches, autant de chameaux, à peu près 100 ânes , 20 chevaux, etc.

L'Egypte approvisionne le marché de Shendy de plantes medicales (de sembil ou ralcriana ccltica , venant de Trieste , de Venise et de Mehlebcn Arménie) de savon, venant des fabriques égyptiennes et syriennes, de sucre, d’étoffes , de coraux qui servent généralement de monnaie, de papier, de marchandises en fer, d’antiinoiue avec lequel les indigènes se teignent les sourcils en noir, et dont ils font une grande consommation , d’argenterie , de glaces , etc. Ce commerce lucratif, généralement exploité par des marehandsdeDaraoundansla Haute-Égypte, u'exige que peu de fonds ; il suffit pour l'ordi-

(11 B.irclkJrdi, Tra*., p. 277-361.

(8, tua , p. 2.35.

naire d’un capital très-minime de 2 h 300 , tout ou plus de 1 ,,100 dollars ou piastres qui , se réalisant jusqu’il trois fois dans une année et toujours avec de grands bénéfices, donne un énorme profit. Burckhardt, qui étudia avec soin tous les rapports de commerce du Soudan, évalue de 60 à 80,000 dollars le total du capital de ces marchands égyptiens. Le commerce augmenterait encore si la sûreté des routes permettaitaux caravanes d'arriver plus régulièrement ; elles séjournent sou vent deux ou trois mois à Berber, Damer, Shendy; leurs relations avec l’Égypte sont parfois entravées par les Bédouins, et souvent la communication avec les pays voisins de l’ouest Cl du sud est tout il fait impossible.

Le commerce le plus régulier se fait à l’est avec la mer Bouge; les marchands de Suakim, qu'on appelle aussi Hadhareba (c’est-à-dire Hadkrame , de Uadramaut en Arabie), sont les plus nombreux à Shendy. Beaucoup d'entre eux demeurent dans cette ville , où ils sont les marchands les plus riches , les plus considérés et font concurrence aux Égyptiens. Ils y transportent des marchandises indiennes, des mousselines, des cambrics, du bafte de Madras et de Surate, des épices, du mokka, etc., [tour les échanger contre des chevaux de Dongola , de l’or et des esclaves qu'ils conduisent dans I’Yemen. Quelquefois ils vont aussi jusqu’à Dongola et Kordofan ; mais il parait que Dar-Saley et Begharme sont à l'ouest et au sud-ouest l’extrême frontière de leur commerce du Soudan; il ne s’en trouve aucune trace au delà de Bahar-el- Gliazel et Burnou; quelques esclaves arrivent à la vérité des pays idolâtres deDar-Four, Borgou, mais jamais les marchands de Shendy n'en tirent de l’intérieurdu Bornou; les esclaves dece pays, qui arrivent par le Fexzan au Caire , se reconnaissent facilement à leur peau tatouée. Peu de pèlerins ( Tokroury , plur. Tekayme) (1) pénètrent de Bornou jusqu'au Nil supérieur. C’est au delà de Bahar-el-Ghazel , à Bornou que commence le grand commerce du Soudan , appelé le commerce de Zeyla ( Zcylan tradc)\ bien que s'étendant au loin à l’ouest et au nord, il parait cependant qu’il ne correspond nulle part avec le commerce de Sennaar dans le Soudan ; Burckhardt du moins ne put nulle part découvrir une trace de communication commerciale entre le Soudan de l'est et le Soudan de l’ouest.

Les rives trop élevées du Nil empêchent le

(1) R'irckhardt, Tr»v., p. 303.

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