COURS DU R IL. BERBER. BIS11ARIS
esclaves, dans le Soudan , eal beaucoup plus considérable que le chiffre qu'indiquent ordinairement les géographes. De Berber jusqu’à Senuaar, Burck hardi admet, d’après un calcul général , dix à douxe mille esclaves. Browne évalue leur nombre, dans le Dar-Four , à plus de vingt mille, et de mémo dans le Bornou et le Kaschna. Nous voyons ainsi que la traite des nègres, quoiqu'abolie sur les cèles de l'Atlantique, n'a pas cessé pour cela du cèle opposé . sur les côtes orientales d’Afrique; car, dans l'état actuel des choses, les esclaves sont aussi indispensables aux musulmans qu'aux Européens les mines d'or. Quand même tous les débouchés par mer seraient fermés à ce commerce infime, il n'en continuerait pas moins dans le Soudan, et ce n'est qu'a la propagation de la civilisation , ou plutôt du christianisme , qu est réservée la gloire d’effarer celte tache de l'humanité ; car lui seul a pu délivrer de la servitude et rendre libres nos ancêtres et tous les peuples de l'Europe (l).
3. Le royaume de Berber et les Bisharis ; anciens aborigènes.
Le royaume de Berber, situé au nord de l’Atbara uu fleure Mogren, tout pris de la rive droite du Nil , est le troisième état qui dépend en quelque sorte de Sennaar ; il fait partie de ces vingt petits royaumes (2), Mekdoums, doul les Meks ou chefs , plus ou moins indépendans , soûl établis depuis Sennaar jusqu'à Dongola, dans la Nubie ; ils occupent ainsi une étendue de pays de trente-cinq journées de marche et dominent sur la vallée du Nil et les déserts qui la bornent.
Le royaume de Berber (3) s’étend , depuis la rivière septentrionale de l’Atbara ou Tacazzé , deux ou trois jours démarché, au nord, jusqu'au commencement des immenses déserts de la Nubie qui forment des plaines sans fin couvertes de cailloux noirs égyptiens et de quartz roulé. Les voyageurs qui arrivent du nord s’aperçoivent ici, à la frontière du Berber, que la surface plane du désert s'incline par une pente douce vers la vallée du Nil; une humidité sensible répandue dans l'atmosphère annonce aux chameaux altérés et aux voyageurs l'approche du Grand-Fleuve, et l’Arabe s'écrie alors plein de joie : Gloire à Allah! nos chameaux sen-
(1) Acta sanciorum Hart. (12) ed. Bollaud*. Il, p. 133, la vit» M. Grejtor. M. rontif. Rem.
(2) Borckbardl, Trar., p. 04,
(3) IbW., P- «07.
lent le IVil (1) ! Le premier et le pins beau village qu'on rencontre est Ankheyre, bazar éloigné de vingt-deux journées de Daraou dans la Haute-Égypte et principale station des caravanes égy ptiennes , sur la route de Sennaar. Des courriers montés sur des dromadaires peuvent faire ce chemin en huit jours. Trois autres villages appartiennent encore au royaume de Berber, dont le chef prend le nom de Mek , comme tous les rois de la Nubie {mek est une abréviation de tnelek qui signifie petit roi , regulus ); ces trois villages sont : 1° Goz-el-Souk , ou Goz le marché ; (les nègres appellent Goz tout village situé dans une plaine de sable) ; 2° Goz-el-Founnye : c'est probablement un village des Foungi , maîtres du Sennaar ; du temps de Bruce , ce lieu élait très-florissant, mais aujourd'hui il est en ruines; 3“ F.l-llassa situé à une petite lieue du principal marché du pays. Bruce, appelle toute cette contrée Goos (Gous) , mais il semble avoir été induit en erreur sur ce point, car aucun des Africains que Burckhardt interrogea ne connaissaient ce nom, et tous appelaient Berber la contrée située à une journée , au nord de l'Albara. Le nom de Berber est très-connu dans la Haute- Égypte d'où parlent, chaque mois, des caravanes qui traversent ce pays. Ankheyre porte même aussi le nom de Berber , comme tout le district; ici , comme partout dans la Nubie t2) jusqu'à la frontière de l’Égypte, le pays est divisé géographiquement en vallée qu'on nomme B'adys ; tous les groupes d'habitations et de villages situés l'un près de l'autre dans ces vallées , sont désignés, quel que soit leur nombre, sous uu nom commun qui est aussi le nom propre du principal endroit, comme nous le voyons à Berber. C'est peut-être de ce Berber, situé sur le Nil supérieur , que tous les Nubiens ont reçu en Égypte le nom de Berabera dont le pluriel est Berbery : ils ne se sont pas donné ce nom euxmêmes, car ils se nomment, le long du Nil, à partir du Soudan vers le nord : Senary , dans le Sennaar; Nouba jusqu'à la If ad y Seboua, et de là jusqu'à la frontière de l’Égypte, kenous (3) ! ces tribus ont entre elles des mœurs et des langues communes; elles possèdent une langue propre, tout à fait différente de celle tic leurs voisins du sud et du nord pui parlent l’arabe; celte
( t ) compare* Galbe, sua tnclocm Lebctt, ü Ablb , t * Tb ,
(2) Burckhardt, Trav., p. 17, 210.
