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NUBIEÜ3 ACTUELS DE LA VALLÉE DU ML

Les habitans actuels de la Nubie sont comme nous l'avons vu dans la notice que nous avons donnée sur les Beni-Kenz, un mélange de deux peuples nubiens primitifs ; le double dialecte des Noubas ctdes Kenousen estuue preuve ; ccsdeux races furent autre fois chrétien nés, et l'on voit encore des traces de leur foi à Ta fa et à Serra (1 ). Mais ils se sont postérieurement mêlés avec des tribus de Bédouins, et surtout avec celles des Djowabères (ou Djafèrcs ) et des El-Gharbys ; ces Bédouins, supérieurs aux Noubas parce qu’alors les mabomélans dominaient, anéantirent peu à peu les Nubiens chrétiens ou les reçurent avec eux lorsqu'ils eurent embrassé l'islamisme. La majorité des chrétiens dont nous avons vu les églises en ruine jusqu'il Dongola, furent tués ou s'enfuirent, et un très-petit nombre seulement abjurèrent le christianisme pour se faire musulmans.

Les deux tribus musulmans des Djowabères et des El-Gharbyes dominèrent bientôt sur toutes les autres petites tribus de Bédouins qui se trouvaient en Nubie. Les premiers possédaient une partie de l'Égypte d'Esné jusqu’il Assouan ; quelq ues familles de schérifs s'etablirrn t dans le Ilatnel-Hadjar , rt une tribu des K ores hiles îi Mahass. Os nouveaux habitans furent pendant plusieurs sièclcsen dissensions continuellesentre eux, comme toutes les tribus arabes, et le roi de Dongola, profitant de leurs querelles, devint bientôt assez puissant pour 1rs rendre ses tributaires. Les Gharbyes , subjugués enfin par les Djotcabères , cherchèrent du secours 'a l'étranger et implorèrent la protection de Sclim-le-Grand,

(I) lit rckjnnlt, Tr»r., p. 132

conquérant de l’Égypte (1420). Celui-ci leur envoya quelques centaines de soldats bosniens, sous le commandement de llassan-Coosy , qui poursuivit et repoussa les Dfoirabëres jusqu'il Dongola. où la noblesse se vanté aujourd'hui de descendre de cette tribu vaincue. Ces Bosniens obtinrent bientôt la prédominance en Nubie, sous le nom d 'Osmantis ; ils s'emparèrent des forteresses d’Assouan, Ibrim, Say ; ils bâtirent trois nouveaux forts, obtinrentdrs privilèges, telsqne J 'exemption d'impôts et une solde annuelle, puis ilsse rendirent presque entièrement indépendans, des pachas d'Égypte. Ils devinrent ainsi en quelque façon les souverains, les maîtres du pays; leurs descendans s'unirent par des mariages aux vaincus et aux étrangers, aux Gharbyes et aux Djowabères; ils s’établirent d'abord autour des forteresses , prirent le nom de Kaladshy (Casteilani ) et reçurent des Nubiens celui X Osmantis ( Turcs ) ; tous les anciens habitans les regardèrent bientôt comme leurs maîtres. Les caschefs ou gouverneurs actuels de la Nubie, descendent da leurs premiers chefs.

Malgré leur mélange, Burckhardt remarque dans leur physionomie et leur couleur, le caractère des habitans du nord ; mais ils ont oublié la langue de leur patrie. Leurs chefs sont des ugas qui ne rélèvent que du sultan et respectent trèspeu les pachas. Les rois nationaux de la Nubie ou mekssont très-jaloux de leur puissance et en guerres continuelles avec eux. On comprend facilement quelle funeste influence une telle situation politique doit exercer sur la civilisation de la Nubie. L'état actuel de la Nubie, telle que l’a vue Burckhardt, est absolument le même que du temps de Ilassan-Koosy ; les trois fils de Soliman ayant succédé h leur père, la Nubie a maintenant trois caschefs, Hosseyn, Hassan, Mohammed. Le titre de caschef est encore porté par les présidens turcs des districts. Ilsdoiventpaycr annuellement untributde ISOlivressterl. h l’Égypte; c'est le miri de la Nubie, et le pacha doit le remettre h la sublime porte. Selon la remarque de Burckhardt, toutes leurs forces ne se montent qu’il 120 hommes et 200 hommes de cavalerie au plus; presque tous sont des esclaves. Tterr est leur principale résidence; mais ils errent continuellement dans les environs, et ils ont un grand nombre de femmes et de domiciles dans leurs différentes possessions. Ils partagent les impôts entre eux et lèvent les tributs. Selon le calcul de Burckhardt, ils peuvent avoir ensemble de 48,000 à 60,000 thalers de revenu. Les dollars et les esclaves composent leur principale richesse.

