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KIL. BERBER. BARBARES

pourrait donc Tenir d’un peuple Barbar, qui, race ennemie et méprisée, entourait et resserrait les Égyptiens du côté de l'Klhiopie, comme aujourd'hui encore les Haheschis et les Noubas. Ces peuples ont probablement une origine commune avec les Berbères , car on ne peut mettre en doute qu’il n’ait existé autrefois des communications entre becan et le marché de Barbaries.

Sur les murs des temples en ruine, dont la grandeur et la magnificence attestent qu’autrefois les arts de l’Égypte fleurirent dans la vallée nubienne du Nil, on voit encore des peintures et des sculptures qui représentent le cortège des héros , offrant à leurs dieux des sacrifices et des présens après la Tictoire. Les prisonniers et les vaincus portent, comme on le voit, par exemple , sur les ruines du temple de Kalabsché, des charges d'ivoire et d'ébène; ils conduisent avec eux des autruches, des gazelles, des éléphaus, des girafes et des perroquets. Tous ces objets , qui ne se trouvent qu'au delà du Sennaar actuel , indiqueraient que ces contrées, au sud de Sféroé, furent le théâtre de la guerre et de la victoire. Les prisonniers, vêtus de peaux, ressemblent, par leur couleur et leur forme , aux habitans méridionaux de la Nubie, aux Nubas; ils portent leurs cheveux de la même manière , et cette barbe caractéristique qui ne vient aux Nubiens que sous le menton , se rétronve dans toutes les images des fuyards et des vaincus dont triomphent les héros égyptiens qui viennent, après la victoire, apporter leurs offrandes à Isis et Osiris, leurs dieux.

Ces ancêtres des Nubas actuels (N ubæ , Nobatæ) s’étendaient encore , du temps de Strabon(l), depuis Méroé , près de l’Ethiopie , jusqu’à la frontière méridionale de l’Égypte ; ils appartenaient, comme parlant une autre langue , aux Barbares des Egyptiens dont parle Hérodote. Le mot barbare, pris d’abord dans une acception spéciale, devint, chez les Grecs et les Romains, une appellation générale pour tous les barbares, et jamais, dans la suite, ils ne l'employèrent comme un nom de peuple africain. Le nom Nuba (Nubiens) s'est aussi généralisé. 11 ne désignait primitivement qu’une race d'hommes semblables aux nègres, mais de couleur plus foncée, dont nous avons donné plus haut la véritable origine africaine et que nous avons fait descendre des montagnes où se trouvent les sources du bras oriental du Nil. Cependant , ce nom de

(1; Slrabon, XVII, c. 1, 62, p. 471, CJ. TjiduikXe.

Berber semble être passé des habitans des côtes, de la race basanée, plutôt asiatique qu'africaine, qui vit sur les bords occidentaux de la mer Rouge, à ce même peuple nubien, habitant le Nil supérieur. Ainsi, les deux noms Nouba et Berber désignent géographiquement un peuple identique, composé de deux races différentes, et formant les Nubiens des modernes. Mais ce peuple était autrefois ethnographiquement séparé. Comme tant d'autres peuples opprimés, il fut resserré sur le même sol et forcé de se mélanger, de se confondre l'un dans l'autre ; il est devenu ainsi une sorte de race moyenne difficile à distinguer des peuples qui se sont établis tout autour : cependant, si on examine sa langue, sa conformation et ses moeurs, on reconnaîtra en lui une ancienne race africaine et aborigène.

Ce peuple a gardé jusqu’à nos jours, à la frontière septentrionale du pays d'où il s'est répandu . l'ancien nom égyptien de Barbare , Berber. Ce nom est donné aujourd'hui, comme autrefois, aux branches de cette race qui habitent près de la vallée du Nil ; il est encore porté, à l'ouest du Nil, dans les terres, par les Berbères du nord et au sud du Nil, par les habitans des cataractes et par leurs voisins du sud-est , dans le Soudan oriental. Tous ces peuples, parlant une langue commune , appartiennent probablement à l’une des branches les plus importantes du corps des langues de l’Afrique. Mais cette question ne pourra être suffisamment éclaircie- que par la comparaison des différens idiomes de cette partie du monde.

Ehn Batuta est le premier géographe arabe qui nous parle expressément des Berbères dans le Soudan oriental ; probablement il a voulu désigner alors (en 1330) le dernier point où ils avaient pénétré dans l’Afrique centrale, vers le Niger. Il cite les Berbères (1) comme habitans de Borgou (Bourdama). Ils font, dans ce pays, le métier de conducteurs de caravanes, et Ebn Batuta s’est mis lui-même sous leur protection. Le sultan du pays était un Berber, ce qui prouverait qu’ils étaient entièrement les maîtres de la contrée. Quand nous étudierons le Sahara, nous verrons comment ce peuple s’est répandu dans le Dar-Four, et dans les oasis, sous le nom de Touarik. Ehn Batuta avait visité aussi le grand emporium des Barbara (2) , à l’entrée de la

(I) Ebn ItatnU , dansXows , p. 40.

(ïiiEbn Batuta, <un« BurcXüar'lt, Trav.,p. 534. app. clnot. v 1 an

mrr Rouge. C’est , dit-il, un peuple de couleur très-foncée , qui a embrassé la secte musulmane «les Shafey : ce géographe donne le même nom à ces deux peuples.

