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Les Bedjas des Arabes

Le nom des Blcmyes a disparu avec les invasions des Arabes; mais le peuple est resté, el s’est conservé en Nubie; ceux qui s'étaient établis à demeure sur le sol ont été confondus avec les Nubiens, et les bordes nomades et belliqueuses ont été regardées comme faisant parlicde la puissante nation des Bedjas. Les Blemycs sont la race-mère des Bisharis actuels, des Ababdés, des Barabras , des Berbères et d’un grand nombre de tribus bédouines de l’ Éthiopie, de la Nubie, de la Ilaute-Égyple et d’un grand nombre de contrées de l'intérieur.

Quatremèrc (3) a déjà émis ct confirmé cette opinion : les observations de Burckbardt, toutes les recherches antérieures ont confirmé ce fait historique important, dont les considérations suivantes mettront l'évidence dans un plus grand jour.

La trace la plus ancienne du nom des Bedjas

(1) Bpipbanlui in Anconlo, c. 38, dans Luc. Uolitca. , pot. cl Mltlg. In Stephen, p. 68.

f2) Sichuhr, luicrlpt, ans., p. 16.

(3) otutremtiT, ll,p. 134.

AVBIQVE, SYSTÈMES D'EAU î III* DIVISIOX, $ 23.

se trouve dans l'inscription grecque <!’ A xum que nous avons déjà citée plus haut. Le Bojas et les Takaéeus rebelles qui y sont nommés nons semblent être les Bedjas et les El-Taka sur l’.Vtbara (voyez plus haut). Leur nom est donc contemporain de celui des Blemyes, et le roi Aizanas désigne sous cette appellation la branche de ce peuple qui habitait an sud-est, prés des Éthiopiens , tandis que le Basi/iskos Silcon donne le nom de Blemyes à la branche de la même race qui habitait au nord, près de l'Égypte.

Les auteurs arabes et leurs traducteurs écrivent ce nom suivant des orthographes très-différentes :

Edrisi (1130) écrit Baya , terra Bogæ ; Ibn-al- Wardi(1348), Btjja llujja; Léon l’Africain (1300), Bugiha; Ebn Haukal (930), Baju/i ; Ibn Séliin et Macrizi (962), Badja; Bakoni (1403 (1) appelle leur pays Al-Badgia, et leur donne à euxmêmes le nom de peuple éthiopien. « Leur pays, dit Ebn Haukal (2), est situé entre le llahesch, la Nubie , près de la mer Rouge, et s’étend jusqu'aux mines d'or ô'Allami (probablement Ollaki). Ils ne vivent ni dans des villes ni dans des villages; la couleur de leur peau est foncée, et ils adorent des idoles. » Ibn Sélim nous donne des renscignemens plus précis : » Les Bedjas , dit-il, doivent descendre des Berbères (3); ils habitent (4), entre l’Égypte et la mer, près de Da/i/ak et de Suakim jusqu’au Habesch. Leur pays est riche en métaux; il produit de Yargent, du cuivre, du fer, du plomb, du liâmes/ (employé h polir) et de l’or; mais ce dernier métal seul est exploité par les Bedjas. » Du temps d'Aboul Assan et Masouili (S) (332 de i’hég., 943 de J.-C.) , un grand nombre d’Arabes-Rebiah qui faisaient partie des conquérans de l’Égypte s'étaient déjà unis aux Elles des Bedjasconvertis à l'islamisme; un grand nombre d'entre eux étaieut demeurés païens, et quelques-uns avaient embrassé le christianisme.

Besc/icir Ibn H encan Ibn Is-llak, chef des Rebiah, s'empara des mines d’or, à la tète de 3,000 Arabes. 30,000 Bedjas, montés sur des chameaux et devenus mahometans, se déclarèrent pour eux et prirent le litre A'Uadha-

(1) Rakoui in üollc. et Eitr., Il, p. 302.

(2) Ebn Haukal, Or. G., p. 13.

(3) Qtialremèrc, II, p. 135.

(4) Ibn 8<lm} dans Burckbardt , App., p. 503.

