‹ Geographie Generale CompareeChapitre 210 sur 293 · ML. ÉGYPTE MOVE.WE. ULMAJUHIIII · texte numérisé non relu

ML. ÉGYPTE MOVE.WE. ULMAJUHIIII

même caractère que, «ras un ciel opposé , la Trêves romaine sur les bords (le la Moselle.

I, 'empereur Adrien avait voyage en Egypte ; il avait admiré Thèbes, s’était arrêté, plein d’étonnement, devant ses constructions colossales ; et, de retour en Europe, il en avait fait bâtir de semblables dans ses provinces. Son favori Antinous s'étant noyé dans les eaux du Nil, il fit bâtir une ville romaine sur les bords du fleuve égyptien pour honorer sa mémoire , et la nouvelle ville s’appela, du nom du favori, Antinoè, Antinoopolis : le village Cheikh- Ababdé, situé près d'Enséné, s'élève aujourd'hui sur ses ruines. On avait alors besoin d'un point central pour garder la province de l’Égypte, et la possession d’Alexandrie ne suffisait plus ; car cette ville ne satisfaisait qu'aux besoins de la marine. Abydoset Memphis étaient en ruines; Hermopolis tombait en décadence , et n'était plus située sur les bords du Nil. Les rois grecs, les Ptolémées, avaient élevé dans la Tbébatde une ville toute grecque, Ptolémaïs, comme Alexandre en avait bâti une sur le bord de la mer. L’orgueil d’Adrien voulut voir s’élever aussi une ville romaine en Égypte; il la fonda sur l'emplacement de Besa, antique cité égyptienne, et en Ht le centre d'un nouveau nome. Le peuple avait travaillé , pendant des siècles, è élever les autres capitales de l'Égypte : l’empereur Adrien bâtit sa ville comme un particulier fait bâtir une maison, dans le style et le goût qui régnaient de son temps ; et, en quatre ans, la ville impériale fut achevée (132 de J.-C, la 13e année de son règne). Les ruines d'Antinoé attestent encore aujourd'hui son ancienne magnificence; et ses trois temples, ses théâtres , ses arcs de triomphes, son cirque, ses deux hyppoilromes, ses thermes , scs colonnades se montrent encore orgueilleux et debout au voyageur qui remonte le Nil. Des deux murs qui entouraient la ville, un existe encore. Antinoé fut la résidence et le centre du gouvernement sous les Romains, et elle le demeura encore sous les empereurs devenus chrétiens ; on en lit alors un évêché, et elle resta la métropole de la Thébalde jusqu’à ce qu’elle fût détruite par les Arabes. Aboulfeda et Macrizi vantent encore au moyen âge ses jardins ; mais Edrisi nous rapporte que le sultan Salah-el-l)yn fit enlever les portes d'Antinoé pour en orner la porte ou Bab Zoucyleh au Caire. Selon Macrizi, il démolit aussi les murs d'Antinoé pour en bâtir sa nouvelle capitale. Cependant les mines d’Antinoé présentent encore de grandes beautés d’arcbitccture.

A l’est de cette ville , on voit, dans les flancs de la chaîne arabique, d'imftienses carrières d’où on a tiré les pierres d’Antinoé; ces carrières sont très-larges et très-profondes. Des labyrinthes se prolongent dans l’étendue d'un quart de lieue, et ils sont remplis d’églises et de cellules.

Partie septentrionale de ta moyenne Égypte : Ouestany, H'ostany ou l’ tleptanomide { 1). Système d'irrigation de la haute et moyenne Égypte.

