SECOND GRADIN DU COURS MOYEN , OU NUBIE
L’avenir nous apprendra si réellement la ville et la contrée de Sennaar sont élevées à plus de 4,000 pieds de hauteur absolue au-dessus du niveau de la mer , comme la longue chaîne des cataractes du Nil il travers la Nubie jusqu'à Assoyait, semble le rendre probable. Bruce lui donne cette hauteur , et il assure eo même temps qu'elle est située un mille anglais plus basque Gojam, qui a
(1) Tulles adlycopfcr. eus., v,p. 119.
(8) cbsmpolllon, p, 191. — Marcel, p. 61.
(3) Jscàsoa, secouai o t Maroc es, p. 304.
deux millesanglaisd'élération absolue. Alexandre de RumboldL donne à cette terrasse 4,200 pieds (800 toises) de hauteur absolue, et Aennell a confirmé cette opinion par des calculs hydrographiques.
Non-seulement le pays de Sennaar, mais toute la terrasse et très-probablement une grande partie des pays de l'intérieur, Dar-Four, Borgou etBornou formeraient ainsi un plateau de 4,000 pieds de hauteur. Cette haute terre, placée h l’extrémité nord-estde la Haute-Afrique, serait au plateau de l'Ethiopie plusélcvéqu 'elle, absolumentcomme le plateau de la Perse , situéà l'extrémité sud-ouest de la Haute-Asie, est au grand plateau de l’Asie. Le Nil serait ici, comme l'Indus là-bas, le fleuve qui établit la transition entre les hautes terres et les basses terres; le Sennaar (l'ancienne Méroé) serait, comme Caboul en Asie, le pays du passage, et Cordofan et Dar-Four, situés à l’ouest, seraient, comme le Candahar (1), surnommé les portes d’Iran, les portes par lesquelles le commerce pénétrerait dans le Soudan ( Beb-Soudan ) ; l'endroit où l'on passe le NilprèsdeGherry correspondcrait alors exactement à l'attockdes Indous.
Caboul et Candahar sont aussi de hautes terre immenses qui s'élèvent successivement, sans présenter de montagnesd’une hauteur relative trèsimportante ; leur hauteur absolue aété récemment calculée; suivant ce que les nombreux voyages en Perse nous en apprennent, elle forme aussi un plateau de 4,000 pieds au-dessus du niveau de la mer, comme le Sennaar.
Un grand nombre de phénomènes (2) qui nous apparaissent sur la terrasse de Sennaar viennent confirmer cette assertion. Le sol aride est plus souvent couvert de silices et de cailloux que du sable mouvant qui caractérise les basses terres; souvent il est nu comme la surface d'un rocher; l'a où se montre quelque végétation , ce ne sont que des pacages arides ou des steppes. Il n'y a pas de palmiers , quoiqu'ils croissent ordinairementsouscelte latitude, et lesdattesn'y mûrissent pas. C’est probablement la situation élevée de la contrée qui produit, dans les plus grandes chaleurs, un abaissement de température si sensible pendant la nuit. Aux journées les plus ardentes succèdent souvent des nuits si fraîches que cela peut causer la mortdes homme» et des chameaux pendant les expéditions des caravanes. Ce que Bruce avance sur l’existence des montagnes et de
(t) Arec fi skberjf, U, p. 180.
(3) «race, Trsv., VI, p. 464.
Itaulrurs danjcp pays, semlilpconfirmer son élévation au-dessus de la mer, et c'est elle sans doute qui produit, malgré un soleil ardent, celte fraîcheur tempérée, cette atmosphère salubre tant vantées par Ilorckhardt; il assure n’avoir pas rencontré un seul malade dans toute la Nubie; la peste y est aussi un fléau entièrement inconnu.
Toutes nos cartes dessinent ici des chaînes de montagnes qui s'étendent, sans interruption, du nonl au sud, le long delà mer Rouge et des deux côtés du Nil. Elles existent en elîet et forment, à ce qu’il parait, toute une masse de montagnes coupées dans différons sens. Il est certain cependant que le sol de l'Afrique va ici toujours en se dégradant du sud au nord , et que les chaînes de montagnes courant dans une direction opposée au Nil, de l'est h l’ouest, sont souvent traversées par ce fleuve. O la est non-seulement confirmé par les chutes du Nil qu'out observées sur les lieux une foule de savans et de voyageurs, mais un grand nombre d'autres faits remarquables viennent encore h l'appui de cette assertion.
Si on examine de près cette prétendue chaîne de monts alpins qui s’étend le long des côtes occidentales de la mer Rouge et qu'on a même comparée an Caucase, on trouvera qu'on a de beaucoupexagérésoniinportanccctqu’cllene présente pas un ensemble aussi grandiose. Les voyageurs européens l’ont traversée, dans ces derniers temps, en quelques endroits. Sait, qui l'a passée dans les lieux où elle doit borner, avec ses hautes cimes, l'Abyssinie du côté de la mer, lui ôte beaucoup del'elévation que Bruce luiavait donnée. La chainede Tigrés’étend, dans le llabesch. du sudest au nord-ouest; le Taranta, qui court dans la même direction, est encore moins élevée! n’est qu’une pente de la terrasse de Tigré. Toute cette contrée est une haute terre, mais elle ne présente pas de haute chaîne de montagnes qui s’étende du nord au sud et elle ressemble exactement h l'Yémen situé vis-h-vis, de l'autre côté de la mer Rouge.