(5) Vüsoudiy dans Qualrcmérr, llT p. 154.

rebe (1), c’est-à-dire descendans d'Hadramaul ; les autres Bedjas étaient restes fidèles au culte de leurs idoles. Depuis cette alliance avec tes Rebiah , les Bedjas sc civilisèrent , selon l’expression de Macrisi, et les mabomélans s'établirent alors au milieu d'eux. Cependant ils n'étaient pas encore très-ardens dans leur foi. Après la conquête de l'Égypte par les Arabes , ils continuèrent de faire des invasions en Égypte ; mais ils furent vaincus par le calife Al-Mamoun (216 de l'hég., 831 de J.-C.). Malgré celte défaite, ils ne tardèrent pas à renouveler leurs brigandages, et les musulmans remportèrent sur eux une seconde victoire (233 de l’hég., 868 de J.-C.). Depuis ce temps , la puissance des Bedjas si longtemps redoutés, tomba dans l'abaissement, les musulmans s'établirent en grand nombre près des mines d'or et amassèrent bientôt d'immenses richesses. En grand commerce s’établit alors avec ces mines d'or situées à la frontière de la Haute-Égypte, au mont Ollaki, dans les environs d'Aidab (l'ancienne Bérénice); comparez plus haut le Gibel Ollaki dans la Wady-Keuous , sur le Nil. On voyait quelquefois des caravanes de 6,000 chameaux y porter des provisions et les peuples y accouraient en foule. Les Grecs ou plutôt les l’tolémécs avaient déjà exploité ces mines , et l'on voyait encore , du temps d'Ibn Sélim, les ruines d'habitations grecques. Les Bedjas y faisaient travailler les Zénafcdji, leurs esclaves (2); ces Zénafcdji avaient été autrefois l'une des plus distinguées de leurs tribus; subjugués ensuite par les autres , ils furent réduits à l'esclavage. Dans la suite, les gouverneurs de l'Égypte entrèrent en négociation avec les Beiljss, au sujet de ces mines d'or, et leur payèrent une certaine somme , à condition qu'ils se chargeraient de les exploiter. Les mêmes montagnes contiennent encore, outre les mines d'or, les fameuses mines d'émeraudes, situées près de K herbe (Kharbab , Quatremère) , dans les pays de Kous, sept à huit journées de marche à l'est de Koufl (koptos) sur le Nil, par conséquent dans la Haute-Égypte , au sud-est , près de la mer Rouge, et ainsi sur les frontières de la Nubie cl de l’Égypte.

Masoudi dit en outre que 1rs Bedjas habitaient aussi dans les Iles de Suakim (3) , sous le gouver-

(1) Burckbardt , Trav. , p. 520 , nul. — Qualruntrr, Il , P. 144.

(2.' Quai réméré, p. 144.

(3) Masuudi , dans Ijuaircttiérc, II, p 54, 154.

ML. MB1EX3. ABABDÉS.

nement d'un roi particulier. Les habitans des villes de Suakim sont aujourd'hui un mélange de marchands et de marins , Arabes , Turcs et Égyptiens; mais, comme le faitremarquer Burckhardt, tous les lieux de cette cède , depuis Sutikim jusqu’à la Fedja-baic (1), ont emprunté leurs noms à la langue des Bisharis, par conséquent à celle des Bedjas. Les Bisharis ont un marché régulier et un établissement fixe dans le port inconnu encore de (iibel-Olba, entre Suakim et Kosseyr; les monts Olba renferment, dit-on , des cavernes et des habitations qui sont l'œuvre des Cadres, c’est-b-dire des anciens idolâtres, les troglodytes des côtes. Un peu plus «au nord, près de la baie Gayaya (2) , inconnue jusqu'alors et visitée par Iturckhardt, des Ababdés habitent dans les bois des montagnes où ils font du charbon ; or, lotîtes ces tribus sont les descendons des anciens Bedjas. Burckhardt place en ce lien, à huit jours de marche au nord du Gibel-Makouar, les frontières actuelles (3) des deux tribus ennemies qui descendent toutes deux des Bedjas, et qui sont les Bisharis an sud et les Ababdés au nord. Au nord de cette baie était situé le port Aidab (4), connu dans l’antiquité comme point d'embarquement pour les caravanes qui allaient de Kouft (Koptos) sur le Nil , h Jidda et la Mecque, en Arabie. Les habitans de ce port, dit Macrizi, sont des Bedjas; ils sont presque tous marins, et passent en Arabie les pèlerins , dont la vie n'est pas très en sûreté au milieu d'eux. Ebn Haukal place ce port dans le pays des Medja (8); Ebn Batnta et Edrisi rapportent qu'il y avait deux chefs de leur temps, à cause de la foule de pèlerins et de marchands qui y affluaient alors. Les Bedjas qui l’habitaient payaient deux tiers des impôts a leur roi El- Jladraby et un tiers au gouverneur de l’Égypte. Le roi des Bedjas avait la prééminence , dit Ibnal-Wardi (6), parce qu’il protégeait les marchandises et ceux qui exploitaient les mines, contre les invasions des Habeschis; le sultan d'Égypte était chargé de leur procurer les moyens

