W1L. SAÏD JUSQU'A EDFOU
(ailles (le l'hisloire du monde; de là vient que ses monumens de ces temps si longtemps inconnus apparaissent comme des merveilles.
C’est ce qu’on peut appliquer aux deux temples d’Edfou quiappartiennent aux ruines magnifiques de l’antiquité quoiqu'il moitié enfouis dans le sable.
Deux temples tournés vis-à-vis l’un de l’autre s’élèvent sur les décombres de l'ancienne ville et du quai qui communique au Nil par un escalier.
Le grand temple d'Edfou domine toute la contrée, et c’est pourquoi on l’appelle Qala, c’està-dire la citadelle. Les Fellahs ont élevé le nouveau village sur la terrasse même du temple, comme à Denderabet en d’autres lieux. Quoique la magnifique façade de ce monument soit à moitié couverte de décombres et de poussière, on est frappé cependant de la belle harmonie des parties et de la perfection du tout ; cet édifice est, par la pureté de son style, le plus beau chefd'œuvre de toute la Thébaide. Le péristyle est on des plus grands de l’Égypte; mais les faees et les entrées sont masquées par les huttes des Fellahs. Les quatre angles du temple sont assez exactement orientés suivant les points cardinaux (1); mais l’architecte ne le fit pas à dessein, car les Égyptiens n'orientaient jamais leurs temples et se contentaient d'en tourner ordinairement la façade vers le Nil. La longueur du temple est double de sa largeur ; il a 494 pieds ou 137 mètres de longueur, 919 de largeur et 107 de hauteur. Les grandes colonnes ont plus de 6 pieds de diamètre, 90 pieds de circonférence et 10 pieds de hauteur jusqu'aux soffites; les chapiteaux ont 37 pieds de circonférence ; ces donbées suffisent pour donner une idée de l’aspect colossal de l’édifice; l'intérieur est encombré de débris , mais la cour est libre ainsi que la grande porte; les deux pylônes conduisent au péristyle dont les 39 colonnesouvrent la plus magnifique perspective. L ts salies intérieures du temple, également supportées pardes colonnes, reçoivent la lumière par des ouvertures pratiquées dans le plafond ; mais, comme les buttes du village sont situées sur la terrasse du temple, les Fellahs jettent, par ces ouvertures, leur fumier et leurs immondices et convertissent ainsi l'intérieur du temple én égout.
Cependant les architraves, les chapiteaux, les
(1 1 J.nnjrJ, De ht,, p. 5.
colonnes et tous les décors que l’œil peut embrasser librement donnent assez à juger de la sublimité et de la richesse de ce merveilleux édifice. Le chapiteau national de l'Égypte, le chapiteau à feuilles de palmier, se montre ici dans tome sa beauté ; il représente la tige du palmier dont les feuilles forment en retombant une gracieuse corbeille : l’drt a copié la nature avec une prodigieuse fidélité; il a conservé le nombre même des feuilles, les régimes des dattes, les écailles delà tige, et les chapiteaux reproduisent jusqu’à ce balancement des feuilles qui, dans la perspective, fiait un si bel effet. Tous les plans, toutes les surfaces sont parfiiitement conservés; les plus longues arêtes se prolongent toujours parallèles entre elles avec la pureté qui fait notre admiration dans l’architecture germanique, par exemple, à la cathédrale de Cologne. Les pylônes sont exécutés dans le style le plus pur.
La disposition de tout le temple est très-simple, parfaitement symétrique , et les différentes parties se succèdent entre elles avec assezd’barmonie. Ce temple, pour le décrire en un mot, est un sanctuaire entouré de colonnades, précédé de deux salles et de deux portiques ou avantsalles. L’édifice est entouré d’une enceinte à Pextrémité de laquelle se trouve la porte principale entre les deux masses pyramidales. L’espace qui sépare ces deux pylônes du portique est occupé par le péristyle et la colonnade. Le pylône et le péristyle forment les propylées (1) de ce temple auxquels on ne peut comparer que ceux de Persépolis, et encore ces derniers ont-ils été construits avec le secours des architectes égyptiens.
La décoration, tout entière en style égyptien, est en harmonie parfaite avec la construction et la disposition de l'ensemble. Les 39 chapiteaux du péristyle et les 30 des deux portiques nous montrent le second chapiteau national, le chapiteau lotiforme qui alterne toutefois avec le dactyliformc : celte espèce de chapiteau lotiforme et ovoïde entièrement différent de tous les autres, a été emprunté aussi fidèlement à la nature du pays que le chapiteau à feuilles de palmier. Le fruit du lotus ( le ciborium de la nymphœa lotus et la nymphœa cœrulea , ou nelumbium speciosum . suivant le système de Sprengel (Hist. Rci. hcrli. 1. p. 30), a la forme d'une cloche renversée, et il est, avec le palmier et d'autres ornemens secondaires (9), la décora-
fi) Jomard, dcsc., p. 17.
