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IL, COURS MOYEU. MÉROÉ

que, sous l’empereur Dioclétien, on persuada à un peuple du sud-ouest de l’Afrique, aux IVobatœ , d’abandonner leurs demeures dans la Lybie , et de venir s’établir au sud de Syène et des cataractes du Nil pour garder les frontières de l’empire romain (I). Chaque année on renouvelait ü Éiéphantine dans des sacrifices solennels, le traité fait entre les Romains et ces piobatœ . Peut-être que les Barèbras à la couleur plus foncée qui habitent cette frontière, sont la postérité mélangée de cette colonie de Lybiens Nobas ou des Berbères postérieurement établis, et qui appartenaient autrefois aux tribus du sud. Macrizi appelle Noubas (S) ces habitans immédiats de la frontière de l’Égypte ; quoique ne parlant pas arabe, ils se vantentcependantde tirer leurorigine de l’Arabie; c’est du moins ce que dit Macrizi, et Burckhardt l’entendit lui-mèmedans la Nubie(3). Cette prétention à une noble origine est commune h la plupart des peuples indigènes de cette contrée; cependant nous doutons encore de la vérité de cette assertion.

Ire Remarque.

La grande ile Aloa des chrétiens jacobites . l’ancienne Méroé , la ville . Etat sacerdotal.

Le pays des trois souverainetés de Sennaar, Shendy et Damer est une terre classique où furent situées autrefois la ville et l’ile de Méroé des anciens, le royaume tbcocratique plus ancien, selon Hérodote (4), que celui de l’Égypte et la métropole de l’Ethiopie. Mais personne n’a encore retrouvé aujourd’hui les ruines des anciens temps. Les relations des Arabes du moyen âge nous donnent la description de ce que les anciens, par exemple Strabon, appelaient la grande ile de Méroé ( vijvoo fÿ/c leyéôtf rijv Mrptfyy) (8); nous croyons que cette antique Méroé est l’ile Aloa de Sélim-el- Assouany, et le Sennaar d’aujourd’hui.

o Le Nil, dit Sélim-el-Assouany, dans Macrizi(l), sc sépare ici en sept bras; savoir, trois grands: l’Abiad, ou Nil blanc; lAzrek , ou Nil bleu (il l’appelle Akhdar, c’est-à-dire vert); le fleuve bourbeux de l’est, c’est-à-dire le Mogré , ou Albara- Tacazzé. Près du confluent des deux premiers, est située la capitale d’Aloa,* les eaux, blanches comme

(1) Gibbon, BisL, II, p. 130.

(2) Macrizi, dans Burckturdt, App., III, p. 497.

(3) Burckturdt, Trav., p. 132.

(4) Bérodote, U, p. 29.

(5) Strabon. XVII, c. 1, p. 471, Cd. Tzscb., t. VI.

(0) Macrizi , dans BurckiurA, Trar., App. , 111 , p. 497 , atec les notes, et Quatremère, Mém. surlaRuble, H, p. 21.

le lait, de l’Abiad et les eaux vertes de l’Akbdar coulent encore une journéede marche ( une lieue, selon Quatremère) avant de se mêler complètement et de se fondre en une seule couleur. La grande ile ( gezira, en arabe, signifie, comme en grec, une lie ou presqu’île) est enfermée entre ces deux grands fleuves. Sa limite méridionale est inconnue, comme l’origine des deux fleuves, parce que les habitans sont toujours en mésintelligence entre eux. Des peuples puissaus habitaient dans cette ile. Un jour, les chefs d’Aloa partirent pour aller à la découverte des pays situés au sud ; mais ils revinrent, après plusieurs années, tans avoir pu parvenir aux bornes de l’ile. Cependant vivait, à sa limite méridionale, un peuple pasteur, qui, pour se protéger contre l’ardeur du soleil, habitait, pendant le jour, lesanlresdes rochers, et faisait paître, la nuit, ses troupeaux (ce sont , sans doute, les troglodytes Shankala de l’antiquité).»