(t)Burrklurdt, Tr«r., p. «0.

(2) Ibl.l-, p. 464.

(3) IbU., p. 469.

(4) BactIiI, dam Burckt.Ar.lt, p. 631; danl Quitrrmfre , p. 169, II.

(6) Un lUuksl, P. 13. — Ebn Boula, Uni Burckhardt , p. 637.

;6) Ibn-at-Wardy , dam Sait, Trav., In Abysl. , App. , p. Laavfl.

d'existence. Les Bedjas étaient donc encore puissans sous ce nom, au quatorzième siècle ; lorsque Ebn Batuta voyagea dans leur pays, ils étaient même en guerre avec le roi de llornou , b l'occasion des pèlerins nègres qui se rendaient alors dans l’Vemen par Aidab. Plus tard ils préférèrent la route de Suakim. Presque tous les auteurs arabes s'accordent à dire que ces Bedjas exerçaient envers les pèlerins beaucoup de dureté et de tyrannie. Leur peau est de couleur foncée (Macrizi leur donne pour cela le nom d'indiens); ils vont presque nus et n'ont aucune religion. Pendant tout le temps que ce lieu de passage fut très-fréquenté, ils faisaientiles gains énormes avec les pèlerins et les voyageurs. Ils descendaient de leur» montagnes avec leurs chameaux et les louaient aux voyageurs; chaque habitant du port avait en outre sa barque sur laquelle il passait les pèlerins en Arabie. Ils se livraient encore b la pèche des perles, sur les côtes (probablement dans la baie de Dongola). Burckhardt (1) s'assura en effet que le fond de la mer est couvert, en cet endroit, d'une grande quantité d'huilres b perles, qu’il est très-facile de pécher b causedu peu de profondeur de l’eau, mais dont on ne fait plus aucun usage. Les navires des Betjjas devaient être très-fragiles, car Macrizi rapporte qu’il n'entrait pas un clou dari9 leur construction ; ils ne se composaient que de planches liées entre elles avec des ligamens de noix de coco , maintenues par des chevilles de dattier et calfeutrées avec de l'huile de poisson ; leurs voiles étaient faites de feuilles de palmier entrelacées; et Burckhardt vit encore, dans le même lieu , des nattes qui servaient de voiles.

Ce port A' Aidab, seul endroit où les Bedjas nous apparaissent comme habitant une ville et comme marins , fleurit sous la domination des Bedjas ; il ne dut sa prospérité qu'aux voyages des pèlerins et au commerce de l'Inde qui, se faisant par la mer Rouge, allait d’Aidab, par le plus court chemin, b Kous et Kouft (Koptos) sur le Nil. Macrizi nous dit (2) que cette prospérité dura depuis 1038 jusqu'b 1204 (430 b 603 de l'bég.), c’est-à-dire 200 ans; elle disparut entièrement en 1360 (760 de l'hég.), b l'époque où Kouft tomba en décadence. L'importance des Bedjas ne s'étendit aussi que jusqu'b cette époque, et probablement les auteurs arabes n'ont

(1) Burckhardt , Trav., p. 471.

(2) ascrlzl, dans Burckhardt, p. 619 ; dans QuatreniCrr , P 163, 11.

AFRIQUE, SYSTEMES D'EAU : IIIe DIVISION , $ 23.

parlé de ce peuple qu'il l'occasion des relations commerciales qui s'établirent alors entre les Aralies et les Retljas : plus tard ils n’ont plus fait mention de ce peuple.