(2) Jomartï , Oe»cM p. 20
soc
AFRIQUE , SYSTEMES d'EAC, III* Ül VISIO Y , $ 30.
lion la plus ordinaire «les chapiteaux égyptiens. L'imitation du calice du lotus donne encore à l’art une troisième forme nationale; c'est une capsule creusée en gorge et de là cet ornement a reçu le nom de cralérotde, cratériforme. On le trouve partout sur les chapiteaux comme la fleur du lotus ( nymp/tœa cwrulea ou ne/umbium xpecinsum) (1); la tige de cette plante, ses boutons, ses feuilles, ses fleurs, son calice et ses fruits couvrent partout ce temple, et en même temps qu’ils fournissent à l'architecture et à la sculpture les formes et les modèles les plus gracieux , ils servent encore à l’astronomie , à la physique, à l'écriture hiéroglyphique et à la religion , de caractère et de symboles. Car à l'aide de celte plante (3), on reproduisit le mythe d’Osiris dans le règne végétal ; son calice enferme le mystère d'isis et d'Osiris, divinités soeurs, époux divins qui versent sur la terre l’eau qui féconde et toutes les bénédictions. Le lotus représentait en symbole , toutes choses sortant de l’élément humide ; on voyait, dans son calice, le sein maternel de la grande llhea, et le pistil et les étamines représentaient Isis et Osiris, le couple divin, unis déjà même avant la naissance. Comme plante aquatique, le lotus était entièrement sous la dépendance du Nil, et sa végétation servait de calendrier et de pronostic; plante nutritive et bienfaisante dont la maturité et l'abondance sont en rapport avec les périodes solaires et lunaires, avec la crue etle décroissement du Nil. Les anciens avaient déjà remarqué (3) que le lotus contracte ses feuilles dans l'obscurité et les déploie au lever du soleil ; plus l'astre s'élève dans les cieux, plus la plante s’épanouit, puis elle replie de nouveau ses pétales et ses feuilles au coucher du soleil : le néo-platonicien Proclus a vu dans ce phénomène le symbole de l'adoration du soleil, caria plante en s’épanouissant et se fermant imite ainsi le mouvement des lèvres et lajonclion des mains qui, chez l'homme, sont le signe de l'adoration et de la prière. C'est pourquoi les Égyptiens ont fait du lotus une plante sacrée et l'ont reproduite, avec tant de profusion, sur les images de leurs dieux et sur leurs temples. La plante du lotus devait exciter,
(1) Sâvignjr, Wc»de égyptienne , I, 1, p. 73. — Delliie, «tir le lotui d’Bgyple , dans les Annales du Musée d*hls(. nal.
(2) Creuser Syrobollk., cb. l,p. 282-
(3) Procius , de SacriQc. et MaglA B4. ricin. Ternes , P 276.
chez les Égyptiens, un sentiment de joie et de reconnaissance semblable à celui qu'éveillent en nous l'épanouissement des semences et des fleurs ; le lotus , élevant sa tige verdoyante du limon du Nil récemment fécondé , annonçait à toute l’Égypte le retour de l'abondance et de la vie, et était ainsi le symbole de l'immortalité !
Toutes les parois du temple sont décorées d’une foule de sculptures et d’images, dont on peut voir la description et l’explication dans la description de V Égypte (1). Vingt-trois gravures contiennent des sujets particuliers et dix sont remplies d'écritures hiéroglyphiques. Nous remarquerons seulement que fmiVapparaltdans ce temple comme ornement et comme offrande; sur un des bas-reliefs de la paroi occidentale, Belzoni a remarqué une licorne (3). La physionomie de toutes les divinités et surtout celle d'1sis, exprime toujours la douceur, la bienveillance et la bonté, et n'a aucune ressemblance avec le type nègre (5) ; mais on y reconnaît facilement le type des tètes de momies trouvées dans les tombeaux de la Thébatde et les traits des aborigènes qui vivent encore à l’angle intérieur de la Thébatde. Un autre phénomène très important, c'est l’apparition du Phénix avec tous les attributs que lui donne la mythologie grecque. Cet oiseau fabuleux se représente sur plusieurs monumens égyptiens, et on le regarde comme un symbole purement chronologique , indiquant la grande année (l'année indienne de 1461 ; le phénix est un oiseau de l'Inde), ou bien une grande époque qui se répéterait en certains cycles, explication qui peut conduire à d'importans résultats sur la haute antiquité de l’origine de celte tradition , sur l'édification du temple et l'histoire de la civilisation du pays (4), comme Jomard et Fourier ont essayé de le faire. C'est probablement le symbole d'une époque chronologique, du renouvellement d'une grande période sothique (de 1461 ans); selon les recherches profondes de Jomard, ce grand templed’Osiris devrait son origine aux fêtes solennelles qui étaient célébrées à l’occasion du renouvellement de cette année.
Tout près du grand temple s’élève un autre monument, beaucoup plus petit, différent du
(I) Voyez flanchez Ô1-60.
(2 - Belzoni, Voy., I, p. 80.
(3) Antlq., vol. I, pi. 67, ftg, 6; xvi, 0g. 2, pl. 80 , 82. {4) J omanJ , Deicriptlon tlXdfou , p. 27-30. — Creuzer Symbolik, cb. I, p. 440.