Outre ces trois grands fleuves, le Nil a encore ici quatre bras plus petits qui coulent du sud, et dont l’origine est inconnue; tous quatre se jettent dans le Nil bleu, et viennent do l’Abyssinie; leurs rives sont généralement habitées, et ils sont euxméwes navigables.

Sélim appel le aboalet c’est-à-dire portes, les forteresses du royaume d’Aloa , situées à la frontière septentrionale; elles étaient sous le commandementdun gouverneur qui portail le titre de Rahwab (wahwah, dans Quatremère); la résidence du roi était nommée Souba ( Soniah, selon Quatremère); elle était située à l’extrémité nord-est de la grande Ile, près du confluent du Nil bleu ci du Nil blanc. A l’est de celte ville, est situé le fleuve bourbeux et desséché , dont le lit est maintenant habité ( l’Atbara ou Aslaboras). Cette ville contenait de magnifiques édifices, de vastes habitations et de beaux jardins; elle avait un faubourg habité par les musulmans, et des églises riebemeut décorées, a Les habitans de cette ville, dit Sélim, adoraient autrefois les étoiles, et leur élevaient des idoles; mais, comme tous les Nubas, ils se firent chrélieus. Ce sont les chrétiens jacobites , dont les évéques résident à Alexandrie, comme ceux des Nubas. Leurs livres sacrés sont en grec, mais ils les traduisent dans leur propre langue. » Ce témoignage remarquable, que Sclim , l’historiographe de la Nubie, nous donne, en ces mots, au milieu du dixiéme siècle, prouve que le christianisme se répandit autrefois jusqu’à l’empire de Méroé, et qu’il y devint la religion dominante. Selon Said- Ben-Balrik , la secte des jacobites était répandue dans toute la Nubie (l), depuis l’an 742 de l’hégire ( 1 34 1 de notre ère ). Le royaume mabométan de Sennaar fut donc élevé , avant l’invasion des

(1) Elmacin , Hist. Saracenic. tu. Erpenil , 1025, IV P. 09.

Diqitiz

Foungi idolâlrei, sur le* débris d'un empire chrétien. Bruce a laissé ce fait remarquable dans l'obscurité, et les relations qo'il nous fait du Scnuaar n'en disent pas un mot. Un demi-siècle avant que l’Abyssinie chrétienne fût séparée d'Alexandrie et complètement isolée, les musulmans n'étaient, au rapport de Macrizl, que des habitans tolérés du faubourg de Souba, où, plus tard , les Sennaari firent prévaloir l’islamisme comme religion dominante. Malheureusement, nous ue possédons pas de relations qui puissent nous donner des documens sur l'introduction du christianisme dans l'ile d' Aïoa, l’ancien état théocralique de Méroé. Un graud nombre de rites et de superstitions antiques semblent être passes dans l'état des chrétiens jacobiles, et de IA dans l'empire des prêtres musulmans de Damer, qui subsiste encore aujourd'hui, et dans lequel nous croyons reconnaître une transmission obscure de la domination sacerdotale, qui s'est modifiée selon lea temps, et n'a fait que changer extérieurement de foroie.

Cela résulte immédiatement des relations suivantes, que nous font Sélim-el- Assouuny et .Macrizi, de ce royaume d'Aloa et des idées religieuses du peuple. Le roi d’Aloa (l) exerce une puissance sans borne. 11 a droit de punir ses sujets et de les faire esclaves, suivant son bon plaisir ; personne n’ose s'opposer a ses volontés; on se prosterne à ses pieds comme autrefois devant les anciens rois(3) de Méroé , adorés à l’égal des dieux, et tout s'écrie en sa présence : Vive le roi I que ta volonté toit faite ! Il porte une couronne d'or, et il est beaucoup plus puissant que son voisin le roi de Mokra ( Mokarrah dans Qualrcmère ). Ce monarque régnait sur le pays situé au-dessous d’Aloa, sur le Nil , contrée qui est le Mograt (4) d aujourd’hui, situé entre le royaume de Berber et Dongola . Il peut mettre sur pied des armées immenses, parce que les plaines fertiles de sou royaume s’élendeut à plusieurs journées de marche avant qu'on arrive aux montagnes. Les dattes et la vigne y sont rares, mais le durrah blanc y est aussi bon que le riz ; aussi les habitans en font d'excellent pain et de bonne bière ( mozer ou bouza ). Cette contrée était alors un vrai grenier d'abondance ; le Nil la couvrait de ses inondations fécondes, et elle était si bien cultivée, que les Mahométans eux-mémes remontaient le Nil sur leurs barques pour aller chercher le blé d'Aloa. Le Seimaar est encore aujourd'hui le grenier d'abondance de 1a Nubie. Oulrecesrichescampagne», quiatteslaient, comme en Egypte, une civilisation ancienne, il y avait encore une grande abondance de bétail, des prairies magnifiques qui nourrissaient des chevaux de

