Passage de iOrbay-Langay depuis El
Tuka sur l’Atbara jusqu’au port de Sua-
kim à t'est, sur la mer Rouge.
La contrée d’EI-Taka est située dans les plaines immenses et sablonneuses, sur le grand
(1) Bruce, Inc, VI, |>. 464 et 487.
(2) Edr ls I Africa cur. Hartmann, p. 70.
plateau de la Nubie qui est habité par une multitude infinie d'autruches (I). A l'est s’étendent les montagnes côtières du golfe arabique. La caravane mit quatre jours pour aller de Filik, situé dans l'El-Taka , à l'entrée des montagnes. Cette chaîne, dit Burckbardt, est la plus importante de la Nubie; elle s'étend du sud-est au nord-ouest, dans une largeur de quatre à cinq jours de marche et envoie un de ses bras , au nonl, jusqu'à kosseir. Le pied occidental de ces montagnes offre au voyageur de délicieux paysages ; leur pente est coupée par un grand nombre de wadys ou de ravins où croissent des palmiers gigantesques et des boisd'aeaeias. Après une montre de quatre heures on entre dans la région des bois de seder entremêlés de Touaris (le séder est une espèce de melèie) ; c’est là que se montrent les premiers singesqu'on ne trouve ni en Nubie, ni en Égypte. Quelles que soient les difficultés de la route , l’élévation absolue ne doit pas être ici très-considérable, car les plus hautes cimes ne s'élevaient encore qu'à 300 pieds environ au-dessus de l'endroit où l'on était campé dans la passe : on apercevait les traces d’un grand nombre de torrens dans les fondrières des rochers, indice du partage des eaux , et du côté de la mer , et du côté de la Nubie.
Cette passe (18° lat. nord environ) porte le nomdeLangay (orhay signifie montague); la caravane la franchit presque sans difficulté et sans fatigue. Suivant la comparaison qu'en fait Burckliardt, sa pente orientale, qui rstde deux lieues de longueur, a beaucoup de ressemblance au Liban, par son climat et sa végétation. Fresque toute la chaîne est formée de roches calcaires primitives qui ne présentent aucune trace de pétrifications: elleestcouvertc des plus magnifiques prairies; on trouve plus de sources et de fontaines à l’ouest qu'à l'est. La pente orientale , couverte de verdure et de bois, conduit à la plaine de Suakirn (S).
3. Route des caravanes au nord , à travers le grand désert de la Aubie, de Berber a Daraou au-dessous des cataractes de Syene.
Ce chemin , que prit Burckbardt, est la route ordinaire des caravanes de Sennaar à Sais ou dans la llautc-Égypte. On inet seize à dix-sept
(I) Riirckturdl, Trav,, p. 405.
;2> ihi<! , p. 431.
AFRIQUE, SYSTÈMES D'EAU : IIIe DIVISION , J 23.
jours pour aller de Berber aux fontaines d’El- Haimar, et cinq jours pour aller de là à Daraou, ce qui fait vingt et un à vingt-deux jours en tout pour le voyage (1). Un courrier, monté sur un dromadaire, peut parcourir cette distance en huit jours.
