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VILLE DES TAILLEURS DE PIERRE ET DES TIS- SERANDS

En descendant de Dcnderali vers le nord, on voit disparaître peu à peu ces monumens gigantesques de l'architecture égyptienne; cependant il s'en élevait aussi autrefois en ces lieux; mais, détruits par le temps, ils n'ont laissé presque aucune trace de leur existence, et les fondations des temples indiqucntsculcs aujourd'hui qu’ils ont été. Derrière les villes disparues, on découvre souvent des catacombes qui révèlent au voyageur que de populeuses cités s'élevèrent primitivement dans cette vallée féconde du Nil. C'est ainsi qu'on a découvert Abydos dans le voisinage de la moderne Girgéh ; et des grottes, des salles taillées dans le roc, indiquent seules l'emplacement de l'antique ('hemmis, près de la ville actuelle d’Akhmyn (1). Cette dernière ville est située à un quart de lieue du Nil, sur une petite éminence formée parune terrasse factice, et un magnifique canal y conduit. Elle a 3 ou 4,000 habitons et de belles mosquées construites avec les débris de temples plus anciens et plus grands.

On aperçoit dans le voisinage les ruines de deux temples entièrement renversés.

(1) Saint -Denis, Notice* sur le* re*)e* de Cbemmls ou Persepolls, aujourd'hui skhmrn, Description de r t{ypl.\ AtlUq., U, suite du cbsp. su

I)u nom cophte Schmin , C/imin (1) les Arabes ont formé Akhmyn, par l’opposition de leur ^/(/euphonique; il est impossible de ne pas reconnaître dans ce mot l’antique deStrabon et de Diodore (2), dont la racine est probablement khmon, c’est-à-dire ponts , membrum riri/e , dans la langue siwali. Chemmis était le nom égyptien de la ville de Pau que les Grecs ont appelée ensuite Panopolis. Chemmis était ■m des compagnons d'Osiris, et Hérodote prétend qu'on voyait dans cette ville une statue de Versée. Elle fut. sous Sésostris, le quartier d'un corps de guerriers appelés les llermotybiens : Strabon nous rapporte que le pays était parfaitement cultivé, la ville bien peuplée et habitée surtout par des tailleurs de pierres et des ouvriers en lin ; cette seule donnée suffirait pour nous prouver l’antiquité et la grande population de Chemiuis. Au lieu de magnifiques tissus de lin, on n’y fait plus aujourd'hui que de grossières étoffes de coton; mais l'agriculture et le commerce y fleurissent toujours. 11 parait que du temps d’Aboulfeda quelques parties du grand temple étaient encore debout , car ce prince de Hamat l’appelle un grand Berabœ. On y voit encore un cloître où vivent 2,000 catholiques cophtes sous la protection (3) des émirs qui épousent volontiers des esclaves calhol iques et maintiennent en celle faveur l’exercice du culte chrétien. Ces étrangers Maures se sont toujours montrés ici tolérans envers les chrétiens , parce qu’ils avaient besoin d’un parti pour contrebalancer la puissance turque. Ils descendent des Mauritaniens qui, chassés par les Grecs, s’établirent dans la llaute-Égyptc, et, renonçant h leur vie nomade, se firent cultivateurs et artisans. Ils habitent des villages et même des villes entières, et sont gouvernés par leurs proprrs émirs qui souvent arrivent b une très-grande puissance. Les Cophtes sont aussi en grand nombre dans celte contrée. Un cloître dédié aux martyrs est situé près du canal; aussi ancien que la ville, ce monument est un des plus beaux de l’antiquité, et la moderne Aklimin lui doit encorraujourd'huison existence et sa prospérité. La chainc arabique qui avoisine celte ville, est remplie de grottes antiques qui servirent d’asile aux chrétiens pendant la sanglante persécution de Dioclétien. Leur nombre augmente près

(t ) Champollloo , I, p. 257.

I2j aioaur. Mc-, p. 88. — str.bon, xvn, r. 586. (3) salut* Grnh, p. 28.

du cloître cophte Va'doud ; on y voit une rangée d'excavations qui servirent autrefois de sépultures, puis d'ermitages et de cellules aux moines qui avaient fui le monde dans ces cavernes ; aujourd'hui encore on voit ces excavations planer, en escarpemens affreux, au-dessus des abîmes. Elles prouvent assez quelle fut autrefois l'étendue et la population de Chemmis.

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