KO. COURS BOTES. SUBIE
de l'ancienne Bérénice ; une autre, plus au nord qui conduit de Kéné à l'ancienne Kosseir et les trois vallées transversales par lesquelles on va de la Basse-Égypte au golfe de Suez.
Au nord de cette wady Olaky, Burckhardt remarqua un immense bouleversement des roches de granit qui, à les roir,semblaientavoir été amoncelées par des tremblemens de terre (1). Le même phénomène sc présenta à lui près des sources abondantes d’Èl-llaimar , près de Darnbit, où stationnent les caravanes , dans un ravin de granit qu'il compare h une crevasse produite par un tremblement de terre, et dans la wady Om-el- Hebal, ou le ravin couvert de buissons épineux; cette fondrière n'a, en quelques endroits, que 100 pieds de largeur et ses parois formées par des rochers h pic s'élèvent partout jusqu'il 200 et 300 pieds de hauteur ; elle appartient déjà au système des rochers de granit d'Assuan que le Nil coupe, une journée de marche à l'ouest, aux cataractes de l’Égypte. Celte chaîne de rochers de granit est beaucoup mieux connue que les contrées précédemment nommées et qui ont été dessinées , pour la première fois, sur la carte des voyages de Burckhardt.
Quand on considère, dans son ensemble, la pente générale des terrasses de l'Abyssinie et de la Nubie , vers la mer Méditerranée, on est frappé encore d’une autre particularité ; c’est que cette pente est traversée, du sud au nord , par trois enfoncemens (2), ou si l'on Teut par trois vallées longitudinales, parallèles entre elles et qui courent dans une direction opposée h ces vallées transversales par lesquelles elle est coupée de l’est h l'ouest. L’enfoncement du milieu KcXim &Oa<r<nf( est occupé par la vallée du Nil , celui de l’est est rempli par les eaux du golfe arabique ( m se celui flumen est) (3) ; celui de l'ouest, sur la limite du désert, contient les excavations longitudinales dans lesquelles se trouvent les rares amas d'eau de la chaîne des oasis de Dar-Four, de Leghea, Sdlime, de la grande et de la petite oasis du Bahr-Belama et des lacs de Natron. Tous ces enfoncemens semblent appartenir h une suite non interrompue de lacs coraliins desséchés.
Cette chaîne d’oasis est bordée , h l’est ^partir du Dar-Four, absolument comme la vallée du Nil , par une chaîne d’éminences qui se pro-
(1) Burckhardt, Trar.,p. 171-183.
(2) Hérodote, I. Il, c. 11.
l3) Kdrisli Africa, car. Hartmann, p. 9.
longent dans une immense étendue. Leur hauteur est très-peu importante, et elles ne méritent d’attirer l'attention que par leur parallélisme avec la vallée du Nil. Brown (1) les regarde comme le Tinodes-Mons des anciens , que nous voyons dessiné sur la carte de d’Anville.
Jusqu'à présent nous ne savions que très-peu de chose du cours du Nil dans toute la Nubie. On dirait que le Grand-Fleuve veut éviter ici les déserts affreux de la Nubie; près des premiers bois de Takaki, au nord de Berber, il tourne à l'ouest vers Doogola et forme ainsi un grand demi-cercle ; à la limite septentrionale de cette terrasse, il revient sous le même méridien sous lequel il coulait avant d'y entrer, et traverse alors la chaîne des cataractes de Syène.
Le détour que fait le fleuve est, suivant Hérodote, de 40 jours de marche, mais la corde de cet arc , à travers le désert n’a que 60 milles (2). On dit que la vallée du Nil , près de Dongola , est abondamment arrosée et bien cultivée, mais qu'elle n'a qu’une lieue de largeur (3); on nous rapporte encore qu’il se trouve une cataracte près de la forteresse d’Astenum et que plus bas, près de Say , il y en a encore une autre. De là le lit du fleuve est rempli d’écueils, et le rivage et hérissé de rochers nus, jusqu’à la cataracte de la Nubie. Ainsi l’appelle Bakui (4); d’autres lui donnent le nom de Jan Adel ou Gianadel , et la placent sous le 22° 13’ lat- nord. Edrisi, qui la place à 12 jours de marche au-dessus de Syène, la nomme Génadil (3) et assure qu'on ne peut la franchir avec des bateaux. Pline déjà nous a dit la même chose, et il nous assure qu’on était obligé de démonter ici les bateaux. C'est à ce petit nombre de renseignemens que se bornait jusqu’à présent notre connaissance du cours du Nil jusqu'à la frontière de l’Égypte.
On citait encore les chutes d'Abrim ou d'Ibrim , appelées aussi autrefois chutes des Kennous , du nom d'un petit peuple de pêcheurs qui vivait misérablement entre les rochers du fleuve : ces chutes ne sont que des rapides , comme celles situées plus bas et qui sont mieux connues. Déjà Hérodote (6) nous dit qu'on remonte le Nil quatre jours au delà d'Eléphantine ; mais il faut hâ-
(1) Browne, Trav. , p. 133.
(2) Hceren Idcen, 11, p. 308.
(3) Ponce t, Voy.f p. 13, el Bruce, V, p. 321.
(4) Quai remère de Quincy , Mém.,11, p. 7.
(5) Bdrlti A frie. , p. 70.
(0; HCrotlote, I. n , c. 29 , el flccrcn Idccn , 11, p. 364 •
1er les bateaux avec des cordes à cause des détours et des méandres du fleuve.
