‹ Geographie Generale CompareeChapitre 212 sur 293 · AFRIQUE , «SIEMES 1)'EAU : JU · texte numérisé non relu

AFRIQUE , «SIEMES 1)'EAU : JU

sert, dans le Fayoum. A l’ouest du Tillage, on aperçoit les traces d’un ancien lac , et le sol prouve que le lac Maris s’étendait autrefois jusque-là et qu’il touchait immédiatement au Bahr- Jlclama. Ce canal appartenait ainsi évidemment au système du lac Maris (1 ), et on pouvait le considérer comme le bras oriental. Cette supposition confirmerait ce qu’IIérodote (S) nous rapjiclle de ce lac, lorsqu’il nous dit qu’il s’étendait du sud au nord et non pas de l’est à l’ouest, comme le bras occidental actuel du lac Mœris, devenu beaucoup plus petit aujourd'hui et appelé, par les Arabes, Birket-et-Keroun.

Lorsqu’Hérodote nous affirme que le lac Mœris a été creusé de main d'homme , il ne faut entendre que sa communication orientale avec tes eaux du .Ml, c’est-a-dirc le Bahr Belama, et un seul coup d'œil suffit alors pour justifier l'assertion de l'historien grec; mais il serait impossible d'ajouter foi à ce témoignage si on le rapportait, comme autrefois, à tout le bassin du lac. En effet , où aurait-on transporté les 340 milliards de mètres cubes des terres produites par cette excavation (3) ?

Des calculs plus exacts, des considérations géologiques et physiques confirment ainsi les anciennes données , et souvent il ue faut que se placer à un point de vue juste pour reconnaître la vérité des assertions d’Hérodote , trop souvent accusé d invraisemblance, et qui. bien souvent, n est faux que lorsqu'il n'est pas compris. Mais revenons maintenant au village’ llaouarah-el- Soghayr , qui est comme la clef du système de cauaiisalion du Eayoum.

Non loin de ce village et de l’entrée du Bahr- Belama est situé le village El-Hasbeh, près duquel commence un second canal (4) creusé aussi de main d homme , sur des dimensions encore plus grandes , et qui , comme le précédent , s’étend à 1 ouest. Au nord de ce canal se trouve , dans la direction des villages Defennoué et Sedmoueh, une digue colossale, construite en pierres et de 7, 000 mètres de longueur (8, 800, selon Martin), très-forte et très-élevée ; elle a été bâtie, avec le plus grand soin , en pierres et en briques , souvent restaurée, prolablement par les sultans Fatimites, pour la dernière fois : mais son origine remonte assurément à la plus

(1) JonnnJ. Ocier , p. 87.— . Sarlln, p. 833. (3) HCrodolr, p. 140.

t*) Jomard, Ximolre, 1 , c., p. 88.

t<J ISM., Betc./p. 0.

haute antiquité. Pendant l'inondation elle refoule leau du Bahr-Yousef et jette la surabondance de ses eaux dans ce grand canal appelé Bahr-ellf ady, et qui pourrait bien être appelé canal de r Ouest, par opposition au canal du fiord, qui s'avance vers Tamyeh , au nord , et s’éloigne du premier à angle droit. Le Bahr-el-Wady a 00, 000 mètres de longueur , 16 à 17 mètres de profondeur, prèsd'F.I-Aryn,et40Ode largeur (1); son lit est encombré de limon à une profondeur de 6 mètres , ce qui est une preuve incontestable de sa haute antiquité. Il se dirige toujours à l’ouest, pendant six lieues, jusqu'au village Abou- Gondir (Abou-Kandyl) ; puis il tourne subitement au nord et près du village Nazlch, il a 400 mètres de largeur et 10 à 14 mètres de profondeur. De là, ses eaux s’écoulent à la rive méridionale du grand lac ou du Birket-et-Keroun. Cesdeux grands bras, dirigésau nord et à l’ouest, creusés parlesanciens , dans un sol de roche calcaire, conduisaient ainsi , il y a des milliers d'années, la surabondance des eaux du fleuve dans le lac Mœris.

