Sukkot
Le pays de Sukkot est situé entre le district
(I ) Runkhirdl, Tnv., p. 41 .
K1L, COURS MOYK.X. lîL'BlE.
«le Say et le Batn-el-Hadjar proprement dit, qui commence au delà d’Okamé (1), à la cinquième cataracte, près du mont Lamoulé (Gibel-Latnouié ). C’est la prolongation de la plaine de Say qui s'élargit encore davantage en descendant le fleuve: elle est enfermée dans le lointain, à l’est, par des montagnes qui forment un arc immense; mais à l'ouest les éminences disparaissent entièrement et font place à une plaine sans fin qui semble se confondre arec le désert de Lybie. De ce côté, se trouve un chemin latéral qui conduit à la grande oasis à travers le désert. A l’entrée méridionale de la plaine de Sukkot, est située Aamara; à son extrémité septentrionale setrouve Okami; le sol ici est plus pierreux, et des Iles très-basses remplissent le fleuve ; la plus grande est appelée Ko/bé: elle a une lieue de longueur, et le gouverneur y réside: on la prendrait pour une ile artificielle, formée par un canal profond. On y voit s’éleverune antique chapelle chrétienne bâtie en briqueset contenant une inscription grecque. Burckhardts’yembarqua suruncanot formé par quatre troncs de pins attachés ensemble avec un gouvernail en forme de fourche, esquif absolument semblable à ceux que nous représentent les fresques des temples. Il navigua cette fois sur la rive gaucliedu fleuve, dont il n’avait parcouru jusqu'alors que la rive droite.
Immédiatement avant l'ile, près de la tk'ady- Bal, le Nil est traversé par de puissans blocs de granit amoncelés l'un sur l'autre et par des Iles «le rochers ; ce fleuve franchit cette barre en formant des rapides. Les rives sont couvertes de dattiers. Jusque-là le sol présentait des roches «le grès; ici commencent les roches primitives du Batn-el-Iludjar , et ces blocs de granit sont les chaînons mérhlionaux de cette ligne de rochers.
A l'endroit où la vallée s’élargit au-dessus de ces cataractes, se trouve Zergamolto, d'où part une route qui conduilh Selima h travers Icdesert. Sclima est situéeà deux journées et demie de marche, et elle exporte dans la valléedu Nil le superflu de sel gemme qu'elle produit. Ferké est aujourd’hui le chef-lieu de Sukkot. Autrefois c’était Aarnara, située àl’cntrée méridionale de la plaine rt ville de grande importance, comme l'attestent |es ruines d'un beau temple dont l'architecture estpuremenl égyptienne. On y voit encore debout les fûts de six grandes colonnes du portique ; ils sont à peine calcinés, et leurssculptures ressemblent à celles de l'hilæ et de Dakké ; seulement le
(1} B-.irckbitr.il, Trar., p.ôO, 62.
travail en est moins parfait, cependant il est plus pur que celui des ruines de Derr. L'image de l'Ibis est souvent répétée; a u-dessus dechaque groupe tle sculptures, on voit des places destinées à des inscriptions. Les fondemens du sanctuaire sont construits en briques cuites au soleil. Les autres parties de l'édifice sont en pierre calcaire, etc'est le seul temple de ce genre qu’ait vu Burckbardl, car tous les autres étaient bâtis en grès. Le style de ce monument attestait déjà quelque décadence «lans l'art, et l'édifice est peut-être un des plus modernes de tous ceux de ce genre ; mais cette supposition aurait besoin d’être confirmée.
A partir du pays de Sukkot, en descendant le fleuve, on trouve une coutume très-humaine et bien favorable aux voyageurs qui parcourent ces contrées barbares ; le même usage se retrouve dans la Haute-Égypte, mais plus développé et plus grandiose: cette coutume consiste à placer sur les routes, àdecourtesdistanees, des vases remplis d'eau fraîche ; ces vases sont disposés sous un abri, dans l'intention de secourir les voyageurs: dans chaque village de la Nubie, un homme reçoit un salaire pour remplir d’eau les vases qui sont sur les routes : cette coutume est probablement aussi ancienne que les temples, et elle remonte, sans doute, à l’époque de la civilisation et de la prospérité de la Nubie.
Burckbardt vit encore près d’un grand nombre de villages des tombeaux de saints «1e la Nubie élevés le long des forêts de palmiers. Les habitans y déposaient en offrande des vases de terre et «les nattes.
4 . Baln-cl-Uadjar, Dar-el-Ilad/ar, c’est-à-dire la contrée des rochers.
La limite septentrionale de Sukkot est formée par la saillie de la chaincde montagnes de la rive droite; cette chaîne s'avancedenouvcaujusqu’au Nil, et porte, au-dessus d'Okamé, le nom de Lamoulé; comme le ri vageneprésentaitpasdesenticr
praticable, Burckhardtmitsixheurcsà la franchir: à sa pente septentrionale, est située la Wady-Lamoulé, et uu peu plus bas se trouve la cinquième cataracte qui porte le même nom. A cette montagne correspondent encore celles qui s'étendent plus loin à l’est, sur la rive droite du Nil.
Les cimes les plus élevées de cette montagne (1 ) surgissent immédiatement au-dessous de lamoulé, à l’est A'Ambigo, où se trouve la sixième
(t) OurcvlnrJl, Tr«. , p 48.
