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HAUTE-ÉGYPTE

APERÇU

Au moment de franchir la haute terrasse «le Nubie (S), le Nil prend , pour la dernière fois (3) , la forme d'un torrent de montagnes ; roulant il grand bruit ses ondes écumanles h travers des écueils , des gorges de rochers, depuis Plie Fhilae jusqu'à Éléphantine , il se précipite enfin par les cataractes de Syène , dans une contrée nouvelle, la toute célébré terre d’Égypte. Majestueux et calme, portant partout la bénédiction et la ftroindité, il promène ses eaux, plus de cent milles encore et toujours dans la direction du nord , jusqu’à la mer. Lorsqu'une caravane , qui a traversé pendant plusieurs mois le désert ardent, monotone et aride de la Nubie, approche de celle frontière de l’Égypte, le mugissement lointain des cataractes ramène les esprits vitaux épuisés (4), et bientôt les bosquets de dattiers de Syène rappellent le voyageur à la vie et au bonheur. L’impression lugubre dont le «lésert aux étincelantes ardeurs avait accablé l’âme du voyageur , disparaît tout à coup et la terre d’Égypte déroule h

(I) plis. nio. ul.,a»vii,e, 17, «I. Bl|i. (S) BCrod.,11, p. 37.

(3) Browoc, Trav,f p. 488.

(4) Bruce, Trav., VI, |». 603.

AFRIQUE , SYSTEMES ü'ïAU : Ht* DIVISION. $ *6.

l'œil fatigué ses joyeuses perspectives : les chaînes des monts graniteux aux flancs noirâtres, les gorges de rochers , les cataractes écumantes, les lies de rochers aux monutnens gigantesques se tiennent h la porte de la terre sacrée , comme des gardiens mystérieux que les élémens ont placés eux-mémes pour protéger la terre des merveilles de l’ancien monde. Quand le voyageur arrive au contraire de la Nubie en Égypte par le Nil, il a déjà été préparé, par les icheltals du Baln-el-Uadjar et la vue de la shellal de Syène, et les monumens de la Nubie lui ont fait présager déjà les merveilles de l'architecture égyptienne ; mais il a contemplé ces monumens, en Nubie , dans leurs ébauches colossales et sublimes, il les a vus tantôt cachés tout entiers sous les flancs des monts, tantôt sortant à demi, avec leurs frontons , des masses des rochers : ici , il les verra avec admiration surgir des entrailles de la terre , s’élancer librement dans les airs, toujours plus parfaits, plus variés et plus beaux (1); ils s’élèveront à de prodigieuses hauteurs, orneront des lies entières, des plaines et des rivages de leurs pylônes , de leurs salles, de leurs murs , de leurs colonnades , les couvriront au loin de leurs débris et les changeront en collines.

Nous jetterons un coup d’œil sur la configuration générale de l’Égypte pour nous orienter au milieu de cette contrée, avant de passer à une étude plus profonde de ses parties et du cours du fieuve que nous devrons chercher à comprendre ensuite, dans tous ses détails, à cause de sa haute importance historique.

De Sycne au Caire, où se trouve la bifurcation du Nil, ce fleuve coule dans une vallée qui a deux milles d’étemluedans sa largeur moyenne. Cette vallée est formée par deux rangées de montagnes (8) que Jakuti compare à deux ailes (3) : l’une s’étend, vers l'est, jusqu'à la mer Rouge (la distance de Ghenné à Kosseyr n'est que de 40 lieues ou trois journées de marche) ; l'autre, s'élevant à l'ouest, du côté de la Libye, longe le Nil depuis Assiout jusqu'à la grande oasis : semblable à une digue aplatie, déserte, partout , elle présente une largeur de quatre journées de marche. Ce rempart de l’Égypte {t/te M'ait of Egypt) (4) protège le Nil contre les dé-

(1) Legb, Rarrat., p. 03.

(2) Girard , stir l'agriculture de la Haute-Égypte, dan» Ici Mémoires sur l'Égypte, I, p. 13.

(3) Kdrisl Africa cur. Hartmann ,*p. 401.

(4) Erownc, Trav., p. 184.

serts de la Libye occidentale : il faut au moins une heure pour le descendre par l'escalier des caravanes situé près de Gebel-Rumli.

