‹ Geographie Generale CompareeChapitre 168 sur 293 · Ile de Philæ, Pilas , Aeias-el-Wodjoud · texte numérisé non relu

Ile de Philæ, Pilas , Aeias-el-Wodjoud

La petite ile (1) de Philæ est située , en ligne droite, à peu près à 25,000 pieds (4,150 toises), c'est-à-dire à deux lieues environ au sud de Syène et à quatorze lieues au nord du tropique du Cancer. Elle a 1,152 pieds de longueur du nord-ouest au sud-est , et 408 pieds de largeur , ce qui fait 2,700 pieds d’étendue : son élévation au-dessus du niveau le plus bas du Nil n'est que de 23 pieds , hauteur suffisante pour la mettre, durant toute l’année , à l'abri des débordemens du fleuve. Malgré l’étroite circonscription de ses limites, quoique Hérodote ne lui ait pas donné de nom et que Pline l’ait confondue avec l’tle Eléphanline (2), elle jouit pourtant d’une grande célébrité depuis les temps les plus anciens. Aujourd'hui encore on ne peut voir, sans un sentimentd’admiration, lesdébrisde sesmonumens et de son antique splendeur placés à l'entrée du désert de Nubie. Les Égyptiens s’y rendaient en pèlerinage , et elle était pour eux la grande contrée des morts (3). Là se trouvait , disait-on le tombeau d'Osiris : aux prêtres seuls était permis d'approcher de ce lieu . Trois cent soixante vases , nombre égal aux jours que contenait l’ancienne année égyptienne , étaient disposés en cet endroit pour servir au culte d’Osiris. Chaque jour, des prêtres les emplissaient de lait nouveau en invoquant le Dieu par leurs prières. Maintenant encore existent les ruines d'une vaste et magnifique salle dont les parois sont partout décorées de sculptures représentant la mort d'Osiris (4) : suivant la tradition populaire, un grand temple avait été construit là, en son honneur, par Isis , son épouse. Le serment « par Osiris qui repose à Philæ » (Mi rèi/ tv tiXaiç ’O supiv) (S) était pour les Égyptiens un serment inviolable. Celte Ile semble tirer son uom de sa

(1) ■. A. laocret, Description «le l'tlc «le Pbilc, dans les Descripl. de l'Égypte sut., 1, p. i, etc.

(2) BOroUote, II, p. 33. —Mine, UUt. nat , Va, cbap. 9.

(3) ülodor. Slcll., I, p. 22. — Flutarcb. de IskJ. etOslride Sirebor , etc.

(4) l.ancret, Deicript.. p. 13.

(6) De Intula Pbllensium Oslrldis scimlcbro conaecrata, p. IM.— Sacra Phiicusla, p. 182. — Fr. Creulzer Commentationcs Hérodote*, lipa., 1818, ln-8®. Voyez auail la Symbolique. T, p. 300.

position reculée, puisqu’aujourd’hui même, le mot Pilak signifie frontière éloignée, dans la langue des Cophtes (1); de tout temps en effet , excepté peut-être sous le règne des premiers Pharaons (2), lorsque l’Égypte s’étendait probablement plus au sud , s’élevait ici la frontière séparative de ce pays et de la Nubie. Encore de nos jours , elle s'appelle Bilak chez les Arabes qui, certainement., ont conservé les anciens noms égyptiens avec plus d’exactitude que les Grecs : car ceux-ci, semblables aux Français sous ce rapport , altéraient et mutilaient tous les mou d'après leur prouonciatiou. Les Grecs l'appelaient Philæ dans Strabon , biKxif dans Plutarque, *iAx daus Etienne de Bysance, nom que l'on a fait dériver h tort de üùàlh (porte) pour indiquer sa situation h l’entrée de l'Égypte. A l’aspect des ruines du temple dont elle est couverte, ses derniers habitans lui ont donné le nom de Djeziret-el-Birbi , c’est-à-dire lie du temple. (Perpe , Birbc (3) signifie temple dans le dialecte thébéen delà langue cophte). I! ne tradition arabe, probablement plus récente , rapporte que ces ruines sont les débris d’un palais de plaisance bâti par un certain roi Wodjoud pour servir à ses fêtes : de là vient, sans doute, que Burckhardt l'entendit nommer l'ile Anas-el-Wodjoud (4) (Selvajoud dans I.ight) ; Nordcn l'appelle El-lleiff.

