CHAPITRE PREMIER
HAUTE TERRASSE DU FLEUVE d'orAHJE, PLATEAU
DES BEKTJUAIVKS , CORAKA8 ET BOSJESMASS.
L'étendue de cette terrasse vers le nord est inconnue ; d’après nos renseignemens , il parait qu'elle se prolonge jusqu'au tropique, où elle se confond très-probablement avec le Plateau même de l'Afrique , car il n'est plus ici question de montagnes , et tous les petits fleuves connus coulent à l’est , avec une légère déviation vers le nord (1). Harrow place cependant à 700 milles , dans cette direction , les habitations des Barolous (S) ; mais suivant Truter, ils n’ont jamais existé comme une race particulière ; peutêtre Barrow a-t-il voulu désigner la race Beetjuane des Mourouhlongs.
La terrasse n’est pas plus connue il l'ouest et à l’est qu’au nord. Vers le sud, elle s’étend jusqu'aux possessions les plus reculées de la colonie européenne du Cap, où elle se trouve bordée par une grande chaîne de montagnes qui traverse , entre le 31" et le 32" de latitude S., dans la direction dp l’ouest à l'est, la plus grande largeur de l'Afrique méridionale. Cette chaîne nous est connue sous les différens noms de montagnes de Rnggere/d (champ de seigle), montagnes de Nieuwercld (nouveau champ), de Snecuw-Herge , Winler-Bergc (montagnes de Neige et d’iliver), qui sont comme les principaux étages de tout le front des montagnes.
Les voyageurs qui découvrirent ces contrées, marchèrent trente-trois jours, pour aller de la limite méridionale de cette terrasse (du Karrcc-Rivicr qui se jette dans le Sack-Rieier ) à Litakou ( Lcctakoo ), principale habitation des Bcetjuanes, située au 26° 30’ de latitude S. et au 27" de longitude orientale du méridien de
(1) Utcbtcostein, Banusc.
(2) J. Barrovr , Tr. II, pag. 118.
Greenwich; ils la traversèrent ainsi, dans toute sa largeur, de sud au nord (1). Lichtenstein, h qui nous sommes redevable des renseignemens les plus exacts, mit dix-sept jours pour s’en retourner, de la résidence du roi Moulihan an g (trois journées au sud-ouest de Litakou), au Sackrivier (2), ce qui peut faire, en comptant huit lieues par jour, un chemin de 60 à 70 milles géographiques et une largeur directe d'à peu près 80 milles.
Cette haute terrasse du fleuve d'Oranje se compose presqu’enlièrement de grandes plaines, que parcourent avec une pente très-douce et presqu’imperceptible , de l'est à l’ouest, le fleuve d'Oranje et plusieurs de scs bras; ce sont en par iedes steps couverts de verdure, en partie des déserts arides , dont l'uniformité n'est interrompue çà et là que par des marais salans.
La terrasse elle-même ne porte que deux chaînes de montagnes, les Karri et les Magaaga ( montagnes de Fer), qui s’élèvent tout au plus de 800 à 1,000 pieds au-dessus des plaines, que nous devons considérer comme leur base; mais, en supposant cette base élevée de 8,300 pieds au-dessus de la surface de la mer, puisqu'elle parait au même niveau que la cime de la montagne de kom (3), on peut admettre que les Karri ont de 6,000 à 6,300 pieds de hauteur absolue.
1”. Éclaircissement.
Bordure de ta terrasse du fleuve d’Oranje.
— Montagnes isolées.
La bordure méridionale de cette terrasse est formée par de hautes chaînes de montagnes. Des voyageurs, venant des vastes plaines des Karrous, parvinrent à en atteindre le sommet à travers les gorges que l'on rencontre de distance en distance. Parmi les montagnes formant la transition entre la première et la seconde terrasses, nous distinguons :
1. La chaîne de montagnes de Roggeretd, à l'ouest (4). Elle se compose d'une quantité de montagnes isolées, qui, s'élevant d'espace en
espace, du milieu de la plaine, présentent les formes les plus diverses; elles atteignent toutes à peu près la même hauteur. Elles sont couvertes à leur cime d'une forte couche horizontale, coupée à pic de tous côtés, ce qui leur donne une certaine surface uniforme, qu'on a comparée tantôt à des tables et tantôt à des mamelles, lorsqu’elles sont en cône, comme celle de Pramme.
En montant du côté où la chaîne de montagnes du Roggcveld est moins coupée, par exemple à travers les défilés près d'Eland's-Fontein, ou près de la montagne de Roggeveld, on arrive au haut du soi-disant Onder-et-Middct-Roggeretd (Roggeretd inférieur et moyen), dans d'immenses plaines de 2,000 à 2,300 pieds audessus de la terrasse des Karrous (1) une vue immense s'ouvre ici au voyageur jusqu'à la limite du sud. La principale élévation de cette haute plaine est au-dessus de la passe du Komberg, près de Tondeldoos-Fontein, de 8,300 pieds au-dessus de la mer (2). On descend par ce défilé, dans la plaine, comme par un escalier et sur des bancs de pierre placés horizontalement. 11 faut deux jours pour atteindre seulement la plaine du petit Roggeveld.
2. La chaîne de montagnes de Nieuicevetd (3) confine , à l'ouest, à la plaine du petit Roggeveld ; elle a reçu son nom de la plaine des Karrous , située au bas , et appelée la Nouvelle Campagne , parce qu’elle est une des dernières colonisations. Le Nieuweveld passe pour une des plus hautes chaînes de monlagnes de l’Afrique méridionale. Il s'étend en ligne droite de l'ouest à l'est, jusqu'au groupe des montagnes de Neige. Barrow (4), qui l’estime à 10,000 pieds de hauteur absolue , dit qu'il est couvert de neiges pendant cinq à six mois de l'année. Jusqu’à présent, aucun voyageur n’a encore visité les hauteurs de cette chaîne : nous ne connaissons que ses parois escarpées au sud. Barrow les regarde comme les plus hautes cimes de l’Afrique méridionale.
3. Les montagnes de Neige (Sneew-Berge) confinent, à l'ouest, au Nieuweveld; leur plus haute cime , le Kompas ou la montagne de la
(l ) Truler «ml Sommervllle, Account of a tourner to l.eetakoo, 1801. — Barrow, vor.toCocbincblna; Lond. 1800.
(R) G. K. I Ichicualeln, tuUcn un aiidllcben Africa. Berlin, 1812, II, Tb , pas. 614.
(3) Lichtenstein, U, pas. 336.
(4) Llchtenaleln, i, pag. 148, 168, et II, pag. 60.
(1) Pateraon, Narrative of four journeyi, Into the country of Ibc Mollenlota and CafTraria. London, 1789, 4*., pag. 60.
(2) Llcblenateln, B. 1, pag. 170.
(3) Llcblemtcin, B. II, pag. 69.
(4) Barrmv. Tr. 1, pag. 101.