La partie septentrionale de la Haute-Égypte, A laquelle les anciens donnaient le nom d’Heptanomide ou des sept nomes , à partir du grand canal, Bahr- Yousef, formait la moyenne Égypte. (D'autres auteurs, parexempleStrabon (2), disent u’ellc se composait de seize nomes; la Hautegypte en comptait dix, et la Basse-Égypte autant ; ainsi suivant les temps, on divisait tantôt l’Égypte en vingt-sept nomes et tantôt en trentesix). La même division s’est maintenue jusqu’aujourd'hui depuis les Arabes et les sept nomes anciens : 1» l’Hermopolite , 2” le Cynopolite, 5* l’Oxyrhynchite, 4"l’Héracléopolite, B* leC.rocodilopolite, 6“ l’Aphroditopolite, 7° le Memphite correspondent aujourd’hui aux provinces d’^écAmouneyn, de Behneseh, de Payoum, A'Atfyh et de Giseh. La seule différence c’est que le premier et le second nomes furent compris dans l’Achmouneyn , et le troisième et le quatrième nomes dans le Bebnéseh. Les limites sont les mêmes aujourd'hui que dans l'antiquité.

Nous trouvons, dans cette contrée, beaucoup moins de monumens antiques que dans la Haute- Égypte , non qu’il n’en ait pas existé autrefois, mais parce qu’ils ont été plus exposés b la rage des dévastateurs. Le pays est tout couvert de débris (3) tellement dispersés et si méconnaissables , que nous ne pouvons plus nous arrêter pour les observer; mais, en beaucoup d’endroits, les hypogées et les souterrains nous indiquent l'emplacement des cités disparues de l’Heptanomide . Ces hypogées et ces carrières sont partout des preuves incontestables que des villes s’élevèrent autrefois dans leur voisinage.

(1) Jomard, Dcscr. «le l'Urptanomldc «ni., Dcscr ., il, dnp. iti, p. 1-77.

(2) Mratuin, llb. XVII. «si. T /«ch., p. 478.

(3, Jomard. Dc»cr. de l'Rcplanom., p. 12 24.

45 S AFRIQUE , SYSTEMES u’eAU 1 III* DIV1SI0S , § 27.

Nous ne citerons ici que les hypogées les plus curieux de toute l’Heplanomide, les hypogées de Beni-Jssan, Speos-Artemidas chez les anciens, situés à 12,800 mètres au nord-ouest <P Antinoé, et appelés ainsi du nom d'un grand Tillage, aujourd'hui abandonnné (1). Le village est bâti sur des buttes formées par les décombres de l’ancienne ville ; les souterrains sont creusés dans la chaîne arabique, au-dessus du village, et ils ont été décrits en détail par Hamilton. On en voit trente très-grands, parfaitement bien taillés, sculptés et peints; leur nombre augmente tout près du village, au nord, et les roches de la montagne sont remplies d'excavations. Les roches se composent de calcaire numilite, et leurs flancs s’élèvent h 2 ou 300 pieds de hauteur. Au pied sont amoncelées des buttes de sable apportées par le vent d’est; ces sables recouvrent maintenant le sol cultivable voisin h une épaisseur de 15 h 18 pieds , et ont changé ainsi la eontrée en désert, line douzaine de ses excavations sont couvertes de peintures (2) égyptiennes très-importantes, bien conservées , fraîche» encore et endommagées seulement çà et là à plaisir par les Mamelouks. La plus intéressante est celle qui est creusée plus au nord : les plafonds sont ornés de sphères célestes , comme à Thèbes et h Lycopotis ; les piliers qui supportent le ciel ressemblent à des tiges de roseaux ou h des troncs de palmiers liés en faisceau , espèce de colonnes qui porte le vrai caractère égyptien. On y trouve aussi des colonnes cannelées semblables aux colonnes grecques; celles-ci trouveraient donc ici leurs formes élémentaires et analogues, de même que les chapiteaux doriens et corinthiens les trouvent dans les chapiteaux daclyliformes. La plupart des tableaux représentent des scènes de la vie domestique, comme on le voit ordinairement dans les hypogées, par exemple, dans ceux d’Elethyia. Ou trouve beaucoup d’ornements exécutés dans le style étrusque ; et, ce qui est très-remarquable, les dessins présentent des lignes sinueuses et des contours très-gracieux . L’un des plus grands hypogées renferme une salle de 60 pieds de longueur et 40 de hauteur, h l’extrémité méridionale de laquelle sont pratiquées dix-sept petites chambres. Ses dix colonnes qui soutenaient le ciel, quatre sont aujourd'hui renversées, etc.

