‹ Geographie Generale CompareeChapitre 180 sur 293 · NIL. SAID JUSQU'A EDFOU · texte numérisé non relu

NIL. SAID JUSQU'A EDFOU

chcnt davantage et ne laissent qu'un espace de 3,000 pieds au passage des eaux, est appelée par les Arabes Djebel Setseleh, c'est-!» -dire la montagne de ta Chaîne , ou Hadjar Si/s dis. Cette dénomination luivientd’une tradition fabuleuse, suivant laquelle les Égyptiens auraient autrefois tendu une chaîne de fer sur cetteancienne limite des nomes , de manière que la navigation du fleure se trouvait barrée au-dessus et au-dessous; mais nous ne trouvons d’autre trace de ce fait que l'étymologie du nom ; cependant ce nom parait avoir quelque affinité avec le nom cophte de la contrée SjoLxjel (1), qui signifie muraille, et était probablement l’ancien nom égyptien : les Arabes auraient conservé ainsi l'appellation antique, en lui faisant subir un léger changement, selon l’exigence de leur euphonie. Tout près de ce défilé , au nord , gisent les ruines ou plutôt les décombres d’une ville : ce sont des fragmens de briques, des pierres qui paraissent avoir été taillées , des tuiles, de la terre rouge; les Romains appelaient cette ville Toum, d’après le nom égyptien Pithom, qui, en cophte, signifie encore aujourd'hui muraille (2). Les Arabes traduisirent ce nom étranger dans leur langue et appelèrent ce lieu Al-Bouaïb, c'est-à-dire la petite porte (de Bab, qui signifie porte, défilé, et présente le même sens que porta).

Cette porte des montagnes et du fleuve est située à 8 myriamètres au-dessous d’Assouan, précisément à l’endroit où les roches de grès surplombent le fleuve en masses plus épaisses. Cette frontière naturelle a séparé de tout temps laThébatde inférieure du pays des cataractes, et elle sépare encore aujourd'hui ces deux contrées, dans toutes les guerres et toutes les querelles qui les désolent ; c'est là que se trouvent les plus importantes et les plus grandes carrières de grès de toute l’Égypte, d'où on a tiré tous les matériaux (3) pour bâtir les temples et les palais depuis Assouan jusqu'à Oenderah.

Le nombre prodigeux d'excavations qui se trouvent dans les entrailles de la montagne de grès, nous font supposer qu'il en sortit beaucoup plus de monumens que nous n'en voyons encore en Égypte. Le grès ressemble, au jugement des géologues français , au pavé de Paris ( grès de Fontainebleau ) ou au beau grès de Genève (matasse de Genève ) ; il est traversé ça et là de

parties de mica, et semble appartenir aux grès cubiques des couches secondaires plus récentes, qu’on trouve répandus sur des espaces immenses, plutôt qu’au grès bariolé antérieur ou à des stratifications encore plus anciennes. Il est ordinairement de couleur claire, jaune, blanc, gris, et la grande quantité de parties de mica et d'oxyde de métaux lui donne seule celte teinte brunâtre qu'on remarque sur les parois des temples. Les Égyptiens savaient choisir dans les différentes couches, celles qui convenaient mieux à leurs gigantesques constructions; ces couches se composent de masses extrêmement homogènes , sans parties étrangères, sans veines ou fentes , de sorte qu'on pouvait y tailler des blocs de 23 à 26 pieds de longueur qui devaient durer des millions d'années. Le grès est tendre , facile à travailler, et il n'aurait pas résisté si facilement à l’action des siècles , si la surface des édifices n’avaient pas été enduite de couleurs vernies qui les protégèrent contre les injures du temps ; les nombreuses traces qu'on trouve de cette couche de vernis rendent cette supposition vraisemblable. Il parait que ce grès était uniquement destiné aux édifices publics, et qu'on ne l'employait jamais à bâtir des habitations privées.

11 n’est pas susceptible d’être poli, mais il se prête très-facilement à la sculpture des hiéroglyphes ; c’est pourquoi on l'exportait au loin pour la construction des temples, jusqu’au delà de la région du grès ; par exemple, jusqu'à Denderah et Abydos dans l'Égypte moyenne.

Les carrières sont presque toutes à ciel ouvert, leurs parois sont taillées à pic et ont jusqu'à 30 pieds de hauteur ; on y voit partout les traces des outils, les trous et les coupures faites par les ciseaux et les tarières pour détacher les blocs de pierre. On en voit aussi un grand nombre qui ont la forme degrotteset de souterrains; quelques-unes sont taillées en temples, d'autres destinées à servir de tombeaux, d'autres d’habitations et de salles pour les assemblées ; elles sont remplies d'hiéroglyphes et de peintures. Un grand nombre de ces carrières sont taillées, sur la rive gauche, en forme de portiques ornés de sculptures (1), parmi lesquelles on voit un homme et une femme qui se tiennent embrassés ; ils ont à la main une Heur du lotus épanouie, signe du passage dans le pays des ombres sur la barque des morts, et symbole de

(1) Ctunipolllnn , I, p. 171. . - . — ....

(2j Ibid. , r, P. 173.

(3) Rosière, » esc. de Gibei sclsclcb, p. 10. (1) Rosière, Disc . de ulbcl-Seiselcb, p. 23.

AFRIQUE, SYSTÈMES D'EAU : III* DtVISIOY, J 2G.

l'immortalité (1). Ces souterrains sont aussi ornés de peintures ; leur immensité atteste qu’il a fallu, pour les creuser, toute une population de mineurs et de carriers. Ces ouvrages et les hypogées de Thèbes excitent l’admiration et l'étonnement du voyageur. On retrouve, même dans les carrières , la disposition des masses qui en ont été détachées, la régularité de leurs formes, l’exactitude de leurs proportions ; l'imagination est étonnée de l’énormité des blocs, de la perfection de leurs rapports entre eux, de la richesse de leurs ornemens ; la pensée s’arrête aux efforts prodigieux, au travail, h la persévérance surhumaine qu’ils attestent, à la science, au calcul qu’il a fallu pour les employer ; tout l’art égyptien vous apparaît dans sa perfection grandiose, et, en présence de ces blocs gigantesques qu’il a soulevés et transportés au loin, il nous apparaît aussi puissant en mécanique qu’en architecture. Dans quelle contrée trouvons-nous les deux espèces d’architecture, dont l’une creuse des monumens sous la terre et l’autre les élève vers les deux, développées h un pareil point de perfection? où les voyons-nous doubler en quelque sorte les habitations, en créer et sur terre et sous la terre ; les uns pour servir de séjour aux vivants et les autres aux morts ? et ces constructions immenses en nombre, présentant toujours une perfection uniforme, vont se rapporter, dans l’antiquité la plus haute que les hommes aient imaginée, h un type harmonique, immuable et toujours exclusif. L’architecture égyptienne qui se développe sous les deux, ayant pris sa naissance dans l'architecture antérieure et souterraine, a gardé toujours, en traits ineffaçables le caractère mystérieux de son origine.

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