On aperçoit encore h Massowab (1) les hautes montagnes de llabesch ; mais si on porte ses regards au nord, on ne découvre aucune chaîne de montagnes jusqu’à Suakim, et Icpays ne présente que des collines peu élevées. C’est du pays de Suakim (19° lat. nord) qu’on voit île nouveau , pour la première fois, une haute chaîne de montagnes ; celte cliaine est l'OH/tig-Langay que
Burekhardt(l) a Franchie ; mais elle disparait de nouveau, vers le nonl, aux yeux du navigateur qui longe les côtes, jusqu'à Macowar (2) (l’OIlaki d'Ahulfeila et le Bérénice l’attcrysos des anciens ) ; la apparaissent encore des montagnes que Belzoni (3) a traversées et auxquelles il ne donne qu'une moyenne hauteur.
Cette haute chaîne de montagnes qu'on plaçait ici se trouve peut-être plus avant dans les terres? mais Bruce, qui traversa le désert de la Nubie, par un ciel serein , ne manquerait pas de nous parler de ses pies à forme de tours, s’il les avait réellement aperçus ; il ne s’en montra pas la moindre trace. Plus au nord seulement, surgissaient de nouveau des chaînes de montagnes profondément dentelées. Loin d'indiquer ici une chaîne de montagnes, Bruce nous dit que les Arabesont continué de se retirer, avec leurs troupeaux, du désert de la Nubie dans la contrée élevée et plane (high oren ridge ) (1), éloignée de deux journées de marche, à l'est, de la route qu’il suivait, et s'étendant lelongdu cheminqui conduit en Égypte. Ainsi, le pays situé entre la mer Rouge et le Nil est bien une haute terre, mais il ne présente pas une suite de sommets élevés et dentelés. Cependant ou regarde commeune succession de sommets les prétendues montagnes de inarbre ; mais leur existence est très-problématique; en effet, si elles existent elles devraient former ici , à cause de leur élévation , un grand partage de température: or, rien ne confirme qu'il y ait ici rien de semblable (3) , et cependant un phénomène de cette nature caractérise toujours, en ces lieux, le climat de tontes les cimes élevées.
Cette continuité de hauteurs moins importantes est encore probablement interrompue et souvent coupée de l'est à l'ouest , comme nous savons déjà que cela a lieu à Kosseir et en d'autres lieux de la Haute et de la Rasse-Égypte. Ce ne peut pas être seulement par effet du hasard que les hautes montagnes de Suakim se trouvent sous la même latitude que la limite septentrionale de la terrasse de Sennaar (19° lat. nord) et l'endroit où le Nil, quittant la direction du nord , fini un détour à l'ouest jusqu'à Oongola , en se précipitant de la cataracte de Takaki, au-dessous de Rerber. Ce ne peut pas être
(1) CurcXhinU, Tr*v., p 423.
(2) le inclue, p. 320.
(3) Belzoni, Voj. Pari», 11, p. 01.
(4) Bruce, Tr jt-, VI, p. 458.
(5) v.iicn'la, Tr»v., Il, p. 294.
(1) VatenlU, Trar., Il, p. 201.
ML. COLHS BU1ÏEX. KUBIK.
non plus par hasard, que les montagnes littorales de Macovvar (24° lat. nord) attirent de nuureau notre attention par leur hauteur, précisément sous la même latitude où la chaîne des cataractes coupe le Nil au-dessus de Sycne jusqu’à tichel el-Silsilyh. l.e Nil coule ici dans une longue vallée de l'est à l'ouest, avant de s’étre frayé le passage dans la Basse-Égypte , par-dessus les derniers gradius des rochers.
De plus , Bruce a remarqué dans le désert de la Nubie, sur la route des caravanes, deux chaînes de montagnes , celle de Chiggré et celle de Safieha qui , toutes deux , courent (1) de l'est à l'ouest. D'après tous ces faits, il semble qu'au lieu d’une chaîne de montagnes comme le Caucase, est situé ici un tante désert qui s'abaisse vers te nord, en gradins toujours de plus en plus bas ; il présente en beaucoup d'endroits, une surface tout a fait plane; mais il forme , à la bordure , des steppes montagneux qui sont la véritable transition du haut plateau de l'Afrique aux basses terres. C'est ce que confirme aussi Edrisi (0) en plusieurs points : « In eonfinio Aubas et Æggpti » nions est Genadil, quti parte .Egyptum res- » pieit prœruplus, dectivior Piubm versus. » Nous allons exposer maintenant les observations de Burckbardt qui , peut jeter quelque jour sur cette assertion , en attendant qu'uu savant parcoure ces contrées et nous donne, à l'aide des mesures barométriques, leur élévation absolue et relative.
Burckbardt est le seul voyageur depuis Bruce qui nous donne quelques renseignrmens sur le pays plane de la Nubie, en dehors de la vallée du Nil; il parcourut la route de Bruce depuis A'ssouan (Syène), ou plutôt depuis Daraou jusqu’à lin ber, au sud; de là, il passa, à l’est, la chaîne littorale de POrbay-Langay , depuis El- Taka jusqu'au port de Suakirn. Ces deux itinéraires contiennent les faits nouveaux qui ont rapport à la terrasse de la Nubie, et nous allons les rapporter ici.