{1 ) Jnm»rd, Oeur. de rsepUnom., p. 24. — LCfh, Warr., p. 34 — Bamitlon'i, Æt rptloca.

(2) tiikl. , p. 20, pl. 64.

BehxAsu (1) est situé plus bas, sur la rive gauche du Nil, près du canal de Joseph, à l’emplacement de l’antique Oxyrhynchos. Ce lieu est tout couvert par les sables ; une seconde ville plus récente et les maisons même du village moderne de Behnéseb sont aussi enfouies aujourd’hui. Les sables s'avancent toujours de plus en plus ; et, à mesure qu’ils envahissent ces contrées, elles sont de plus en plus exposées aux invasions des Bédouins ; car jusqu'où s'étendent les sables, s’étend aussi le domaine des Arabes nomades. Cette contrée de l'ileptanomide a beaucoup perdu de sa fertilité primitive par l’envahissement des sables du désert ; et, sans le canal de Joseph, le désert aurait apporté ses solitudes jusque sur les bords du Nil. On trouve beaucoupde fragmens de eolonnes dans les bulles de décombres. La ville avait reçu son nom grec de Voxyrhync/m, poisson à la tête allongée et pointue , qu’on voit souvent représenté sur les tableaux égyptiens et sur les rouleaux de papyrus. U ne fut assurément introduit dans la symbolique que comme emblème de l'eau douce du Nil; en effet , comme il ne pouvait arriver près de cette ville qu'avec l’eau ducanal de Joseph, son image semblait rappeler la nécessité d’entretenir ce précieux ouvrage. Par un malentendu qui leur était si ordinaire, les Grecs bâtirent là-dessus une fable , et dirent que ce poisson recevait, en ce lieu, les honneurs divins. Le nom égyptien de cette ville était sans doute le nom cophte Penuve, dont les Arabes ont fait Behnese ou Bahnata (2). Ce lieu fut fameux , au commencement du cinquième siècle, par scs monastères et ses miracles. Selon l'alladius (4071 et Rnfinus (410); tous les édifices résonnaient du chant des moines;, temples , palais, tout était plein de moines; l’intérieur de la ville contenait douze églises , et autour s'élevaient un grand nombre de monastères; la ville contenait 5,000 moines, et les couvens extérieurs à peu près autant. Les aumônes et les bienfaits de l'évêque de celte ville y attirèrent, dit-on, 10,000 moines et une fois autantde nonnes. C’était dansle temps où l'Égypte avait plus de moines que les armées des rois ne comptaient de soldats, alors que la Tbébafdc était entourée de monastères et que les miracle» s'y faisaient par milliers; les miracles se répan-

(!) Jomard, Doter. de t’Bcfrtaaom., p. 56.

(2) ÆfypUor, «ofutebor. H ifltorta t aire Paradijus in «et: leste <.r*d»inonunienla. l.utet,, 1630, p. 175 ; et Ço*. Tbeodo*., V, p. 323 i.ips., 1736.

Ml. EGYPTE MOYESSE. BEI-TABOUIDE.

dirent de mime en Europe avec le goût de la vie monastique , du troisième au quatrième siècle. Nous «tous vu plus haut que les Nubiens vinrent b Behnéseb au secours des Grecs . lorsque les Arabes firent leurs premières invasions. Mais bientôt les Musulmans, vainqueurs, changèrent tout en ces lieux , et il ne resta plus qu'un pauvre village li la place de la cité populeuse d'Oxyrgncfios.