(3) Ibid., p. 26, 132.
joc
langue est divisée en <leni dialectes (1) : le kensy des Kenous, et le nouba An Moulu de l'intérieur au nord de Dorigola , et que Burckhardt nous a fait connaître.
Ces trois peuples de l'intérieur de l'Afrique, les Senary, les lYouba, les Kenout sont confondus par les Égyptiens et les niahoinétans sous l'appellation commune de Berber. Ce nom a encore , chez les géographes arabes et même chez les Africains, d'autres acceptions particulières, et il a été employé par les Européens dans des significations aussi rariées ; il est donc derentl très-difficile de ramener ce nom à son sens ethnographique, et cependant il serait indispensable de jeter quelque lumière sur ce point, dans une histoire des races , des états et des langues de l’Afrique.
lu contrée de Berber ni une bande de terre très-fertile qui s’étend le long de la rire orientale du Mil; quoique très-étroite et ayant b peine une lieue de largeur, sa position entre les déserts lui donne une très- grande importance; elle est abondamment arrosée |>ar un grand coursd'eau et c'est une des roules les plus fréquentées par les caravanes. Tout le pays situé b l'ouest du Nil , vis-b-ris le Berber , est complètement inhabité; c'est une surface entièrement plane, sans montagnes , et l’œil n’aperçoit au loin , b l’horizon , que la ligne blanche et monotone des sables du désert. La rire orientale au contraire est couverte de magnifiques forêts d’acacias {tant), d'osc/iour (espéced’asclépiade ) et de sellant; partout, dans les campagnes, s’étendent de riches champs de dottrrah. Le dourrah est la principale nourriture des babilans (3) ; il y vient ]>eu de dattiers; probablement ce végétal, qui produit de si belles grappes dans les vailées de la Nubie , croit rarement sur ce plateau élevé. Le bouza, espèce île bière faite avec le dourrah, est la boisson ordinaire des habitans du pays, et ils en boivent jusqu'b s'enivrer.
Les quatre villages que nous avons nommés sont tous situés b une demi-lieue du Mil , b l'entrée du désert de sable; chacun se compose d’une douzaine de groupes de buttes b un seul étage , séjour de la débauche et de tous les vices. A l'approche d'une caravane, des filles de joie sortent de toutes ces huttes pour aller b sa rencontre ; mais cette démonstration est com-
(I ) vocsbutârr of Uic kens, anJ Souba llngasge* . dans
Burckbartll , p. 153.
(2) Burckhardt Trav. , |». 212.
