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EsVÉ , SVA , I.AVOTOLI

Esné(l), capitale de l'Égypte méridionale, est située sur la rive gauche du Nil au 50° 14’ 41" long, ouest de Paris et au 23° 17’ 38” lat. nord , selon les observations de Nouet. La vallée du Nil resserrée jusqu’alors s’élargit jusqu’il une étendue de 24,000 pieds; la plaine s’élève insensiblement jusqu’aux montagnes de roches calcaires qui la bornent; dans la chaîne des monts arabiques , on aperçoit au loin un ravin qui se dirige au nord-est et doit conduire au port de Kosseyr (2), mais il n’a encore été parcouru par aucun voyageur européen.

Le sol de la plaine d'Esné est trop élevé pour pouvoir être arrosé par les eaux du Nil ; aussi il est souvent en friche, et la partie située au sud de la ville est seule fertile et mieux cultivée. On aperçoit encore les ruines d'un canal dont la destruction a changé toute la plaine en solitude et en désert; elle est si pauvre aujourd'hui que le petit nombre des habitons qui y sont restés émigrent tous les jours. Esné a encore un port très-fréquenté et rempli de barques; la ville s'élève sur un monceau de décombres de 30 pieds de hauteur dont les eaux rapides du Nil entraînent souvent des fragmens : on y trouve un grand nombre de fabriques, principalement de schalls ( Matâyeh ) et de tissus de coton et de poterie; c'est le marché sur lequel les Barabras viennent vendre leurs corbeilles et leurs nattes, et l'entrepôt des marchandises des caravanes de Sennaar que les Ababdés escortent jusque-là. Esné fut de tout temps un asile pour les partis opprimés dans la Basse-Égypte ; c’est là que se retirèrent les beys fugitifs dans ces derniers temps ; car à cette distance du Caire ils étaient moins redoutables à leurs rivaux. Ainsi, à l’époque de l'expédition française , Mou rah-Bey régnaitsur le nord de l'Égypte, mais Uossan, Osman

(1) Jotlol» et Dctlliiers, Description d'tinc1 et de »r» environs, dan» la Pèse, de rk&yplc a. I, ch, ru.

(2) Jollot» et Glrardj il»W.

et Salch-Bcy s'étaient rétirés à Esné avec leurs Mametoucks. Les Français chassèrent ces dernières bandes de Mameioucks et placèrent pour un temps leur quartier général à Esné; c'est ainsi que les antiquités de ce lieu ont été révélées à la science européenne.

La place du marché ou VOkel d’Esné toute couverte de décombres, de huttes et de boutiques bâties entre des murs antiques , cache presque entièrementun des lempies(l)les plus curieux de l’Égypte, au point qu'il est impossible d’embrasser d’un coup d’œil sa forme extérieure; mais dès qu’on pénétré sous les voûtes l’admiration et l’étonnement s’éveillent. Le portique est supporté par 24 colonnes de plus de 33 pieds de hauteur, 16 pieds de circonférence , et formant quatre angles. La distribution du temple est la même que celle du petit temple de Philæ. Toutes les parties du temple, architecture, colonnes, portes, plafonds, sont décorées de sculptures et couvertes d’hiéroglyphes qui, disposés en bandes verticales et horizontales, entourent tout ce prodigieux édifice. A en juger par ce qui est à découvert, l'extérieur du temple était orné avec la même profusion; la seule différence est que, comme à Kalabché, toutes les sculptures de l’intérieur sont taillées dans le creux , tandis que celles de l’extérieur sont en relief (2). La figure qui se répète le plus souvent dans les peintures comme dans les sculptures, c’est l’image du Dieu à la tête du bélier, lelupiter-Ammon des Grecs à qui ce temple était assurément consacré. Les ruines de ce monument étonnent encore l’imagination de celui qui les contemple ; tout est bâti en pierres colossales, placées l’une sur l’autre sans ciment, parfaitement jointes et d’une solidité éternelle. La surface de ce monument gigantesque est tcllementcouverte d’hiéroglyphes qu’on s'étonne du temps et des mains qu'il a fallu seulement pour les graver. En effet, d'après une estimation exacte, la surface du temple n’a pas moins de 3,000 mètres carrés : supposé qu'un graveur couvre ainsi d’hiéroglyphes un dixième de mètre carré en un jour , il lui faudrait 80,000 jours pour achever la décoration entière. Pour construire seulement le portique, on employa plus de 27,000 pieds cubes de grès (3,300 mètres cubes) ; on peut se figurer de là quelle énorme quantité de blocs il faut arracher du flanc des montagnes, quelles fondations gi-

(1) Jollol», Dcac.} p. 6.