Abuas (1). L'antique Heradeopotis-Magna était située encore plus au nord , dans l'Heptanomide, à l’entrée du Fayoum : c'était autrefois une très-grande ville dont on s'étonne de ne plus trouver les ruines. Située prèsdu plus grand canal de l'Égypte, b l'endroit où il touche de plus près au désert libyque , c’est-à-dire à l’endroit où Typhon vaincu fut obligé de se retirer, cette ville était naturellement consacrée à l’Hermès égyptien, divinité qui présidait k la construction des canaux. La ville et la province devaient toute leur prospérité au grand canal. Or, les faux de ce canal étaient entraînées, à travers la gorge de la vallée, dans l'ancien lac de Moeris , et ce bit a probablement donné lieu aux querelles violentes qui divisèrent autrefois le nome héracléotique et celui d'Arsinoé; de là vint aussi l’inimitié des Héracléopolis pour les crocodiles, animaux sacrés (2) dans le lac Mœris, et c’est pourquoi ils honoraient l’ichneumon que les anciens regardaient comme l'ennemi des crocodiles.

Bebt-Souep , qui a donné son nom à la province où elle est sitnée, s’élève prés du Nil , sur la même latitude qu'Ahnas, k un endroit où le Nil coule tout près (3) du pied de la chaîne arabique , comme dans presque toute la moyenne Égypte : le fleuve ne laisse ainsi qu'à l'ouest d’espace cultivable , et ce sont les plus fertiles et les plus larges champs (4) de toute l’Égypte. L'irrigation du pays , variée par un grand nombre de rapports locaux, devenant ici plus compliquée, nous jetterons un coup d'oeil en ce lieu sur le système général de l’irrigation de l’Égypte.

Les canaux sont les monumens les plusanciens de l'Égypte ; ils rendirent le sol propre à la culture; et, près d’eux, furent bâties des cités im-

(1) J on» ni t oeqer. <fe rorptinom., p. 00.

(8) Mrabo, XMl, ,..680, ed. Ti*cb.

(8) P^ll. Marti» , bAscripilon hydrographique de* Provinces Beny-Soueyf et de fayoum, Descr. de l’Êgyple, I.

(4) Bel km!. Voyage, n, p. 142.

menscs et populeuses ; sans eux, l'Égypte ne se serait jamais élevée à une population si extraordinaire. Ils sont du plus haut intérêt pour l'histoire du passé , et en même temps de la plus grande importance pour les besoins du présent.

Des deux câlés du Nil , court une bande de terre de 8 kilomètres de largeur, et qui est toujours plus éievee que les grandes eaux ; elle est formée par le limon (1) que le Nil amoncèle toujours de plus en plus sur ses rives. Près de chaque village, celle bande de terre est arrosée par un canal particulier; on emploie aussi le secours des bras et des machines pour élever l'eau. Bien différente est la contrée qui s'étend à partir de cette bande de terre jusqu'au pied de la chaîne libyque : elle est disposée par ses pentes sur deux plans , l’un à l'ouest , l'autre au nord , et suivant en tout la pente des eaux du fleuve. La pente à l’ouest est si importante, que le sol est de 3 mètres plus bas que les hautes eaux; aussi, dans l'inondation, le Nil remplit cette pente comme un lac ou une mer. La cause de celte pente est que la bande de terre qui court le long du Nil et le lit du fleuve lui-même se sont successivement élevés, tandis que cette partie de terrain , placée loin de l'action du fleuve, ne pouvait le faire dans la même proportion.

Cette disposition du pays sur deux pentes, Tune à l’ouest, l'autre au nord, a rendu nécessaires deux espèces de canaux (3) dans la Haute- Égypte : 1* les grands canaux qui conduisent Feau du Nil à l'ouest jusqu'au pied de la chaîne libyque , de sorte que les terres les plus éloignées peuvent être aussi bien fertilisées, lorsque les canaux sont bien entretenus ; 3* les petits canaux qui forment les rameaux des grands.

Cette double pente naturelle de la vallée du Nil fait que les eauxserépandentpartoutd’ellesmèmes , et qu’il ne reste plus à l'homme qu'à les y retenir le temps nécessaire à la fécondation du pays. Pour obtenir ce résultat on a barré les canaux d'irrigation , de distance en distance , par des digues transversales qui coupent obliquement les vallées , et vont s’appuyer au Nil. Les eaux , que le cours conduit contre la digue, refluent jusqu'au niveau du Nil , d'où elles sont venues, de sorte que, entre le Nil et la digue, se forme un lac qui présente une largeur plus

(t) CItm.1, ml'itïo. rc «if l'asrtcuKurc .Ici, lUulf-fcjoTlp, Débatte égyptienne.