Vis-à-vis de l’ile de Philæ, à l’ouest, se trouve le petit endroit de Birbé , habité comme elle , par des Barabras. Ici finit la domination nubienne; et, depuis là jusqu'à Syèue, au nord, toute celte contrée n’est assujettie à aucun impôt, pas même envers l’empire Ottoman (B), privilège antique remontant peut-être à l’époque des prêtres d'Osiris. Celte lie, consacrée aux mânes d'Osiris , surgit au milieu de rochers de granit d’un brun noirâtre; mais scs temples sont construits en grès d’une couleur blanchâtre et claire et s'élèvent sur d'énormes blocs carrés qui entourent ce lieu d’une ceinture de forts et bravent depuis plusieurs milliers d'années la violence des gonfiemens du Nil. La structure de ces temples est empreinte ici , comme à Éléphantine, d’un caractère tout particulier : les blocs

(I) Cbampoüion te jeune, l'Égrats moi les ptuuuoru. Paris, 1814, I, p. 184. — çualremtxc, SCmoire, p. 387.

(*) Cramer, Comment, Serodot., g 14 , p. 178.

(3) Ciaœpomoo, I, p. 168.

14) Durckbardl, Tri*., p. 6.— LtfM, Tri»., p. 88.

(S) Ibid. , p. 6,

forment des quais présentant au fleuve une face concave (1) et une face convexe à l'intérieur de l'tle , semblables à des voôles qui résistent au poids et à 1a pression de la terre. En tel genre de construction, qui, d’après l’état actuel de nos connaissances, se rencontre seulementen Égypte et dont la solidité a été éprouvée par des millier* d’années , mérite bien l’attention de nos architectes hydrauliques.

L’ile de Philæ, couverte de temples, offre, sur le plus petit espace, une étonnante quantité de ruines les mieux conservées de toute l’Égypte (2), tandis que les lies d’alentour ne sont que de vastes déserts. Sa pointe septentrionale portait autrefois des édifices , débris informes aiyourd’hui ; au sud-est , on aperçoit quelques cabanes de Barabras; au sud-ouest, se trouvent les ruines principale* de deux grands temples qui , à en j uger d'après l'irrégularité de leu rs colon nades (3) et une foule d’autres iudices , on t été successivement bâtis à des époques différentes. l)e l’extrémité méridionale de cette lie remarquable on découvre tous les monumens qui s’y élèvent. A droite, un temple isolé, inachevé, le Typhonium , qui renferme le tombeau d’Osiris ; à gauche, un obélisque et d'immenses colonnades; en face, un grand temple d'Osiris auquel sont adossées des cabanes de Barabras, et non loin de là un temple d’Isis, de moindre dimension. D’énormes murs sillonnent cette surface variée, et les terrasses des temples surgissent partout comme de larges plateaux ; sur l'un de ces plateaux est construit un petit village.

De nombreuses colonnades , deux obélisques et de gros pylônes conduisent au grand temple d'Osiris (4) , qui est situé le plus au sud. Là trente-deux colonnes du premier portique sont encore debout et tracent une ligne droite vers le temple; leurs chapiteaux sont alternativement lotiformes et dactyliformes, d'après un usage antique chez les Égyptiens , et portent chacun des ornemens divers, ainsi que cela se voit dans l'ancienne architecture gothique , mais sans que l'harmonie de l’ensemble en soit troublée. L’entrée de la seconde colonnade est composée de ces majeslacux pylônes carrés , dont nous avons déjà parlé dans la description de la Nubie, qui

(t) Jomard , Bcicrlptlon de Plie XMptuntloc , Bexrlpl.on de l'Égypte, «ni., i, p. 12.

(2) ik’lxonl, Voy., I, p. 320.— Uncrcf, Deicr., p. 0.

(3; Lancrvt , ùttscr., p. 10.

