I. les Tokrourt, ou pèlerins nègres
Déjà Browne( 1 )les connut sousce nom, lorsque, à Dar-Four, il faisait observer qu’il n'existe pas do caravanes régulières entre celte oasis et la Mecque, et que c est la ee qui fait que beaucoup de pelerius passent par le Caire, le chemin de Suakim leur étant trop dangereux, a Cependant , dit-il, les Tokrouri, qui ne sont pas un peuple particulier, comme on l’a cru jusqu'à présent, prennent encore assex souvent celte route, et arrivent heureusement au terme de leur voyage. Venant de différentes contrées duSoudan, ils se dirigent tous vers l'est; ils ressemblent en quelque façon aux derviches du nord, sont pauvres, et n'ont , pour tout bagage, qu'une calebasse et un petit sac de cuir.
(1 Browoe, Trsv., p. 863.
ML. SHEffBY. DAMER.
dans lequel ils transportent leurs provisions.» Burckhardl apprit A les coonailre de plus près; il se trouva souvent avec eux dans 1a même caravane; et, comme ils avaient tous égalemeut A souffrir de l’oppression et du mépris des maîtres arabes, ils se rapprochèrent comme compagnons d'infortune (l). Ces pèlerins nègres s’appellent Tekayme { singulier Tekroury }, nom qui ne vient nullement d'un pays, Tekrour ou Tokrour, dont Il est question dans les anciennes géographies, mais du verbe arabe ( akoror , qui signifie se purifier, être régénéré, se sanctifier par le pèlerinage à la Kaaba. On appelle de ce nom tous les pelerius nègres qui arrivent du Soudan A la frontière du üar- Four, et qui, dès qu’ils savent lire et écrire , se dirigent vers le Caire ou l’Arabie; de là vient sans doute qu’on donne le nom de pays de Tokrour au district d’où viennent ces pèlerins, et même quelquefois à tout le Soudan (a). La plupart desTokrouri arrivent des écoles du Dar-Four, où 1a plus importante est A Kondjara. près de Kobbé; d’autres, des pays de l’ouest, desécolesde Itorgou, Bagherme, Bahar-el-Ghazcl, et quelquefois du Boruou; il est plus rare d’en voir du Séuégal. Nous n'eu connaissons qu’on exemple, Hadji-Boubeker , dont nous avons communiqué plus haut ( p. 285 ) l’itinéraire, d’après les rapports de M. Rouzée. J es nègres de Bornou et Timbouetou, A l'ouest de Dahar-el-Gbazel , se joignent ordinairement à la caravane do Fezzan et du Maghreb, qui prend sa toute par le Caire, le loug de la Barbarie. Boubeker avait lui-méme eu l'intention de suivre cette ronte.
Lee nègres tnabométans du Soudan oriental qui veulent se perfectionner dans l’etude du Coran, se rendent, par trois routes différentes, dans l’orient: PparSiout, dans la Haute Égypte; T‘ par Damar, Shendy ou Sennaar; 8° par tiondar. Axant et Taka (en Abyssinie). De IA, ils se dirigent sur Massowa et Suakirn, où ils s’embarqueQl pour Jidda et la Mecque. Il parait que le plus grand nombre prend la route de Damer. Suivant Burckhardt, ü passe annuellement plus de cinq-cents pèlerins par cette ville. On les traite avec mépris dans la plupart des pays qu’ils traversent , et ils ont à supporter de la rudesse des babilaus les inémea mauvais traitemeus que les juifs et les chrétiens dans l'Orieut. Le pèlerinage dure toujours quelques années. Burckhardl pense que , pendant cet espace do temps, il en périt au moins la sixième partie. Ceux qui échappent aux périls nombreux de la route, §«o retournent dans leur patrie avec le titre honorable de hadji. Ils sout les experts et 1rs sages de leur pays, et jouissent d’une grande distinction parmi leurs compatriotes.
(1) B'-irckhardt, Trav., p. 363, 405, 459.
(2) lbUI. i p. 45; cl, dans Courte, Itinéraire, etc., p. 203
qui leur acoordent, comme aux Marabouts, lu privilège de 1a sainteté. Pour l'ordinaire, Usâmessent aussi une grande fortune en écrivant et distribuant des amulettes et des formules magiques.