Ombos, Koum-Ombou
Dans le temps des grandes eaux et avec une navigation favorable, une barque descend en trois jours (1) d'Assouan à Thébes. Au-dessous des cataractes, le Nil prend un cours paisible; sa rivegauche est inculte (2) et déserte ; les montagnes deLybie présentent à l'œil une couleur jaunâtre, à cause des dunes de sable qui s'amoncèlent sur les rochers ; sur la rive orientale surgit la chaîne des monts arabiques, plus haute que celle de la Libye ; elle parait d'un brun foncé et tapissée çà et là de quelque verdure. Le lit du Heuve forme un canal étroit ; on ne voit des groupes de palmiers que près du village Koubanyeh ; 9 lieues au-dessous d'Assouan (4 myriamètres 1/2 ), est situé Ombos, h'oum-Ombou (3), c’est-à-dire le mont Ombou des Arabes. Les sables ont couvert ce lieu eu grande partie, et le nom antique égyptien (4) ne nous eu est pas parvenu ; il est appelé Ambo dans la ISotitia dignitatum lmp. K. La plaine déserte qui l'entoure a 2 lieues de largeur. Les soldats français y trouvèrent au mois de septembre (12 sept. 1800) la chaleur si grande dans le sable (54° de Réaumur), qu'ils pouvaient y faire cuire des œufs. Un canal qui traversait autrefois l’ancienne ville, s’est change en un bras du Nil et a formé la grande Ile Bybdn ou Mansouryc/i, située devant Ombos ; le Nil a entraîné, dans son cours, une partie des murs de la ville et des fragmens de temples. L'incendie semble avoir aussi contribué avec les eaux à détruire l'antique Ombos, dont on ne voit plus que des débris. Il ne reste plus que deux temples entourés presque en entier d'un mur de briques de 8 mètres d’épaisseur. Cette muraille est formée de briques d'une prodigieuse grosseur ; cet ouvrage égyptien a 130 mètres de tour et il n'enfermait pas autrefois la ville dans son enceinte, mais seulement les deux temples qui sont encore debout. Les sables amoncelés ne permettent plus de reconnaître les remparts delà ville. L'indication des distances (5) donnée par
fl) Deisoul, voy., I, p. 52.
(2) l.l*bt, Trav., p. 63.
,3; Chabrol et s. Jompnl, üeicriplloo d'ombot et des environ', dans les Dcac. de l'Éayplo ant., I, eb.lv, p. I.
(4) champollion, I, p. 107.
(5} Chabrol et Jemard, Ibid., p. 4.
AFRiql'E, SVSTEMES U tAL' : III* DIVISIOX, |j il).
le* ancien* pour celle capitale du Hamas Ombites, s’arcoide exactement arec la situation actuelle de Koum-Ombou.
Le grand temple d'Ombo* est bâti en grè» trèslin et de couleur jaunâtre ; les fentes qui se trouvent entre les assises sont remplies d'un ciment rouge et de chevilles , destinées à maintenir les blocs entre eux ; ces chevilles sont faites de bois de sycomore et enduites de bitume, afin de pouvoir durer plus longtemps. L’édifice est très-delabré. Il diffère de tous les autres temples égyptiens en ce qu’il est séparé, dans toutesa largeur, en deux moitiés symétriques et en ce que l’axe, au lieu de passer à travers des ouvertures cl des portes, traverse les colonnes mêmes et les massifs ; ainsi deux rangées parallèles de portes, s’étendent h droite et à gauche, et deux façades se trouvent aux entrées opposées ; phénomène unique dans toute l’ancienne architecture. Cette singulière disposition l'a fait prendre pour un temple du soleil et de la lune, c’est-à-dire d'Osiris et d'isis, élevé comme symbole de la conjonction de ces deux astres à l’équinoxe d'automne, époque du débordement du Nil ( voyez plus haut. Eléphanline) ; mais cette conjecture n'a pas pour elle de fondemens suffisants. La représentation du crocodile parmi les ornements, ne signifie pas, comme le croyaient les Grecs et les Romains, qu'on rendait à cet animalun culte idolâtre; elle rappelle, comme le prouve Eusèbe (1), le culte d'isis et celui du Nil, dont le crocodile était le symbole comme emblème de l'eau potable ; en effet, l’image du crocodile n'apparalt plus dans les terres là où ne se trouve plus d’eau courante. Ainsi le vaisseau, symbole du mouvement, et le crocodile ne sont pas, dans les peintures et les sculptures, des images de divinités mais seulement lesymbole du coursduNil.
Toutes les parties du grand temple sont couvertes d'hiéroglyphes et de peintures. Dne des peintures du plafond n’est pas achevée; on voit les couleurs de* figures esquissées en rouge; le décorateur égyptien devait ensuite peindre ce sujet sur un fond carré et rouge. Il exécutait donc son ouvrage d'après un modèle et des règles précises qui avaient probablement un type sacré pour fondement. l)e là vient, sans doute , le caractère uniforme de toutes les peintures sacerdotales de l’Ég)ple : l’artiste n'avait d'autre li-
ft) tincbtii prxe. E*ang. Paris, 1028,111, c. Il, P. 115.
berté que celle d'arranger les groupes et de réduire les proportions d'après une échelle ou plus petite ou plus grande; l’Égyptien, inventeur de ta géométrie , devait avoir appris de bonne heure à faire cette opération avec exactitude. Un des plafonds du temple (1) est encore trèsbien conservé. Il est peint en bleu, et la couleur en parait toute récente ; la décoration est trèsbelle ; elle représente des vautours gigantesques oiseau consacré à tisiris), qui planent, les ailes épandues, comme emblème de la prière et du recueillement, et portent encore d’autres symboles dans leurs serres. Les hiéroglyphes , comme ceux del’hilæ, sont peints avec les quatre couleurs égyptiennes.
Le second temple, plus petit (8), est situé au nord-ouest du précédent : il était probablement dédiëhlsisetàHorus, comme le précédent l'était à Osiris; presque tous les ornements se rapportent aux débordemens du Nil, et Horus était l'emblème du solstice d'été, époque où le Nil enfle scs eaux.
Au-dessous d'Ombos, avant le premier défilé du Djebel Selseleh, à l'endroit où les hautes montagnes s'avancent tout près de la rive du Nil, se trouve une montagne qui porte le nom de Djebel- Aboucheger (3), c’est-à-dire te mont des tempêtes ; on lui a donné ce nom , parce que, par le ciel le plus pur, il s'y rassemble tout à coup des nuages orageux, semblables au chapeau de nuées qui couvre le cap de Bonne- Espérance et la cime de Sierra-Leone : ces nuées éclatent en éclairs et en tonnerres dans la vallée du Nil, et jettent les barques contre les roches de grès nues et désolées qui forment le rivage.
Dans ces solitudes habitent quelques hommes isolés et rares qui vivent dans les cavernes : les orages des monts amènent seuls, sur leurs rochers, des hommes et quelques objets présens de la tempête. Au-dessous des noirs rochers de grès de ce mont orageux , traversé partout de filons de pierre ferrugineuse couleur de rouille, se trouvent un grand nombre de bancs de sable, puis vient le village Uamman des Ababdés et enfin des rochers de grès du défilé de Selseleh.