‹ Geographie Generale CompareeChapitre 164 sur 293 · Les Blemyes des Grecs et des Romains · texte numérisé non relu

Les Blemyes des Grecs et des Romains

Nous connaissons les Blemyes bistbriquement et géographiquement depuis le siècle d’Auguste; car Dcnys le Periegéte (I) les cite comme habitans des cataractes du Nil; et, après lui, Strabon les met au nombre des peuples éthiopiens , sous les noms divers de Megabari (2),

dont Burckhanlt croit reconnaître le nom dans le Hfclaberob, tribu de Bédouins vivant aux environs de Shcndi), de Noubas et de Troglodytes, peuples qui menaient une vie nomade, au-dessus des cataractes d’Assouan. Bien avant eux, l’béocrile (3) (280 avant J.-C.) les avait chantés, à Alexandrie, comme peuples montagnards de la llaute-Égypte. Dans les Dionysiaques de Nonnu3 , ils sont nommés ennemis de Bacchus. Kticnne de Bysancc (4) fait dériver

( t ) Dion?, lui rcr ICKelt, , ver* 220.

(2) SI «bu, XVII , S «S, p. 8! 1 , 61. T»tb.

4 3 > ÎWecr.lc, |J., VII, vcnlM (4) Slephunul Py», M. Berkel, p. 220, C. nul. — fliebubr, lunr. Sub„ p 10.

leur nom de celui d’un des trois chefs de l’expédition Indico-Bacbique de Derias; ce héros fabuleux portait le nom de Blemys. Tous ces témoignages attestent leur haute antiquité et leur importance dans l’histoire , comme Africain* aborigènes. Les auteurs postérieurs ne nous disent que très-peu de chose de ce penple ; Ptoléméc ne nous en rapporte que des traditions incertaines, et Pline ne les cite pas comme habitant le Nil supérieur, mais comme un peuple fabuleux qu’il place dans les montagnes de l’Atlas. A l’époque de la chute de l’empire, lorsque les Goths avaient déjb envahi les bords d u Danube, ils reparaissent parmi les Barbares qui ravagent la province romaine, sur le Nil supérieur; et l’empereur Aurélien, qui rétablit l’empire romain dans ses anciennes limites, fait passer, dans son triomphe, des Blemyes et desJnomitcs, parmi les nations vaincues (1) (273 de J.-C.). L’empereur l’robus essaya ensuite de reprendre h ces Barbares Ptolémaïs (Hermi) et Coptos, villes situées au-dessous de Thèbes; et, depuis cette expédition, les armées romaines ne s’avancèrent plus au delà des cataractes. Vopiscus nomme encore expressément , sous Probus , l’empire des Blemyes , et il rapporte que de* prisonniers de cette nation excitèrent une grande curiosité k Rome par leur air étrange.

C’était pour opposer une digue îi ces redoutables ennemis, comparés alors aux Germains et aux Parthes, que l’empereur Aurélien engagea les Nobatw de la Libye li abandonner leur oasis et 11 s'établir près des cataractes du Nil , comme nous l'avous exposé plus haut à l'occasion drs Barabras actuels. Aurélien espérait protéger ainsi l’Égypte contre les invasions de cette nation belliqueuse. On céda alors h ces Nobatœ tout le territoire de l'empire , qui s'étendait h sept jours de marche , au sud , jusqu'il la grande cataracte ( ainsi le dodecascbœnus ) ; un présent annuel leur fut assure pour la garde des frontières, comme aux Barbares européens, sur les rivesdu Danube. Ces Nobalæ n’étaient réellement que des Nubiens occidentaux, peut-être une suite nubienne établie dans les oasis , ou seulement des Nubiens ordinaires que Procope plaça par erreur (2) dans une oasis. Mais bientôt les deux peuples se réunirent ; et les Blemyes et ceux qui étaient ehargésde les maintenir font en commun une invasion en Thébaîde, sous l'empereur Théo-

(1) ri. VopUcui in Aurellano , r. 33.

(2) nietoubr, ln*cr. Rub., p. 18.

