‹ Geographie Generale CompareeChapitre 178 sur 293 · ML. SUD JUSQU'A EDFOU · texte numérisé non relu

ML. SUD JUSQU'A EDFOU

dans lesquelles se trouvent les innombrables carrières d’où proviennent le plus grand nombre des temples et des palais de l’Égypte. Ces deux chaînes de montagnes parallèles entre elles courent du sud au nord, et ne sont éloignées l’une de l’autre que de 12 à 16,000 pieds (1), de sorte qu’il ne reste qu'une bande de pays très-étroite pour la culture. Les alluvions du Nil se bornent à un petit nombre d’IIes dont la plus grande est l’Ile de Byban près d’Ombos, h 8 lieues au-dessous de Syène. A 4 lieues plus bas, les deux chaînes de grès se rapprochent de nouveau , l’on dirait que le Nil a été forcé de se couper un lit à travers ces masses, car elles ne laissent entre elles que la largeur du fleuve. Ce défilé qui borde le gradin supérieur de la Haute-Égypte au nord est le fameux D/ebel-Selsele h ou montagne de la chaîne; les facilités du transport par eau ont donné l'occasion de creuser, ici même , dans les parois les plus escarpées , les immenses carrières d’où furent tirés tous ces énormes blocs qui ont servi aux temples gigantesques, ainsi que les innombrables statues colossales qui décorent les pilastres , les allées et les colonnades de la Thébaïde (2). On voit encore sur les bords du Nil le bloc d’un sphinx colossal prêt à être embarqué depuis des milliers d’années. Le défilé près du Djebel-Selseleh ne comprend que le quart de la largeur précédente , c’est-à-dire 3,600 pieds. Au-dessous de ce rétrécissement , le Nil s’élargit de nouveau un peu , mais la rive droite conserve seule son caractère de paroi escarpée et verticale ; sur la rive gauche , au contraire , les élévations se déclinent en pentes douces vers le désert et sont pour la plupart accessibles. C’est dans ce second élargissement que sont situées les villes d’Edfou, à 20 lieues d'Esné et à 30 lieues d’Assouan. 4 lieues au-dessous de cette dernière ville , les deux chaînes de grès se réunissent de nouveau pour former un second défilé appelé llibeleyn (3), c’esl-àdirc les fieux montagnes ; il est si inaccessible qu’il ne laisse pas même de place pour un chemin de halagc ; le voyageur est forcé de faire un grand détour par les montagnes pour entrer au delà du défilé dans le troisième élargissement de

(1) Gtrard , Observations *ur la valtée dti Nil , dan» les Mémoire» de l’Académie des Sc. de Pari». 1819 , ln-4® ,11, P. 188.

(3) Girard, p. 187.

(3) Jotloi» cl Deviliier», Description d'Esné, dan» le» Descriptions «le l’ÉRyptc ant., Dose., 1, ch. vu, p. 1.

la vallée du Nil, la plaine d’Erment et de Tbèbcs que leNil, qui coule directement du sud au nord, sépare en deux parties presque égales. C’est ici, près de ce Gibeleyn, que finit la région du grès pour faire place à la région calcaire ; les deux chaînes de montagnesdu Nil. qui jusqu'ici avaient suivi un parallélisme régulier (comme toutes les vallées creusées dans le grès , à cause de la séparation cubique), commencent à diverger et laissent entre elles un aspect assez remarquable où a pu sc former, sur un sol horizontal, une vallée fertile d’à peu près 2 lieues de largeur.

C’est ici, depuis le passage du Nil par le pays des cataractes , le premier (1) endroit où put se former et s'établir une domination nombreuse; la nature elle-même semble y avoir préparé le sol pour devenir l'emplacement de l’une des villes les plus remarquables et les plus célèbres du monde , l'antique Thèbesdont les ruines couvrent aujourd’hui toute la largeur de la vallée. Thèbes est à 40 lieues des cataractes de Syène , distance égale à celle qui sépare Memphis de la mer.

La chaîne libyque , au pied de laquelle ; ont épars les débris du Memnonium , et qui cache dans ses entrailles ces fameuses hypogées , semblables à une ville de morts, se compose ici uniquement de bancs de calcaire , ainsi que la chaîne arabique en face qui n'est pas ainsi couverte de monumens. Le calcaire , à partir de là, accompagne , sans discontinuer, la vallée du Nil, et le grès qui n’apparail plus qu’en roches isolées est toujours plus près du désert que du lit du fleuve.