L’ensablement du Nil et des canaux , la diminution de leurs eaux changèrent ces grands travaux avec le temps. Le coursoccidentaldu fleuve perdit peu à peu de son importance, et plus tard il conduisit les eaux du Nil dans le bassin de la Libye; mais , entre ces deux bras dirigés au nord et à l’ouest, on pratiqua depuis un canal beaucoup plus petit, qui part à'F.lHasbe/i en ligne diagonale, traverse, comme nous l'avons vu, la ville de Médina,|puis se sépare en un grand nombre de petits canaux dont nous avons parlé plus haut. Un bassin de briques, construit du temps des Arabes, situé à 14,000 mètres au nord-ouest de la capitale, près du village Abou- Kesch (4), réunit le surplus des eaux et sert de réservoir pour la saison de la sécheresse ; il est ainsi, pour la contrée, en petit, ce que le lac Mœris était, en grand, dans l’antiquité.

Cet aperçu général de cette curieuse contrée nous explique encore la nature du sol et toute la culture; au milieu est la nouvelle capitale.

Medixat-kl-Fatoum, c'est-à-dire la ville du Fayoum; Crocodilopolis, Arsinoé. Elleest située sous le 48° 41' 9” long, orient, du méridien de Paris et le 49° 48' 48” lat. nord, selon les observations de Martin (3), au milieu de celte contrée

O) Martin, ne*cr. hydro^Miili, p, 217,

(2) Jnmard, Dcscr., p. 0.

(3) Martin. Ocacr. hfdrograpb., p. 200.

ML. EL-FAY0LJ1. LAC nOERIS.

fertile que le système de canalisation met dans une entière dépendance de la capitale ; à l'ouest de la ville, les canaux principaux se séparent en rayons pour fertiliser le pays; mais ils sont pourvus, au point de départ, de portes et d'écluses, et c'est l'autorité de la ville qui fait la répartition de l’eau. Jomard assure que ce partage a toujours lieu avec égalité et justice. Médina ( 1 ) compte aujourd'hui 5,000 habitans, parmi lesquels il n'y a que très-peu de chrétiens ; elle s'élève au milieu de jardins et de bosquets délicieux , et un grand nombre de mosquées et d'écoles embellissent cette ville riche et florissante; on y voit cinq ponts. l.es chrétiens habitent plus au nord-ouest, dans le voisinage de Fydymyn où ils cultivent beaucoup la vigne, sans cependant faire beaucoup devin. Belzoni a visité aussi ce village, et il prétend (2) qu’il occupe l'emplacement de l'ancien Labyrinthe, parce qu'il a trouvé beaucoup de débris et Je ruines. Il appelle ce lieu Fedmin-el-Kounois, c’est-à-dire le lieu des églises. Un petit canal qui s'embranche dans le Bahr-Yousef , le sépare en deux parties , dont l'une est habitée par des musulmans, l'autre par des chrétiens cophtes, qui vivent entre eux dans la plus grande amitié. Ces chrétiens sont trèspauvres; ils possèdent un manuscrit d'une partie de la Bible , et ils le conservent comme une relique. Une tradition rapporte que trois cents églises s'élevaient autrefois dans cette contrée, et que les musulmans les démolirent pour en bâtir leurs habitations. Ce fait conduisit encore Belzoni à la supposition, non confirmée encore, que les ruines de ce lieu étaient les débris de l’ancien Labyrinthe.

Les produits du pays donnent à la capitale beaucoup d'aisance. L’eau de rose seule qu'on y distille (3) y amène des sommes immenses; le commerce la transporte dans toute l'Égypte; on en parfume tous les divans, et à chaque visite distinguée on en répand en l'honneur de son hôte. Cette ville est en outre la résidence d'un gouverneur.

La ville actuelle fut bâtie, en grande partie, sur les ruines de l'ancienne Crocodilopolis, à laquelle Plolémée-I’hiladclphe donna le nom d'Arsinoé, en l'honneur de sa sœur|4). Hérodote et les autres historiens ne nous disent que très-peu

(1) JomarJ, Descr., p. 8.