muneb toutes les stations de caravanes b l'oricut du Soudan mahométan (1). La race de ces Berbères est de haute stature, forte, bien faite, et elle se distingue des nègres par la beauté des formes. Les Berbères n'out pas la physionomie nègre, ils se rapprochent plutôt du type grec, quoiqu’ils aient les lèvres épaisses. Ils n'ont de la barbe que sous le menton et leurs joues sont entièrement nues. Leur couleur est d'un brun rougeâtre foncé, ils ont la peau délicate et belle; les nègres, aucontraire, l'ont épaisse, rugueuse et la paume de leur main a la dureté de la corne. C’est un usage général chez les Berbères de se graisser la |>eau avec du baume, et ils la rendent ainsi plus saine et plus douce, lin grand nombre de femmes sont d’une rare beauté , au jugement de Burckhardt. Les habitans de ce pays se donnent le nom de Meyrefiab ; et , comme tous les peuples de la vallée du Mil depuis la Haute-Égypte jusqu'b Scnnaar, ils se disent venus de Sherk, c’est-b-dire de l'Orient. Ce mot Sherk n'est pas arabe , mais emprunté b la langue des Bisharls. Quoique mélangés aui Arabes, on peut toutefois les considérer comme un peuple aborigène de l'Afrique. Cependant on les compte souvent au nombre des Arabes. Leur Mek peut mettre en campagne mille hommes libres et cinq cents esclaves armés. Comme b Damer et Shendy, un grand nombre d’etrangers se sont établis au milieu d'eui, par exemple, des habitans de Dongola , des Arabes Ababdè venus de Îallaute-Égypte et des fakirs. 1/» Meyrefiab ou habitans de Berber sont cultivateurs, pasteurs et comme rçans; ils trafiquent avec l'Égypte, Shendy et Scnnaar.
Toutes les marchandises qui vont de Shendy en Égypte arrivent d’abord au marché de Berber (3); les marchands Égyptiens vont ordinairement les acheter b ce bazar qui est plus rapproché d'eux, mais souvent ils s'avancent jusqu'b Shendy, afin de les avoir b plus bas prix. Le commerce de Berber se borne b Shendy et Dtraou. Les principaux revenus du Mek se composent de l’impôt qu’il lève sur les caravanes cl des présent que lui font les marchands ; mais il n'ose rien exiger des caravanes de Shendy qui viennent de l'empire d'un chef auquel ii est soumis. Le Berber est borné au nord-ouest par le pays des Arabes Scheygya, situé b quatre journées de marche, et il en est séparé par une
(I) BurcUiartt, vrav.,i». 310.
(3 J IMJ., |t, 23.5.
COCUS DO SIL. BCR BER. B1SCAR1S.
montagne qui s'élève S l’ouest du Nil, près du district de Djohfa (l)j toute communication lui est fermée à l’ouest par les Mameloucks maîtres de Dongola. Au nord commence le grand désert de la Nubie et à l’est , le pays de Brrber s’étend jusqu'aux terres des Bédouins-Bisharis.
Les Bisfiaris (Bisharyes).
Los Bisharyes habitent au nord des montagnes abyssiniennes des Schangallas, le long du Mareb supérieur jusqu'au Belab-el-Taka , où uous en avons déjà ru plus haut deux branches, les Hadendoas et les Uammadab sur l'Atbara; les Bis— baryes occupent tout le pays montagneux oriental entre la mer Rouge et les terres cultirées de Sennaar et du Berber sur le Nil ; ils couvrent ainsi le pays de l'ancienne race des Blemmyes(i), probablement leurs ancêtres. Ils s’étendent encore plus au nord jusqu'au Gibet OUaby , sous la latitude de Dcrr, ou jusqu'à l’endroit où le Nil, après avoir fait une grande courbe à l'ouest, dans la Basse-Nubie , se rapproche le plus près de la mer Rouge. La possession du reste de ce pays montagneux leur est disputée par la tribu des Ababdés, leurs voisins du nord, qui font le métier de conducteurs de caravanes à travers le désert de la Nubie jusqu'à Sennaar et sont eu guerre continuelle avec ces Bisharyes. Leur territoire s'étend encore le long de la mer Rouge, depuis Suakim jusqu'à huit journées de marche au nord de l’ile littorale Gibel-Mekouar (3J. On peut les regarder comme une prolongation des peuples pasteurs que nous avons rencontrés à la pente orientale du Habescli sous le nom de Danakils, qui continent au nord aux Bisharyes. Vater(4), qui compara les vocabulaires des Adareb et des tribus de Bisharyes, trouve que les langues de ces deux peuples sont identiques entre elles et qu’elles ne diffèrent que comme dialectes d'un même idiome et s'accordent très-souv entavre la langpede Ilar-Four. Selon Burckhardt les langues des Bisharyes (3) et du Habesch dé-
fi ) Surckhirdt, tnf,, r. 2SS.