ML. SLB1E5S. ABABllÉS.

Ce n'est pas le champ «le terre (fcbdan) qu'on impose, comme en Égypte et en Syrie, mais les roues 11 puiser l’eau (sakie); huit ou dix Taches doivent être alternat! vemeut occupées après chaque roue pour'nrroser trois h cinq fehdan égyptiens. On sèm# annuellement un quart de fromeut et trois quarts d'orge. Dans 1a W adÿ-Halfa , chaque sakie paie six moutons gras et six mesuresdedourrab, chaque dattier rend deux grappes de fruit ; les bateaux chargés de dattes sont en outre soumis à un impôt ; mais les exécutions, le vol et les amendes produisent autant de gain que les impôts : les crimes se rachètent par des peines pécuniaires; un coup mortel, par exemple, rapporte au caschef 6 chameaux, 7 moutons et une vache; chaque blessure a de même son prix exactement fixé en moutons et en dourrah ; et, comme ees querelles ion t continuelles, ces impôts sont très-productifs. Les caschefs sont avares, cupides, tyrans, durs et superbes.

Les habitans de la Nubie, de Dongola jusqu'à la frontière de l’Égypte, ne labourent pas leurs rbamps après le débordement du Nil, comme en Égypte; le fleuve n’inonde pas ici le pays assez haut; il n’y a des canaux d’irrigation qu’en un pstit nombre d’endroits où la vallée du Nilatteint line assez grande largeur, comme b Kostamme, (iyrshé, Wady-Halfa, et encore ces canaux sontils rarement assez pleins. Delà vient la nécessité de se servir de roues pour arroser les terres. Les semailles commencent par ledourrah, immédiatement après le décroisse mrntdes eaux. La moisson se faitendéeembre et en janvier; onarrose ensuite une seconde fois la terre, puis on sème l’orge. Les troisièmes semailles secomposent des céréales d’été.

LesN'uhiensconstruisrnt maintenant leurs habitations en terre ou en pierre tendre, et toujours sur la pente des montagnes; ils tes divisent en deux partie* séparées , l’une pour la femme et l’autre pour le mari. Les habitans plus aisés ont ordinairement des maisons très-commodes et bien bâties. Leurs vètemens se composent, au nord de Derr, d'une chemise de lin ou d'une étoffe de colon bleue; au sud de Derr, à Sukkot et Mabass, les deux sexes vont presque entièrement nus et ont à peine une ceinture autour du corps. Les hommes portent les parties génitales dans un petit sac, absolument comme le Priape égyptien représenté dans les sculptures des temples. Ils sont parés d'ailleurs de bracelets et de boucles d'oreilles ; leur chevelure , très-épaisse, mais non laineuse, est enduite de graisse. Ils ne vont presque jamais sans armes; chacun porte

au moins un couteau attaché au bras, sous la chemise, de manière à pouvoir le tirer à chaque instant. Leurs lances sont terminées par des pointes de fer; elles ont S pieds de longueur; leur bouclier est fait en peau d'hippopotame et leurs sabres sont ordinairement de fabrique allemande. Ils se nourrissent principalement de dattes et de dourrah ; la viande est un alimenttrès-rare même pour les chefs ; une bière nourrissante faite de dourrah et appelée bouza, de l’eau-de-vie de dattes, sont leur boisson principale ; la plupart des habitans en usent immodérément, et cette liqurur les jette dans l'ivresse. La race des Nubiens (1) est forte , musculeuse; elle a les traits du visage délicats et un peu plus petits que ceux des Égyptiens; leur lèvre supérieure est nue, et il ne leur croit qu’un peu de barbe sous le menton. Les femmes sont généralement belles, et c’est sur elles que repose tout le fardeau dn travail des champs. Les Nubiens achètent ordinairement leurs femmes à leurs parens ; le prix d’une femme est, chez 1 s Kenous, île 12 mahbaubs ou 36 piastres. Elles sont généralement encore laborieuses, chastes et livrées aux soins de la vie domestique. Les filles de joie qui se rencontrent par milliers en Nubie, n’y sont pas tolérées, excepté à Derr, et encore ce sont des esclaves qui se livrent ici à ce trafic honteux. Elles tissent de grossiers manteaux de laine et font très-habilement des nattes d’écorce de palmier, des corbeilles, des vases, des tapis, etc. Ce sont là les seuls produits industriels que tes Nubiens exportent à l’étranger.