(2) Beiionl, vojr., il, p, 160.

(3) Ibbl.. p, 146.

(4) Mue, nui. Ml., XXVI, C. 8; xxvn, c. 8.

de chose de l’ancienne Crocodilopolis elle-même; Diodore ne la nomme pas. Les Cophtes lui ont conservé le nom d’Arsinoé; mais depuis la conquête des Arabes ce lieu fut toujours appelé Medinat-el-Fayoum (1). Ce nom rappelle assurément l'appellation antique : Piom ( 2 ) ( Fiom dans Marcel, Phiom dans (juatremère) a en cophte le même sens que Bahar en arabe. Ce mot exprime ainsi tout grand amas d’eaux, comme mer, lac, grand fleure, et il désignait ici le caractère général de la province. Les environs de la ville sont couverts de décombres ; mais c'est au nord que se trouvent les ruines les plus importantes d’Arsinoé (3).

Le sol est parsemé de fragmens de briques , de débris de colonnes, de statues mutilées , de blocs de granit, et les seules colonnes de granit de toute la Basse-Égypte se trouvent ici et dans les ruines du Labyrinthe. Belzoni trouva souvent du verre fondu dans les décombres; il pense que l'ancienne ville avait été détruite par le fer et le feu, et qu’elle fut autrefois l'une des cités les plus importantes de l'Égypte. On reconnaît encore dans plusieurs mosquées des pierres qui ont servi à des constructions antérieures. Les décombres occupent, du sud au nord, une longueur de 3 à 4,000 mètres; de l'ouest à l'est une étendue de 2 à 3,000 mètres. Klle s'étendait probablement jusqu’aux ruines de Bayhamou ( 4 ), où l'on voit encore aujourd'hui deux piédestaux gigantesques (8 met. de long, et 10 de haut.) qui portaient assurément des colosses semblables à ceux de Thèbes. Ils sont placés à 100 mètres de distance l’un de l’autre. Hérodote, Diodore et Pline nous rapportent que l'on voit sur les bords du lac Mceris les statues d’un grand nombre de rois égyptiens. Les habitans actuels appellent aujourd'hui ces deux blocs Rigl-Faraoun , le* pied s de Pharaon. L’obélisque de Begyg (5), qui glt renversé à un quart de lieue au sud de Médine, faisait assurément partie des monumens qui embellissaient Arsinoé. 11 est brisé en deux fragmens, de magnifique granit rouge, taillé avec beaucoup d'habileté, et se distingue des autres en ce qu’il a deux faces très-étroites et les deux autres doubles des premières. Les faces étroites n'offrent point de sculptures, tandis que

(1) Jominl, Peser. a. 6.

(2) Cbsmpolllon , 1 , p. 325 — iJi'SIrcnitre, I, p. 3Bt-416. ;3) Jomjird, Peser., p. 1.

(4) ISM., P. 8.

(5) Ibid., P. 8 et 43.

AFRIQUE, SYSTÈMES dIuS , III* DIVISION, § 37.

les deux autres côtés sont couverts d’hiéroglyphes. Il ne se termine pas , comme les autres obélisques, en une petite pyramide, mais il présente à sou sommet un cylindre dont les bases reposent sur une courbe parabolique. C’est le seul monument passablement conservé qui nous reste aujourd’hui de l’antique Arsinoé.

Birket-ei-Keroun, lacMoeris. — line nous reste plus qu'à observer le grand lac qui remplit la dégradation septentrionale de la plaine du Fayoum , car la contrée formée par la dégradation du sud est restée pour nous inconnue. Martin nous apprend seulement (1) qu’à deux journées de Médinat-el-Fayoum, est situé le petit lac G/iaraq, dans un angle de la chaîne libyque; une coupure qui traverse celte chaîne entre les deux monts Rayan , sert de route pour aller à la petite oasis. Non loin de ce lac, près du village Vedynct-H'ady. on trouve les ruines d’une ville qui n’ont pas encore été beaucoup observées. Le village G/iaraq est situé à deux lieues au nord du lac appelé Garuh-bla-el-Gharaq. La contrée est presque inhabitée , et cependant elle est susceptible de culture, mais les sables recouvrent aujourd'hui la plus grande partie du sol. Une source salante , située près du lac , est le seul produit qu’offre le pays aux habitans d t!tazleh\ ils puisent l’eau de cette source, la font évaporer au soleil et obtiennent ainsi du sel (3).

