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Les esclaves ( Comp. p. 212, etc

Le Soudan oriental exporte un grand nombre d’esclaves sur le Nil. 11 s'en vend annuellement , au seul marché de Shendy, plus de cinq mille (l), dont deux mille buiteents sont transportés A Suakim, quinze cents eu Égypte, les autres à Dongola et chez les Bédouins de l'est, A Albara et du côté de la mer Rouge. Burckhardl calcule qu'il s'exporte annuellement, du port de Suakirn (2), eu Arabie, deux A trois mille, et deMassowa, trois mille cinq cents esclaves. On en tire, en outre, une graudo quantité des ports de l’Abyssinie cl des Somaulies, de manière que, suivant le calcul de Burckhardl, l’Arabie et l’Égypte reçoivent annuellement, de l'intérieur du Soudan, une augmentation de population de quinze A vingt mille Ames.

La plus grande partie des esclaves qui arrivent à Shendy sont des enfans au-dessous de quinze ans. Jusqu'à l’Age de diz ou onze ans, ils s'appellent tous Khomasy r et se paient 12 à 1 1 dollars. Entre douze et quinze aus, ou les nomme Sedasy, et, au delà de quinze ans, Balegh. Un esclave mAle de cette dernière classe, lorsqu'il a eu la petite vérole, so paie 15 à 16 dollars; s’il ne porte pas les marques de cette maladie, il ne vaut que les deux tiers du prix. Une esclave femelle, du même Age, se paie de 20 à 25 dollars. Les Baleghs sont, en grande partie, achetés par les Bédouins, qui les emploient à garder leurs troupeaux.

Avant d’arriver en Égypte, ces inalheureoi esclaves passent par beaucoup de mains, comme toute autre espèce de marchandise. Achetés à Fcrlil , quelquefois pour uu sac de blé, ils sont transportés au marché de Kobbé , dans le Dar-Four; ici, un autre marchand d'esclaves ou slatt (gelaii), les achète pour les transporter dans le Kordofan ; un troisième les transporte à Shendy ; les Arabes Ababde, ou Daraou, les conduisent en Égypte, aux grands marchés ù Esné, de âioul, et au khan des marchands d’esclaves (( Jkalel-Djtlabe ) , près de la mosquée El-Azher , au Caire. C’est IA que se réunissent tous les acheteurs de Smyrue , de Constantinople et d’Alexandrie. Souvent les malheureux esclaves sont plusieurs fois vendus et achetés au même marché; on les négocie absolument comme le bétail , par dix ras raghig , c’est-à-dire dix pièces d’esclaves ( raghig est, A Sennaar, le nom généralement usité pour esclave). Les marchands ne négligent jamais de s’informer au juste

(1) B’irckturdt, Trav., p. 324.

(2) Ibid., p. 44U.

de la patrie des esclaves, car ils attribuent à chaque tribu certaines qualités bonnes ou mauvaises. L'expérience a, en effet, prouvé que la différence entre les individus d’une même souebe est beaucoup moins importante que l’origine même de la tribu. C'est ainsi que les Nouba et les Galla passent pour très-fidèles, les Amaaras (Amharas) pour très-aimables, les Abyssiniens du nord pour perfides et malicieux, les Ferlil pour sauvages et vindicatifs ; ceux du Bornou sont les plus estimés. La plupart des esclaves qui arrivent è Shendy ont déjà passé quelque temps dans la servitude, car Ils savent presque tous se faire comprendre en Arabe. Dès qn’un nègre devient la propriété d'un musulman, on procède à la cérémonie de la circoncision , et on lui donne un nom arabe ; mais il est toujours difficile de les convertir à l'islamisme, lorsqu’auparavant ils ont été faits chrétiens parles Abyssiniens.

Les Slatis traitent les esclaves avec douceur et humanité aussi longtemps qu'il y a encore pour ces derniers possibilité de s’échapper; ils poussent même l’hypocrisie jusqu’à se nommer leurs pères ; mais dès qu'ils n’ont plus d’évasion à craindre. Us deviennent dors et cruels : on attache les malheureux esclaves, par une barre, aux chameaux, ou bien on les réuuit en longues rangées, au moyen d'une chaîne qui leur est attachée au cou ; on les fait ainsi marcher sans pitié, en les frappant pour la moindre faute avec an fouet de peau de rhinocéros (korbadji). Ces mauvais traitemens qui, d’abord, aigrissent ces malheureux et excitent en eux des senlimens de vengeance , finissent enfin par les rendre apathiques et indiffërens pour leur mattre, qui change à chaque instant. 11 est impossible d’émettre en général un jugement favorable sur ces malheureux; cependant Burckhardt les croit susceptibles du même développement et d’antant de perfection que les blancs (l).

