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fleure de déborder dans le pays de Shendy ; Pari n’a pas encore obrié au défaut d'irrigation , par la construction de canaux , de sorte que toute celte contrée est très-inculte et stérile; tout son dourrah lui rient des plaines fertiles du Sennaar. La saison plurieuse commence b Shendy au milieu de juin , mais elle n'est pas si régulière que dans le Soudan occidental ; il y tombe de fortes pluies intermittentes, mais jamais on u’y voit de ces ondées continuelles si communes dans les tropiques et surtout en Abyssinie. La grande éléralion absolucdu pays fait que le climat y est plus tempéré qu’en Égypte. Le Nil n’offre ici aucun moyen de communication (1), car on ne peut naviguer sur le fleuve, elle petit nombre de barques qu'on rencontre ne sont ib que pour remplacer les bacs. On prétend qu’il existe entre Shendy et Damer une cataracte comme à Assouan et une seconde plus considérable que la première, au-dessous de Berber, dans le pays des Arabes Rebatal.
Les habitans de Shendy sont en grande partie des tribus libres d’Arabes; ils ont dans leurs moeurs et leur manière de vivre la plus grande analogie avec les habitans de Berber. Les Djaateins paraissent être les plus nombreux et 1rs plus puissans; moins importans sont les Ababde et d'autres qui, b la manière des Bédouins, se font entre eux une guerre continuelle. Ils vivent aussi dans la plus grande inimitié arec leurs voisins du sud et de l'ouest , les tribus des Shoukorye et des Kouahel, peuples pasteurs, qui confinent b l'Atbara.
Ces tribus arabes ont aussi répandu leur langue danstouteslescontrérsoù elles se sont établies. J.a langue arabe, quoiquediviséeen un grand nombre de dialectes , est généralement parlée par tous les habitans du Nil, depuis Dongola jusqu'à Sennaar au sud , et b l'ouest jusqu'à liornnu. Il est remarquable que ces Arabes b la couleur foncée parlent mieux leur langue que leurs frères de la vallée égyptienne du Nil, excepté toutefois les Bédouins au sud de Siout, dans la Haute-Égypte; ceux-ci , quniqu’ayant adopté la prononciation égyptienne , ont conservé dans toute sa pureté la langue d'Yémen et d'Hedjas. Les tribus les plus méridionales des Arabes , du côté de Sennaar, ont adopté beaucoup de mots du Soudan, surtoutdes expressions tecbniquesqu’ils ont empruntées des Abyssiniens ou de leurs voisins de
(1) Burckbirdr, TnT,,p 3 22.
l’est , des Bisharis. Les Djaaleins, ainsi que leurs proches parens, habitant dans le Kordofan, le Dar-Four et jusqu'aux Beni-Hassem sur le Bahar-el-Ghazel, parlent tous un très-bon arabe, ce dont ils sont très-fiers; ils ne se comptent pas au nombre des Arabes Mogrebi (occidentaux) , mais se disent arec raison d'origine asiatique. Leurs chants et leur poésie diffèrent en effet entièrement de ceux des Bédouins nègres et de» Arabes Mogrebi ; les deux races ne possèdent en commun qu'un seul chant, le lledou ou chant des chameaux , destiné b ranimer le zèle de» caravanes dans les fatigues et les dangers des voyages. Chanté au milieu du silence des nuits, il retentit de la même manière (1) sur les rivages de l’Euphrate, comme sur les bords de l'Atbara.
On donne par mépris le nom A'Adjem , qui signifie dans le Coran Barbare , b tous ceux qui ne parlent pas l'arabe. De ce nombre sont : b l'ouest les aborigènes du Kordofan , b l’est les aborigènes d'Albara, El-Takaet les Bisharysjusqu’à la mer Bouge, au sud les peuples de l'Afrique centrale, les Nouba, Shangalla, etc. Burckhardt mit quatre jours pour aller de Shendy b Atbara.
L 'hiérarchie de Damer.
Cet état hiérarchique, situé b une journée de marche de la frontière septentrionale de Shendy et b six lieues au nord de Uawaya , a acquis une grande célébrité dans le Soudan. La renommée de la sainteté et delà puissance enchanteresse de ses grands pontifes rappelle en quelque façon l’ancienne civilisation des oasis de Meroe et d'Ammon, que les avantages réunis de l’hiérarchie et du commerce élevèrent b une si grande gloire parmi les peuples voisins. C’est encore b l'intrépide Burckhardt que nous devons notre connaissance de ce pays jusqu’alors inconnu aux Européens; ses rapports pleins de fidélité sont d’un haut intérêt pour la géographie et l'histoire de l'humanité , en même temps qu'ils décèlent le grand talent d'observation du voyageur (â).