A partir des sauts du Nil, près d'Assuan, la contrée qui jusque-là était restée pour nous une terre inconnue , commence à se mieux dessiner à nos regards.
Les recherches et les découvertes des deux derniers siècles ont déjà dissipé les ténèbres au milieu desquelles ces contrées reposaient pour nous ; on est saisit d'étonnement , quand on contemple aujourd'hui, sur cette terre élhiopique, regardée il y a peu de temps encore comme un désert , les traces de la civilisation et des arts , une suite presque non interrompuede monumens gigantesques, produits d’une architecture grandiose et savante; tous ces monumens doivent l'existence au monde antéhislorique de l’Egypte, et aucune contrée de la terre, excepté les vallées du Nil et l*lnde, ne saurait en montrer de semblables. Lcursigniflcation religieuseetlcurs nombreuses inscriptions contribueront sans doute à dissiper les ténèbres qui cachent encore à nos regards la vie des hommes , des peuples et des états du passe , et nous révéleront les mystères de leur civilisation et de leurs arts.
Nous alons essayer, autant que nous le permettront nos moyens et nos forces , de mettre un peu d'ordre au milieu de ce champ couvert jusqu’aujourd'hui de confusion et d’erreurs : nous classerons méthodiquement les documens nouveaux, authentiques et vrais que nous possédons sur cette partie de la terre ; cet essai , le premier de ce genre , demandera à être complété ; mais, malgré toute son imperfection, il nous donnera une preuve constante des progrès faits dans le domaine de la science et dans l'étude de l'homme.
lro Rkharque.
indication des sources les plus récentes sur la
Nubie, d’après les récits de témoins oculaires.
L'Europe savante doit sa connaissance de la Nubie presque exclusivement aux dernières années du dix-huitième siècle. Nous possédions, à la vérité, déjà auparavant, quelques indications ; mais clics n'oul été appréciées et jugées que depuis les rechcrchesgcographiqucsctphilosophiquesdc celle époque. Ce que les Romains cl les Grecs nous en ont appris est très-peu important , bien que l'état de Méroé ait déjà eu un grand nom du temps d'Hérodote. L'expédition de Camby se contre l'Éthiopie fut obligée de prendre sa route par la Nubie. Élcphantine formait déjà, du temps d’JIcrodole , la
frontière de l'Égypte ; les Grecs, qui allaient alors chercher leur sagesse à Memphis , restèrent dans une ignorance profonde sur tout le pays situé au delà d'Éléphanliue , par conséquent de toute la Nubie. Certains auteurs en concluent que les Égyptiens, alors déjà déchus de leur première grandeur, regardaient, à l'exemple des Chinois, la frontière méridionale de leur pays comme la limite de toute la science géographique. Voici les raisons qu'on pourrait citer à l'appui de cette opinion : l'Égypte, après la conqoéte de Cambyse, avait été changée en province persanne , et était restée dans cette position jusqu'à la couquéle d'Alexandre ; toutefois, les Perses, dans leurs persécutions contre le culte égyptien, n'osèrent répandre le désastre et le carnage au delà des frontières de 1 Égypte; la funeste issue de l'expédition de Catobyse coutre l’Éthiopie (324 ans avant J.-C.), la première et la seule que les Perses eussent entreprise contre le gradin moyen du Nil, les avait découragés; mais ils isolèrent entièrement l'Égypte de la Nubie et de tous les pays du sud , cl c'est ainsi que l'assujettissement de l’Égypte éleva le premier mur de séparation entre elle et les Nubiens, restés fidèles à l’antiquité. La même différence ne tarda pas à se faire sentir sous le rapport politique et religieux. D'après les relations de Diodore sur la ressemblance établie entre les anciens Égyptiens et les habitans de Méroé, ressemblance que Dochart ( l) a très-bien expliquée, il est évident qu'avant l'époque des Perses, du temps de* anciens Pharaons, lesdeux peuples avaient les mêmes mœurs, les mêmes loi* et le même culte, et qu’ils entretenaient entre eux de* rapports politiques elcivils très-intimes. L Acicn-Testanieut surtout nous parie plus des trésors et de la richesse de I Éthiopie à celte époque, que tous les auteurs postérieurs des Grecs et des Uoniaius. Pendant la dominationdes Ptolémées, apièsfépoqued’Alexandre, Élél'banline et le pays des cataractes continuèrent à former la frontière méridionale de l'Égypte, cl le furent encore sous la domination des Romains; sou* l'empereur Auguste, les limites en furent cependant reculées pour quelque temps, par l’expédilion de P. Petronius ( 732 , p. n. c.) contre l'Éthiopie. Suivant Strabon (2), ce général conquit, sur la rive droite du Ml, plusieurs villes nubiennes, entre autres Pstlcis , Primis et même N a batte , capitale du pays; mais elles ne restèrent pas longtemps au pouvoir do Rome. Peu de temps avant Tacite (Annales, II, G l), ainsi qu’à l'époque de Pline , la contrée des cataractes passait de nou-
(1) Sam. RacbarU Ocogr. «acra in Opp., cJ. I.ug'l. Bal., eü Terl. A. 1692 ; Pci, VHIeroamli, I. Vt , c. 26, t> 263 ».
(2) Strabon, svii, 820, Od. Tz*cb., VI , p. 618 , et Plu. Caw., I. ri v, 734, 64, éd. Rcimar , in -fol. , I , Hamb ,