Le Nil, après un cours de 12 lieues au nord de Thèbes , passe à Denderah , où il se courbe soudain à l'ouest et à Abydos, où il reprend de nouveau sa direction normale et arrose un quatrième élargissement, la plaine riche et cultivée où sont situées les villes de Girgeh et de Siout, cette dernière à 60 lieues au-dessus de Thèbes.

A partir de Siout (2), la chaîne libyque s'éloigne de plus en plus du Nil pour se diriger à l'ouest; la vallée s’élargit et passe immédiatement au désert libyque qui, poussé par les vents ouest et nord-ouest , souffle ses dunes de sable vers la vallée du Nil, où le canal de Joseph (liahr-Yousef) forme ses limites.

Ce changement subit dans la nature du pays

(1) Girard, Ibid., p. 188.

(») Girard, lt>ld.,p. 188.

indique ici U limite de la Haute-Égypte proprement dite , que les Arabes appellent du nom général de Saïd (Isatd, selon ChampoUion) (1), ce qui signifie le pays montant. De nos jours, cet appellatif est généralement employé pour désigner tout le pays que les anciens comprenaient sous le nom de TMbaïde. Au nord, s'étend l’Égypte moyenne qui , dans un sens plus large, ne fait qu'un avec la Haute-Égvpte , et s’étend jusqu'à la bifurcation du Nil où commence la Basse-Égypte.

Au temps des l’haraons, la ThébaTde, proprement dite, avec ses dix districts ou nomes (Nf/uo< cher les Grecs (3), Pthosch chez les Cophles et les Égyptiens (3) ) s’étendait depuis Syène et Philae jusque prés d'Abydos, au-dessous de Denderah; venaient ensuite les seize nomes de la moyenne Égypte (4) jusqu'à Kerkasore près de la bifurcation du fleuve; les dix nomes de la Basse-Égypte occupaient tout l’espace jusqu'à la mer. Toute l’Égypte sous les Pharaons se trouvait ainsi divisée en trente-six nomes ; cette organisation avait été faite, suivant Diodore de Sicile (S), par le roi Selhosis-Ramesse* (Sesostris ) avant qu'il n'entreprit ses conquêtes de l'Asie, afindemieuxembrasserl’étenduede son royaume et de maintenir strictement la justice au moyen des nomarques qu’il mettait à la tète de chaque uome, pour surveiller les toparquesou sous-préfets et les autres fonctionnaires subalternes.

Cette division topographique de l'Égypte était en tout cas très-ancienne (peut-être même antérieure à Sésostris) et de la dernière importance pour l'état entier ; c’est ce que confirme un passage de Strabon qui nous apprend que les nombreuses salles du Labyrinthe étaient disposées suivant le nombre des nomes, et qu'outre leur but religieux et astronomique, elles servaient probablement aussi à des réunions politiques par nomes , puisque le Labyrinthe était situé au centre entre les dix-huit nomes septentrionaux et les dix-huit autres du sud. 11 ne nous a été transmis de l'époque des Pharaons aucun nom decettc moyenne Égypte qui confine au nordàlaThébaide et que Strabon seul appelle de ce nom (ÿ fa- r«ïu). Hérodote ne connaît pas cette division . D'ailleurs, le nombre et la division des nomes

(1) Champolllon , l'fcgynle *ou» les Pharaons , 1 , p. 144.

(2) Hérodote, 11, |*. 164. — Dlod. 81c., l, 60.

\3) ChampoUion , rftgyptc, etc., I, p. 60.

(4) strabon, XVII, éd. Tzsch., p. 478.

(6) Dlod. 81c. , I, p. 60.

changent très-souvent. Plus lard, les Grecs et les Romains donnèrent le nom de lleptanomis ou Iteptapo/is'accllK partie de la moyenne Égypte qui s'étend depuis Iletiopolis-Magna (là où commence le canal de Joseph) jusqu'à Memphis au nord et comprend sept provinces (1), qui correspondent parfaitement à l'idée que nous nous sommes faite de la moyenne Égypte sous le rapport physique et topographique, le seul qu’il nous importe de prendre ici en considération; quant aux recherches savantes et détaillées sur les sous-divisionsde l'ancienne Égypte, nous renvoyons à d'autres ouvrages spéciaux. Voy., entre autres, ChampoUion.