Le territoire de Damer est borné au nord par l'Atbara ; on ne nous cite dans ce pays qu'un seul endroit du même nom , avec 500 maisons bien bâties et toutes situées très-régulièrement entre des allées; elles sont habitées parjune colonie arabe, les Medja-ydm, appartenant-pour
(!) Burckhnrdt. T r»r., p. 364.
(3; Ibkl. In Subis , p. 365 373.
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AFRIQUE , SYSTÈMES d'EAC : III* DIVISION, $ 84.
la plupart aux fokara oing, faky ou fakir) (1) ou aux interprètes du Coran , qui ont (a renommée d'être saint» ( fokara signifie, à proprement parler, mendiant devant le seigneur1). Le chef de Damer n’est pas un Scheik , mais un grand pontife, el-faki et-kebyr ( c’est-à-dire grand faky), pris dans une famille qui s’entend à la nécromancie. Ce grand faky, auquel les habitant accordent ta toute-scicnce , rit comme ermite dans un petit bâtiment carré, situé au milieu de la place de Damer, et où il est entouré des principaux fakys qui fontgrand bruit de leur sainteté. Burckhardt obtint accès auprès de lui , arec la permissiou de lui baiser la main; le grand faky lui fit entre autres plusieurs questions sur ses éludes du Coran.
Dans la Tille sont, comme à Borgou (voy. p. 880 et 881), plusieurs écoles arabes, où se réunit la jeunesse de Dar-Four , de Srnnaar , de Kordofan , de Nubie (8) et du Soudan , pour y apprendre h lire, à écrire et à interpréter les ,ois du Coran. Lrurséludes terminera, ces jeunes gens parriennentô unegrande autorité dans leur patrie; ils y sont chargés de gérer les affaires des princes et des grands, et acquièrent pour l'ordinaire des richesses considérables et une grande intluence, en écrivant des sentences du Coran, îles amulettes, des paroles magiques , des grigris, etc. Les fakys possèdent une grande quantité de livres , d’excellens manuscrits , des commentaires , etc., qu’ils vont acheter au Caire. Au milieu de la ville est silure la grande mosquée, dont les porches servent a la fois de local pour les assemblées publiques et de lieu de repos pour les étrangers. Tout autour sont une quantité de chambres destinées aux étudians du Coran ; les fakys ont aussi pour la plupart de petites chapelles partienlières, adossées aux maisons des habitans. La contrée qui entoure la ville est trèsbien cultivée ; toutes les terres sont arrosées par une quantité de petits canaux qui y amènent l’eau du Nil ; la nourriture principale des habitans de Damer est le dourrah ; on y cultive en outre du tabac et beaucoup de colon, l.es marchandises étrangères ne payant aucun impôt, les caravanes ne manquent pas de séjourner dans cette ville qui devient de plus en plus florissante. Les faky» sont eux-mêmes commerçans ; ils gouvernent leur petite hiérarchie avec une extrême sagesse; partout leur autorité est respecter; les
(I ) Burckhardt, Tr,f., p 145 cl 327.
(i) Ibia.. p 61, «27,265.
Barbares Bisharys mêmes, ne se hasardent pas d’offenser un faky, dans la crainte qu’il ne prive leurs terres de la pluie. Les hordes pillardes de Bédouins qui parcourent tous le pays au sud de Damer, n’attaquent jamais une caravane conduite par un faky ; elles se retirent devant lui après lui avoir baisé la main; les caravanes de Shendy fontbaiteà la fonlière septentrionale de leur territoire , jusqu'à ce qu’un faky vienne à leur rencontre. Ce petit état hiérarchique, dont l’origine nous est demeurée inconnue jusqu'à ce jour, est ainsi un séjour de la paix au milieu des hordes ignorantes, superstitieuses et barbares. C’est le seul endroit où, pendant tout son voyage à Shendy , Burckhardt ait trouvé un accueil bienveillant.
I" REMAtgrz.
les Tokrouri ou pèlerins nègres , et te commerce d'esclaves du Soudan oriental i travers la vaille
du tiil.
Le sort de deux classes d’hommes de l’Afrique centrale, des esclaves nègres et des pèlerins nègres ou Tvckrouri , allant à la Mecque, se lie si étroitement à l'histoire des lieux et des peuples que nous venons de décrire, que nous croyons nécessaire d’en dire Ici quelques mots; car c'est dans ces mêmes contrées que se croisent les routes du Soudan, de l’Égypte cl de la Mecque, et il arrive souvent que des malheureux Africains, nés dans la même patrie, se rencontrent encore une fois ici, lorsqu’on les dirige vers (orient, où on leur réserve un sort aussi funeste que dans le Soudan, quoique bien diff -renl de celui qu'éprouvent ceux qu on transporte ver» le couchant, dans le Nouveau- Monde.