(I) Martin, Dv>cr. hydro*r»r*t»l*i»»«-

ou moins grande (1). Lorsque cet espace est suffisamment arrosé , on ouvre la digue contre laquelle s'appuyaient les eaux , et alors elles se déversent dans la prolongation du canal , audessous de la digue; mais à une certaine distance, elles sont de nouveau arrêtées par une seconde digue semblable b la première. Le second espace et successivement toute la contrée se trouvent ainsi arrosés. Ces digues transversales , disposées de distance en distance en aval du fleuve, vont ainsi d'un village b l'autre, de sorte que, pendant l’inondation, tous les villages communiquent entre eux par les digues. A Tépoquc du débordement , toute la vallée de la Haute-Égypte présente l'aspect d’une suite d’étangs ou de petits lacs disposés par échelons l’un derrière l’autre , en amont du fleuve , dans un ordre opposé b ceux qui devraient produire un dessèchement.

Lorsque la vallée du Nil devient plus large, comme sur la rive gauche de la moyenne Égypte, depuis Syout jusqu'à l'entrée du Fayoum , le système de canalisation est sensiblement modifié. On trouve ici un grand nombre de grands canaux tracés parallèlement au cours du fleure, et destinés b arroser immédiatement , même dans les faibles inondations , l'espace compris entre eux et le Nil, sans le secours de grandes digues transversales. Ces canaux ressemblent b des bras du Nil qui versent leurs eaux entre de petites digues secondaires.

Les plus grands de ces canaux parallèles sont connus sous le nom Bahr-Youecf et Bahr- Bathen (2); ils s'étendent du sud au nord, et Gibert , d’Anville et les autres géographes antérieurs qui ne connaissaient pas bien le Fayoum, ont pris leur extrémité septentrionale pour le lac Moeris. Le liahr-Yousef est représenté sur les cartes modernes comme un canal creusé en ligne droite , dans une étendue de 56 lieues , depuis Meylaouy jusqu’à l'entrée du Fayoum ; mais ce prétendu canal n’est autre chose qu'une ancienne branche du Nil aussi sinueuse que lui , et présentant une largeur moyenne de 100 mètres. De même que le Nil actuel baigne le pied de la chaîne arabique, de même ce canal, qui est l'ancien lit du Nil avant qu’il ne se fût déplacé b l’est , cotoie le pied de la chaîne libyque, et va se jeter au nord-ouest dans le Fayoum. Son

(1) Girard, Obt^r*. sur U valise d'Egrpto SI mr reikltu- •ornent Oculaire cal, ul., t.

(3) Martin, Doter. hydrographique, eic.

lit est partout plus bas que la plaine , dont l'horizon est moins élevé que le niveau des grandes eaux. A l'époque du débordement , ce canal de Joseph communique avec les autres canaux parallèles, et couvre, avec eux , les terres situées entre le désert libyque et le Nil.

Le Bnhr-Bathen porte improprement ce nom ; tous les canaux parallèles au Nil sont appelés en arabe Bat/ien. le tnilieu, le rentre, parce qu’ils sont situés entre les fleuves et la chaîne libyque. On l’appelle proprement Fyad pour le distinguer des Batlien plus petits (t) qui n’ont tous que quelques lieues de longueur, et se trouvent en très-grand nombre dans la province de Beny-Souef. La contrée qui les sépare est coupée, suivant leur grandeur et leur éloignement, par plusieurs digues, grandes, moyennes ou petites ; onze grandes digues, par exemple, traversent la vallée, seulement dans la province de Beny-Souef; ees grandes divisions sont en outre séparées en petits territoires par une infinité de digues plus petites, qui s'étendent du Nil jusqu'aux monticules sur lesquels sont situés tous les villages.

