MI.. ÉGYPTE HOTESSE
ques, et habité par d'oisifs Fellahs. La contrée est déserte et désolée.
Le quai qui borde aujourd'hui le fleuve semble avoir été bâti avec les pierres d’anciens rnonuinens; des hypogées d'une immense étendue sont situés dans un ravin profond de la chaîne arabique. On y voit une carrière immense de 600 pieds de longueur et 400 de largeur; elle contient des inscriptions en hiéroglyphes et en caractères démotiques semblables à ceux des rouleaux de papyrus et dignes d'ètre étudiées. Les chambres souterraines sont pratiquées dans des roches calcaires très-fermes et très-belles, et superposéesen plusieurs étages les unes sur les autres. Ce calcaire servit à construire le grand temple (!) dont on ne voit plus que des colonnes et des murs renversés, et presque impossibles h reconnaître. Les portiques (2) présentent la plus grande ressemblance avec ceux de Denderah, et ils doivent avoir été assez importans autrefois. On aperçoit derrière les débris de trois colonnades, chacune de six colonnes qui ont 8 pieds de diamètre et 62 pieds de hauteur. La partie la mieux conservée des ruines est un temple monolithe, semblable aux autres tabernacles de Philse, de Kous, de Boutos, de Sais, etc., mais présentant toutefois une forme particulière; c’est un rectangle aux faces inégales, et qui s'élève en pyramide quadrangulaire. Il a 15 pieds de hauteur et offre la forme d’un obélisque; Jomard le dit de roche calcaire très-fine, et Th. Legh de granit. La construction du temple présente aussi un grand nombre de particularités ; on y trouve des inscriptions grecques et latines. Au-dessus du portique est gravé le mot A»rai« (3), d'où les Grecs ont fait Antœopolis : les Grecs donnèrent ainsi il Typhon, ennemi et meurtrier d’Osiris (4), le nom de ce géant, Antée, qui fut vaincu par Hercule. Diodore raconte qu'Isis, s’étant mise h la poursuite du meurtrier de son époux, vainquit, en ce lieu, Typhon avec tous ses partisans, et que le temple fut élevé en monument de la victoire. La symbolique des prêtres conservait probablement, dans cette tradition, l’histoire physique du sol de l'Égypte : en effet, Osiris, emblème du Nil, et Isis, emblème du sol fertile, sont en lutte continuelle avec Typhon, symbole du désert de l'Arabie et de la Libye , dont les
(!) Jouurd , Ocsc.,|>. 3.
(3) AnUq., pi. 41 et 43.
'3) Joinard, D«»c., p. 19.
(4) Dlod. Sic., Bibl. hUt., I. p. 34, 60 . WuM.
sables mouvans et toujours incessans forçaient les babitans à entreprendre les plus grands et les plus pénibles travaux pour arrêter la marche du désert. Chaque année, les eaux du Nil recouvrent de leur limon fertile (Isis) (1) les sables que le vent d’ouest souffle continuellement sur la vallée. Pour faciliter cette action bienfaisante et prévenir le mal, on construisit un canal qui fixa une limite infranchissable aux sables du désert, et conduisit en même temps l’eau douce et potable, dont le crocodile est le symbole, jusqu’à un endroit déterminé, où on fonda ensuite la ville; les habitans continuèrent de livrer à Typhon d’étemels combats, et cultivèrent la contrée ; pour conjurer le mauvais génie, iis élevèrent le petit Typbonium, et construisirent en même temps le grand temple, l’Osirium, qu’ils ornèrent et décorèrent avec magnificence, afin de se ménager ainsi la protection et la grâce delà divinité bienfaisante. La divinité protectrice des Égyptiens, ou pour parler dansle style del’lnde, l'incarna lion, l’avatar d’Osiris (2), qui présidait à la construction des canaux comme rejeton d'isis et d'Osiris, fut traduit par lesGrecs en leur Héraclès, fameux aussi par ses travaux pour le bien des sociétés humaines ; ils le mirent aussi en lutte avec le géant Antée, afin de se conformer au mythe égyptien raconté par Diodore.