A l'époque où flonssait cet ctat commerçant des Beiljas, les croisés chrétiens trouvèrent en eux un appui contre les musulmans égyptiens et arabes. Macrizi raconte (1) que, sous le régne du sultan Baladin , El-Bernys-Ernat (c’esl-îi-dirc le prince Renaud) s'empara, en 1182, des ports de Kolzum etd’Aibab, sur la mer Rouge; les chrétiens interrompirent ainsi le commerce des caravanes qui se faisait entre l'Inde et Kourt, et qui procurait alors d'immenses richesses aux sultans de l'Égypte : la roule de terre, par la Syrie, se trouvait aussi fermée par les croisés et par la domination des chrétiens en Palestine.

Ce temps fut la plus brillante période de la domination des Bcdjas , qui ne nous apparaissent plus ailleurs que comme nomades et pasteurs. Ibn-al-Wardi (2), leur contemporain, pouvait donc bien leur donner le nom de marchant! s, puisqu'ils rendaient alors possibles les communications entre le Hahesch, la Nubie etl'Égypte. Voici le portrait qu’il noos en fait: ils sont nus, noirs et idolâtres; leur pays est divisé en un grand nombre de petits districts ; ils sont sociables, bons et pleins de bieuveillapce pour les marchands. Ils ne possèdent ni villes, ni terres cultivées; leur pays est un grand désert visité par un nombre immense de marchands et de voyageurs ; la vallée Ollaki, où se trouvent les mines, avait une population très-forte, composée d'hommes de races et de tribus différentes.

I-es marchandises des commerçans de l'Inde, de l'ïemcn , du Ilabescb et de l’Égypte , allaient et revenaient de la mer au Nil , il travers cette vallée, sous la protection des hospitaliers Bedjas. l’artoul ailleurs les Bedjas nous apparaissent comme des brigands et des barbares, épi thètes que les voyageurs donnent cncorcaiijourd'huiàlcurs descendais, les Bisbarisel les Ababdés (Ababdias, Radias, Bedjas). I.n plus grande sécurité (5) régnait alors dans ccs déserts ; on trouvait souvent sur les chemins que parcouraient les caravanes, de grosses charges d’épices, de cannelle, de poivre et autres denrée», et elles restaient ainsi sur la route jusqu'à ce que le pro-

(1) Macrizi , dans Durckbardt, p. 542.

(2) Appeud. f dan» Sait, Trav., p. lisvi.

(3) JUcrtzI, dan» Burvkiurdt , p. 510; dans QuaUcibèrc, P. 162, II.

priétaire les eût enlevées. Burckhardt noos rapporte qu'on trouve encore le même usage chez les habilans de Dar-Four. Si quelquesuns de leurs chameaux viennent à périr dans le voyage, ils déposent leurs marchandises dans le désert de Libye , et continuent tranquillement le voyage, sûrs de les retrouver à la même place.

Le port d'Aidab, dit Macrizi (1), était alors le premier port du monde et le désert d'Aidab <Aizab) était plus fréquenté que les contrées les plus fertiles; l’ïemcn et l'Inde y envoyaient leurs trésors, les pèlerins y arrivaient eu foule de l'intérieur de l’Afrique pour passer de là à Jidda et à la Mecque. Ce qu'Aidab fut alors , Aden . Ilor-sa mus, Sorislanle devinrent plus tard, et, depuis' le commencement du quinzième siècle (820 de l’hég. 1417 de J.-C.), le désert d’Aidab s’étend solitaire cl vide; du temps de Macrizi , la ville ne se composait plus que d'un tas de pauvres buttes formées de branches d’arbre». Ce désert des Bedjaset le portd'Aidab restèrent pour nous uue terre inconnue jusqu'à ce que Cailleaud découvrit les mines d’émeraudes en 1816, et Belzoni l'emplacement de* ports et l'ancienne Bérénice. Ce lieu, qui se trouvait placé dans le grand mouvement commercial d'alors, ne nous a fait connaître qu'une faible parlicdcs Bedjas; le plus grand nombre de leurs tribus erraient, sans doute, dans le voisinage, et formaient cet bordes nomades et indépendantes dont les auteurs arabes ont raconté des fables aussi étranges que celles de Pline et des Romains sur les Blemyes.

