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RII. HAUTE-ÉGYPTE. CATARACTES DE STÈRE

Home. Le feldspath d'une belle couleur rose , tirant sur l'incarnat et quelquefois sur le rouge de brique, compose les deux tiers de sa masse; les interstices sont remplies de mica, matière lisse et d'un brillant métallique, et de grains de quartz vitreux et transparent; on y voit encore, mais très-rarement , un peu de hornblende.

On trouvé parmi les ruines de Thèbes beaucoup de monolithes et d'obelisques de ce granit ce qui fil que Pline l'appela aussi tapis thebaicus (1) ou pyropoecilon, à cause de ses dessins flambans. Toute la région .granitique est composée de cette belle roche primitive qu'à la fraîcheur des cassures et à la vivacité des couleurs, on croirait nouvellement détachée. En quelques endroits, le granit prend, par suite de l’efflorescence, des nuances plus foncées, avec lesquelles contrastent agréablement à la vue les vallons verts et boisés qui s'en détachent.

L'inclinaison du banc de granit , qui traverse le Nil , est de l'est à l'ouest (2) ; mais nulle part, on ne peut reconnaître de véritable stratification. 11 ne présente en général les dispositions indiquées que dans le voisinage des cataractes, des deux côtés du Hcuve; et, à mesure qu'on s'enfonce dans le désert, à l’est, il perd toujours plus de sa beauté. Le granité rosso n’occupe donc ainsi qu'un espace très-borné ; il parait , au surplus, u'ètre qu'une interposition, à travers laquelle le Nil s’est ouvert les portes de l’Egypte; les rochers qui bordent ses rives sont comme les deux pylônes qui forment le boulevart de la grande puissance égyptienne. Sur les limites de cette interposition remarquable se trouvent éparses comme passages à la roche voisine, qui est le granit commun, plusieurs variétés de ce granit oriental. Elles présentent, dans leurs couleurs et les substances dont elles se composent, une surprenante variété, et sont tantôt d'un gros grain , tantôt d'un grain trèspetit; la sculpture égyptienne en a fait, avec un choix exquis , une quantité de chefs-d’œuvre qu'on retrouve maintenant dans presques tous les musées des capitales de l'Europe.

On distingue, entre autres, parmi ces variétés de granit oriental : le granitelto qui a un grain fin, le syénUgris mêlé des parties de feldspath gris, le grunito ncro e bianeo , appelé ainsi à cause du

(t) Pline, atat. lut., xxxvi, p. 8.

(2) Soiltre , acte, dw carrières qui ont fourni les msldrlsus des monument soclcns , elc. ; dans l'Appeud. aux Peser, de l'Êgypic, I, n® I, p. 8.

feldspath blanc et des lamelles de mica noir qu’il contient, le basalte antica ou ( YEgitto (basalte oriental), roche toulà faitnoire, écailleuse, d’apparence presque homogène, disséminée en gros globules dans le granit rose, et qui, sans être volcanique, doit évidemment son origine à la prédominence dps parties de mica et de hornblende sur les parties fcldspathiques. Parfois le granit môme prend une couleur foncée, principalement lorsqu'il contient beaucoup de mica , comme , par exemple , les deux colosses de Thèbes, derrière les obélisques de Luxor. Il n’a pas toujours ce bel incarnat que nous admirons, par exemple, au grand et superbe bassin , dont M. W. de llumboldtfit l'acquisition à Rome, et qu’il fit transporter sur les bords de la Sprée, où il est un des beaux ornemens du musée royal.

Le nombre des monumens faits de ce syénit rose ou granité rosso est presque inconcevable (1). Ce n’est pas sans un vif sentiment d’admiration que le voyageur passe en revue tous ces énormes monolithes qui couvrent toute la vallée du Nil, depuis les obélisques de Philæ et de Syène , principalement la plaine célèbre de la Thebaïde avec ses colosses granitiques, ses forêts d'obélisques et de colonnes, les obélisques de granit de Pharaon à lleliopolis (2), la colonne gigantesque de Pompée devant Alexandrie (de 63 pieds de hauteur), et enfin les deux aiguilles de Cléopâtre qui servent aux marins de marques de terre' dans leurs voyages en Égypte; l'un de ces obélisques a 66 pieds de haut) (3). Ces monumens semblent même augmenter en nombre à mesure que l’ons'avance dans le Delta, où étaient les résidences des grandes dynasties égyptiennes. De quel prix ne devaient pas être , dans les plaines d'alluvion et sans pierre de la Basse- Égypte , des monumens comme le temple monolithe de Sais que nous avons mentionné d'après Hérodote? Mais notre admiration s'exalte encore bien davantage, si nousconsiderons qu'un nombre de monumens bien plus considérable que ceux qu'on voit debout aujourd'hui sont détruits ou enterrés sous les décombres des villes et du désert; qu’une autre partie non moins considérable fut déjà transportée , par les conquérans de l'autiquite, dans des pays étrangers, pour

(1) ROiicre, Ibid., p. 13-18.

(2) Abd - Allai f, Re aliondc lÉgyple, par S. de Sacy. Paris, 1810, ln-40, p 220.

