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MI.. HAUTE- ÉGYPTE. CATARACTES DE SYÉXE

sans doute Honis ( le fils d’isis, c’est-à-dire Harpocrate); à côté, des libations sont offertes h lais et k l'idole k la tête de bélier. Les sculptures intérieures du temple sont toutes peintes ; une entre autres , placée k l’entrée gauche du temple, se distingue par sa grandeur extraordinaire (elle a 20 pieds de longueur) eu même temps que par la richesse et la perfection du travail. Elle a ici, comme une autre, dans le grand temple de Philæ , sur la limite de la navigation du Nil , une double signification qui est k la fois mythologique et géographique. L’objet le plus remarquable est la grande arche (t) , ou le navire sacré des prêtres, terminé au gouvernail et k la proue par une tête de bélier (k Philæ par une tête d’Isis), regardant vers l’entrée du temple. Elle repose sur un autel sans hiéroglyphes; au milieu est un petit temple, en partie voilé et attaché par trois anneaux k un stylobate ; l’arche elle-mêiue est portée sur les épaules , au moyen de longs bras, k peu près comme l'arche d'alliance des Juifs, car plusieurs de ces sculptures nous rappellent lé rituel des Hébreux (2). A côté de la barque au-dessus de laquelle plane le globe ailé, sont une quantité de vases pour les sacrifices , quatre grandes statues décorées de la fleur de lotus, quatre avec la tête de bélier, une avec la tète de lion , etc. De grands sacrifices sont offerts sur l’arriére de l'arche ; l’on voit encore un héros semblable aux figures royales qu’on remarque dans les palais de Thcbes , portant le casque et le sceptre qu’il est prêt k consacrer ; au-dessus de lui plane l’épervier sacré. Sur le devant de l’arche on remarque une figure de prêtre avec la croix ou la clé du Nil ( crux ansata ), occupé k faire des cérémonies devant l’idole k la tête de bélier, qui est peinte en bleu d’azur.

Suivant Strabon , cette lie renferme le temple de Cnouphis (3) et un nilomètrc. Eusébc fait observer que l'on y adore une figure humaine , k tète de bélier, portant le disque peint en bleu et surmonté de cornes (4). Or, ces descriptions de temples s’accordent parfaitement avec les images du temple que nous venons de décrire et qui est sans doute celui de Strabon ; Cnouphis-t-neph , c'est-h-dire le bon génie, signifie Osiris k la tête de bélier, que les Grecs appellent Jupiter-Ammon , et le bleu était ici en effet la couleur du

(t) PUncbc II, ft*. 4; pî. 37 .

(S)UDcrel, Dc«cr. 4c Pbllir, Snt., I, P- 20.

^3) Slr.bon, llb. XVII, p. 603.

(4) fuicblm Pr«pvr. t\*n$. Par. 1623, I lit, c. 3.

dieu bienfaisant et du serpent , son symbole ; et il en était de même au Gange , dans l'Inde.

Osiris, le dieu du soleil, était donc vénéré k Éléphantine tout comme k Thèbes , sous le nom de Jupitcr-Ammon ; la tète de bélier et le disque avec les cornes représentaient la jonction du soleil et de la lune, c’esl-k-dire l’équinoxe d’automne (1), époque où la crue du NH est k son maximum, par conséquent le temps de la fertilisation de l'Égypte.

L'importance de ce temple consacré au dieu bienfaisant , k l'entrée de l’Égypte , s’explique très-clairement par sa situation géographique. Aussi l'ile d’Éléphantine était-elle fort bien connue des anciens ainsi que d’Hérodote , et c’est là précisément une des raisons qui nous rendent inexplicable le silence de cet historien sur l'ile sacrée de Philæ. Tous les auteurs et commentateurs se taisent sur l'origine du nom d'Éléphantine; Cbampollion (2) même n’en a pu trouver une étymologie dans la langue cophte , ce qui est d’autant plus surprenant que, suivant Manéllion , une famille d’Éléphantine (3) occupa jadis le trône de l’Égypte ; cet auteur en cite même neuf rois comme formant la douzième dynastie égyptienne, d'où quelques historiens postérieurs ont conclu k tort qu’il devait avoir existe un royaume d'Éiéphantine.

L’Ilcd’Éléphantine avait autrefois des carrières très-remarquables ; c'est de l’a qu’est sortie entre autres la plus grande merveille qu’Hérodoie vit k Sais, dans le Delta du Nil , le petit temple taillé d’un seul bloc de granit, (cnnf^ ^uwAAv) (1). Deux mille hommes avaient été occupés pendant trois ans, sou» le règne d’Amasis, k le transporter par eau d’Éléphantine k Sais. Outre ces débris d'architecture égyptienne, il s’en trouve encore k Éléphantine d’autres qui paraissent provenir des Romains , entre autres surtout une grande muraille au sud , que l'on pourrait prendre pour un rempart (3). En considérant avec attention les bords de cette Ile formée par l'alluvion autonr du noyau de granit , on remarque que de tout temps elle a dû être entourée de quais qui la protégeaient contre la force des hautes eaux , et que l’on réparait sans doute de

(1) Joni trd , Dtwr., I* 15*

(2) c lumpolliou. p. loi).

(3) HaneilionUHcrlrt Regum «yrptU «*lcv oprra OiUlMjl. Harnhurt*, Jn-4% p. 5.

(4) Ufrodoir, II, 175.

(5) U5h',Trav.,p. 51.

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temps en temps, de manière qu’il est impossible de fixer l'époque de leur construction. On voit en outre desfragmens de murailles très-antiques, dont un entre autres , qui a de 48 b 80 pieds de hauteurelGOOdelongucur(t), présente une construction conYexe b l'instar des débris de Philæ. Un escalier de SOdegrés conduit de ce quai au Nil; au mur est fixée une échelle qui servaitautrefois b indiquer la hauteur des eaux. C’est indubitablement le nilomètre ( Ne itepfTfisv) (2) que Strabon a décrit à l'occasion du temple de Cnouphis et b une époque où il était en pleine activité. Le gouvernement qui réglait les impôts d'après l’inondation du Nil exagérait ordinairement la hauteur des eaux b cette époque ; l'entrée du nilomètre n’était accordée qu'b un petit nombre d’initiés qui étaient les prêtres de Sérapis ; ce Dieu , avec la Scala ( appelée Sérapis) (3) et la mesure de blé ( Modius ), symbole de la fertilisation qui apparaît de nouveau réunie en une seule image dans la fleur du lotus, représentait encore le Nil. De nos jours, le nilomètre (4) ne peut plus servir au même but. Il est de la nature du fleuve que la vallée du Nil s'élève de plus en plus et enterre ainsi ses édifices , ce qui rend en même temps les cataractes plus basses , attendu que le lit du fleuve comme le remarque déjb Hérodote , s’élève simultanément. La hauteur des eaux , en tant qu'elle indiquait la fécondation du pays, ne peut plus être déterminée parle nilomètre d'Éléphantine; aussi est-il resté dans l'oubli jusqu'b ce qu'il fut de nouveau découvert par les Européens. Girard a calculé que, d'après l’ordre de la nature aucun nilomètre ne peut servir plus de cinq siècles. Le nilomètre d'Éléphantine, bien que n 'étant plus qu'un monument remarquable de l'antiquité, nous servira cependant plus bas, comme d'autres nilomètrcs, b quelques comparaisons chronologiques sur l'histoire du développement du cours de ce fleuve.

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