ML, COURS NOYER. SUBIE
plaine dont le sol est propre à la culture; tout l'espace précédent n’olîre pasdechamps cultivés ; on y manque des productions les plus nécessaires et même de dourrah. Les rires, hérissées de roches, sont couvertes çà cl là de palmiers-doum, d'acacias et de tamaris ; la contrée du Batn-el- Adjar n’a en general que très-peu d'endroits cultivés ; les bords du fleuve sont presque toujours trop élevés pour qu'on puisse arroser la terre; ce]>endant on voyait qu'un grand nombre de ravins, des wadys, avaient été autrefois cultivés à l'aide des roues à pots. Mais aujourd'hui (1) toute la contrée est tombée dans la plus grande misère. De toute la population des anciens temps, Burckhardt pense qu’il ne reste pas aujourd'hui plus de 200 habitans. Ils prétendent être une colonie venue de la Mecque et se disent schèrifs , c’està-dire de la race de leur prophète. Abdallah-lbn- Enihyd, leur chef, habite dans la vallée Attyr, et se lionne le titre de roi, melck. Quoique de couleur très-foncée, ils ont les formes belles et les traits du visage très-délicats; ils parlent aussi un peu d'arabe , mais ils sont plongés dans la grossièreté la plus sauvage et sont entièrement uus, hommes et femmes ; ils portent des amulettes suspendues au cou, des bracelets et des pendans d’oreille de cuivre et d’argent. Le plus grand nombre de leurs tribus ont émigré b Sukkot et Dongola pour se mettre à l’abri des invasions annuelles des Arabes Schcygya qui , comme les bédouins liauranen Syrie, font un désert du pays qui les entoure, afln de se préserver eux-mèines des invasions d'autres tribus.
Au nord de Mcrshed , le Nil est de nouveau snuvage, bruissant, rempli d’écueils , et Burckliardt (2) compare celte contrée aux cataractes de Syène ; cependant la vallée du Nil est encore assez large et forme un petit bassin fertile de cinq lieues de longueur, jusqu'à ce qu’elle se rétrécisse près de la cataracte de Wady-llalfa. C’est là qu'est la limite (3) îles roches de fer terreux et de grauwacke , d'où surgissent les rochers de granit ; au nord , leur succèdent immédiatement des rochers degresqui couvrcnttoutc la Nubie jusqu'aux rochers de granit des cataractes de l’Égypte. A partir de là, les montagnes qui forment les cataractes s’abaissent au nord de Wady-llalfa en eûtes sinueuses et inouïs sauvages. On voit encore s'étendre à l’est, jusqu’à
(1) Burckhardt, Trav., p. 43. 4G.
(2) Ibid., p 43.
(3/ Ibid., p. 48. — Dclionl, vojr., p. 34.
Fereyg , une chaîne de montagnes qui enferme encore une fois le Nil, puis se retire à l'est , dans le désert ; sur les derniers chaînons septentrionaux, où se trouve le château de kalat-Adde(l), on voit s'élever des rochers formés de poudingues mêlés de quartz , de pyrites cl de pierre trochéairc rouge; ce sont les seules roches de cette espèce que Burckhardt trouva dans toute la.Nubie. Au-dessous de l' Ile Bcyllany (Ballyane), sont situés , b la sortie du Hatn-el- Adjar et à l'entrée de la Basse-Nubie , les temples de rochcrsdont nous avons déjà fait mention à Kbsambal, sur la rive occidentale du fleuve.
Burckhardt entendit d'une demi-lieue , pendant la nuit , le mugissement des cataractes, dans le temps des basses eaux ; il trouva , des deux côtés du fleuve , un grand nombre «le petits bassins desséchés et couverts de tamaris. Crs cataractes lui semblèrent (2) plus fortes et plus bruissantes que toutes celles de la Nubie , et il les trouva même plus violentes que celles d'Assouan; cependant la principale chute n’était formée que par un bras du Nil de 20 yards (aune) de largeur. Trois de ccs cataractes sont très-violentes; cependant les Arabes y étemlent des filets, dans les basses eaux, et prennent ainsi beaucoup de poisson. Ilclzoni (3), qui remonta les cataractes aussi loin qu'il lui fut possible pendant les grandes eaux, trouva le spectacle beaucoup plus grandiose, et eut de grandes luttes à soutenir contre les élémens, dans sa périlleuse navigation. Un grand nombre d’iles s'élevaient au milieu des tourbillons du fleuve , et il passa entre quatre d’entre elles, appelées Givarty, Mainarty, Genesach, Ennerty ; elles étaient couvertes de palmiers, cultivées et habitées par quclqncs hommes qui semblaient vivre dans l’état dénaturé, car il leurétait impossible, pendant la plus grande partie de l’année, desortir de leurs lies ou de s'avancer plus au sud, sur le fleuve. .Wamarty, la plus [«copiée, avait pour habitans 4 hommes , 7 femmes et Senfans ; on y voyait quelques brebis, des champs de dourrah et les débris «l’un vieux château, kl’extrcinité méridionale. Ccs hommes étaient pauvres , mais ils semblaient pleins de bonté et de douceur. Gulgé, l’une des Iles de rocher, porte encore les ruines d'une anliiiuc église, à l’endroit où le fleuve cesse enlièrement d’être navigable. Les autres
(I j Burckhardt, 'm. , p. 38, 88.
