Wady-el-Kerous
Le pays qui s'étend au nord de Seboua jusqu'à Assouan , s’appelle Wady-Kenous, parce qu’il est habité par les Arabes K (nous (Kensy au singulier) (3). -ils se disent venus du Piedjet, et ils se sont établis dans ce pays à l'époque où les Bédouins se répandirent, comme un essaim sans nombre , dans le Maghreb. Ils se divisèrent en deux petites tribus, les Djowaberes et les Et-Gharbyc; toujours en querelle entre eux, ils se mélangèrent bientôt arec leshabitans nubiens du pays (les Berbères ou Bedjas) dont Us prirent même la langue ; de sorte qu'il devint difficile de distinguer les babitans primitifs de cette race plus récente, laur langue n'a pas la consonnance arabe ; on la parle généralement de Seboua à Assouan , et plus au nord encore jusqu'à Edfou , parce qu'un grand nombre de Kenous se sont établis, depuis peu, dans
(1 ) Le§h , Nirrit., p. #7.
(2) Burikhardt Trav. , p. 144.
(3) Ibid., p. 20.
la Haute-Égypte. Les Aleytatnai habitent Seboua ont conservé, au contraire, leur langue dans toute sa pureté. Les langues des Kenous et des Nubiens sont donc deux dialectes (1) des langues nubiennes et tout à fait différentes de l’Arabe; on ne les parle , au nord, que jusqu’aux limites que nous venons d'indiquer; partout ailleurs. elles sont inconnues; et, dans tout le reste de l'Égypte , on ne parle qu'arabe.
Macrizi (8) nous raconte aussi l'origine de ces habitans de la Nubie septentrionale, qu'il appelle toujours les en/ans Kenz (Beni-Kenz) et aussi Kcnz-ed Doulah. Ils descendent, dit-il, de la tribu des Aralies Rebiah (Rabyah) , qui prirent une part active à la conquête de l’Égypte , sous Amrou. Ils habitaient primitivement dans l' Yemamah, c’est-à-dire dans l'intérieur de l'Arabie , et ils vinrent en Égypte l’an 840 de l'hég. (884 av. J.— C.), sous la conduite du calife Motawahel. L’nc partie d'entre eux s'établildansle llaul-Saul, lorsque les Bedjas dévastaient le Sald oriental. Ces Arabes Rebiah tinrent en bride les Bedjas et se mélangèrent ensuite avec eux. Ils prirent possession des mines d'or de (libel-Alaky. Devenus riches ainsi, ils bâtirent, dans le pays, le fort nommé Al-Nemanesch et y creusèrent des sources. Après bien des dissensions intérieures , la race des Kenz-ed-Doulah étant devenue dominante parmi eux, leur donna à tous son nom. Mais leur puissance est beaucoup moins grande aujourd'hui qu'elle ne fut autrefois , lorsque , par exemple, ils étaient les maîtres de la Haute- Egypte , et qu’ils possédaient encore Assouan , dont ils avaient fait la conquête en 1368 (790 de l’hégire). En 1418 (813 de l'hégire) ils furent chassés de cette possession par la tribu arabe des Howara qui égorgea un grand nombre de Kenz et détruisit Assouan. Depuis lors, Assouan est en ruines , et les Beni-Kenz se sont retirés, au-dessus des cataractes, en Nubie.
Dans cette grande wady Kenous, le Nil conserve, jusqu'à Assouan, sa direction vers le nord, mais cependant il dérive légèrement à l’ouest ; son lit est toujours tracé entre des roches de grès, mais il est généralement plus dlroit (3) qu’à aucune autre partie de l'Égypte; son cours est aussi beaucoup moius embarrassé par des bancs de sable. Aussitôt après la crue du Nil ,
(t) vocabulsry of tse kensy »ttd But» lin&uase , dans Rurckbardt, Trav., p. 153.
(2) Macriai, dan* Quatremèrr, II, p. 84.
3) Rtirckbardl, Trav., p. 23,
li s pauvres Nubiens ensemencent leurs champs «le dourrah et «le dokhen; dans les temps des basses eau», ils sont obligés de suppléer à l’irrigation , à l’aide des roues li pois. On a presque partout de l'eau , dans les vallées, comme en Égypte, en creusant à une profondeur de 13 à £0 pieds ; mais cette eau est saumâtre, d'un goût désagréable, et malsaine.