Les auteurs arabes parlent dn magnifique bétail des Bedjas, surtout de leurs chameaux au poil roux et de noble race (voy. plus haut les Bisbaris) ; ils éleventaussi des vaches et des brebis dont ils boivent le lait; mais les troupeaux n'occupaient pas tous leurs soins, ils sc livraient encore à la navigation , à l’exploitation des mines , car ce sont eux qui travaillaient aux mines d'or et aussi, suivant Al-Djahetb, aux mines d'émeraudes.

Les Bedjas sont bien faits, mais maigres, de couleur olivâtre et foncée(on leur donne ces deux couleurs, et Burckhardt (2) leur donnecelle des Abyssiniens). Bakoui les appelle aussi une race élhiopique (3). Rapides à la course comme leurs

( 1 ) iacrtil, datiaBurckbanM,p. &&);«UiuQiutreii>Êre, II, p. 196.

(3) BurcSbarJI. Trav. , 4pp., p. SIO.

(3) BaSoui, daiia sot.ee» et cilr , II, p. 302.

MIL. MIMES d'émei Auras.

chameaux , cette qualité les distingue de tous le» autres peuples ; ils dressent leurs chameaux au combat elles dirigent très-habilement arec la lance; le chameau s’agenouille devant la lance quand elle est tombée de la main de son cavalier. LesBedjas sont en insurrection continuelle: cependant Macrizi assure qu'ils sont très-probes et très-hospitaliers. Leur arme principale est Jeur lance (sebaye), armée d'une pointe de fer; cette pointe a 3 coudées de longueur et le manche 4; c’est de là que vient leur nom, car scba veut dire sept. Ils ont toujours leur lance à la main ; ces armes sont fabriquées par des femmes qui ne voient jamais d'autres hommes que ceux à qui elles fournissent des lances. Les filles qu’elles mettent au monde sont vouées au métier de leur mère ; mais elles tuent les enfans miles, parce qu’ils ne pourraient leur donner que des embarras et des ennuis. Ils appellent aksomye (d’Axum) leurs boucliers de peaux de buffles, et da/i/akye (de l’ile Dalak) ceux qui sont faits de peaux d'hippopotames. Leurs arcs sont faits de bois qu'ils appellent seder et shobat (?) ; ils sont très-gros , très-épais et diffieiciles à tendre , comme celui que les Ethiopiens envoyèrent h Camhyse ; leurs flèches sont empoisonnéeseldonnent sur-le-champ la mort (1). Ils ont des devins qui , comme chez les Romains et les Gaulois, annoncent les heureux présages et appellent au combat; Ibn Sélim dit que ces devins, comme les Sebamanes, se sont donnes au mauvais esprit. Macrizi nous raconte que les hommes se soumettent à la castration, et que les femmes se coupent une mamelle comme les Amazones. Les Bedajas avaient primitivement un roi qui habitait dans le Gazira-Bedja h Heiljer (?) (entre l’Atbara, le Mogren et le Nil) : l'hérédité suivait la ligne féminine, comme nous l'avons Vu déjà chez les Berbères. Le nom des Bedjas ne nous apparaît plus aujourd'hui, en Nubie, comme celui d'un peuple, mais le pays dont El-Taka fait partie, porte le nom de Bedja; Bedjan est encore le nom du principal lieu du pays de Mograt sur le Nil , entre Berber et Dongola; Ibn Sélim rapporte que Bcdjrash était autrefois le principal lieu et la résidence du chef de fterys , c’est-à-dire de la Nubie, au sud de Safd.

Ir* ReMARQfF

Les mines d'émeraudes des Bedjas , dans les monts

Ollaki du ilisert d’ Aidab, sur l’ancienne route de

Koptos à Bérénice.