(3) Clarke, T rat., III, p. 253-35.

orner le» capitales de Home (1 ). de Constantinople, d'Antioche, d’Alexandrie-Troas (3) et beaucoup d’autres Filles et palais de la Syrie , de l'Asie-Mineure , de la Grèce et de l'Italie , et qu’enBu , de nos jours , tous les musées des capitales d'Europe possèdent au moius quelques objets d’art ou quelques fragmeus provenant des carrières de Syène.

lin fait digne d'attention , c'est que , d'après la description d’Abd-Allatif (3) (1,300), le revêtement de la troisième pyramide de Djizeh se composait uniquement de granit rosed'Éléphantine, ainsi que celui de la pyramide de Mycérinus. 11 a disparu depuis ; et , suivant les recherches de Grobert , on ne trouve plus aujourd'hui que quelques fragmens au pied de la pyramide pour constater la vérité de cette assertion.

La beauté et la vivacité des couleurs ne sont pas les seules qualités qui rendent remarquable ce granit d'Égypte, il l'est encore par la difficulté h s'altérer. En effet , une partie des monument qui en sont formés se sont conservés intacts malgré tant de siècles écoulés, et conservent eneorcaujourd'hui le poli parfait que les Égyptiens avaient su leur donner. Dans les blocs ( Trabes , selon Pline) (4) de près de 100 pieds de longueur, comme ceux qui forment les obélisques, il ne s’est manifesté aucune fente. Les obélisques , les colonnes et les colosses renversés et brisés, comme , par exemple, b Philæ, b Sais, h Alexandrie, l'ont été par des moyens violens (3). Le poli parfait donné b ces monumens a aussi contribué beaucoup h leur conservation , en ce qu'il était toute prise h l’humidité île l'air. Les Egyptiens recouvraient en outre d'une couleur rouge la plupart de leurs monumens ; plusieurs en portent encore aujourd'hui les traces évidentes, entre autres, le Memnonium de Thèbes , qui est la plus grande des statues que les Égyptiens aient exécutées en syénit; elle a 61 pieds de hauteur et 33 pieds de largeur aux épaules. La tête, qui est de la même pierre , que Belzoni transporta de Thèbes , sur le Nil, en Angleterre, où elle est un des ornemens du musée anglais , pesait h elle seule 340

(1) On volt, A Borne, cinq {rends ohdllcqucs et ane quantité de colonne» de ce Rranil.

(2) Clarke, Trac, lond., 1813, 2* ed-, tt, p. 240,

(3) Abd-Allatlf, dan» S. deSacj, p. 173, et nota, p. 214.

(4) H Hic, bu. tint., xxxvi, p 8.

(5) Boa 1ère, de» Dégradation» qu'a Cproartea le S)r*olt, et*., dam les ocac. de l'Surpteut., I, App. I, p. 18.

quintaux ou 13 tonneaux (1). Le climat de la Haute-Égypte et de la Thébatde a contribué beaucoup , il est vrai , b la conservation de ces monumens, car ceux qui ont été transportés vers les bords delà mer où l'humidité , qui y est plus grande, a pu pénétrer entre les pores du granit et décomposer les masses en les oxydant, ont, en général, des surfaces plus raboteuses, et ont subi pour la plupart des dégradations sensibles, comme on le voit, entre autres, aux monument d'Alexandrie. Ce sera donc toujours dans la Haute-Égypte qu’il faudra aller chercher les monument les mieux conservés, h moins que ceux de la Basse-Égypte ne soient protégés par des circonstances particulières, comme, par exemple, le grand obélisque d'Alexandrie dont les faces exposées h l’air étaient entièrement effleuries , tandis que le cêté qui touchait la terre fut trouré parfaitement intact lorsque les troupes anglaises le retournèrent (9) après l'expulsion des Français; les hiéroglyphes, qui avaient 3 pouces de profondeur, étaient parfaitementconservés. Les masses h petits grains (granitello) sont ordinairement celles qui se conservent le mieux.

On peut encore mettre au nombre des causes de destruction des monumens de granit , les sables que les vents chassent fréquemment en Égypte, surtout vers les limites du désert (3). Ce frottement continuel sur les surfaces de granit a dû à la longue en altérer le poli , et préparer ainsi la décomposition de la pierre par l'oxygène de l'atmosphère ; et , comme tout . d'après l'ordre de la nature est périssable , la dégradation doit nécessairement en résulter têt on tard.

3* Éclaircissement.

Said, Haute-Égypte depuis Syène Jusqu'à

ta première vallée transversale ou jusqu'à

la route d'Edfou à l'ancienne Bérénice.

APERÇU

A la sortie de la région de granit près de Syène, on aperçoit immédiatement au nord les parois escarpées des rives du Nil à droite et à gauche,

(t) Jollolt et Dévinlcrt , Description générale «le Tb£bcs, dans les Descr. de l'Êgyptc ant. , l , cb. ix, p. 9. — legft y Rarrtt., p. 46. — Beixoni. Voy.. I, p. 211.

(2) Clarke, Tri*., Il, p. 147.

(3) ioxltre, Ibid., p. 21.

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