Il ne tombe pas «le pluies régulières dans la valléeduNil, mais seulement en passant et comme par exception ; on ne retrouve la saison des pluies que dans le pays montagneux de l’est, et encore les pluies ne tombent que très -peu de temps. Le blé le plus commun de la Nubie est le dourrah et le dokhen ; ce dernier est la principale nourriture des babitans de Sennaar et de Dar-Kour, nuis il n’était plus cultivé en Égypte : il semble appartenir ainsi au plateau élevé des gra«!ins moyens. On cultive très-peu le froment, et il ne mûrit qu’à la linde mars et d'avril, à l’époque où déjà la première moisson est terminée et où commencent les secondes semailles qui doivent être moissonnées au mois de juillet.
L'acacia (sant) , les tamaris, les palmiers, les coloquintes et ros/iour{eipictA'ase\êfiaic?) sont les végétaux les plus généralement répandus dans la vallée du Nil. Sur les montagnes pierreuses croit en grande quantité le séné ( senna mekké ), dont on exporte les feuilles médicinales en Égypte. On voit aussi beaucoup de dattiers; on en trouve des plantations près de chaque lieu habité.
Des vaches, des brebis, des chèvres, quelques buffles composent le bétail peu uombreux des Nubiens; les riches seuls ont des ânes; on ne trouve de chameaux, comme animaux domestiques, que dans la wady Seboua et chez quelques tribus arabes. Le Suisse Burckhardt assure que, sur les montagnes de l’est, vit le bouquetin des Alpes, appelé taital dans la Haute-Égypte, areat à Shendy , bedon dans l'Arabie Pelrée (1). On aperçoit, à l’ouest, les troupes «1e gazelles du désert de Libye. Burckhardt remarqua aussi, sur la rive occidentale, une grande quantité de scarabées noirs, qu'ils appellent cafres, c’est-àdire infidèles , et qu'ils regardent comme venimeux. On voit beaucoup de perdrix dans les champs pierreux et sablonneux ; sur la rive du Nil se trouvent souvent des oies sauvages, «les cigognes, des aigles (rakham), et des grues en grande quantité. Hais l'oiseau qui abonde le
(I) Burckhardt, Trar., p. 24.
plus est le moineau, l'effroi des Nnbiens, dont il dévore au moins un tiers des récoltes. Burckhardt n'a vu nulle part, en Nubie, l'ibis, qui est représenté de» milliers «le foi» sur tous les temples, et qui est devenu un des ornemrns de l'architecture égyptienne. Les Nubiens ne pèchent pas dans le Nil (1), excepté aux deux cataractes, où ils appellent dabesk et meslog les deux espèces de poisson qu'ils y prennent.
11 est à remarquer «jue la rive orientale (St) du Nil est partout mieux cultivée que la rive occidentale ; et, lorsque la vallée atteint quelque largeur , elle est toujours couverte du sol le plus fertile. Sur la rive occidentale est déposé le même sol; mais il est continuellement couvert de sables du désert qui s'aTancent jusqu'au Nil, de sorte que le fleuve lui oppose ici des bornes infranchissables. Les vents du nord-ouest qui soufflent pendant le prlntemjw et l'hiver sèment sur toutes les contrées le sable destructeur, et il n’y a des terres cultivées que dans les endroits protégés par des montagnes. I-a rive orientale est aujourd’hui beaucoup plus peuplée que la rive occidentale ; mais tous les monumens imporlans, tous les temples antiques ne se trouvent que sur la rive occidentale. Ce fait est vraiment curieux, et Burckhardt l'explique par une remarque assez vraisemblable. Les peuples antiques voulaient arrêter, par ces édifices, l'action destructrice du désert , les efforts «le Typhon , génie «le la destruction , auquel est toujours opposé le bienfaisant Osiris, génie conservateur, symbole du Nil aux eaux fécondes.
Les ruines de II adg-Hoharraka (3) ouvrent la ligne non interrompue des mouumens dont les ruines proclament aujourd’hui que la Nubie fut autrefois très-ci vilisce et très-peuplée. Le N il atteint , dans celte vallée, une assez grande ctendue. Là s'élèvent, en beaucoup d'cndruiU, de grandes collines de décombres , composées de tessons brisés; elles attestent qu'une grantlc ville exista autrefois dans ces lieux. Dans la Haute- Égypte, les maisons d'un grand nombre «le villages ne sont pas bâties en briques com|iactcs, mais en tuiles urcéolécs, placées l'une sur l'autre et cimentées avec du mortierfeommenous savons qu’était bâti le Circus maximus à Home } ; ces murailles étaient moins solides que celles de briques, cl probablement les édifices étaient ainsi
fl) Burckhardt, Trar., p. 25.
(2) Ibid., p. 21.
(3) Ibid., p. 14, 100.