De^ Kons , près de K ou fl (Koptos), snr le Nil, joiqo auportd’Aidab, les aoteursarabes comptaient dix-sept journées de marche (Ebn Batnta n'en compte que quinze) ; la route conduisant ainsi directement du Nil à la mer Rouge , traversait le pays de montagnes, un peu au nord de la latitude d Assouan , et même après que les grandes caravanes eureut cessé, il exista encore longtemps une route dans cette direction (l). Les anciens comptaient douze journées de marche dé Koptos à Bérénice. Suivant les recherches que Cailleaud et Belzoni firent, dans celte vallée transversale, il n’y a pas de doute que l'ancienne route commerciale de Koptos à Bérénice (î) , si célèbre sous les Ptolémées , mais que d'Anville a mal placée sur scs cartes, ne soit la même qui, au moyen âge , conduisait de Kous ou Kouft à Aidab, à travers le d sert d Aidab et le pays des Bedjas ( voyez la remarque précédente). Or , c'est précisémentprès de celte route qu étaient situées les mines d’où les Bedjas tiraient les émeraudes qu'ils travaillaient eux-mêmes ou faisaient travailler. Quoiqu’on ait beaucoup parlé de ces mines (3), elles forent néanmoins inconnues jusqu'à ce que Cailleaud les découvrit en tille. Envoyé par M.hémet-Ali-Pacha, et favorisé de toutes les manières, le minéralogiste (1) partit d'Edfou, sur le Nil , et trouva ces fameuses mines , après avoir voyagé pendant sept journées, à l'est, sur une ancienne route, où il rencontra une quautlté de ruines, de villages, de puits, de caravanserais et de stations, provenant des temps anciens ( sans doute, depuis Ptolemée- Philadelphe) , comme des temps modernes. Les raines sont situées au pied de la haute montagne de Zabourab, dans le pays des Ababdés, sur la limite de la Haute-Égypte et de la Nubie ; leur distance directe de la cèle (S) n'est qoe de cinq milles géographiques à peu près ; leur situation géographique est è quatre journées de marche au sud de Kosseyr.

Cailleaud les découvrit dans une étroite vallée bordée de montagnes de granit, au miliea de couches horizontales de schiste micacé, à travers lesquelles les routes conduisent dans l’intérieur do

(1) Burekbardl, Trav., App., 350.

(3) Straboo, XVII, p. 300, 695, ed. Tytch.

(3) xemolre sur les mine, d'émeraudes , dans Quatremère, II, p. 173-180.

(4) Burckbardt , Travels, p. 538.

(5) Seltonl, Voyage, II, p. 69, *

(1) Ibn Sélim , dans Burclüiardl , p. 503 ; dam Qnalrenakr», II, p. J 40.

la montagne. Elle* s'abaissent avec la couche de mica, qui souvent n'a que de troia à quatre pieds, et souvent finissent avec elle. Là où la couche de mica devient épaisse, on soutient le ciel de 1a mine avec des poutres de bois. Plusieurs des mines vont jusqu'à 400 et même 300 pieds dans la montagne, f.aitleaud y trouva, entre autres, des fragroens d*éroeraudes cristallines, dont il fit présent au pacha. Le chemin qui conduit immédiatement à 1 entrée de ces mines , et qui est maintenant au pouvoir des Ababdés, était taillé dans le roc, et appelé par les indigènes Zaboura. Tout près de là, sont de grands bassins taillés dans le granit, et destinés à recevoir l’eau des pluies, car la source la plus proche est à un mille de distance. Non loin des mines, au pied de la haute montagne deZabourah, on remarque les ruines d'habitations queCailleaud prit d’abord pour les débris de l’ancienne ville de Bérénice. Belzoni , qui les visita peu de temps après , ne trouva que les restes de misérables huttes (l) qu’on appelle Sakiel, et qui probablement avaient été le séjour des anciens mineurs; tuais il ne rencontra, dans toute cette contrée, aucune trace d'un grand emporium tel que fut jadis Béréuice. — A sis lieues de l’endroit où sont les mines de Zaboura , se trouve , dit-on , un second endroit où soûl également on certain nombre de mines et d'autres débris de murailles; mais Cailleaud n’eut pas l'occasion de les voir. Peut-être sontee celles qu'on dit situées plus près de la mer, sur la même latitude, les Zumrwi des Arabes, sur lesquelles Bruce a débité tant de fables, et qu'il prétend avoir retrouvées sur une Ile voisiue, dans le Gibel-Siberget. Belzoni , en parcourant cette côte, prit un eudroilsans nom, situé sous le 24° lat. nord, à peu près où sont situées Lëpte êxtrema et la Bérénice de d'Anvilte, pour le lieu où Bruce avait débarqué, lors de sou voyage aux mines d'É* meraudes. Belzoni vil, en outre (2), en trois autres endroits du mont Zaboura, des traces d'ancienne» exploitation».

