F.RIIENT, UeRMORTHIS
Sur l’emplacement de l’ancienne Hermotit/ris, au-dessous du second défilé appelé t ïe.bv- Icyn, est situé à 1,800 piedsdu Nildansla vallée de Thcbcs, le village Erinent (1) ou l'Armont des Arabes.
(1) B. Jooiard , De»cnplioa d'Ermcnl ou Hcrmuiiiin» ,
AlHl'l ., I, Ch. Vil!, p. I.
ML. SAlD. TUÉBAÏDE.
Près de ce village, au milieu de monceaux de décombres, s'élèvent les ruines d'un temple qui se fait moins remarquer par sa grandeur que par sa disposition particulière et l’élégance de ses colonnes et de ses sculptures ; il est entouré d'une enceinte à l'extrémité méridionale de laquelle se trouve un grand bassin pavé en pierres de taille. Dans la prolongation de l'axe du bassin gisent les ruines d'une voie bordée des deux côtés de monceaux de décombres : au bout de cette voie s’élève une porte ruinée qui fermait probablement autrefois l'antique Hermontbis.300 pas au sud se trouvent les décombres d'un édifice plus récent, probablement une église des premiers siècles.
Hcrmontbis était le chef-lieu du nome hermon tique, dans le voisinage de Thèbes; elle fut autrefois la résidence d’un évêque, et parmi les babitans se trouvent encore des chrétiens , cher lesquels le tombeau de Mary-Girges ou saint Georges est en grande vénération.
Presque tous les temples de la Thcbaïde sont situés dans des enfoncetnens; celui d'Hermonthis en dilfèreen ce qu'il s’élève loutisoléet n’est dominé par aucune éminence; ses colonnes élancées montent librement vers le ciel. Entouré de tombeaux pins récens et des cabanes du village bâties en briques, ce temple a sa façade tournée b l'ouest et parallèle au Nil; il a 143 pieds de longueur et 35 de largeur ; ses colonnes les plus élevées ont 42 pieds de hauteur et S pieds de diamètre. 11 est bâti en grès, mais on voit à sa façade que les pierres ont déjà servi antérieurement à des édifices plus anciens, car on y trouve des hiéroglyphes tronqués comme à Philæ ; la même chose se répète aussi sur les faces latérales du temple, et ce phénomène nous reporterait à un âge plus ancien encore de l’architecture. Cependant, au jugement de Jomard, ce temple est un des plus anciens de l’Égypte ; il est très-délabré, et l’on voit que la violence des hommes t'a ainsi renversé. Certaines parties de l’édifice sont éparses et ruinées ; la colonnade, par exemple, est entièrement renversée; d'aulres,au contraire, sont très-bien conservées, comme, par exemple, les salles de l'intérieurquisont presque intactes.
La construction de ce temple ressemble à celle des Typhoniens ; cependant il se distingue par quelques particularités ; la division de ses trois salles principales lui appartient, et ses colonnes présentent troisarrangemens différens. comme on ne le trouve dans aucun autre temple égyptien. Ses sculptures ressemblent beaucoup à celles dulyphonium d'Edfou.
Parmi les particularités que présentent ces temples, nous avons déjà cité plus haut l'apparition de la giraffe; une autre aussi remarquable est une figure de femme qui, de ses pieds et de ses mains étendus, forme comme le cadre d'un grand tableau dans lequel sont représentées des images du zodiaque ; cette figure ressemble parfaitement à celle qui entoure le zodiaque d'Esné.
Les peintures mêmes du sanctuaire du temple se rapportent à l'astronomie ; on y voit lais mettre au monde son fils Horus, ce qui indique le lever des planètes du sein de la terre nouvellement fécondée, à l’époque du solstice d'hiver, alors que le soleil est le plus bible et le plus bas sur l'horizon ; or, le soleil au solstice d'hiver, c’est Horus enfant (1) ; à cette époque, la jeune semence germe dans le sein de la terre, et la pare bientôt de sa tige verdoyante. A côté de ce tableau, ou Isis est représentée comme le symbole du solstice d'hiver et de la germination, s'en trouvent d’autres encore où l'on voit Isis allaiter Horus, d'autres représentent l'image du solstice d'été entrant dans le taureau et une foule d'autres images connues ; les parois de ce temple <ri(crniootis nous offrent ainsi une espèce de calendrier très-important et la symbolisation des quatre principales périodes de l’année astronomique (2) : c'est pourquoi Strabon nous rapporte qu’on adorait en ce lieu Jupiter et, Apollon, c’est-à-dire Osiris et Horus, fils d'isis.
Le diamètre du bassin qui se trouve au sud du temple, a la moitié de sa longueur ; il a 80 pieds carrés, et aux quatre coins se trouvenldes marches qui descendent jusqu'au fond ; la construction est égyptienne (3) ; mais il n’est pas prouvé encore qu’il ait servi autrefois de nilomètre, comme l’ont prétendu quelques voyageurs. L’eau du Nil pénètre encore aujourd’hui par infiltration dans le fond de ce bassin, et sert aux femmes à laver le linge et à abreuver les troupeaux. Ce bassin a au moins 23 piedsde profondeur et il rst rempli de décombres; son éloignement du Nil prouverait que le bras du Nil passait plus près d’Hermonthis , et qu'un canal conduisait à ce bassin. Le Nil, dans les hautes eaux, s'élève encore aujourd'hui à 7 ou 8 pieds au-dessous de la bordure du bassin, et si on remarque que la terrasse artificielle du temple est encore 5 pieds plus haut, on verra avec combien
(1) Plutarque, de laide.
(2) Jomard, twrac., Ibid., p. 12.
(3) iblJ., p. t4, pi. #7, «s. B.
!*IL. DAUTE-ÈCÏPTE. TBÉIES.
de soin les architectes égyptiens élevaient les temples au-dessus du niveau des plus hautes crues.
A côté de cet édifice est située une église liâtie avec les ruines d’Hermontis ; ses colonnes corinthiennes attestent ici le style de la Grèce ; mais l'édifice est formé de pierres qui portent des restes d'anciens hiéroglyphes qui se croisent dans tous les sens. Autour gisent ou s'élèvent encore cinquante colonnes de granit qui, selon Jomard, n'auraient pas été taillées dans les carrières de granit de Syène, mais enlevées à un temple grec, comme les pierres de grès l'ont été aux temples égyptiens. Cette église, bâtie avec des débris, est encore beaucoup plus délabrée que les anciens temples égyptiens, et cependant ceux qui ont bâti cette église avaient déjà démoli les édifices anciens pour la construire.
La durée des anciens monumens égyptiens inspire l'admiration et l'étonnement , car elle ne dépend point du hasard des événemens ou de la feveur du sort ; les monumens égyptiens ont bravé la destruction par la simplicité et l'indépendance de leur caractère, par la bonté des matériaux, le poids des masses et l’excellence de la construction. C’est ce que prouve complètement aujourd’hui la conservation des monuments de Thèbes que le voyageur aperçoit déjà, dans le lointain, du haut de ta plate-forme du temple d'ilermonthis.