‹ Geographie Generale CompareeChapitre 132 sur 293 · SI · texte numérisé non relu

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la rive orientale «lu Nil, et ne s'étendaient que sur la rive gauche ou occidentale (1).

fiurckbardt , qui doit faire autorité ici , puisqu'il a visité le pays, n'est pas éloigné de regarder, avec Seetzen , les differentes branches des Berbères , de la Lybic , des cataractes et de la mrr Rouge, comme appartenant h une race commune; il pense toutefois que l’hypothèse de Seetzen, malgré sa vraisemblance, est encore h prouver (3), et c’est pour cela que nous avons reuni ici toutes les observations qui pouvaient lui donner de l'évidence. Nous croyons voir, dans les anciens Bedjas et dans leurs descendans, les Bisbaryes d'aujourd'hui; de même nous pouvons reconnaître, dans les Noubas , et sous le rapport de la race et sous le rapport du développement historique, la transaction des anciens Berbères aux nouveaux Berbères et aux Nubiens.

Les géographes arabes rapportent une singulière tradition sur les Berbères; ils sont , disentils, les descendans des Philistins et du roi Goliath, tué par David. Les vaincus se seraient enfuis ainsi de la Palestine en Afrique , et la montagne Djalout/i Berber, c'est-à-dire Goliath Berber(5), située entre l’Égypte et l'oasis de Siwah , tiendrait de là son nom , au rapport d'hbn Ayas. Sbrhabeddin s’étend encore beaucoup plus sur cette émigration de» l’hilistiosjm Afriqurcl dans le Maghreb. Il fait dériver leur nom ilcBcrbem. qui signifie murmurera, et il leur donne les Amalécites pour ancêtres. Mais voici le plus remarquable de ce qu'il nous en raconte : Après que le calife Oinar eut fait la conquête de l’Égypte, ccs Berbères envoyèrent six députés en ambassade à Amruu, gouverneur de l'Égypte, pour lui «léclarer qu'ils étaient tout prêts à embrasser l'islatnisme. Us se proclamaient les descendans de Mazig (?) , et ils disaient, en (variant d’euxmèmrs : a Nous aimons les chevaux , et il nous est impossible de vivre sous les toits des maisons; nous n'avons pas de villes, et ce n’est pas l'usage chez nous de placer des signes sur les chemins pour indiquer la route aux étrangers. » Celait assurément une tribu de Bédouins Berbères et probablement les Bisbaryes. I<e calife, très-satisfait de l'ambassade, les traita avec distinction et les mil à la tête de son armée; car il

(I) strabon, XVlt, es. Titcb., i>. 473.

(3) Borctbirdt, Tri»., App., lit, p. 635. not.

(3) len Ajai, Coinx.gr,, dans lea note* rl ««trahi, VIII, p, 7; rompant l.angltj , «loua Uomcoiapn, VOf. aol. Il, p. 383.

lui avait été prédit qu'à l'aide d’un tel peuple , il étendrait au loin sa puissance.

Ce récit scnihle expliquer l'union d'une partie des anciennes tribus berbères avec les Bédouins, et nous voyons aujourd'hui le résultat de ce mélange entre la mer Bouge et le Nil, surtout chez les Ababdés et les Bisharyes. D’autres, au contraire , qui sont demeurés comme cultivateurs et habitant de villages, sur le bord de leurs rivières et dans leurs vallées, semblent avoir conservé fidèlement les mœurs et le culte de leurs ancêtres.

Ces Berbères, dit encore Siichabeddin (I) , se composaient de plusieurs brandies et de plusieurs tribus, et ils avaient toujours été les maîtres du Maghreb depuis la mer de Kolzoum , c'est-à-dire le golfe Arabique, jusqu'à ta mer Occidentale, et depuis la mer Kbarz , c’est-à-dire la mer Méditerranée , jusqu'aux deserls «1rs nègre». Ce géographe nous fait connaître ainsi la véritable etendue qu'occupaient encore les Berbères au milieu du septième siècle. Les Barâbras (i) ou Berbères des cataractes du Nil audessus de Syènc, à la frontière méridionale de l’Égypte, ne sont ni des Arabes, ni des nègres, ni des Égyptiens, mais une branche de Nubiens et la plus septentrionale de cette grande race; aussi Burekbardt, dans ia description qu'il nous en a donnée, les comprend-il dans les Nubiens du nor.d ou Kenous (3). Ils diffèrent entièrement, par leur couleur, leur physionomie et leur langue, des Égyptiens, leurs voisins du nord. Ils sont demeures independans, probablement dès les temps les plus anciens , dans les vallées sauvages el hérissées de rochers îles cataractes du Nil; elles oui été pour eux comme un asile inviolable , car cette contrée rocheuse est tout à fait impraticable , par terre , aux chevaux et aux chameaux : d’un autre côté, les détours du fleure et ses rapides la rendent presque inaccessible par eau. Cependant , montés sur de légers esquif» à voiles, ils savent gouverner en toute sûreté à travers le» grandes et le» petites cataractes. Ne vivant que le moins possible en communication avec les autres races, ils paient leur tribut au pacha .d'Égypte en dattes et en esclaves; paisibles et doux dans leurs sauvages vallées, il» repoussent avec bravoure toute invasion sur leur domaine. Les Casche/s (1), chefs de leurs tribus.

(t) Sctrfrir AbedJln, T., Ibid. , p . 154.

(2) Co*Ul, lém., p. 401.