Les Nubiens se distinguent par un grand nombre de qualités; ils sont probes, nullement enclins au vol , comme tous leurs voisins , et surtout les nègres. Burckharilt ne perdit pas un seul objet tout le temps qu’il séjourna parmi eux. Ils sont très-hospitaliers, excepté les Kenous et les habitans de Sukkot. Le commerce n’a pour eux aucun attrait, seulement les pauvres émigrent annuellement en Égypte, comme nous l’avons dit plus haut, afin d’y ramasser an petit pécule. Burckharilt les croit audacieux , entreprenans, braves, fidèles, et il pense que s’ils vivaient sous une autre constitution , ils deviendraient bientôt pour les Égyptiens de redoutables voisins. Toute leur population, depuis ïlahass jusqu'à Assouan , sur un espace de 100 milles géographiques en longueur et d’un quart à une demi-lieue , quelquefois une lieue de lar-

(l) B irckbarjl, Trar., p. 1 i5.

geur, se monte, ilil Burckhardl , à 100,006 àmc6 environ.

8. Habitons actuels de la Nubie hors de la ralléc du Nil. Ababdès.

Entre la vallée nubienne du Nil et la mer Rouge, habitent encore d’autres tribus de pasteurs, parmi lesquels nous avons déjà vu les llisharis dans la Haute-Nubie ; leurs voisins septentrionaux sont les Ababdès qui habitent la même bande de terre, parallèlement à Derr, jusqu'à la frontière de l’Égypte, et s’étendent au nord dans la Haute- Égypte, parallèlement à Kosseyr. Telles sont les limites bornées dans lesquelles est enfermé le domaine de cette tribu de Bédouins indigènes que l’expédition française en Égypte et les voyages de Burckhardl nous ont fait connaître.

La connaissance de ce peuple, comme descendant des anciens aborigènes de la Nubie , est de la plus grande importance pour l’histoire des nations africaines. Ces habitans primitifs ne nous apparaissent que dans leurs rares débris , souvent mélangés et transformés , semblables aux ruines de leurs anciens temples naliouaux convertis d'abord en églises et en cloîtres , puis en mosquées et en habitations mahométanes.

Burckhardl les rencontra conduisant les caravanes de Daraou à Berber; mais il n’en fait pas une description très-avantageuse.

Un grand nombre d'Ababdés se sont établis dans la Haute-Égypte et la Basse-Nubie , sur la rive orientale du Nil, de Dcrrh Henné; mais la plus grande partie de cette race erre encore comme les tribus de Bédouins à l'est de la vallée du Nil. Ils conduisent aujourd'hui les caravanes <k Üennaar, et ils conduisaient aussi autrefois cellesdcJüetinéà Kosseyr; mais ils furent chassés de «etteroutc par les tribus arabes Maazyou et Ataouy,qu\ ont acheté, moyennant une redevance, au pacha d’Égypte, le privilège de conduire les voyageurs sur cette route. I.es Ababdés élèvent de superbes chameaux et surtout des dromadaires; ils font un grand trafic de sennamekke et de charbon de bois d'acacia qu’ils rassemblent et cuisent en grande quantité dans leurs montagnes. Ils n’ont que très peu de chevaux, heurs principales tribus portent le nom A'Et-Fokara, El-Meleykebel El-Jshabat ; les derniers descendent très-rarement de leurs montagnes. Mais les autres se sont établis , en assez grand nombre, sur la grande route qui conduit à Mograt , Damer, Sennaar, où ils sont souvent en querelle avec les Bisharis dont i parlent cepen-

dant la langue. Burckhardt les trouva perfides et fourbis et indignes du nom de Bédouins. Aucun serment n'est sacré pour eux ; sans respect pour la foi jurée , la su|ierstition seule peut les forcer à tenir leur ]>arole. Ils sont généralement aisés , et la conduite des caravanes leur procure de grandes richesses. Chaque voyageur paie aux Ababdès S dollars, pour prix de la conduite de Daraou à Berber; on en paie autant par charge de chameau et 8 dollars par esclave. Les mameloucks cherchèrent , dans leurs montagnes , un asile contre leurs persécuteurs , mais, se voyant enlever leurs compagnons et leurs trésors par le meurtre et le pillage , ils furent forcés de fuir ces perfides protecteurs pour sauver leurs faibles débris.