(4) iWd-, p. S.

Kit. HAUTE-ÊGYPTE. PBILÆ.

s'élèvent en forme de pyramides et que Diodore désigne sous le nom de UôXuy. De chaque côtéde la porte.ces pylônes apparaissent comme des ailes ou pliilôtcommedes tours qui autrefois peut-être servirentîi sa défense. De nombreux escaliers, placés dansl’intérieurde l’édifice, mènent aux terrasses supérieures, vastes observatoires où, sans doute, les prêtres d'Osiris allaient se livrer à la contemplation du ciel; car tout le culte qu’ils rendaient au Dieu du soleil était lié intimement li l’astronomie , au développement de l'année dn Nil, d'après la succession des jours , des mois , des temps d’inondations, h l'observation du lever et du coucher de la lune et desautres astres, aux époques des solstices et des tropiques. Le premier pylône, large de 118 pieds, haut de 84, est le plus élevé de tous les monumens encore existans qui apparaissent avec tant de majesté au-dessus du sol sur lequel ils reposent. Image raccourcie du tableau que reproduit l’Égypte, ces édifices portent cependant l'empreinte de l’antique architecture égyptienne , la corniche couronnant l’entablement supérieur, les gouttières aux coins des pylônes, des décorations, des sculptures semblables. Au sommet du pylône , se trouvent plusieurs divinités assises et devant elles des prêtres leur présentant des offrandes : chaque scène est variée , séparée par des lignes verticales et accompagnée de légendes hiéroglyphiques. Lancret (1) décrit un sacrifice très-remarquable : un prêtre est debout en présence de divinités et entouré de trente victimes, chacune trois fois plus petite que la précédente. Sur la base des pylônes on remarque des lotus rntrelacés ; les murs sont entièrement couverts de sculptures qui étonnent le spectateur par leur profusion , et la seule face antérieure du pylône en offre, d’après un calcul exact, une superficie de 8,400 pieds carrés ou 600 mètres carrés. Cette riche décoration est si simple pourtant qu'elle occupe un rang subordonné aux parties principales des monumens et ne détruit nullement l’harmonie de l’ensemble : peu saillante et peu profonde h la fois , elle ne produit^ qu'une lumière et qu'une ombre très-faibles. En avant du pylône gissent des obélisques brisés , des lions de granit rouge et d’autres statues qui ornaient autrefois l’extérieur du temple. De nombreuses colonnades et un second pylône conduisent au temple même dont les parois sont égale-

ment revêtues de sculptures; un examen attentif prouve que ce temple fut peint jadis de couleurs différentes dont les plus fraîches, le vert, le jaune, le bleu, le rouge se remarquentencoreaux chapiteaux des colonnes, quoiqu’assez difficiles h distinguer, toutes couvertes qu’elles sont de la poussière du désert. Les colonnes elles-mêmes sont construites en blocs de granit montrant encore à leur surface les traces d'hiéroglyphes souvent renversés; peut-être les pierres dont elles se composent proviennent-elles de monumens dont l'existence remonte h une antiquité double de la leur. Ces sculptures , exécutées dans le même style et avec la même perfection (I), nous reporteraient à une époque antérieure de trois mille ans à celle de l’érection du temple , c’est-è dire au berceau de l’architecture égyptienne. Les salles de cet édifice sont très-obscures et ne reçoivent le jour que par en haut ; trois chambres d'une vaste étendue, plusieurs autres de moindre dimension , conduisent h l’Adyton , où se trouve un bloc de granit couvert d'hiéroglyphes. Ce monolithe, dans lequel une niche est creusée , semblable à celui de Katabsché et Üakke, semble avoir été destiné li la conservation du vautour sacré , faucon ou éperrier (lé,wÇ) (S), symbole d'Osiris, et qui, suivant Strabon, n’était pas un oiseau originaire de l'Égypte , mais appartenant à une espèce particulière apportée d'Ethiopie.