ÎIIL. XL'BIEXS. ABABDÉS.

dose-le-Grand el Marcie n, Vour If* tenir en bride, on renouvela le traité d’alliance (sacrum Isidis), célébré annuellement dans l'Ile de l’hil* , et qui fut supprimé par l'empereur Justinien. Ils étaient donc établis alors au-dessus des cataractes, à Talmys , où Olympiodore fut conduit par leurs devins et leurs chefs (Olympiodor Hist. ap. Photium.cod. 80, p. 112, ed. llaesch. Niebuhr citât.), l’ius tard, bien des solitaires de la Thëbalde, bien des moines furent enlevés par les Bleroyes et conduits h Talmys, où ils versèrent lenr sang comme martyrs. L’inscription de Kalabscbé nous apprend que, dans ce temps, la puissance des Blcmyes fut humiliée par un guerrier de l’intérieur, roi d'un peuple nubico éthiopien, le héros Silcon. Sous le règne de Justinien , on n’entend plus parler des Blemycs; h l’époque de l'invasion des Arabes, leur nom a entièrement disparu (1), et les vainqueurs ne trouvent plus partout que des Nubiens. Les chrétiens-cophtes en ont cependant conservé le nom sous la forme altéréede Balnemmooui (NiCxX-jefi/ux-J) (2).

Les Blemycs formèrent assurément alors un même peuple avec les Nubiens , et ils existent encore aujourd'hui dans les Barabras et les Berbères actuels, qui sont, h n'en pas douter, les descendans (3) des anciens Blcmyes. Etienne de Bysance appelle déjh, avec raison , ces Blemycs un peuple libyen barbare Ai3i<) pour les distinguer des Éthiopiens nègres. Pline a donc pu ainsi les étendre jusqu'à l'Atlas, lis faisaient partie des peuples de l’intérieur de l’Afrique, à la couleur foncée, c’est-à-dire des Melano-Gétu liens qui sont répandus, sur uu espace immense, en un nombre infini de tribus, dans toute l'Afrique plane, sablonneuse ct rouverte d'oasis; on les trouve, depuis le Niger jusqu'à l'Atlas , au nord de Bornou , d’EI-Bilraa , du pays des Tibbo, jusqu'à Berdoa el Barka : ils portent, chez les Arabes, le nom de Touariks. Dans l'antiquité, on les appelait Libyens, nom que l’on trouve, dans Léon l’Africain , sous la forme de Lenata; Lebelœ ; celui des Libyens- Blemycs s’est conservé aussi dans le nom du pays des Tibbo, Bilma; ses babitans étaient appelés, d'après la prononciation arabe (4) , Jil-Bi/emy, dont le pluriel est El-Blemye. Le nom de Ble-

(1) Ttiebuhr, Itucr. Itub., p 10.

(3) VUa Mitcti fehenoudl en Koj*e , minuicrit, du» Quatre mère, U( p. 137.

(3) Slebuhr, !u«cr. ’lub., p. 10.

(4J SaUc-Brun, »ou». Aon., V, p. 300.

mania ( Bktfavh , c’est-à-dire regin Bèrp a») que cite Kpiphanius (1), prouve qu’ils avaient donné leur nom au pays qu’ils habitaient. Nous avons vu plus haut que 1rs Berbères parlent un dialecte de la langue nubienne. Le Suédois Lidman a prouvé que cette langue berbère s’est répandue, comme nous l'avons déjà indiqué, à travers toute l’Afrique occidentale, jusqu'aux oasis de l'Égypte el jusqu'au Niger. Niebuhr remarque (2) qu’elle est, après les langues slaves et arabes , l’une des langues les plus répandues sur la terre, et par conséquent digne d’attirer la plus grande attention (voy. plus bas les Berbères de l'Atlas).

L'histoire et le genre de vie des Blemycs expliquent facilement quelesdifierens auteurs aient donné à ce peuple des séjours divers , et qu’on ait raconté d'eux tant d’exagérations et de fables. Passant sous silence tous les contes que l'ignorance a répandus sur eux , nous nous en tiendrons à ce que nous en a dit Procope : ils pratiquaient le culte du soleil, adoraient Osiris et Priape, ct offraient au soleil des victimes humaines.

Les Blemycs sont aussi les ancêtres des Bisharis et des Ababdés , comme on le verra dans ce qui va suivre :

Page 1