H reste toujours douteux si réellement ce n’est qu’un seul et même peuple. Nous ne pourons passer ici sous silence le droit de succession en usage chex deux peuples qui vivaient dans le voisinage de ces Berbères de l'est et de l’ouest, et qui ne sont que des tribus subordonnées à cette grande race. Comme cet usage diffère entièrement de celui de tous les autres peuples et leur est exclusivement propre, il semblerait indiquer entre eux une commune origine. Ebn Batuta nous rapporte que, chez les M aaso/ites qui haliitentb Kiwelat, et sont assurément une tribu de la race de Berbères (1), l'héritage du père de famille ne passait pas à son fils , mais au fils de sa soeur. Cette succession en ligne féminine (8) était, selon Macrizi, une coutume propre aux Bcdjas, les Berbères de l’antiquité et les ancêtres des Bisharis, et cette singularité les distinguait de toutes les autres races. Ebn Batuta rapporte , avec étonnement , qu’il ne trouva nulle part, dans ses voyages, de coutume semblable, excepté chez les Malahares idolâtres qu’il visita lui-mème , sur la côte occidentale de Decan. Peut-être sont-ce là les Warwar des poemes sanscrits. Les anciens connaissaient déjà, dans le Delta de l’indus , selon la remarque d’Hamilton , un Barbaricum Indice emporium celeberrimum . nommé ainsi d'après le nom même usité dans le pays.

Les Barbares ou Berbères doivent avoir été un peuple odieux aux prêtres de l’Inde et de l'Égypte , et que les castes sacerdotales auraient expulsé. Dès les temps les plus ancieus ils faisaient un commerce universel, et peut-être en étaient-ils redevables à leurémigration à travers l’Océan indien. Cette supposition parait d'autant plus vraisemblable que le Barbarica , à l’entrée de la mer Rouge, le Raptœ Vortus. près du cap Delgado , est le terme le plus méridional (5> de la navigation dans le Pcript. Mur. lirythrœi, et que c’est de ce point , selon Arricn , que l'on alla . pour la première fois, aux Indes, avec les Moussons. Si cela était certain, nous ne devrions pas nous étonner que Burckhardt nous dise , en

(1) Ebn fut h la, dans Roses. , p. 40

(2) Vieilli, dans Btirckbardt, Tra*., App., p. 603. ^3; Vioct ut, Pfiipl, Var. Er., I. p. 103.

présence des temples en ruine qu’il vit dans l’ancien pays des Berbères : •« Mon esprit fut vivement frappé de la ressemblance de leurs sculptures avec celles de Surate (1). » Cela nous expliquerait encore pourquoi les Cipayes indiens (i), qui , au service îles Anglais, chassèrent les français d'Égypte , adoraient , comme les images de leurs propres dieux, les statues égyptiennes, et se prosternaient au milieu des ruines de la Théhafs, comme si c’eût été là leur patrie !

L’expédition française en Egypte nous a fait connaître (3), près des cataractes de Syène, le petit peuple des Berbères (Herbert/ »u singulier, Barabra au pluriel, suivant Seetzen, Barübras dans Costaz ). Ce petit peuple a appelé de nouveau l’attention sur cette race répandue au loin et longtemps oubliée, qui a contribué beaucoup à la population du nord de l’Afrique , et tient comme le milieu entre les peuples à la couleur noire foncée et ceux à la couleur brun-clair. Seetzen , qui met au nombre de ce petit peuple basané les Berbères occidentaux, les Touariks et ceux de la B.irbarie , comprit aussi , le premier (4) , dans cette race , les Berbères méridionaux de la Nubie, de Dar-Eour, et ceux de la mer Rouge qui habitent Berbera , emporium voisin de Zt-yla. 11 remarque qu’un ancien temple de la Haute-Egypte est appelé Berrwby , nom que les Arabes donnent à tous ces temples ( Berb ) (U). L’ancien pays des Berbères, c’est-àdire la Nubie , en possède presque autant que l’Egypte. Il assure encore que ces Berbères ont peuplé autrefois toute la Nubie, depuis les frontières de l’Egypte jusqu'au Habesch, De même qu’ils furent obligés de se retirer, dans l’antiquité, devaut les héros égyptiens, comme le prouvent les peintures des temples ; de même , plus tard, ils dûrent ceder aux Arabes une partie de leur territoire; et, depuis l’invasion des Foungi dans le Senfiaar, ils furent refoulés encore par les Nubas des modernes qui bientôt étendirent [larloul leur puissance, il est certain que dej'a , du timps des Romains, d’anciennes tribus nubiennes, les Aobatce des Romaius, avaient pénétré dans le pays; cependant, du temps de Strabou , ils n’babitaicnt pas encore

(t) Burckhardt, Trar, , p. 107.

(2) H. Ugbl, Lond- , 1818, iv, p. uni.

(3) Co*t»2 , Vlnio rc sur la Hulile et le* BarAbra*, de la dcscripl Ion de l'étal moderne de l'Egypte, I, p. 309.

(4) Fundgruben de J Orients, 111, 2, Ueft., 1813, p. 00 à 104.

(6) Q’talrcmire, Mémoire sur la Itubie, il, p, 8.

ML. BEBBKR. B.UIBAKES.

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