Le sort de ces esclaves du Soudan oriental est très-varié ; la plupart cependant sont moius malheureux que dans les plantations américaines ; car, dans tout l'orient, les esclaves mâles sont traités comme des cnfcns de la maison, et souvent moins à plaindre que les domestiques libres. Les femmes ont à souffrir de la jalousie de leurs maîtresses. Un grand nombre d'esclaves nègres étaient autrefois achetés en Égypte par des officiers turcs, qui les exerçaient, les enrôlaient et les envoyaient en garnison , se faisant payer la solde destinée à ces esclaves comme soldats. Les officiers turcs achetaient ainsi, tous les ans, do six à huit cents Africains. Le sort le plus affreux est celui des enfans que l’on fait eonoques : c'est ce qui a lieu au Borgou et dans la Haute-Égypte, dans un village près de Siout (Aboutigé, selon Frank ), et habité en

(1) Buickbardt, Trav., p. 339,

grande partie par des chrétiens. Autrefois, on y mutilait de celte mauiére jusqu a deux cents enfans par an. Les Français, pendant leur séjour en Égypte, mirent fin à cette honteuse spéculation (l). Iis achetèrent tons les nègres capables de servir dans l'armée, et en firent des soldats. Du temps de Burckhardt, les mahométans ne se prêtaient pas 4 ce honteux métier ; c'étaient , an contraire, deux, moines cophtes, maîtres dans cet art diaboliqoe, qui, protégés par le gouvernement contre le peuple qui les méprisait, se faisaient, moyennant un impôt, les mutilateurs de l'humanité. De soixante enfans qui subirent, en 1813 (3), cette opération, il n’en mourut que deux ; ordinairement, il D'en meurt que deux sur cent. Les enfans qu’on soumet à ce supplice doivent avoir de hait à douze ans ; c’est par conséquent la jeunesse la pins robuste que l'on mutile ainsi pour toute la vie. Le pacha d’Égypte fit plusieurs fois présent de deux cents eunuques au sultan. Un esclave, dont le prix est de 2 à 300 piastres, vaut, après avoir été châtré, au moins 1,000 piastres. L'opérateur reçoit quarante à soixante piastres de'récompense. Cet usage honteux est très ancien (3). Dans l’antiqnité, il parait avoir été exercé de préférence sur les ennemis ; car, snr les tableaux des temples de la Haute-Égypte, surtout à Medinat-Abou, l'émasculation est souvent représentée comme le sort des prisonniers.

De tous les pays d'Afrique, c’est l'Égypte qui reçoit le plus grand nombre d’esclaves du Soudan. Il résulte des recherches exactes faites par Frank(4), en 1800, que l’on y importait par an de trois à quatre mille esclaves. Burckhardt évalue (l 8 1 à), en Égypte , le nombre des esclaves à quarante mille, dont les deux tiers sont des hommes. De ce nombre, iien mourut en uoc seule année (en 1815), au Caire, huit mille. Le nombre de ces malheureux est encore bien pins considérable dans tons le» pays mahométans du nord de l’Afrique. Les sauvages mamelouks (5) en avaient amassé une trèsgrande quantité dans leur nouvel état de Dongola ; ilss'cn servaient comme d’une monnaie pour acheter toutes les choses nécessaires à la vie. A Berber et Shendy , Burckhardt vit, dans chaque maison, deux ou trois, et même jusqu’à six esclaves ; on les trouve dans la même proportion jusqu’à Sennaar et Bornou. Toutes les tribus de Bédouins ont an certain nombre d’esclaves pour garder leurs troupeaux et cultiver leurs terres. Le nombre des

(1) L. Frank, Mém. sur le commerce des nègres au Caire, dans les Mémoire» sur l’Egypte, IV, p. 120*

(2; Burckhardt, Trav., p. 329.

(3) Voyez la tradition des Bedjas, rapportée par Macriil, dans Burckhardt, Trav., p. 604.

(4) Frank, Mém. , dans les Mém. sur l'Egypte, I, p. 128.

(5) Burckhardt, Trav., p. 72.

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