Si, au contraire, on avance au nord de Medinat-el-Fayoum , on aperçoit un lac immense, dont la présence est une merveille au milieu du désert aride de la Libye.

Une tradition du pays (ï) raconte, qu'avant Joseph, fils de Jacob, la province était une grande mer intérieure qui recevait ses eaux du Nil; mais Joseph fil construire une digue dans la vallée du Nil , pour empêcher le fleuve de décharger ses eaux dans cette province. Depuis ce temps, l’eau du Fayoum (Phiom) se déversa dans la mer, et bientôt le grand bassin de cette province fut mis & sec et changé en un jardin fertile. Les eaux qui restèrent se rassemblèrent, au nord, dans le Birket-el-Keroun actuel, et, au sud, dans le Birket-Garab : ces deux lacs diminuent progressivement et deviennent toujours de plus en plus petits, h mesure que le soleil vaporise leurs eaux. Martin ne regarde pas comme une invention moderne cette tradition remarquable, qu’il re-

(1) Martin, aérer. lir<lrogr»ph., p.219 (3) IhW., !>. 816.

14} Martin, Dctcr. bydrofrapti., p, SOS.

cueillit sur les bords du lac Morris. Elle lui parait contenir beaucoupde vérité, car elle s'accorde généralement avec ses propres observations sur le lac; elle explique aussi l’étendue plus grande que ce lac avait autrefois et sa destination comme réceptacle et réservoir des eaux, telle que les anciens nous l'ont indiquée.

Le lac Keroun occupe actuellement le nord du bassin du Fayoum , dans la direction de l’oueslsud-ouest, sur une longueur de 11 lieues. Tout près de son extrémité orientale est situé le vrillage Tamye/i, près duquel se trouve le Babr- Belama , et sur la rive méridionale est Kassr- Keroun, antique ruine égyptienne. Ces deux endroits sont placés aux deux cornes que le lac fait à ses extrémités. Sa rive méridionale s’étend presque parallèlement aujourd’hui avec sa rive septentrionale, car il n’a nulle part une trèsgrande largeur. Il compte aujourd'hui 33 lieues de tour(l).On voit à la nature de ses rivages qu'il a beaucoup diminué depuis que le canal de Joseph ne lui envoie plus que très-peu d'eau. 11 s'étendait autrefois deux lieues plus au sud, et, en 1673, ses eaux s'avançaient encore jusqu'auprès du village Sennoures, car Wansleben s’y embarqua cette année-là. Le sol de ce village, ainsi que les lieux Terse/i, Abou-Kesch , Abthnuay-el-Roumman , situés le long de la rive méridionale, sur une haute crête tranchante, dans une ligne droite de l’est-nord-est à l'ouestsud-ouest, indiquent aujourd’hui la limite de l'ancien lac desséché. Il s’abaisse , à partir des lieux que nous venons de nommer , jusqu’au lac actuel , et le soi est couvert en grande partie de sable, coupé par des lagunes et des croûtes de sel, sans habitations , inculte et parsemé çà et là de quelques buissons desséchés et de tamarins.

La rive septentrionale du lac appuyée contre les montagnes abruptes s'est beaucoup moins retirée que la rive méridionale ; la nature du rivage à l'ouest nous indique qu’il n’a pas dû s'étendre plus loiu de ce côté où est située la ruine Kassr-Keroun , à une demi-lieue du lac; mais il est probable qu’à l'est il s'avançait dans la plaine jusqu’au village Tamieh. Il résulte de ces documens sur les changemens successifs de l’ancienne étendue du lac , que sa plus grande largeur fut autrefois de 4 lieues , sa longueur de 17 et son pourtour de 40 lieues, comme il est facile d’en juger d’après la carte levée par les

(I) Jonurü, Mtcr.,1*. 5.

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