(2) Slnbon, XVII , c. I , P 473 , ta. Tyaeh. , t. VI ; et ■«moire lur le, Blrmm.r, , dan, qualremtr», Mémoire >ur rtSTPle, I. Il, p. 137- tet.
(3) Surckbardl, Trev., p. 433.
(4) vater, Spricbprobeo. Lelpalg, 1816, p. 876 , compare* inondâtes, III, I , p. 48.
(6) Vocabtilsrr of tbe dlslect or ibe Arabs Blfbarye, Usai Burckhardt , Vocal)., oflhe Bbkareen , dans Sali,, Voy. , App., I, p. »».
rivent probablement d'nne langue mère commune, de même que les nombreux dialectes parlés aux limites septentrionales de l'Abyssinie.
Les Bisharyes sont séparé# en un grand nombre de camps différens : Burckhardt en cite onic, depuis la frontière de l'Abyssinie jusqu'à Massoua, qui sont souvent en guerre entre eux. Us occupent avec les Ababdés le désert montagneux de l’ancien pays des Brdjas ou des Boujas , selon la position que leur assigne Macrizi (1). Ces deux peuples sont assurément formés par le mélange des anciens Bedjas avec des tribus arabes postérieurement arrivées ; les Bisharyes appartiennent au vieux sang d'Africains aborigènes ; les Ababdés au contraire se fout gloire , et avec raison , de tirer leur origine des Arabes.
Iis descendent rarement de leurs monts dans la vallée du Nil; ils passent l'hiver dans les montagnes qui avoisinnent la mer Rouge, parce qu'ils y trouvent toujours du fourrage pour leurs troupeaux ; mais l'été , quand ils commencent à manquer d'eau, ils se rapprochent du Nil où se trouvent des sources plus abondantes. Les brebis et les chameaux sont leur seule richesse; ils boivent, dit-on , le sang de leurs brebis et passent pour un peuple sauvage et méchant qui vit de vol et de brigandage; souvent, montés sur de rapides chameaux tels qu'on en voit seulement en Afrique, ils vont porter leurs ravages jusqu'à Sennaar et Dongola ; plusieurs fois, dans leurs expéditions, ils ont donné la mort à des Mameloucks; leurs hordes sauvages répandent, parlout où elles passent, la destruction et la terreur; iis n'épargnent pas même les tribus de leur propre race, et les Hadendoa, par exemple, furent forcés de se retirer dans lesalpes d’Orba-Langay, pour échapper à leurs ravages. Ils ne redoutent que les Ababdés, leurs voisins. Ils n'out pas encore d'armes à feu ; sur la frontière de l’Abyssinie, ils portenUdes arcs et des flèches et parlent abyssinien ; très-peu d'entre eux parlent arabe. On dit que , sur leurs montagnes, ils exercent l'hospitalité entre eux et vivent dans la sécurité et la confiance; leurs femmes sont très-belles, et ils les livrent à la discrétion de l’étranger. Ils rassemblent , sur leurs montagnes , des feuilles de séné et font la chasse aux autruches dont ils vont vendre les plumes à Oerr en Nubie et à Assouan (Syène) en Égypte; mais ils ne séjournent jamais longtemps dans ces contrées élran-
(t) Macriii dan» B irekbardi , App. , p. 603 , et Ira*. , p. 529.
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gères, car ils redoutent les épidémies qui font périodiquement d'immenses ravages chez les Africains; et, leurs affaires une fois terminées, ils retournent, en toute hâte, dans leurs montagnes.
Berber , Barbares, origine du peuple et du nom ; comment ils se sont tous deux répanttus de Malabar dans t'/nde , jusqu'à l' Atlas. — Les Bartebra des cataractes du Mil.