Les documens qui vont suivre se rapportent plus particulièrement aux Ababdès qui habitent la Ilaule-Égyptc ; mais , comme ils ne forment qu’un seul et même peuple avec ceux de la Basse- Nubie, nous placerons ici ce que nous savons d’eux .afin de pouvoir embrasser d’un coupd'oeil la situation île ce peuple curieux.

On metsouventen Égypte les Ababdès au nombre des Arabes ( quoiqu'ils mènent le genre de vie des Bédouins ; cependant ils sont sépares (1) des Arabes par l’origine, le vêtement, la langue et les usages. Ils vivent de leurs troupeaux , de l’agriculture et du commerce, dans le désert de la Haute-Égypte jusqu'à la mer Rouge , près de Kosseyr, et de là au sud dans la Nubie; leurs forces ne s'élèvent qu’à 1 ,600 à 8,000 hommes en état de porter les armes (8) , et ils descendent delà même origine que leurs voisins du sud , les Bisharis. ils se sont établis en un grand nombre d’endroits sur le Nil , entre Assouan et Edfou, surtout à Daraou, Sheykh, Amer, Radésieh, lieu situé vis-à-vis d’Edfou, résidence de leurs chéiks et principal dépôt de leurs charbons de bois d'acacias et de mimose , de leur gomme et de leurs feuilles de séné. Us fournissent toute rEgyptedematièrescombusliblesjusqu'au Caire , et conduisent aussi des esclaves nubiens en Égypte. I .eurs montagnes et leurs troupeaux les enrichissent encore d’un grand nombre de produits qu’ils exportent au loin , par exemple, de l’alun , du natron , des vases de pierre allaire (baram , espèce de stéalitc que l'on tire à sept

(1) DuboU-Ayiné, *«!m. sur l'Êgypte, 111, p. 280.— Des» eripH'in de rfegypte, Otai moderne, t, p. 106.

(2) Roi 1ère , Description de le vallée de Kosseyr, *<*m. aur Itfr., III, 267.

ML. MBIE.VS. ABABDÉS.

lieues h l'est d'Assouan) et du mica ferrugineux que l'on trouve au-dessus des cataractes ; on s'en sert pour se peindre les yeux , et les Ababdés l’exportent jusqu'au marché de Kenneh. Leurs chameaux et surtout leurs petits dromadaires appelés e'quinu's et excellens coureurs, sont trèsappréciés pour les expéditions guerrières et les caravanes.

Les Ababdés sont de couleur très-foncée et presque noire , cependant leur conformation physique ne ressemble pas h celle des nègres et se rapproche plutôt de celle des races européennes. Leurs cheveux sont noirs, naturellement bouclés, mais non laineux; ils les enduisent de graisse comme les Nubiens , et les portent en tresses pendantes; leur chevelure épaiase et bouclée compose toute leur coiffure. Presque tous sont nus jusqu’il la ceinture; ils s'enduisent le corps, comme les cheveux , de graisse de mouton, puis ils s'exposent ainsi aux rayons brilla ils du soleil ; leur vêtement ne se compose ordinairement que d'un tablier attaché sur les hanches. On ne les rencontre jamais sans leur bouclier, leur lance et un petit coutelas recourbé, taillant des deux côtés ; ils mènent dans le désert la vie nomade des Bédouins, et souvent ils sont très-pauvres. Quand ils n’ont pas de huttes, ils campent sur le sol li l'ombre des selles de leurs cliameaux placées au bout d'une lance ou d'une perche et recouvertes de peaux de moulons, ou dans les antres des montagnes , comme, par exemple , près de Kosseyr. Un de leurs plus grands divertissemens est la danse, non la danse voluptueuse de l'Égypte , mais une danse guerrière que l'on exécute avec le bouclier et la lance; dans ce jeu , ils parent les coups avec le bouclier et celui qui est atteint a perdu la partie : quelquefois un des danseurs s'élance contre un des spectateurs, et lui met la pointe de sa lance sur la poitrine; celui-ci n’échappe au coup qu’en poussant le cri Ababdé! puis la danse continue. Les Ababdés jouent de la mandoline , et sont passionnés pour la musique et la poésie; les sujets de leurs chants sont ordinairement l'amour et les héros de la tribu. Ils sont Hers de leur humeur belliqueuse , et ils se donnent le titre d’Ascar, c’est-à-dire guerriers. (Ils ne suivent pas très-consciencieusement les préceptes du Coran.) Autrefois ils enterraient leurs morts d’une singulière façon : ils jetaient des pierres sur le cadavre jusqu’à ce qu'il fût entièrement couvert ; on trouve encore le même usage dans la vallée de Kosseyr, où l’un rencontre souvent des tas de pierres ainsi amoncelées pour servir

de tombeau. La raison de cet usage est toute naturelle : il est très-ditficile de creuser une fosse en ce lieu où le sol ne se compose que de roches très dures, tandis que la terre est partout couverte de pierres.