Ces canaux et les champs intermédiaires qui s'emplissent pendant l’inondation, doivent ensuite écouler leurs eaux pour livrer les terres à l'agriculture. Ce dessèchement (2) s'opère en coupant, b l’automne, les digues qui ont servi , au printemps, b élever les eaux : l'eau se retire ainsi vers le Delta, d'où elle s’écoule ensuite vers les marais et les Maremmes de la cote. De cette manière, toute ta haute et la moyenne Égypte peuvent toujours être inondées et fécondées, que l'inondation soit abomlante ou médiocre ; mais pour cela il est nécessaire d'entretenir avec le plus grand soin ce système de canaux ; ainsi, par exemple, l’ensablement des premiers canaux met b sec les vastes terres situées derrière; d'uu autre côté, l'engorgement des canaux fait que le fond se crevasse et produit des chutes d'eau et des cataractes quiaugmentent leurs ravages dans une rapide progression. Le gouvernement de l'Égypte a presque entièrement abandonné jusqu'ici ce système d’irrigation ; ainsi il n'est pas étonnant que la haute et la moyenne Égypte, malgré leur fertilité accidentelle, nous apparaissent aujourd'hui désolées, pauvres et dépeuplées, si nous leur comparons b l'époque de son antique prospérité.

(1) Voyez leur description, dam larlin.

(3) Girard, Obwrr., elc.

SIL. SX-fATOL’U. LAC XOEKI3.

3' ECLAtaCISSESEÎfT.

E l- Fayoum , le Bahr- Youscf et le Birket-eL k'eroun; l’ancien nome Arsinoile , le Labyrinthe et le lac ISœris.

Le Fayoum forme un bassin semblable à une l!«, large, presque rond et sépare du reste de la vallée du Nil; c’était le nome Arsinotte sifameux dans l'antiquité, presque entièrement oublié dans le moyen âge et dans les temps modernes , et découvert comme une seconde fois au commencement de ce siècle par les savansde l’expédition française. Kntouréde touscâtésde la chaîne libyque et des déserts de Libye , accessible seulement du côté de la vallée du Nil , par une étroite entrée, ce nome forme un tout naturelet un tout politique séparé des autres par la nature. Après la conquête, les Arabes étaient déjà maîtres depuis un an de la vallée du Nil, qu’ils n’avaient pu encore découvrir le Fayoum (1). L’expédition française s'empara aussitôt de cette contrée , parce qu’elle connaissait la fertilité de ce sol , et toute l'importance de cette position pour s’assurer la haute ou moyenne Égypte. Les hommes qui firent alors le plus pour la science sont : Girard qui étudia l’agriculture du Fayoum(2), Jomard (3) qui s’occupa de la géographie et des antiquités , et eut le bonheur de déterminer la position du lac Mucris des anciens (4) , celle de l’antique Arsinoé , et de retrouver les ruines du fameux Labyrinthe (1799). Il était secondé dans ses recherches difficiles par Bertre et Caristie. Après la victoire du général Kléber à Ileliopolis sur les Osmanlis , et surtout après la reprise du Caire, en Avril 1800, la sécurité régna de nouveau en Égypte, et l’institut, établi au Caire, s’occupa enfin systématiquement de la chorographie et des antiquités de l’Égypte; les hydrographes furent alors chargés d’étudier le régime du Nil , et l’ingénieur Martin parcourut , dans ce but, la province Beny-Souef et le Fayoum. Il fit le tour du lac Mccris et contribua h la rectification de la carte de cette province (S); mais le peudetemps

(1) Berbelot, Slbl. orient., p. 880.

(2) Girard, lém. aur l’agric, du fijomn.

(8) Jomard, Doser, des ant. du nome Arslnoïtc , etc-, Antlq., Dose., li, cli. xvn, p. 1-50.

(4) Jomard, «dm, sur le lac Morris, Ant., Descr., It, P. 79.