Le rempart occidental de l’Égypte s'abaisse en laïus dans la vallée du fleuve et forme un plan inégalement incliné qui est généralement d'un accès facile. Au contraire, le rempart oriental s’élève en falaise taillée à pic, ce qui lui a Ait donner, dans toute son étendue, le nom de Gebel-Mokattam ou pente etcarpée derochert. Il se compose , en partie , de chaux et de grès friable , en partie, d’autres formations plus récentes, d'amygdalotde (de poudding et de brèche). Plusieurs vallées le coupent transversalement de l'est à l’ouest et établissent différentes communications entre le Nil et la mer Rouge. Les plus connues de ces vallées sont celles entre Kefl (Koptos) et Kosseyr (1) et celle dite de l’Égarement, entre le Caire et Suez (8), comme étant singulièrement explorées par les caravanes. Il existe en outre un grand nombre de gorges plus ou moins larges qui, rompant parfois le Hokattam, amènent dans la vallée du Nil des torrens désastreux chargés de masses énormes de sable et de galets (3).

Le rempart qui protège l’Égypte du côté de la Libye, offre aussi, dit-on , près des oasis, plusieurs ruptures semblables dont une seule nous est aujourd'hui connue ; c'est dans l'Égypte inférieure, la vallée de Fajouiné (où se trouve le lac de Mœris). qui , se continuant à l’ouest , par la vallée plus étroite de Bahar-cl-Farigh (torrent vide) où Babar Belame (fleuve sans eau), s’étend jusqu’au désert de la Libye (4).

Refoulé, dans tout son cours, vers la partie orientale de la vallée, par le talus de la chaîne Libyenne, le Nil se trouve être surplombé, à sa rive droite, par des masses prodigieuses de rochers escarpés ; rarement aussi le chenal occupe le milieu de la vallée.

Cette vallée , généralement peu large , se resserre surtout dans la Haute-Égypte(SaTd), l’ancienne Thébatde, depuis Syène jusqu’à Kenné (Ghinnah)(3) : c'est là que le Nil forme l'ile Bam-

(1) Rosière, Description minéralogique de la vallée 4e Kosseyr, dans les Mémoires sur l'Égypte, III , p. 227.

(2) Girard, Description topographique de la vallée de l'Égarement, dans les Mémoires sur l'Égypte, III, p. 300.

(3) Reynier, dans les Mémoires sur l'Égypte, IV , p. 13.

(4) André©*»! , Mémoire sur la vallée do lac da Ratron , dans le» Mémoires sur l'Égypte, I, p. 223.

(6) Browne Trav., p. 128.

ml. halte-Égypte, puilæ.

ban, la seule importante de son cours. Dans l’un des endroits les plus spacieux , les ruines de Thèbcs couvrent encore aujourd'hui la vallée tout entière : depuis le rempart oriental jusqu'au rempart occidental , une étendue de deux milles en largeur de l’est k l'ouest est jonchée de colonnades, de portiques, de colosses et d'obélisques.

Dans l’Égypte moyenne (Wostani) , qui commence th où l’on voit les dernières ruines du temple de Denderah (Tentyris) orner les rives du Nil, la vallée du fleuve s'élargit davantage h partir de Siout. Elle n’atteint cependant jamais plus de quatre lieues de largeur (1), et h Fajoumé , dans l'endroit de son plus grand développement, elle n’a que trois milles géographiques. Ici la chaîne libyenne se dirige de plus en plus vers l'ouest. La chaîne orientale , au contraire , ou les monts Arabiques ( selon Hérodote) (3), disparaît entièrement près du Caire et va se perdre dans la plaine immense du Delta.

Contrées limitrophes des cataractes du Nil,

ile Phitœ, les She liais, t'tépàantine , As-

souan, région du granit.

Le Nil, h son entrée dans l’Égypte (5), se divise en plusieurs bras au milieu desquels s’élève un groupe innombrable d’écueils qui forment autant d'Hes. La plus grande et la plus méridionale est celle de Gezira-el-Uctsch; mais elle est peu connue. Tout près de là se trouve Pile célèbre de Philæ , l'une des plus petites sous le 34“ l’54” de latit. sept, et sous le 50“ 54’ 10” de long, est de Paris , suivant les observations de l'astronome N'ouet (4). De là le fleuve creuse un ravin étroit à travers les montagnes de granit qui s’élèvent en rochers brunâtres sur les deux rives et forment des sauts bruissans et d'affreux rapides qu’on nomme les cataractes du Nil. Puis, ayant parcouru un espace d'environ deux lieues, le Nil se dégage de ces montagnes escarpées près de la ville deSyène, au-dessous del’ileElépbantine ( Elcphantine sub ipsis fere cataractis jacet ) (5), la plus septentrionale de ces Iles

(1) Reynier, Mémoires sur l'tgypte, IV, p. 3,

(3) Hérodote, II, *. 8.

(3) Plan de ta cataracte de SySne , Description de l’tsypte aot., 1, p. 30.

(4) Description de l’ftgypte aot., 1 , p. 15.

(5) xtius Aristide», in Ægypl, 1732, p. 343.

nombreuses et groupées, et, rentrant aussitôt dans nne vallée plane , il roule tranquillement ses eaux vers les terres inférieures.

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