A partir de Berber et de la vallée du Nil , une vaste plaine , complètement unie , sablonneuse et parsemée de pyrites noires et de cailloux de quartz , s'étend au nord , à travers le désert de la Nubie, jusqu'au lliiel Shigré (2) (Ohiggré dans Bruce). Burckhardt regarde cette chaîne comme la plus haute de la Nubie occidentale, quoiqu'elle ne s'élève que de 800 à 1 ,000 pieds au-dessus de la plaine. Jusque-là, toutes les wadys s'étendent dans la direction de l’est à l’ouest; elles ne versent des eaux dans le Nil qu'après la saison des grandes pluies ; dans tout autre temps , elles sont sans eau, et l'aridité la plus affreuse y règne à l'époque de la sécheresse : toute végétation a disparu; çà et là s'élèvent, de la masse monotone des sables, des rochers isolés de granit, de quartz, de syénit, et c'est le seul accident qui vienne ici récréer et reposer la vue. Les montagnes de Shigré sont de granit et diffèrent par conséquent de l'Orbay - Langay , qui est de calcaire primitif, auquel ce granit sert assurément de base. La caravane mit quatre heures pour traverser celle chaîne, du nord au sud. Burckhardt chercha, sur cette route commerciale qui conduit en Égypte et près d'une des principales fontaines de la Nubie, des ruines qui auraient pu attester l'antique civilisation de l'état de Méroé ; mais ce fut en vain. On voyait à la pente nord, qui conduit probablement à une profondeur absolue , plus grande que la pente sud, un chaos sauvage de rochers de granit amoncelés l'un sur l'autre et couverts de masses de porphyre (3) , traversées par de petites veines de feldspath. Cette chaîne de rochers, dit Burckliardt, ressemble entièrement aux rochers de granit et de porphyre qui coupent le Nil , près des cataractes de H ady-Lamoulé (4), presque sous la même latitude que la chaîne de Tigré, et qui ont encore des chaînons corrcspondans sur la rive occidentale du Nil ; ces chaînons forment la montagne la plus élevée qu’il y ait en ces lieux; et Burckhardt , dans un précédent voyage, mit
(1) Burekhinl!, Vrav , p. 208.
(2) Ibid., p. 106.
(3) lbld.,p. 194 Ibid., p. 48.
six heures à la traverser. Nous regardons cette chaîne, qui s'étend de l'est à l'ouest, comme un des nombreux gradins secondaires de la terrasse de la Nubie, qui va en se dégradant vers le nord.
La moitié septentrionale du désert de la Nubie , entre les montagnes de Shigré et la chaîne qui borne l'Égypte, diffère donc de la partie méridionale, en ce que le désert y est plus sauvage et que la surface hérissée de rochers présente un plus grand chaos et est moins uniformément recouverte de sable. Elle offre donc beaucoup plus de variété que celle du sud , elle est beaucoup plus accidentée que le grand désert de Syrie, entre Alep et Bagdad, entre Damas et Médine ; car on y voit s'élever çà et là des arbres isolés, près des rochers et des fontaines, phénomène qu'on ne rencontre nulle part, par exemple, dans le désert de Suez. On ne trouve des plaines de sable qu’en quelques endroits : là le mirage (serai chez les Arabes) abuse le voyageur de ses magiques illusions et offre à ses yeux des groupes de lacs étincelans , an milieu de la surface aride du désert. On voit encore assez souvent dans les steppes desséchées , des tamaris, quelques palmiers-doum, mais la plante méridionale du séné (cassia) s'y trouve surtout en abondance. Les habitons donnent le nom de (ihadyr aux enfoncemens formés cuire les chaînons où se rassemblent des eaux stagnantes et autour desquels se montre la végétation.
Après avoir traversé un grand nombre de wadys ou arriva, en suivant la route des caravanes, à une plus grande, appelée Wady-Olaky (1). C’est un ravin formé entre des rochers de granit; il n’a que 300 pieds de largeur, mais il est bien arrosé et couvert de magnifiques prairies. Les conducteurs des caravanes, qui sont des Ababdés , habitons du désert de la Nubie, ont cette wady en grande vénération , et la saluent avec un respect religieux. Dans la saison des pluies, elle envoie au Nil des torrens impétueux ; mais une propriété tout à fait particulière à cette wady , c'est qu'elle s'étend à l'ouest jusqu'au Nil, et, à l'est, jusqu'à la mer Bouge, et forme ainsi une véritable vallée transversale qui coupe toute la masse des montagnes, depuis le fleuve jusqu'à la mer, de l'ouest à l’est. Nous connaissons encore cinq autres vallées transversales qui coupent de la même manière toutes les prétendues chaînes de montagnes, depuis le Nil jusqu'à la mer, à l’est. Ce sont : la wady d'Edfou, près
11) Burckhii Ji, irav.,p. 184.