noble race et des chameaux au poil rougeâtre, semblables à ceux de l’Arabie. Le peuple porte, dans la grande lie. entre les deux bras du Nil, le nom de Kersa (koronia, c'est-à-dire noble, suivant on autre manuscrit). Burckhardt prtnd ce mot pour un litre d’honntur; peut-être était-ce le nom de la caste des uobles, dans l'ancienne Méroé.

Sélira nous raconte, et U nous affirme à plusieurs reprises, sur Ja foi du roi de Mokarrah ( 1 ) et d’un grand nombre de témoins oculaires, que ce peuple cultive scs terres à l'aide de la magie. Les habitans tirent , autour do leurs champs, certaines lignes magiques, et jettent auxqualre coinsquelques grains de semence ; ils placent ensuite le reste de la semence au milieu du champ, et mettent auprès des vases remplis de mozer ou de bière, puis ils s'éloignent, l e jour suivant, Us trouvent les vases vides et la semence egalement répandue sur tout le champ. A l'époque de la moisson et de la récolte, on fait faire de même son ouvrage pour quelques vases de bière, et, à l'aide de la même recette, le blé se trouve aussi battu et prêt à moudre. Ils mettent le plus grand soin à sarcler leurs champs, car s'ils arrachaient un seul épi, ils trouveraient, le lendemain , tout le blé arraché. Les terres se cultivent ainsi par toute l'ile , qui demanderait deux mois pour être traversée en longueur et en largeur. Les habitans doivent, dil-ou , cette assistance à des génies ou démons. (Qualrcmère pense que ce sont des singes ; mais ces prétendus génies ne seraient-ils pas plutôt une caste inféiieure, et, par exempte, des esclaves fétichistes?) Il y avait même, parmi eux , des hommes qui savaient cochanter ces ouvriers mystérieux avec certaines pierres, et les avaient ainsi à leurs ordres comme d’obéissans esclaves ( ces enchanteurs étaient mus doute la caste des prêtres). Nous trouvons , dans ces récits, une trace frappante de l'ancienne magie et du cuite des pierres précieuses de l'Asie (2), poétiques débris du passé, que nous ue voyons nulle part, en Afrique, excepté sur le sol classique de l’ancienne Méroé.

Selim ajoute encore à ccs récits que ces enchanteurs out aussi à leurs ordres les nuages et la pluie. Les Bisharis croient encore aujourd'hui que les Fakysde Damer possèdent la même puissance. Ces Fakys sont des imposteurs qui nous paraissent être les dcsceudans des prêtres magiciens de Méroé et d’Aloa. Ils sont encore assez habiles pour conserver leur dominaliou à la froulicre septentrionale de l’ancienne Méroé , et au milieu des hordes de peuples sauvages, sans armes, et par la force seule de la superstition et de la foi.

Séiim-ei-Assouany conversa avec un grand aom-

(1) Macri/1, dan* Burckhardt , p. 601.

(2) »:rabon, XVII, c. 2, p. «23. «d. Ti*ch.

(3) BurckharJi, Trav., p. 427.

(I) lacrizi, d'après Séllm, dans Burckhardt, Trav., p. 601 J dan* QuJlrcmcre , p. 28.

(2) Vortuiie «ur,».*. Vurke rgeseh., 1820, p. 133.