(2) Antiq.} I. 1, PU 20.

gnntesques il fallut construire sur une butte factice, dans un sol mouvant et d’alluvion , pour porter ces masses colossales qui, jusqu'à cejour, n’ont fias dévié d'un cheveu, de la ligne perpendiculaire. Les décombres se sont amoncelées si haut autour du temple qu'il sera bientôt enfoui tout entier et que pour le découvrir aujourd'hui il faudrait démolir un quart de la ville actuelle (1).

A trois quarts de lieue au nord de ce grand temple et à 7.IS00 piedsdu Nil,estsituéun second temple égyptien beaucoup plus petit et moins bien conservé. 11 semble avoir été construit à la hâte , hors de la ville, pour servir de siège à un oracle; leshiéroglypbessinguliers et les signes astronomiques qui le décorent attirent la curiosité et l'attention. Les deux temples d’Esné offrent deux zodiaques (9) trés-importans entourés d'une figure de femme comme d’une espèce de cadre. Ce corps allongé en bande que l’on voit à presque tous les signes astronomiques représente la Magna-Matcr.

Vis-à-vis Esné, s’élève sur une éminence un petit temple (5) en ruines ; la couleur rougeâtre de ses murs fait supposer qu'il a été détruit par le feu : un grand nombre de monumens égyptiens portent aussi des traces de l'incendie, et rappellent la foreur de Cambyse , roi de Perse , contre la caste des prêtres et les édifices religieux.

Au sud de la ville d’Esné est situé un cloître copbte où l'on va encore aujourd'hui en pèlerinage pour honorer les reliques des martyrs chréliensqui furent mis à mort parl’ordre de Dioclétien (30Î de J.-C.). Ce couvent était autrefois beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. Il dut probablement sa célébrité à l’école du père Pacôme; ce héros de l'Église cophtc s’avança avec ses moines et ses ermites au milieu du quatrième siècle (5-10) jusqu’à A';«e(ï«i> â«v») ou Sna, qui est le nom de ce lieu dans les légendes cophtes (4). Le nom moderne Esné ou A sna des Arabes est donc assurément l’ancienne appellation égyptienne; il nous fournil une nouvelle preuve de la force des anciens noms nationaux

(1) Jollois, Deic., p. 14.

(2) Jollois, Description Ses monument astronomique* découverts en Efirpte, dans Ant-, !, App., II, p. 1, et pianebes 7®, 87, vol.;n.

(3) Jollois, etc., Desc., p. 31 . — çustrenière , nom. sur ctsrPle, t| p. 273.

(4) QuatrcmCre, IDId.— champolllon, l,p. 18».

qui traversent les siècles et les peuples , taudis que les noms étrangers , par exemple, le nom grec LatopoUs, n'ont pu résister au temps. Champollion fait dériver Sna d'un mot cophte qui signifie jardin; le petit temple sur la rive orientale vis-à-vis l'antique I-atopolis était probablement la contrà LatopoUs des anciens.

Nous ne connaissons pas l’époque à laquelle fut bâti Esné, car, à en juger par son architecture. elle est une des villes les plus anciennes de l’Égypte. A partir de la Nubie , c'est à Esné que la vallée du Nil s'élargit assez pour recevoir une grande eolonie ; la grande élévation des décombres de la ville au-dessus du niveau du Nil et le profond affaissement du temple sont des signes incontestables de sa haute antiquité.

Le style de ce temple se rapproche plus que eelui des autres de l’origine souterraine de l'architecture égyptienne; il est beaucoup plus simple , plus naïf et ressemble davantage par sa forme à la construction des grottes. Il est plus écrasé, l’ornement en est moins gracieux et moins léger; et quoique attestant la grandeur et le travail, il est moins riche que les temples de Denderab et d'autres lieux; sa force , son exécution puissante indiquent qu'il est un produit de l'art grossier encore, mais gigantesque et colossal. Le zodiaque d’Esné se rapporte, suivant l'explication des antiquaires et des astronomes français, à l’époque reculée d’un cycle anlérieurà celui de Denderah et aux bas-reliefs astronomiques de Tbèbes. Le temple d'Esné serait donc piusancienque ces monumens. toutes les villes de l'Égypte sont élevées sur des buttes factices de terrains d'ailuvion ; celles que les eaux du Nil baignent de plus près sont aussi les plus anciens, parce que le sol y est plus élevé, et que les masses de limon et de gravois apportées par le Nil s’y sont accumulées plus longtemps. Le petit temple confirme encore l'antiquité du lieu, car on y voit reproduits les mêmes signes et l’image du zodiaque qui se trouve dans le grand temple.

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