À l'intérieur comme h l’extérieur, chaque pierre du temple porte des sculptures différentes représentant des idées relatives aux dieux et h leur culte , des sacrifices, des hommes en adoration , des fêles, des processions de prêtres (portant, par exemple, la barque sacrée) (3), des inscriptions religieuses, des symboles, des hiéroglyphes : toutes ces images, parlant d’une manière sensible h l'esprit du peuple égyptien , éveillaient en lui des sentimens de pieté et de graves pensées. Chacun de ces divers ornemens a une signification particulière; plusieurs scènes représentent des purifications, des ablutions basées sur la propriété fécondante et sanctifiante des eaux du Nil. C'était une croyance chez les Égyptiens que ces eaux n’étanchaient pas seulement la soif deceux qui en buvaient, mais qu’elles les guérissaient aussi de toutes maladies et en faisaient des hommes nouveaux; ainsi l'inonda-

it ) Lincret, Dr,cr.. p. 53.

(S) strabon, éd. Tr,cb., xvn, p. 007 (S) fr. Cmitier, Symbolique, I, p. 240.

(1) aoer., I, cb. i, p. 25, «l pl. 0 •( 0{, 7.

AFBIQl'E, SYSTÈMES D'EAU III* DIVISION , J 36.

tion du fleuve, vers le solstice d'été, renouvelle, chaque année, toute la terre d’Égypte. La constellation du Zodiaque, dans laquelle entre alors le soleil , est considérée par 1rs anciens comme ayant un rapport direct avec ce dernier phénomène. Autrefois l’image du lion accomapagnait toujours le solstice d’été ou l'inondation du Nil; aussi le lion du ciel étail-il regardé comme la source d’une eau abondante cl figurait-il partout dans les temples. Mais , parce que le solstice d'été, d'après l’ordre nature) de succession, passait du signe du Lion dans celui du Cancer, 3,300 ans avant Jésus-Christ, suivant le calcul de Fourrier (1), on a voulu tirer de ce fait une conclusion relative à l'antiquité du temple d'Osiris, lequel aurait été construit antérieurement h cette ère , c’est-à-dire pendant la période où le Lion était dans le solstice d'été, période dont la durée a été de 3,163 ans, ainsi que cela résulte de nombreux monumens astronomiques de l’Égypte (voy. plus bas Tentyra).

L’extérieur des édifices de Phylæoffre, vers le milieu du jour, un aspect remarquable (3) et qui est dù au voisinage du tropique : dès que le soleil est un peu élevé, les corniches projettent de longues ombres qui descendent de plus en plus sur les murs des monumens ; et vers midi , le soleil étant à plomb, toutes les faces des édifices sont presque entièrement dans l'ombre, ce qui contraste singulièrement avec la contrée environnante qui, dévorée par une chaleur brûlante, s’ensevelit à cette heure dans un calme profond et dans le silence de la mort.

A gauche du grand temple d'Osiris, il s’en trouve un second plus petit et qui diffère beaucoup du premier : c'est le temple d’iris, environné de toutes parts de portiques et de colonnades, dont la disposition particulière n’offre aucune ressemblance avec celle que nous savons avoir été employée par l'architecture grecque ou romaine. Les entrecolonnemens sont murés jusqu'à un tiers de leur hauteur, ce qui forme une espèce de fenêtre , versant dans l'intérieur des portiques un demi-jour mystérieux. Ce genre de structure ne réunit pas l'élégance et la beauté des monumens de la Grèce, parce que le volume des colonnes est trop considérable; mais , ainsi que le clair-obscur répandu dans les salira du temple , un tel arrangement est sans doute déterminé par un motif suffisant tiré du culte égyp-

(1) Lsocret, scier , p. 58.— Fourrier, Mm. (*) Laacret, Oewr., p. U.

