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BORD MÉRIDIONAL , TERRASSE DU FLEUVE D’ORANJE

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Boussole (1) a, d’après le colonel Gordon, S, 800 pieds de hauteur absolue ; ce voyageur y monta en 1778 pour y lever la carte de la contrée. La pente méridionale de la haute terrasse est ici beaucoup plus douce (voir le bord Oriental) que du côté de l’ouest ; on en descend par des chemins très-commodes, et l’on arrive, après quelques jours de voyage, à la terrasse inférieure des premières montagnes de Neige, dans le district de Graaf-Reynett. La transition de la première h la seconde terrasse n’offre donc ici qu’une très-douce gradation, tandis qu’à l'ouest, elle est partout escarpée et inabordable. Vers le nord-est, on remarque encore une suite de hauteurs qui n’est connue aujourd’hui que par le seul rapport du général Janssens (3). Ce voyageur la parcourut jusqu'au cours supérieur du Seekuh-Rivier (rivière de la Vache-Marine) et du fleuve d’Oranje, qui a ses sources sur la plus haute élévation de la première terrasse , et qui se dirige d’abord vers le nord, entre de hauts et énormes rochers, et de là prend son cours vers l’ouest à travers de grandes plaines de verdure. Ici commence la pente commune et trèsgraduée de la haute terrasse vers l’ouest, dans la direction du fleuve d’Oranje.

4. Les montagnes de Karri (Karree). Au milieu de la haute terrasse, nous remarquons deux rangées de montagnes , l’une sur la rive méridionale du fleuve d’Oranje ; on ne nous les représente nulle part comme des pentes de plaines plus élevées, situées au nord; cependant il est probable que c’est là leur caractère , quoiqu’il soit très-peu prononcé, car elles s’étendent parallèlement à toutes les autres chaînes de montagnes , de l’ouest à l’est. Truler (S) appelle les Karri une rangée de coltines ; Lichtenstein dit qu’elles s'élèvent de 800 à 1000 pieds dans la plaine et que leurs cimes plates ( tables ) sont les plus hauts points delà partie occidentale de l’Afrique méridionale. Des voyageurs les aperçurent déjà du Sack-nitier (rivière du Sac) , (30", 16’, latitude S.). Elles occupaient, dans la direction de l’O.-N.-O. à l’E.-S.-E. , tout l’horizon, sur une étendue de six journées au moins.

Toutes les cimes ont la même hauteur relative (à peu près 6,300 pieds de hauteur absolue) ; vues d’en bas, elles ressemblent toutes à des

pyramides , à des cônes ou à des tables, dont les cimes présentent quelquefois une surface de plusieurs lieues carrées (1).

Séparées par des vallées et de larges et arides coupures, les Karri n’ont ni arbres ni buissons, ni rivières, ni lacs; toutes se présentent sous la forme de cônes , de tours et de plateaux : à les voir, on dirait une mer orageuse glacée au milieu d’une tempête. La vue se perd le long des pentes de. montagnes dans d’immenses vallées tortueuses sans plantes , sans arbustes et sans arbres; on n’y aperçoit aucune trace de la présence de l'homme. Les profondeurs des pentes, entre les groupes de montagnes , sont encombrées d’énormes fragmens degrés; leurs-sommets présentent tous des couches horizontales.

S. Les Magaaga ou montagnes de Fer (2) sont une rangée de collines au nord du fleuve d’Oranje, sur la frontière méridionale du pays des Beetjuanes. On y trouve des masses de pierres ferrugineuses et magnétiques; non loin de là est située la montagne de pierre ferrugineuse ( Brau ncisensteinberg) , près d e Jan-Blom's-Fontein (fontaine de Jean-Blom) , (26° 27') ; c’cst dans les antres de cette montagne (3) que les Beetjuanes vont chercher les couleurs de bronze avec lesquelles ils se tatouent.

Les Magaaga courent parallèlement avec les montagnes de Karri et toutle système de terrasses.

2” Éclaircissement.

Surface de la terrasse. — Bosjesmans , Coranas et Beetjuanes.

La surface de celte haute terrasse est vraisemblablement une plaine régulière , coupée seulement par quelques petites rangées de collines. Au sud des montagnes de Karri, le sol se compose d’une argile dure et desséchée, parsemée de débris et de décombresde montagnes ; à l’exception de quelques plantes épineuses et juteuses, on n’y aperçoit aucune végétation. Au nord des montagnes de Karri, au contraire, et vers le fleuve d’Oranje , toute la surface de la terrasse est tapissée de prairies et la rive septentrionale couverte de petits arbustes que nourrit l’alluvion du fleuve. Cette alluvion est cependant mélangée de sables et de cailloux. Parmi les

(I) Lichtenstein, B. Il, psg. 4 et 30. (î) Lichtenstein, R. H, P»g- 63.

(3) Truler, Account. p. 367.

(1) Lichtenstein, ». II, tu*. 336.

(*) Truter , Ace., psg. 385.