(3) Burckturül, Trav., p. 174.

(4) Tbom. te*h , Narraure of a Jottrney in Egypt and the coutil ry bryoud ibe caUracls. Lond., 18(3, IV, p. 47.

s’opposèrent toujours aux progrès de l'armée française , et défendirent même contre elle l'entrée de l'ile Philæ. Lorsqu'ils virent les étrangers abordés sur l’ile, ils s’élancèrent tous dans le Nil, et gagnèrent b la nage la rive opposée, après avoir noyé ou mutilé les enfans et les filles qui ne pouvaient pas les suivre. Leurs caschefs reçurent souvent les voyageurs avec hospitalité et bienveillance ; mais les Berbères s’enfuyaient toujours b l'approche des étrangers, probablement parce qu'ils craignaient d'étre pillés par les Turcs. Burckhardt fut témoin lui-même de cet éloignement pour les étrangers, joint cependant b la bienveillance et h l'hospitalité (1). Leur amour pour la paix semble être la cause de cette répugnance avec laquelle ils voient de nouveauvenus. Après l'expédition française , pendant laquelle on avait fait tant de recherches dans l’ile Pbilæ, ils avaient eu le projet de détruire les ruines elles-mêmes, afin d’ôter aux étrangers l’envie de les visiter. Burckhardt pense que si le despotisme des Turcs ne pesait pas si fortement sur eux , ils pourraient devenir de redoutables voisins pour les Égyptiens, car ils sont beaucoup plus braves et plus entreprenons qu’eux.

Les Nubiens sont généralement bien faits (2), forts , musculeux , et ils ont les traits beaux et délicats. Ces Barâbras en particulier ont plutôt la physionomie européenne que nègre; ils se complenleux-mèmes au nombre des peuplesb la couleur claire, quoique leur peau tienne le milieu entre la peau noire comme l’ébène des Nubiens de Scnnaarct la peau basanée des Égyptiens de Sais. Costaz dit que leur couleur ressemble b l’acajou poli foncé ; selon Legh , ils sont de couleur foncée, cl leur peau est douce et polie. Leur chevelure est longue, légèrement frisée, sans cependant être laineuse. Th. Legh (3) remarque que souvent ils se frisent les cheveux sur les tempes et les enduisent de graisse pour les faire tenir; leur coiffure ressemble entièrement alors b celle des sphinx ; les hommes et les femmes s'habillaient autrefois comme les Égyptiens ; les enfans vont nus avec une corde autour du corps, en guise de ceinture; les jeunes filles portent un petit tablier autour des hanches ( reM/s ), tel qu’on en voit b un grand nombre de statues égyptiennes. Ces Barâbras cultivent avec soin cette petite lande

(1) Burckhardt, Trav , p. 147.

(2) /Sfrf, p. 145. — Covtaz, Mtioi., p. 402.

(2) Th. Lesh , Narrative, p, 97.

de terre fertile produite par l’alluvion du Nil; ils sont cultivateurs (1), et ce genre de vie les a conduits aux idées de propriété, de justice et de loi ; aussi ils ne vivent pas de brigandage comme leurs voisins les Bédouins. Ils habitent continuellement leurs wadys ; quelquefois cependant ils entreprennent de grands voyages comme les Savoyards, les Collèges, les Auvergnats, les Tyroliens et d’autres peuples montagnards et pauvres ; ils vont surtout dans la Basse-Égypte , au Caire. Connus dans cette ville sous le nom de Barbaris, ils y sont plus estimés comme portefaix que les Cairites , Égyptiens ou les Arabes. Leur probité et leur fidélité sont si bien connues que presque tous les portiers des magasins et des boutiques, au Caire, sont des Barbaris. Après six ou huit années de séjour , ils retournent ordinairement avec un petit pécule et consumés de mal du pays, dans leurs vallées rocheuses, et U, contrns et sans désirs, ils mangent de nouveau le durrah dans la wady natale. Ils n’ont pas l’esprit mercantile des Arabes; ils reviennent dans leur pays dévots mahométans ; mais ils ne font pas de pèlerinages, et leur connaissance du Coran est ordinairement très-faible. O sont souvent de très-habiles mariniers. Leur langue (2) n’est pas surchargée de gutturales comme celle des Arabes : elle est très-douce et exclusivement parlée par leur race. Leur système de numération diffère entièrement des vingt-six systèmes de numération de l’Afrique que Marcel a comparés entre eux , il ne ressemble même pas b celui des Berbères des montagnes de l'Atlas. Nous ne savons encore rien de bien positif sur leur langue; Costaz croit qu’elle ne s’étend pas plus loin que cette petite contrée et l’ile Éléphantine cultivée par les Barâbras. Mais , suivant la description de Burckhardt , elle doit s'étendre sur toute la wady-kenous ou la Nubie septentrionale , et se rattacher, au sud, b la langue-mère de la Nubie; Costaz, lui-même, suppose, etavec raison, qu’elle a du rapport avec tous les idiomes parles jusqu’aux cataractes de bongola.

Ces Barâbras, comparés aux anciens Égyptiens et aux Cophtes actuels , doivent encore être regardés comme une race b la couleur foncée; cela est d'autant plus remarquable b la frontière immédiate de l'Égypte, que les Nubiens du sud sont plus beaux que ces Barâbras. Th. Legb observe (3)

(1) Coll», 16m., Ibid.

(2) Cosui, Mém., p. 403.

(3) Th. Legb, sarratirr, p. 103.

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