Cette tradiliou nous expose, en etfel, l'histoire même de la terre d’Égypte, parce que partout se reproduisirent les mêmes phénomènes. Kaou (3) était situé dans un long et profond raviu du Mokattam, d'où viennent les terribles ouragans et les tourbillons de sable, phénomènes très-connus ici, aux deux côtés de la vallée du Nil : souvent ils pénètrent à travers de semblables gorges transversales, jusque dans la vallée même, qui, sans cela, est moins sujette à ces terribles phénomènes. Les lieux où débouchent des vallées sont donc le vrai champ de bataille entre Osiris Isis et llorus, leur fils , contre Typhon et ses compagnons ; c'est pourquoi les traditions parlent probablement en tant de lieux de la mort et du tombeau d'Osiris comme à Memphis, Abydos, Philæ, etc., où la terre du Nil était mêmeentièrementcouverte par le désert, avant qu’llereule patron des architectes des canaux et des constructions hydrauliques , serviteur d’isis et llorus, vengeât la mort du dieu et tuât son ennemi.
(1 ) vortullc Kurop. volkergeaeh, p. 166.
(S) Ibid., p. 48.
(3) Jomard, Deacr., p. 31.
AFRIQUE , STSTÉHE» »’EAU ! III* JMT18IOS , S 27.
comme ici à Antæopolis. L'amoncèlement îles dunes de sable sur les bords de leurs terres cultivables, était l’ennemi le plus redoutable des Égyptiens, et ils étaient forcés de lutter avec énergie contre cet ennemi, comme contre un géant. Legrand canal de Joseph était une grande victoire remportée en ce lie», contre Typhon et ses compagnons, et c’est pourquoi on bâtit, près de lui, à l'entrée du Kayoum, fleracleopotis-Mayna. Il en est de même du Nil occidental, du bras de Canope, appelé aussi Hiractiotùfue, de la ville d’Héraclée, située à son embouchure, et de la branche latérale, le canal d’Héraclée ( maintenant canal Bahyreh), creusé près de la province Maréolide qu'il protégeait contre les sables de la Libye ; de même, du côté de la Syrie, â l’embouchure de Péluse , le canal près A'Heracleopolis-Parva (Setbrum) protégeait la terre cultivable contre le Typhon des sables de l’Arabie. L'une des rives de ces canaux, aujourd’hui par exemple (1) la rive occidentale du canal de Joseph, est toute saupoudrée des sables jaunâtres et brûlans du désert j tandis que celle de l’est déroule, sous les yeux, la verdure de ses prés et l’or de ses épis. Les Tiphonium et les Osirium expliquent ainsi d’eux-mêmes le culte des antiques cités égyptiennes qui devaient toujours leur fondation à ta victoire d'Hercule sur Antée, et devenaient, 1 cette occasion, le centre opulent de la civilisation. Nous regrettons seulement que l'antiquité ne nous ait pas transmis le nom égyptien national de l'Hercule, bienfaiteur de l'Égypte.
Quatre lieues au-dessous de Kaou, vis-à-vis Tahlab, le versant de la chaîne arabique est rempli, près du village Nezlet-el-Harydy (S), de catacombes et de souterrains. On voit sur la pente de la montagne les débris d’un colosse taillé en roche calcaire et représentant une figure assise, semblable à celles de Carnac. Plus bas, des monceaux de décombres, des buttes factices indiquent les ruines d’une ville antique dont le nom est inconnu; c’est peut-être Pesta. Audessus, sur la haute montagne Oebei-Cheykhel-Harydy . se trouve le tombeau d’un saint arabe , grand faiseur de miracles ; il est trèsfréquemment visité par les pèlerins , et on y conserve, dit-on , un serpent sacré.
(1) Jomard , Dejcr., p. £2.
(S) Jomard, Sotice lur le. aotlqtlUSs de Chrykb-of - B jr, J>, ■net. de rtsjplc, Antlq., Deac., II, p. 33.