AFRIQUE, sïstèwbs d'eau : III* Division, 5 25.
cataracte, Ceshautes montagnes s’annoncent ici au sud pt accompagnent les deux rives du Nil jusqu'à Ebsambal, au-dessus d'Ibrim; mais elles présentent une plus grande élévation sur la rive droite que sur la rive gauche, et donnent b tout |e Batn-el-Adjar , le caractère d'une contrée hérisséede rochers.
En effet, elle s’étend, sons différens noms, dans toute la contrée des cataractes jusqu’à la Basse- Nubie ; souvent elle resserre tellement le Nil qu'il n'a pas plusd’un jet de pierre de largeur, et qu'aucun sentier praticable ne longe ses bords. Les rochers pendent sur ses rives ; des bancs, formant une infinité d’Iles et d'écueils, traversent et embarrassent son cours et produisent ainsi des basfonds. des entonnoirs et des rapides ; toute espèce de navigation est ici impossible, et, même dans les plusgrandes eaux, elle présente d'insurmontables dangers.
Au-dessous d'Ambigo vient la septième cataracte; elle se trouvc'a la passe sauvage &' Akabet- Djebel-I)ous/ie , dans un désert de rochers aux ■nasses bouleversées et sombres ; on l'appelle la cataracte de Seras; et, après un grand nombre de petites Iles formées par des écueils, se trouve la huitième, ou la cataracte de Wady-Attyr.
Jusque-là on n'aperçoit aucune trace de culture. Atlyr (1) est l’endroit le plus important de ce pays de rochers. Cà et là et seulement sur les lies, on aperçoit une tour bâtie de briques et en ruines ; ces lies semblent avoir été, dans la plus haute antiquité, comme plus tard , les seuls endroits habités du pays. On trouva dernièrement, dans l'une d'elles, un gros manuscrit cophte, écrit sur une peau de gazelle ; il est aujourd’hui dans la possession de M. Ilroveltis, et il doit être, selon Burckhardt (2), d'une très-grande valeur. On ne découvrait nulle part d’autres ruines d'habitations. Ces rivages, qui ne sont aujourd’hui parcourus que par des bandes de brigands, ne devaient pas offrir plus de sûreté dans l’antiquité.
Le sommet de la montagne qui s’élève sur la rive gauche du Nil, à trois lieues au nord de la Wady-Attyr et tout près de la cascade d’Altyr, est couronné , dans ce long et horrible désert , des débris d’antiques habitations. Ce sont les ruines d'un grand nombre d'édifices bâtis debriques qui couvrent tout le rocher et sont entourés d'unedoublemuraille ou plulûtd'unmurct d’un
(1) Burcklurdt, Tra*., p. 47.
(I) Ihid App.f p. um.
rempart. La muraille a 12 pieds d’épaisseur et 50 de hauteur; le rempart, large de 20 pieds, est eonqioséde pierres de taille irrégulières et posées l'une sur l'autre sans ciment et avec un certain art. C’est une forteresse très-ancienne, selon Ilurckhardt; elle ferait supposerque là futautrefois une colonie importante qui aurait eu à se défendre contre des ennemis redoutables, peutêtre contre les puissans Blemmycs, qui probablement inquiétaient autrefois les colonies des prêtres dans leurs processions sur le Nil et dans leurs expéditions commerciales, de même qu’ils repoussèrent plus tard , dans les mêmes lieux , les armées des Ptolémées et des préfets d’Égypte.
Au milieu de cette forteresse , se trouve un petit temple très-ancien , bâti en grès et d’une architecture très-grossière; il ressemble aux petits temples que l'on trouve dans Pile Eléphantine. Il n'a quedouzepasdelongueur,et il eslsoutcnu par quatre pilierscouvcrts de sculpture ; on voit des deux côtés, sur la muraille, le vaisseau d'Osiris sculpté en pierre et un grand nombre de personnages dont les mains sont toujours placéessurles épaules de celui qui précède.
Cette rive occidentale ne présente qu’une vaste contrée déserte d’où accourent des troupes de gazelles (1) qui descendent sur les bords du Nil pour s’abreuver de ses eaux et se nourrir des herbesdu rivage.
Sur la rive orientale surgissent, près de la Wady-Attyr. les premiers rochersdeporphyre (2); leur masse rouge et verdâtre est recouverte de plateaux de feldspath rouge. A ces rochers succèdent des masses de chiorit et de schiste micacé, car toute cette haute chaîne orientale est coupée dérochés primitives. Elle porteici le nom de Cibel - Bilingo, et son plateau stérile, Akabct-cl-Benat, qui s'étend parallèlementau Nil, cslcomplétemen t inhabité. Plus loin , au nord. Burckhardt remarqua des roches de granit et d’énormes roches de quartz, près de Séras. Le chemin était très-inégal, montueux et pénible; le Nii est tellement resserré (3) entre des rochers de fer terreux , près de la Wady-Mersbad, que Burckhardt lança une pierre sur la rive occidentale, où il trouva en revenant quelques maisons de briques, un cloître, et une église grecque dont les murailles étaient couvertes d’images de saints. En cet endroit, la vallée s'élargissait de manièreà former une petite
(tl Burckhardt, Tri»., ■>. 79.
(8) Ibid., p. 47.
ç3) Burckhardt, Tri»., p. 41, 83.