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ROUTE DES CARAVANES A BÉRÉNICE D'APRES

LES RELATIONS DE CaILLEAUD ET UE BELZONI.

Près d'El-Kab et d'Edfou s’ouvre , à l'est, une vallée transversale qui va du Nil à la mer Rouge et par laquelle on découvrit, de nos jours, les ruines du fameux emporium de Bérénice qui faisait, sous les Ptolémées , le commerce avec les Indes et était ainsi, pour toute l'Égypte, une source de richesses. Cette communication de la vallée du Nil avec les peuples de l'Orient dut exister dans des temps antérieurs, avant les invasions dévastatrices des Perses, et il faut rapporter au temps des Pharaons l'époque de la prospérité, de la magnificence et de 1a grandeur de ces anciennes cités égyptiennes auxquelles appartiennent toutes ces ruines fameuses: des générations nouvelles s'établirent sur leurs débris.sous les noms plus récens et étrangerscf £téthyia, pollinopolis-Magna . El-Kab et Edfou. lorsque celles-ci étaient déjà , depuis bien des siècles, réduites en poussière. La population de la vallée supérieure du Nil, dont l'exubérance est attestée par toutes ces carrières, ces caves sépulcrales et ces ruines , dut déborder néccssai-

(1) Costa* , Mémoire sur lo« grotte* d'Elttfayi* , dans la Décade égyptienne.

(2) Bclioni, *oy . II. p. 99, et I, p. 353.

m. el-kab.

renient par-dessus les barrières de la vallée ; l'histoire de tous les peuples nous le prouverait , quand même les monumens de la Thébatde n'auraient pas établi comme un fait incontestable que le grand Sésostris ouvrit, par ses expéditions victorieuses dans l’iude , des communications à son peuple avec les pays de l'extérieur.

Le voyageur Cailleaud découvrit l’ancienne route commerciale qui conduisait de la vallée d'Edfou aux mines d’émeraudes , et Belzoni la suivit jusqu'à l'ancienne Bérénice. Cette route de Bérénice n'a encore été dessinée sur aucune carte.

Cailleaud (1) partit, en 1816, de Redesiah, petit village des Âbabdés, au sud-est d'Edfou , et arriva le premier soir à une fontaine ; le second jour, il s'avança toujours à l'est et arriva à un endroit où la route se séparait en deux chemins , dont l'un , se dirigeant vers le nordest, devait sans doute conduire à kosseyr. En ce lieu s’élève un temple antique, taillé dans les roches de grès et semblable aux mocumens de la Nubie; quatre piliers soutiennent l'intérieur et deux s’élèvent à l'entrée ; des deux côtés de la grande salle sont pratiquées de petites chambres , et , dans le sanctuaire , se trouvent 4 figures colossales taillées dans la paroi du fond absolument comme à Iïerr, au jugement de Burckhardt : on y voit , comme dans les sépulcres royaux de Thèbes , des hiéroglyphes, des peintures remarquables par la beaute et la fraîcheur de leur coloris et des inscriptions grecques. A partir de ce point , on rencontre , à des distances de 8 en 8 lieues, des constructions massives et carrées supportant encore des débris d'édifices; ce sont assurément les ruines des stations élevées pour la commodité des voyageurs , sur cette grande voie commerciale. Au delà du temple que nous avons nommé, on trouve encore, le long de la roule, un grand nombre de tables de granit couvertes d'hiéroglyphes et de sculptures. A trois journées de marche du Nil, Cailleaud rencontra une ancienne route allant du sud au nord, et attestant un travail prodigieux ; les Arabes disaient qu’à son extrémité on trouve de grandes ruines, mais nous ne savons pas où elle conduisait. Cailleaud la traversa en sedirigeant toujours à l’est et arriva , le septième jour , aux mines d'émeraudrs dont nous avons parlé plus haut.

(1) Cailleaud, dans Bureklurilt, T ta»., App , p. 538,

Belzoni, qui suivit bientôt la même route, trouva ces mêmes stations élevées à d’égaux intervalles entre le Nil et la mer; il assure que celte contrée , changée aujourd’hui en solitudes et en déserts, porte à chaque pas l’empreinte du grand mouvement commercial qui lui donnait autrefois la vie(1). Il donne le nom de Wadi-el- Minah à l'endroit où il trouva un petit temple près d'une station destinée aux caravanes , et il croit que ce monument appartient, par son style, à l’époque des Ptolémées. Le quatrième jour de son départ d’Edfou , il arriva de même à une vallée qui s'étend du nord au sud et que les Arabes appelaient Bizak ; sur la roche qui forme la paroi septentrionale de cette vallée, on remarque une table de granit couverte d’hiéroglyphes et semblable à un rocher magique. Belzoni prit ce lieu pour un des postes de la route que la carte de d’Anville trace de Cnptot à Bérénice. Cette route aurait été construite , selon Strabon (2) , par Ptoléméc-Philadelphe qui y aurait fait creuser des fontaines et élever des caravansérails. Cette route fut très-fréquenlée jusqu'à Slralwn et couverte des marchandises d, l’Inde que le commerce transportait en Égypte Belzoni se dirigea de là au sud-est, accompa. gné de H. Beechey et entra ensuite dans une vallée sablonneuse encaissée entre des roches perpendiculaires traversées de veines de marbre. Après quelques heures de marche, il aperçut les ruines d'une station appelée aujourd’hui Samount par les Ababdés , seuls et rares babitans nomades de ces solitudes. Plus à l’est, les voyageurs rencontrèrent de belles forêts d’acacias. Quelques lieues au delà gisent, sur un plateau, des débris qu'on prendrait pour les ruines d'une grande ville entourée de rochers; mais en examinant de plus près on voit que c'est une plaine sablonneuse d'où surgissent des rochers de granit semblables à des groupes d’iles. Ce lieu est absolument semblable à la gorge que forme la vallée du Nil dans la contrée des cataractes , depuis Philæ jusqu'à Syène , excepté que le sable occupe ici la place de l'eau ; cette ressemblance a fait supposer à Belzoni que le Nil sc déchargeait peut-être autrefois dans la mer Bouge par un bras latéral , supposition qui s'accorde avec un grand nombre de traditions populaires. Le granit est remplacé ici par des ruches de porphyre, phénomène géologique qui pouvait

(1) Sellant. Ver., Il, P, 30.

(S) Hrabo., XVII, cd. Tlicb., p. 696.

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