Le caractère et la nature de la vallée du Nil résultent assez clairement de l'aperçu que nous venons de donner du cours du Nil dans la Ilaute- Égypte , le Saïd des Arabes qui , de même que la Nubie chez les Cophtes , porte aussi le nom de Maris (3), c'esl-à-dire le pays du sud. Cependant, ainsi considérée, cette vallée eût été trop bornée , et elle n'aurait jamais pu acquérir cette immense célébrité sans une nouvelle configuration du terrain qui la rendit si importante vis-à-vis de l’Orient, et put seule faire de Tbèbes une ville universelle : nous voulons parler de ta formation des vallées transversales qui coupent en plusieurs points la vallée longitudinale du Nil de l'ouest à l'est et rétablissent la communication entre la vallée du Nil et la mer Rouge, en même temps qu’elles ouvrent l'entrce du Soudan et de l'occident à tous les peuples de l’Orient. La Tbébalde devait naturellement devenir par sa position le centre de ce commerce universel, à une époque où les pays des tropiques avaient atteint leur plus grande gloire, alors que les régions septentrionales de la terre étaient encore ensevelies dans de profondes ténèbres.

Ces vallées transversales sont de véritables gorges coupées obliquement par les chaînes latérales du Nil; on les trouve tout aussi bien sur la rive occidentale du Nil où elles conduisent aux oasis du désert que sur la rive orientale, où elles olfraient aux caravanes les seules roules commodes pour atteindre le golfe arabique ; malgré leur ancienne importance, elles sont maintenant désertes. Il n’y a que peu de temps que les voyageurs modernes, par des efforts incroyables.

f I ) Jomsrd, DcwrlpUOQ On .Dliqutte, de l'BepUnomidc ,

ch. in, Ant., Il, p. 1.

(2) rhanipotlIoD, I, p. 1 43.

ML. s\ln jusqu’à EDFOU.

sont parvenus à les découvrir une seconde fois dans les solitudes et les labyrinthes de la chaîne arabique; nous enconnaissons surtout trois conduisant de la mer Rouge â la Thébalde , tant au sud qu'au nord de la ville de Thébes; ce sont :

1° La route d’Edfou à l’ancienne Bérénice à l’est ;

2° La route d’Esné, citée par Gérard, à l’ancien port de Kosseyr au nord-est , mais sur laquelle nous n'avons encore obtenu aucuns renseignemens ;

5“ La route de Copt ou Kenné à Kosseyr à l’est, dont il sera parlé plus bas, ainsi que de la première.

Ces vallées transversales ont un grand avantage sur les autres contrées désertes des montagnes, celui d'étre habitables ; les pluies d'hiver y entretiennent la végétation pendant une partie de l'année, et partout il se forme des puits capables de fournir d’eau les Bédouins, leurs troupeaux et les caravanes.

Près des débouchés de ces gorges transversales (1), on remarque, du côte de la mer Rouge comme du côté du Nil, des tas de galets, tantôt étendus en plaines horizontales, tantôt déposés en énormes couches, et qui ne peuvent y avoir été déposés et étendus de celte manière que dans des temps antérieurs h l'histoire et par des eaux très-élcvées.

Les mêmes couches de galets et de gros cailloux se retrouvent aussi aux entrées des gorges de la chaîne libyque ; elles forment aux deux bords fertiles de la vallée du Nil , un véritable rempart naturel, et c’est au delà que commence le désert, qui cependant chasse souvent le sable mouvant au delà de ses limites, et étend ainsi de plus en plus le domaine de Typhon, aux dépens d'isis et d'Osiris. Cet espace moyen, où nous remarquons Typhon en lutte continuelle avec Osiris, est soumis à des vicissitudes continuelles, et subit même des changements journaliers par les vents d'ouest et d'est qui l'ont formé.

Après cet aperçu général nous pouvons maintenant examiner plus en détail les villes et les endroits remarquables, tels qu'ils se présentent à la vue en descendant le Nil. Nous nous représenterons alors avec plus de clarté l’un des pays les plus remarquables de la terre pour l'histoire de l'humanité , et nous apprécierons ainsi la

(1) Girard, observ.. p. 18# Boiterc, Beserlptlon ml-

DCralosique de I» vallce Sa XoMcyr , dans les asm. sur l'Bsypte, m, p. 227.

marche étonnante de la civilisation, ainsi quedes sciences et des arts auxquels il a donné naissance.

Page 1