ML, COURS RtOlBN. MtROÉ.

brc d'habilans de cet Ile Aloa, et remarqua qu'ils appartt naient à trois di fier en» systèmes de religion (l); les uns reconnaissaient Allah comme le Dieu tout-puissant; mais ils adressaient leurs prières au soleil, à la lune, aux étoiles, afin qu’ils intercédassent pour eus près de lui; d'autres ne connaissaient pas Allah , et adoraient le soleil et le feu. (Ce colle ne serait-il pas venu de l'Orient ?) D’autres attachaient l’idée de divinité à un arbre, un animal ou à tout autre objet qu’ils voulaient (c’eut bien ici le fétichisme des aborigènes), a Une partie de la presqu'île d’Aloa était habitée, dit Macrizi, par le peuple des Bedjas (Bujas), ancêtres des Bisharis d’aujourd’hui; ilss’étendaieiit jusqu'au Habesch. » Macrizi appelle leurs prêtres schamânes du diable, et ils faisaient très-probablement partie des magiciens d’Aloa.

Toutes ces relations intéressantes sur l'antique Méroé ne nous permettent pas encore de déterminer exactement la sitoation do cet oracle fameux. Personne n’était plus en état de le faire que Burckhardt , car il parcourut tou» ces lieux dans ses voyages. Nous avons indiqué plus haut les ruines, seuls monument du passé , qu’il trouva près de Goz-el-Kadjeb , sur l’Atbara , et entre Shendy et Damer, près du Nil (2). Il pense que la nature du pays s’oppose à ce qu'on place Méroé entre le Nil et i Atbara , à l'endroit où est Shendy ; il n’y a pas là d'tle fertile , mais seulement une petite bande de terre propre A la culture, le long des bords dn fleuve. Il croit que les distances indiquées par Hérodote (3) s’accordent assez bien avec la description que SJlim nous a donnée de l’ile Aloa.

Cette description correspond encore assez exactement à l’ile Méroé, à la forme de bouclier, située, suivant Strabon (4), entre l’Aslaboras fAtbara ell'Astapus (Azrek) le véritable Nil, qui coule du lac abyssinien Coloé , ou, selon d'autres, entre l’Aslosabas, tout à fait différent du Nil, et qui est probablement l Abiad. Ces indications laissent un vaste champ aux conjectures, et aucun auteur de l’antiquité (S) ne nous fournit de désignation plus précise. Bruce est le premier qui ait retrouvé l’ile Méroé dans cette grande contrée arrosée tout autour par les nombreui brasdu Nil, et Burckhardt a confirmé et précisé les observations à la partie la

(1) Bacml, dan» Burckhardt, p. 501 ; dan» QuatremCre ,

Il , p. 26.

(2) Bucktiar.lt, Trav., App., p. 624, note.

(3) H cru Joie, I. II, p. 20.

(4) Strab.m, XVII, c. I , p. 472; c. 2, p. 622; éd.

TSSCb. 4

(5) Hérodote , I. Il , p. 29. — Dlodore, t, p. 33. — F Une , vi , p. 23 , et lUrrcu Ideen ,11, p. 364 A 442. — - Murray, Ulsacriatlun ou Uic progressive ucography. — Bruce, Trav., vil, p. 38-394.

plus septentrionale de cette prétendue Ile. Suivant lui, et suivant la relation de Sélim, Soaba, capitale d’Aloa, fondée probablement sur les ruines de Méroé, devait être située dans ia Mésopotamie ou le Duab des deux priucipaux bras du Nil, à l’endroit où est aujourd’hui ia ville de Sennaar, ou un peu plus au sud. Probablement, l'extrémité plane de cette étroite langue de terre mésopotaoiique a dtl subir de grands change inc ns depuis 2,000 ans; les embouchures mêmes des differens affluons du Nil oui pu se déplacer et se changer, comme cela est arrivé à tant d'autres systèmes de fleuves.

Sali (l), qui fil des recherches sur Méroé, près des bords du Tacazzé , pense qu elle devait être située beaucoup plus à l’est , entre le Mareb et 1 Atbara. Il se fonde sur ce que Ploléraée comprenait Axum dans 1 lie de Méroé (2), et sur ce qu’un messager pouvait aller en quinze jours de la mer Rouge à Meroé. Cette indication ne pourrait s’appliquer aux descriptions précédentes.