(2) ihid., p. 85.
(3) Bctzoïii, Voy., p. 141 , 140.
Dgle
Iles , parsemées tout autour , ne «ont que des écueils sauvages et déserts.
Le village H ady-llalfa, situé à la gauche du rapide, est la résidence d’un gouverneur de Nu- Lie qui reçoit les impôts; les bateaux venant d'Égypte ne remontent pas plus haut. On amène ici , du désert voisin , des dattes et du nitre que l’on exporte vers le nord ; mais les nombreux bancs de sable qui se trouvent dans le fleuve et le peu de profondeur de l’eau ne permet qu'à des bateaux plats de naviguer, en été, jusqu'à Ibrim. A l’ouest de Wady-llalfa , sont situées les ruines d’un petit temple; à partir de ce village, commence le pays uni et fertile où se trouvent Sukoy , lia brous , Kschkd , Serra , Faras , Fereyg : on y voit de grands bois de palmiers , des ruines d’églises et de elollres grecs , prèsdesquelles s'élèvent les tertres tumulairesdes saints de la Nubie ; ces tertres ressemblent entièrement aux tombeaux ( I ) qui se voient en Syrie et dans la plaine (8) héroïque de Troie.
On remarque dans la Wady-Fereyg , sur les chaînons septentrionaux de ce pays monlueux , un petit temple égyptien (3) entièrement taillé dans le roc et qui semble tout neuf; il a 10 pieds de longueur sur 7 pieds de largeur; il est supporté par quatre colonnes couronnées de chapiteaux égyptiens, et, des deux côtés, est pratiquée une chambre. Dans le fond du sanctuaire sont des tombeaux souterrains dont les parois sont couvertes de sculptures mystiques. Ce monument futautrefois converti en église; on couvrit de plâtre les anciennes sculptures païennes, et on peignit par-dessus des images de saints parmi lesquelles on remarque encore St-Georges et le Dragon ; on voit partout des inscriptions grecques. Vis-à-vis de ce monument, est situé, sur la rive occidentale du Nil, le temple colossal d'Kbsambal, taillé aussi dans le roc. C’est le monument le plus remarquable qu’on rencontre à l’entrée de la Basse-Nubie; les merveilles de son architecture étonnent dans ses souterrains mystérieux , dont la silencieuse obscurité, poupléede mille statues animées et parlantes , pourrait révéler aux temps modernes l’énigme du passé! Il a bravé les lois inflexibles du temps, parce que le désert de Lybie, accroupi à ses pieds comme un sphinx , l'a protégé du
(1) Gurckhnrdl, Trar., p 30.
(2) Vorhalle Europaeiscbcr VülkcrgMchIcliicn vor Hfrodot.. p. 248.
(3) Ibid., p. 38.
manteau de ses sables : le voyageur Beboni souleva pour un instant quelques plis du mystère , mais ils retombèrent dès qu'il fut éloigné, car le désert ne reconnaît pas de limites , comme la mort !
Ce sont deux temples consacrés à Isis et à Osiris ; leur grandeur est telle qu’ils n’ont pu être élevés que par des milliers de mains ; leur architecture atteste une grande perfection, et on peut les comparer aux plus beaux raonumens égyptiens; cependant leur style les fait rapporter à une très-haute antiquité, et Burckhardt(l) les croit antérieurs à tous les autres temples de la vallée nubienne du Nil. Ces drux temples ne peuvent avoir été élevés que pendant la prospérité d’un grand empire, et ilssontlesmonumens éternels de la puissance d’un peuple et d’un état gouverné par les prêtres. Leur situation nous parait aussi d'une très-grande importance. Nous croyons, et la configuration de la vallée du Nil en est une preuve , qu’à l'époque où fleurissait l’état théocratique et commerçant de ïléroé, il exista entre cet empire , la Thcbaïde et l'oasis d'Ammon , un centre de réunion pour la religion et le commerce qui alors étaient inséparables.
F.bsambal fut nécessairement alors le principal lieu de passage, la station; C emporium entre Méroé et la Thébaïde ; que le commerce se fit par eau ou par terre , c'en était ici le point de jonction et le centre.
Burckhardt (8) fait la remarque que, dans la haute antiquité, c'était probablement le commerce des dattes qui donnait aux Nubiens leurs richesses , à tout le cours du Nil le mouvement et la vie, comme cela est aujourd’hui depuis !F ady-llalfa jusqu'à P/u'Iw. Ce fruit précieux est une production propre à la N ubie et la source de scs richesses comme le blé l’était pour l’Égypte. Les marchands de Méroé avaient probablement leur station dans 1a première plaine de Sukkot, prés du temple d'Aamara, bâti en pierrecalcaire. Pour éviter les difficultés de la navigation à travers les cataractes , on chargeait les marchandises sur des chameaux et on traversait ainsi la contrée des rochers ou le Baln-el-lladjar. La navigation était très-peu importante dans tout cet espace, ou du moins interrompue une grande partie de l'année : aussi on n'y trouve presque pas de traces d'anciens ëtablissemens; il y en
(1) Burekl»r<ll. Triv., p. 128.
(2) ttM., |>. 119.