Nous devons appeler l’atletition sur quelques points importans pour l'explication du sens géographique et ethnographique de Berber et Barbare, au moment où ce nom nous apparaît dans la vallée supérieure du Nil. Déjà nous avons traité géographiquement du pays qui est comme le centre de ce nom remarquable , entre les Berbères septentrionaux de l’Atlas, la Barbarie et le Berbera des Somaoulis, situé au sud-est à l'entrée de la mer Rouge. Ce nom s'est répandu au loin, tout autour, dès l’antiquité la plus reculée, de sorte que l'on ne sait encore si l'on doit admettre l’assertion (1) d’Étienne et d'autres que, primitivement, ce mot ne vient pas du nom d’un peuple, mais seulement d'une appellation. Hérodote nous dit que les Égyptiens civilisés avaient donné le nom de barbare à tous ceux qui ne parlaient pas la même langue qu'eux ( B spSxpcvi jtaAÉcu»! ) (2). Les Cariens nous apparaissent de même dans l'Iliade sous la désignation de Bxptspfùsci (3). Ces témoignages semblent confirmer le sens généralement admis de ce mot grec que les Romains employèrent de la même manière. Les peuples civilisés de l’Asie et de l'Afrique se servirent d'abord spécialement de ce mot pour désigner des peuples indigènes aussi , qui leur paraissaient ennemis ou sauvages : cependant on peutlui attribuer encore une signification ethnographique, parce que, en Asie et en Afrique, il a pu èlre anciennement employécomme nom propre de certains peuples; on est même disposé à croire que l’Égypte a été primitivement peuplée , avant l'établissement de la caste des prêtres , par cette race basanée des Berbères, unie aux Cophtes et aux Habeschis.
(I; su phin. BrxanUcut. V. Barbarus, ed. Bcrbel, p. 209. (2) scrodou. II, c. 138.
;3) ib., II, 867.
Uolstcn il), Beskel, Salmasius ont déjà prouvé que , du temps d'Arrien , Ptolémée , Mareicn , lleracleotas. le nom de Barbar était déjà connu à l’entréede la mer des Indes dans le golfe arabique(sinus Barbaricus , Barbarice par les peuples troglodytes qui habitent les bords de la mer. C'est de là que la rhubarbe, venant du marché de Barbante, a été appelée rhabarbaricum (2) ou plutôt r/ia-barbarice (3) pour la distinguer de celle qu'on tirait du commerce du l'ont et que l'on appelait rha-ponticum . Galien cite encore plusieurs médicamens tirés de ce grand entrepôt commercial en Ethiopie, près de l'Océan indien (iro r>p- BxpCxptx,). Dans le périple de la mer Rouge (4), il est question , parmi les marchandises importées à Adoule , d'étolfes égyptiennes destinées au marché de Barbarica [IpxTix BijCifijù). Ce nom était donc bien connu des Égyptiens , il désignait le pays des habitans des bords de la mer. des Troglodytes et des montagnards, près de l’Ethiopie; les Égyptiens le haïrent et le redoutèrent d'abord comme celui de leurs anciens ennemis, et plus tard ils le méprisèrent. Ainsi les vrais Barbares étaient réellement, pour eux, des peuples non Égyptiens, ennemis et méprisés , au nom propre desquels les Grecs donnèrent le sens de Barbaros. Ce sens correspond parfaitement à celui d'Adjcm, Adjemmy du Coran , chez les Arabes, et ce mot désigne encore aujourd'hui comme barbares, en Arabie, en Égypte, sur l'Euphrate (5) et à Maroc (6) , tous ceux qui ne parlent pas arabe.
Dans les poemes les plus anciens de l’Inde , le même nom de Barbara , H ancara en sanscrit, est aussi donné à une race d’hommes du sud de l'Asie. C’est ce qu'atteste le récit des combats de Wiswamitras avec ses ennemis. Il y est dit : Par lui furent anéantis les Jawanas, les Kambodschas et les H'ancaras. (Ramajana- Serampor, 180€,vol. 1, page 472). C’est ce que confirme encore 1 ' Hitopadesa , où l’on adresse la parole à un Barbar. (Hitopadesa , London, 1810, p. 4.) L'emploi du mot barbare, pour désigner un peuple parlant une langue étrangère ,
(t) Luc. HoUtefl Sole, et castigat. V. Barbants, «I sap- Or, p. B2, 270.
12) SeimaUusexercit. ad. Sol, I, loi. 5G0.
(3) Vincent, Perlpl. Sar. Erylb., Il, p. 331, et Kd ,1801, p 388.
<4> Vincent, Commerce and navigation of U» anolent, etc., Il,p. 113.
(6) Burckhardl, Trav. , p. 353.
(3) Jackton's Acc. or xarocco.