Peu de temps après ces découvertes, le pacha plaça Cailleaud à la tête d une seconde expédition, chargée de retrouver les mines d’or et de commencer des travaux d'exploitation au Zaboura. 11 lui adjoignit un aga et deux cents ouvriers ; mais ceux-ci, mécontens des travaux des mines, commencèrent bientôt à s’ameuter contre leur chef, et le forcèrent à »’en retourner au Caire. La faim et le» maladies furent un immenso obstacle à la reprise des aucieus travaux (3).

Belzoni, visitant ces contrées l’année d'ensuite, trouvacinquante ouvriers occupés dans les mines. Après six mois d cxploilatiou, ils n’avaient pas en-

(1) Bell uni, voyage, 11, p. 57; Alla*, lah. 33, n* 7.

(2) IbU. , p. 0T.

(3) IbM., p. 21.

core trouvé d’émerandes , et les travaux pénibles qu’on leur imposait les avaient déjà plusieurs fois soulevés; leurs provisions, qui leur arrivaient par le Nil, pouvaient aussi facilement leur élre coupées parles Ababdés. Toutes les anciennes entrées des mines étaient comblées par le haut, et l'on ne pouvait y pénétrer que par de très-petites ouvertures. L’entrée des mines ressemblait aux catacombes de Go orné, prèsdcThèbes; les mines elle», mêmes venaient après les couches de marbre et de mica (l).

Sans y entrer, on pouvait juger de leur profondeur par les matériaux amoncelés au bord de l'ouverture. Belzoni pense qu'on n'a pas suivi de plan régulier dans l'exploitation. Au dire des ouvriers, les deux bancs de marbre, entre lesqoels se trouvent placées les couches de mica , cou- * vergent l'un ver l’autre, et la matrice de l’émeraude est située dans le maximum du rapprochement de toutes les couches de marbre et de mica. Depuis Belzoni, on prétend avoir retrouvé de nouvelles traces d'émeraudes, qui dit-on, sont d une qualité inférieure.

Un examen exact des petites ruines de Sakiet ( Sekket ) (2), situées à un mille des mines, a prouvé quelles formaient, en effet, jadis 1a ville des anciens mineurs. Elles sont situées dans une étroite vallée entourée d’un amphithéâtre de rochers, et formant un demi-cercle de 700 à 800 pieds. Aux flancs des rochers sont adossées à peu près 80 petites maisons, qui, toutes, excepté une, sont moins considérables qu’une chapelle (aillée dans le roc, qui se trouve là, et qui a 30 pieds de profondeur et 20 de largeur. Paimi les six inscriptions grecques que Belzoni a copiées, une fait mention de l'emporium de Bérénice, dont Belzoni découvrit bientôt après les gigantesques débris sur le bord de la mer Bouge, à quelques journées de marche de la ville des mineurs.

Ces mines dont nous parlons sont évidemment identiques avec les mines d'émeraudes de Kharhah ou Kherbi, situées, selon les g ograpbes arabes, dans le Gibbel-OHaki, et sur lesquelles Mcsalekal-Absar (3) a publié quelques renseignemens qu’il tient d'un intendant de ces mêmes mines. Elles furent établies, aux frais du sultan d’Égypte, dans les montagnes, dont il appelle les plus hauts sommets Karka-Shcndah, au milieu du désert deBedja.

Le terrain dans lequel se trouvent ces nombreuses mines, avec leurs souterrains semblables à des labyrinthes dont la voûte menace sans cesse de s’écrouler, se compose de trois roches différentes, formant la matrice de l'émeraude. Lesmines furent exploitées jusqu’à l’an 135 0 ( 7 00 de l'hégire).

(1 ) BoUool , voyage, 11, p. 49.

(2) Ibid., p. 90.

(3) Sacrlzf, dans Quatre mère, If, p. 174.

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