Il est assez curieux que le nom de Méroé se retrouve plus au nord, au-dessous de Berber et prés de Dongola , dans le pays des Arabes scheygya. La piiucipate ville de la contrée porte encore aujouid'hui le nom de Merawe (3), et, vis-à visd’tlle, sur la rive opposée du Nil, est située la ville Kadjeba, deux fois plus grande que la première. A Merawe , se trouve , dit-on , une forteresse bâtie en briques , et située à deux journées et demie de Dongola et à sept journées de Demar , selon la carte de Bruce. Burckhardt ne peut savoir s'il y a, dans ce pays, des monuments des temps primitifs, et il n’eiileodit parler nulle part de ces prétendues colonnades gigantesques et majestueuses, de ces fontaiueset de ces salies souterraines que Bruce place à Dermes, lieu dont la situation est inconnue. Bruce prétend tenir des Arabes ce qu'il dit de ces ruines merveilleuses, mais Sait doute fort de sa véracité. Il reste donc aux voyageurs un grand nombre de découvertes à faire en ces lieux. Quelle que soit la situation de Méroé , il est toujours certain que cette contrée inhospitalière, habitée aujourd’hui par les hordes des Bédouins et d’autres tribus sauvages, a été autrefois le berceau (4) des arts et des sciences en Afrique , comme les recherches de Ileeren l’ont suffisamment prouvé.

Meroé était uu empire théocratiqne , gouverné par un roi que ledieu Ammon choisissait lui-mémo parmi les prêtres, et intronisait solennellement. La puissance de cet état reposait sur la célébrité de l’oracle de Jupiler-Ammon et sur le commerce des caravanes; ce commerce, introduit et protégé

(1) Sait, Trav.,1». 358.

(2) Pt o. cm., ueotr., 1. iv, c. 8.

(3) BurcUurdt, Trav., p. 68.

(4) Heeren Ideen.

par les prêtres , se faisait au moyen des peuples nomades et pasteurs voisins, qui servaient à transporter les marchandises. C’est de là que partirent les colonies de prêtres qui s’établirent à Tbèbes et à Ammon. Ces lieux devinrent bientôt ainsi des oracles fameux , et des stations importantes pour les caravanes de toute l'Afrique. La civilisation est donc descendue de la haute terrasse de Sennaar ou deMéroé dans les basses terres de l’Eygpte; c'est ce qu’indiquent allégoriquement, dans les ornements des temples égyptiens, les processions de prêtres, où l'on porte l'image de Jupiter-Ammon sur un vaisseau. De Méroé vinrent le culte d’Ammon et d'Osiris [Jupiter et Dionysos), l’architecture * colossale et éternelle que nousadmironsen Egypte, et très-probablement aussi l’écriture hiéroglyphique, qui, suivant Diodore, avait à Méroé un sens vivant pour tous, et n’était pas seulement le secret de la caste des prêtres, comme en Egy pte.

Par les caravanes de Méroé , l'Egypte et Carthage étaient en communication avec le Soudan, l'Ethiopie , l’Arabie heureuse et l’Inde. Comme état et comme pays, Méroé était l’anneau médiateur entre l'Egypte et l’Ethiopie, par ('établissement de la caste des guerriers àGojam; elle unissait encore le pays du Niger à l'Yémen , car probablement, alors comme aujourd’hui , la route des caravanes passait à Axum , si commodément placée au milieu de ce chemin. Peut-être même qu’une colonie des prêtres de Méroé s'établit à Axum avant le gouvernement des rois, caria royauté ne nous apparat! , à Axum , qu’aprês que l'étal de Méroé eut cessé d'exister sous sa forme antique, du temps du second Ptolémée.

2e Rkmàrqve.

Nome du Nil.

Nil ns, Nf/Ao<, est le nom le plus ancien du cours inférieur du fleuve ; il ne commençait à lui être donné , dit Pline (l) , qu'au-dessous de l'embouchure de l’Astaboras. Hérodote et tous les Grecs avec lui , apprirent ce nom en Egypte ; cependant un grand nombre d’autres appellations ont été données au grand fleuve égyptien.

