‹ Geographie Generale CompareeChapitre 184 sur 293 · El-Kab , Elethyia · texte numérisé non relu

El-Kab , Elethyia

Le village d'El-Kab (1) n'est situé qu'à deux lieues au-dessous d'Edfou, sur la rive droite du Nil , exactement à l'endroit où d'Anville a placé les ruines de la ville de Lucine, Latopolis, sur laquelle les ruines ne nous ont donné aucun renseignement. Au milieu d’une plaine déserte, on aperçoit une espèce d’enceinte, dans l’intérieur de laquelle des chapiteaux de colonnes enfouirssurgissent de terre; les montagnes voisines sont perforées comme un crible, d'une infinité de carrières et de grottes. L'enceinte ( 1 ) a 27 pieds de hauteur et 34 pieds d'épaisseur; elle est bâtie en briques cuites au soleil, et entoure un espace carré de 1 ,920 pieds de longueur (2,1 10, selon Belzoni) (2). A la vue d’une masse si prodigieuse on se demande d’où les Égyptiens tiraient l'argile de leurs briques et combien de milliers de mains devaient être employées 4 de semblables travaux ! 11 était facile de cuire ces briques dans le sable dont la chaleur s'élève encore au mois de septembre à 30 degrés du thermomètre de Réaumur. Une seconde enceinte, voisine de celle-ci, et contenant les ruines des temples, parait être le terrain sacré, le Temenos qui entouraitle temple, aujourd’hui enfoui sous le sable, tandis que la grande enceinte, qui a 2,360 mètres de pourtour, appartenait sans doute à la ville. Ces murs élevés formaient un rempart aux terrasses des temples et à la ville contre les inondations du Nil, et les mêmes constructions se reproduisent toujours près de chaque temple , de chaque palais, de chaque ville de l'Egypte. Les cabanes du village s’élèvent au milieu de cette enceinte, qui entoure un espace suffisant pour une ville de 10,000 âmes. Dans l'enceinte des temples gisent deux temples en

fl) Salnt-GcnU, Description îles ruines d'El-kab, An?., I,

(2} Antlq., vol, T, pt. 66. f. 2.

(3) Belzoni, V07., I, p. 3*3.

ruines, l'un grand et l'autre petit, placés l'un près de l'autre , comme un Osirium et un Typhonium ; près d’eux se trouvent les décombres de deux autres temples plus petits.

La contrée d'Elethyia était autrefois très-cultivée et produisait du vin (1), la ville aussi était très-peuplée, c'est ce que prouvent le nombre prodigieux de catacombes et de souterrainscreusés dans les montagnes de grès voisines et destinés à servir d'babitalion aux morts. Les Égyptiens ne regardaient les maisons des villes que comme des demeures d’un jour, où le pèlerin s'arrête en passant; aussi ne se donnaient-ils pas la peine de les orner ou de les embellir ; mais les demeures des morts, creusées dans les entrailles des monts et devant servir de séjour à l'âme aussi longtemps que subsisteraient les débris du corps, étaient ornées, travaillées avec le plus grand soin ; aussi les monumens souterrains de l’Égypte surpassent les édifices qui s’élèvent sur la terre, en nombre, en richesse , en ornements et en luxe, comme les hypogées de la Thébalde nous en offrent un remarquable exemple. On trouve dans les carrières et les souterrains d'EI- K3b un grand nombre de momies que Belzoni prétend venir de paysans ; on y voit aussi une foule d’autres curiosités, par exemple, deux grottes sépulcrales qui contiennent de magnifiques peiulurcs , comparables^ celles de Thèbes ; elles ne représentent pas, comme toutes celles que l'on voit dans les temples et les palais, des sujets religieux ou guerriers , mais une foule de scènes variées tirées de la vie civile des Égyptiens, et qui reproduisent sous nos yeux, tous les détails de la vie domestique des habilans du Nil. Ce ne sont que deux petites gTOttes (2) de 21 pieds de longueur et moitié de largeur , taillées dans la roche et ornées, par amour pour la mémoire des morts, de tous les détails de la vie domestique. On y voit représentés tous les travaux de l’agriculture, le labour, la herse, les semailles , la moisson , la manière de battre les blés, de les rassembler en monceaux , et d'inscrire sur un registre le nombre des tas. D'autres personnages se livrent h la pèche et à la chasse ; d’autres salent les viandes, font les vendanges, mettent le vin en tonnes ; puis on voit les détails de la vie pastorale , le retour et le soin des troupeaux , la navigation , les manœuvres , les

(1) BetsosI, Vor., I, p. 353.

(*) Ultt-fimli, liât., p. 7, « pUncMi 88-71 .

voiles et les rames ; plus loin sont d'autres travaux , toutes les espèces d’industrie et de métiers, et enfin la musique, la danse, les funérailles et la manière d'embaumer les momies. Toutes les figures sont couvertes de costumes divers, selon les conditions et le sexe; les femmes , par exemple, sont représentées sans voile, et on voit qu'elles n'étaient pas séparées des hommes dans la vie civile, comme elles le furent plus tard dans l'Orient. A chaque travail préside un chef qui se distingue des autres par un air de supériorité et de dignité ; les tableaux sont expliqués par des hiéroglyphes , et peints des plus fraîches couleurs: ces images, que des milliers d'années n'ont pas effacées, ont conservé à la contemplation (1) de la postérité ce que l'bistoire a passe sous silence et ce que l’œuvre des révolutions et des temps a détruit.

Belzoni (2) remarque , près d'El-kah, un abordage commode pour charger les marchandises , et les débris d’une grande route qui allait de là à l’est, jusqu’à la mer Rouge.

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