Rozière prétend que trois hordes de ce peuple, les Beni-W attel , les Mahaze et les llowarat. habitent encore plus au nord et jusquedans la Basse-Égypte; les premiers se trouveraient près de Monfalout et Minieh, les seconds parallèlement à Faioumé(\),Beni-SouefcX Bous/ie, à l'est, près de la mer Rouge , et les troisièmes près de l'isthme du Suez. Il est impossible que , sur une aussi grande étendue de pays, ils n’aient pas de fréquent démêlés avec les Arabes Bédouins (les prétendus Atounis)qui habitent aussi dans ces montagnes le long de la mer Rouge. Moins nombreux que les Ababdés, ils sont mieux armés, plus belliqueux et presque tous montés sur des chevaux , et les Ababdés ne pourraient résister à leur bravoure , s'ils n'avaient pas sur eux la supériorité du nombre.

Les tribus arabes les ont chassés des routes de Kenné b Kosseyr, où ils conduisaient les caravanes; mais ils sont restés jusqu'aujourd'hui sur celles de Sennaar, et Belzoni (S) eut des Ababdés pour guides sur la route qui va d'Edfou à l’est , à travers la vallée transversale , aux mines d'émeraudes du Gibel Zaboura (Gibel Oilaki du moyen âge) et jusqu'à l’ancienne Bérénice , sur la mer Rouge. Ce voyageur leur trouva la taille petite , les formes hideuses , les yeux vifs et beaux. Ceux qui vivent dans les montagnes inaccessibles du désert , sont toujours restés indépendans des Turcs; ils ne descendent sur les bords du Nil que pour acheter du dourrah qui est leur principale nourriture. Ils ne se marient jamais hors de leur tribut, et ils célèbrent leurs noces en hiver, lorsqu'ils sont campés près des fontaines. Ces Ababdés sont aussi en dissensions continuelles avec les Arabes Bédouins qui attaquent souvent les voyageurs auxquels Us servent d'escorte. Tous les voyageurs parlent de la fourberie des Ababdés : quand les Arabes ne pillent pas les voyageurs, leurs propres tribus font des attaques simulées contre leurs compatriotes, afin de gagner du butin qu'ils partagent ensuite entre eux : on peut regarder comme un rare bonheur de sortir de leur domaine sans éprouver de dommages.

(1) Be'Koni, vof.,11, p. 43.

(2) Ibid., i>. 33, 43, 49, 65.

A TRIQUE, systèmes b’kau : III* M VISIO*, $ 25.

Ils parlent un idiome qui leur est propre, et qui est ainsi inintelligible pour les Égyptiens et les Arabes. La célérité de leurs dromadaires fait qu'il est impossible de les atteindre ; souvent ils parcourent 100 lieues en quatre jours, montés sur un dromadaire , ehargé des provisions du voyageur; elles sont contenues dans trois outres attachées à la selle, et dont l'une est remplie de haricot i, la seconde de farine et la troisième d'eau.

Arrivés S 1a frontière de la Nubie et de l'Égypte, nous sommes forcés, dans l'intérêt de l’histoire de ces deux curieuses contrées, de nous livrer encore à quelques recherches sur les anciens habitans de ce pays presque inconnus jusqu’alors et toujours confusément décrits. Pendant plus de mille ans, ils furent connus, et même redoutés des Grecs et des Romains, sous le nom de Blemyes , et plus lard des Arabes , sous celui de Bedjas. Nous nous proposons d’étudier leurs ruines et les débris qui s’en sont perpétués jusqu’il nos jours, de jeter un coup d’oeil sur leur histoire si obscure dans le passé, et de rechercher l’inSuence qu’ils exercèrent sur les états civilisés de la vallée moyenne et inférieure du Nil. Nous essaierons du moins de nous mettre d’accord, sur ce peuple, avec les annalistes.

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