Plusieurs noms employés dans la Bible pour désigner le Nil, nous donnent l’origine d'autres appellations qui en ont été dérivées ; les principaux sont : Gihon , Nehr, Nehhl, Syhur (2).

Gihon, dans la Genèse (Gybhoun), le fleuve de Chus, c’est-à-dire de l'Ethiopie , a probablement donné lieu aux noms cophtes Pi-keôn ou Kehôn ; ce mot désigne de l'eau qui jaillit avec violence

(1) Plln. I. v, c. 9.

(2) J. -J. Marcel, Mémoire dans la Description de l’état moderne de l'Égypte, I , p. 43.

(«rttmpens). Gihon est particulièrement le nom dn Nil blanc ou bras occidental ; le Nil bleu, ou bras oriental, s'appelle Phison. Dans les premiers siècles de l’ére chrétienne, les pères de l'église appellent toujours le Nil Tfoiy 0i le Gihon de laThébaïde (l).

Nehr on Nahr signifie fleuve ; on trouve plus souvent encore Nehr Metsraim, le Nil Messr des Arabes ; c’est de là que vient , par analogie, le A hyvrroç tct aoi,* d'Homère. Ægyptus (2) est peutêtre le nom le plus ancien du fleuve, et il aurait été ensuite étendu à toute la vallée.

De Nehl ou Kekhl , dans le Livre des Rois et dans Josué, vient probablement le nom de Nil, Ei/Àc, (N'uchul , dans Poraponius-Mëla). Nehl désigne, en hébreu, une étroite vallée, à travers laquelle coule un courant d'eau. Diodore de Sicile, 1,17, dérive ce nom d’un ancien roi, appelé Nilos, qui ne se trouve pas dans la généalogie des rois • égyptiens de Manethon. Ce nom de Nil, qui est devenu le plus usité dans le pays, et qu'Hésiodc le premier, chez les Grecs, appelle rev Nt7 Xsv (3), s’accorde très-bien avec la désignation de la plupart des fleuves de l’Inde ; mais peut-être que cette ressemblance n’est que fortuite. Nil, dans l'Inde , eslune epilhetedudieu Siwa, etsiguifle lebleu(4). Nil (l), en persan, désigne la couleur bleue de l’indigo ; ce mot, passé de cette langue dans l’arabe, désigne toujours, sans exception, le Nil du Soudan et le Nil de l'Egypte, dont le bras oriental, Bahar-le-Azrek , a, en arabe, une appellation synonyme (azoràaA, en arabe, signifie 6/eu). Le nom de Nil est commun, daus l'Inde, à un grand nombre de fleuves ; mais celui de l'Egypte est toujours appelé, en sanscrit, cali, c’est-à-dire le foncé, le beau.

Le quatrième non biblique, Syhur (6), dans Josué, se rapproche de celle signification (sihor, sehr, veut dire foncé et noir, en hébreu). C’est de laque Plutarque et Pline l’appellent aussi Ztt/Mÿ, siris ; Eschyle, traduisant ce mot, lui donne le nom de zeraftoç ki4io\p<;t et Dionysius, Ausonius et d'autres celui de MéAoç, Mello, le noir. On pourrait croire delà que le Niger de l'Afrique centrale n'est aussi qu’une traduction ; mais Nieburh a prouvé que le mot Niger vient plutôt de l’ancien nom punique (7) de ce fleuve, nahar, c'est-à-dire fleuve. La prononciation étrangère la changé en niger, et c’est par hasard que ce nom est le même

(1) Champollion. l'Égypte sous le* Pharaons. Paris, 1814, I, p. 138.

(2) Pincdo, dantSlcpb. Byi , 1078, p. 37-48.

(3) Voy. Théogonie, », p. 338.

(4) Buchanan, 111, p. 10.

(6) Tychtcn Anmerk. In Bruce, Bell., p. 362.

(8) Marcel, Métn,, p. 49.

(7) Micbubr Über die oeographlc Uerodot», 1816, p. 218.

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