tien, motif qui nous est encore inconnu. N'était celte différence , on pourrait considérer ce temple d'isis comme un modèle presque parfait des proportions principales des formes et même des ornemens reproduits par les temples des Grecs et auquel manqueraient seulement la grâce et la légèreté propres à l’architecture de ce peuple. L'histoire, toutefois, ne résout pas ce problème. A l'entrée du temple était un obélisque en granit, de 33 pieds de longueur, que Belzoni entreprit de transporter en Angleterre parle Nil (1), et qui portait à son piédestal une inscription découverte parM. Bankes.dans laquelle les prêtres d'isis se plaignaient à l’tolémée et à Cléopâtre des soldats et du gouverneur de l'Ile de Philæ. M. Beechey prit copie de celte inscription. Près de là Belzoni trouva douze blocs de granit, ayant chacun trois pieds et demi de longueur et trois de largeur. Ces pierres appartenaient aux ruines de l'un des temples voisins et étaient couvertes d'hiéroglyphes artistement sculptés, se déroulant, en forme de bordure, autour d'une image d'Osiris. Environné decesdécombres , le petit temple d'isis n'a souffert aucun dommage et sort du milieu de ces débris, comme un édifice nouveau (3). Sa construction, dont on ne saurait préciser la date, est probablement d’une époque postérieure à celle du grand temple; il est aussi riche que ce dernier en sculptures, et sur tous les chapiteaux de ses colonnes se trouvent des dés dontles bas-reliefs représentent des têtes d'isis , et dont toutes les scènes principales montrent cette déesse avec ses deux fils, Ilorus, le souverain heureux, et Ilarpocrate, voué au malheur. Au bord du Nil, à quelques distances des temples, est la grande salle dont les sculptures ont rapport, pour la plupart, à la mort d'Osiris; on lit, sur ses parois, une multitude d'inscriptions anciennes et modernes, monumens remarquables qui témoignent, en ces lieux reculés, des vicissitudes communes à tous les temps et à tous les peuples. Quelques-unes de ces inscriptions sont écrites en caractères inconnus jusqu'à présent, une entre autres, en lettres rouges, que l’on voit au plafond; d'autres en grec , en latin , en langues vivantes de l’Europe, toutes accompagnées de nombreuses Citations et sentences chrétiennes, cophtes et arabes, qui ont été tracées par-dessus les sculptures antiques, dans un but d'immortalité, et

(I) Selioni, vos., p. 170,816.

(t) Lincrei, Mcr„ p. 13,

Kit. HALTE- ÈGTPTB. CATARACTES DI STÉKE.

dont on pourrait Faire un intéressant recueil. De pareilles inscriptions sont gravées, en nombre infini, b l’entrée du grand temple: lit, à côté des déterminations astronomiques fixées par Nouet, de la latitude et de la longitude de l'ile, le voyageur reconnaît, sur la pierre, une foule de noms célèbres dans les derniers siècles , notamment ceux des Ptolémées, des légions romaines sous les Césars, et des noms de Français, inscrits après la victoire emportée par enx sur les mameloucks, sous la conduite de Bonaparte.

Vers la pointe septentrionale, formée par le dépôt du Nil, et qui est la seule partie cultivée de l’ile , on rencontre des ruines de murailles grecques avec des triglypbes et un arc de triomphe romain inachevé, monumens antiques de toutes les époques. Du côté du sud-est, se trouve encore un édifice qui , au premier aspect, se distingue par sa grandeur et sa couleur claire (1); mais bientôt on est Frappé de l’élégance de ses Formes, qui se manifeste surtout dans la taille élancée de l’architecture des colonnes, preuve que le style égyptien n'était pas opposé au progrès (â). L'édifice n’est orné qu'en peu d’endroits de sculptures. En l’examinant de près , on s'aperçoit que, loin d’èlre achevé, il n’est que commencé dans la plupart de ses parties, et il excite par là même, dans chaque voyageur, un ardent désir d’y étudier la mécanique et la technique de la taille des pierres chez les Égyptiens.

Des huttes de Barabras sont adossées h ce temple , près duquel s’élevaient auparavant des cabanes de musulmans, avant celles-ci des chapelles chrétiennes, et enfin dans l’antiquité les casernes des Romains. Nulle part un aussi petit espace ne rappelle à la Fois tant de faits historiques que les murs de ce temple , dont la construction attire ici l’admiration générale , comme s’il était situé dans une grande capitale, et cependant le sol qui le porte n’est qu'une très-petite lie sur les dernières limites du royaume, à l’entrée du désert.

Page 1