(5) Martin, Description D/drograpDIque des provinces du Beny-Souef et de Fayoum , état moderne, 11, planches, Atlas topograpti., 18, 19, 20, 81.

dont il pouvait disposer ne lui permit pas de faire toutes les observations qu’il aurait souhaité. D’autres voyageurs parcoururent depuis cette terre jusque-là inconnue, et Belzoni nous apporte encore ici le Iribul de ses observations (1). Nous sommes donc en état d'étendre sur ce sujet, comme sur presque toutes les parties de l’Égypte, le champdela géographie scientifique.

Quoique le Fayoum ait aussi beaucoup perdu, comme toute l’Égypte , par l’avancement des sables, il est encore cependant l’une des contrées les plus fertiles du monde (2). Il produit en abondance de l’orge, du riz et des légumes de toute espèce. Il est ombragé par des bois de dattiers , d’oliviers , des bosquets de rosiers qui fournissent d'essence de roses les contrées les plus lointaines de l’Orient. On y cultive encore le lin, l’indigo , le chanvre, le safran, le coton, le tabac et la canne à sucre ; on y trouve même des vignes qu’on ne rencontre dans aucune partie de l'Égypte ; la figue, le cactus, la pêche, l’abricot, la prune et toutes les autres espèces de fruits y viennent en abondance. Cependant le Fayoum est souvent dans la disette et la pauvreté la plus affreuse, parce qu’il est plus exposé que les autres provinces de l'Égypte aux invasions des Bédouins des déserts de la Libye. Lorsque l’inondation qui féconde le pays est très-forte , toute communication est interrompue pendant deux ou trois mois avec le reste de l'Égypte, Cet isolement complet est pour les tribus de Bédouins le signal du pillage (3). Le seul moyen de remédier à ce danger serait de construire une route toujours au-dessus du niveau des plus grandes eaux , et qui irait du Nil , près de Beny-Souef, jusqu'aux villages Ilaouarah et El-Lahoun à l’entrée de Fayoum : Martin en avait donné le plan : par ce moyen on aurait toujours des forces à opposer à ces invasions désastreuses.

Une seule gorge forme l’entrée par laquelle on pénètre de la vallée du Nil dans le bassin d’El- Fayoum, et c’est par cette gorge que le canal de Joseph y arrive ; à son ouverture dans l’intérieur même du ravin, est situé, sur la rive sud-ouest du canal, le gros bourg Haouarah-el-Kebyr , et , sur la rive nord-est , le village El-Lahoun ; ces deux villages communiquent entre eux par un pont à trois arches près duquel se trouvent plusieurs réservoirs pour régulariser les masses

(I) MUonl, voy, II, p. 143-188.

(Z) Jonuril, liocr., p. 2.

(3) flarün, Dcicr. hyürograpfa.

AFRIQUE , SYSTEMES u’eAV : IU* DIVISION, $ 27.

d'eau qui pénètrent dans le Fayoum. Nous appellerons ce lieu la gorge d’Et-La/ioun (1); elle est située à 4 lieues 1/2 à l’ouest-sud-ouest de Beny-Souef, sur la frontière de la province isolée El-Fayouru. En s'avançant à l'ouest, il travers cette gorge transversale de la chaîne libyque, entre les deux villages que nous venons de nommer, on aperçoit une très-grande plaine qui forme la province de Fayoum. La configuration de celte plaine a cela de particulier que sa pente la plus profonde n'est pasau milieu; mais qu’elle présenté , au contraire , en ce lieu , une croupe un peu élevée formant un plateau peu convexe qui s'étend h l’ouest. Cette éminence plane présente deux dégradations doucement inclinées, l'une au nord et remplie en grande partie par le Uirket-el-Keroun ou lac de Keroun (Mœrisi; l'autre s’abaisse au sud. Sur cette ligne culminante (2) qui s'étend h l'ouest et domine la dégradation du nord et celle du sud , est construit un canal qui conduit depuis le pont jeté à l'entrée île la gorge d'El-Lahoun jusqu'au centre de la province, à la capitale IHedynat-el-Fayoum /et par abréviation Médina, la ville). Ce canal conserve jusque-là le nom de Bahr-Yousef, traverse la ville, et se sépare à son extrémité occidentale en un grand nombre de petits canaux qui partent comme des rayons dans toutes lesdirec lions, et répartissent les eaux sur les terres des différons villages; la plaine en est ainsi également couverte aussi bien que la dégradation du sud et celle du nord. Ce grand canal est ainsi plus élevé que le solde iaproviuce du Fayoum. Il est creusé dans un lit de roches , et l'on voit avec étonnement , pendant les basses eaux , qu’il a été ainsi pratiqué de main d'homme. L'eau du Nil doit donc avoir une pente jusqu'à cette croupe du Fayoum. il aurait été impossible de creuser ce canal sans avoir auparavant levé le nivellement du pays (3). Les anciens Égyptiens connaissaient cet art, car ce canal est incontestablement l'œuvre d'une haute antiquité ; les ruines des monumens que l'on voit encore sur ces deux rives eu sont une preuve.