(3) Lichtenstein, ». II,44S.

tables et les cailloux du rivage, on trouve les jilus belles agatrs, des onyx, des sardoines, des chalcédoincs et autres pierres précieuses (I).

Un désert aride , interrompu alternativement par des steps couverts de verdure, de broussailles et d’arbres, s'étend depuis le nord des montagnes de Fer jusqu'au lit du fleuve des Beetjuanes, appelé aussi le fleuve kourotihman. En d'autres endroits , le sol de la terrasse (2) n'offre aucune trace de végétation : c’est un immense rocher de quartz , absolument nu et disposé en couches horizontales.

On trouve dans les steps de verdure, près du fleuve des Beetjuanes, quelques sourres agréables et abondantes, vraies merveilles dans cette partie de l'Afrique (3). La plus remarquable alimente le fleuve Kourouhman.

Le pays des Beetjuanes se distingue par une abondance extraordinaire de gibier. On y rencontre des buffles sauvages, des quaggas, des antilopes ; les autruches y sont par troupes, tandis que, dans les profondeurs, on a peine à en trouver quelques-unes isolées ; c’est aussi la patrie des girafes, qui semblent encore n’èlre jamais descendues dans les terrasses inférieures (4) ; tous les voyageurs, cnlr'autres Paterson, Truter, Lichtenstein (g), ne les ont trouvées en grand nombre, que lorsqu’ils approchaient du pays des Beetjuanes. •

L’arbre des girafes ( Mimosa Camclopardalis, selon Truter, Acacia Cira/Jœ Wiltdenn.), dont se nourrissent ces animaux , et qu'on peut considérer comme un des végétaux caractéristiques (6) de cette haute terrasse , ne croit dans les forêts qu’au delà de la rive septentrionale du fleuve d’Oranje. On ne le rencontre jamais dans les grandes profondeurs. Les Beetjuanes construisent leurs habitations à l'ombre «le cetarbrc, et son feuillage leur est sacré.

Toute cette haute terrasse, libre encore de l'influence européenne, est la propriété de races africaines pures ; la manière dont elles se propagent est un fait très-remarquable. On y compte jusqu'à trois races indigènes : les Bosjesmans , Ica Coranas et les Beetjuanes.

Les Bosjesmans ou Saabs, comme ils s’ap-

(t) Truter, «ce., p. 378. — LichteMtela, s., Il, p. 89.

(2) Ucblenilein, S , II, psg. 449.

(37 Truter, «ce., p. 388. — Lichtenstein, R., Il, p. 528, {4) Lichtenstein, S., H, pag. 410.

(5) Paterson, San-., p. 127. — Truter., psg. 285. t8) vojcj les planches dans Paterson, tab 4.

pellent eux-mêmes, sont une race petite, maigre, rude et barbare. Ils habitent la partie la plus élevée et la plus aride de la terrasse , les hauteurs glacées et neigeuses qui forment la prolongation septentrionale des montagnes de Neige, et sont devrnus par leurs incursions la terreur des Hottentots et des colons. Outre les Bosjesmans, on ne rencontre absolument que des bêtes sauvages et féroces dans ces contrées. L’hiver, la faim, les querelles intestines et le manque complet de culture poussent ces malheureux sauvages au brigandage, ils parcourent les déserts de la pente méridionale du côté de l'ouest : quelquefois aussi ils se dirigent contre les demeures isolées des colons, où ils éprouvent souvent le même sort que les bêtes féroces.

Les Coranas (1 ), appartenant à la race des Hottentots, sont bons et hospitaliers; ils habitent le milieu de la terrasse, sur les bords du fleuve d'Oranje, là où il traverse les larges et vertes plaines, entre le 23” et le 29" de latitude 8.; ce peuple est parvenu à un degré de civilisation bien plus haut que tous ses voisins du sud (2), les habitans des terrasses inférieures.

Les immenses steps arides , au sud de leur pays* les ont garantis jusqu'à présent de la tyranrti • des colons. Ils ont les traits plus nobles que les autres peuples de la terrasse ; leurs nombreux troupeaux et le bien-être qu’ils leur procurent suffisent pourassurer leur indépendance. Ils vivent sur leur plateau fertile, en bonne intelligence avec leurs voisins du nord , les Beetjuanes.

Les Beetjuanes sont séparés des Coranas par les montagnes île Fer (voy. png. 123) et par un large et aride désert, de plusieurs journées de marche.

Cette race eaffre , connue des Européens (3) seulement depuis l’an 1801, observée et décrite avec talent et complaisance par Lichtenstein , est un des peuples les plus remarquables de l’Afrique. Eloigné de la mer de plus de 178 milles géographiques (4) , il se distingue de tous ses voisins par sa richesse, son industrie, sa civilisation , par la douceur de son caractère et sa

(1) Lichtenstein, R., n, pas. 411.

(2) Truter, Acc., pag. 373.

(3) Truter et sommcrvtlle, Account. — Barrot*. Tr., Il, P«g. 114.

(4) Ceograpblscbe EphcmerUcn. 1807. Bai, pag. 10 — Elhnograpb. Uogulal. Arcblv I, pag. 300.

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