Très du village El-Laboun s'élève, à l'entrée delà gorge, une pyramide (4) bâtie en roche calcaire et recouverte de briques. Sa base, placée

(1) Jomanl, Dc-c. du nome Ar»fni.-ïlc.

(2) larlin, De*ur. hydrograpti., p. 205. — Jonurd, Descr., p. 1.— Girard, ubwrv., p. 203.

•(3) Joniaril, be»rr., p. 2.

(4) Jonurd, bcicr.i |>. 41.

sur une butte factice, a 60 pieds de longueur de chaque côté. Elle acncoreOO pieds de bauteur(l), mais elle est très-délabrée. Les briques dont elle est construite ont chacune 12 à 16 pouces de longueur ( 10 centimètres, selon Jomard ), et g à 6 pouces d’épaisseur (21 centimètres). On peut lui appliquer assez justement l'inscription de la pyramide du roiAsychis, rapportée par Hérodote : » J'ai été construite en briques faites avec le limon du fond du lac. » Au nord-est de cette pyramide , le versant de la chaîne libyque s'élève en un large plateau qui sépare le bassin occidental de Fayoum du bassin oriental de 1a vallée du Nil. Le village El-Laboun a une situation très-importante , près d'une grande digue qui fait refluer l’eau du Nil. Il nous parait occuper l'emplacement de l'ancien Ptolcmaïs-Porlus ou de P tolcnuiifion- Arnnoitum, cité sur la carte de Théodose (2), et autrefois situé à la distance de 6 milliaires d'iléracléopolis , aujourd’hui Ahnas. Jomard rapporte à la construction de cette digue l'inscription grecque du rouleau de papyrus trouvé à Gyseh, en 1776. Cette inscription est conservée dans le musée Rorgia , et elle contient la liste elles noms d'un grand nombre d'ouvriers qui travaillaient à une digue et à deux canaux (fossa Phogemeos et Argalidias). C’est probablement en ce lieu qu'on doit chercher ces travaux. Vis-à-vis El-Laboun , sur le côté occidental du prolongement du Bahr-Yousef, est situé le village Haouarah-cI-Kebyr , avec le pont que nous avons déjà cité. A 8,000 mètres au nord-ouest, se trouve, sur la même rive du fleuve, le village llaouarah-el-Soghayr.

Près de ce village se trouve un pont de dix arches (3), parallèle au Nil, et qui, dans les basses eaux, tient lieu d'une digue, car ses fondations sont alors au-dessus du niveau des eaux du Bahr-Yousef. Dans les grandes eaux, les flots se précipitent à travers les archet et tombent, de l’autre côté, d'une hauteur de 7 mètres. Ce point, le plus élevé de toute la province, est un peu plus bas qu’El-Lahoun, à l'est, à l'endroit oit le Bahr-Yousef pénétré dans la gorge. C'est là probablement qu’il faut chercher les portes (écluses?) qui, selon lesanciensauteurs, réglaient l’entrée et la sortie des eaux du Nil dans le lac Mœris.

Dans le voisinage de ce lieu , si important dans

(1) Bcieonl, Vnjp,, II, p. 143.

(2) Jomard, Oew., p. 11 ut 23.

(3/ Jomard, De*cr , p. 10.

Dit

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