‹ Geographie Generale CompareeChapitre 213 sur 293 · NIL. EL-FAYOUM. LAC MOERIS · texte numérisé non relu

NIL. EL-FAYOUM. LAC MOERIS

f rançais ( 1 ). Telle était , à peu près, la grande •étendue de ce lac, <jue Strabon décrit avec étonnement, et qu'on peut comparer à la surface majestueuse du lac de Genève. Un certain équilibre s’étant établi, avec le temps, entre l'évaporation et la faible contribution du Babr-Yousef, le lac Mœris semble être arrivé aujourd'hui h son minimum d'étendue.

Martin (i) consacra une attention toute particulière h la partie occidentale du lac. La chaîne lihyque, dont il baigne immédiatement le pied, est ici sa limite naturelle. Le voyageur n’aperçut de ce cdté aucune coupure, aucune trace d’une prolongation d’un prétendu Babr-Belama , tel que d'Anville et d'autres après lui l’ont dessiné sous le nom de Lycus fluvius. I.a chaîne de montagnes, au lieu de présenter une ouverture, se continuait toujours , h perte de vue , dans la direction du sml-ouesl , et tous les Arabes s'accordaient à dire qu'il n’y avait nulle part de lit de fleuve desséché ou de vallée ouverte à travers laquelle l'ancien lac aurait pu se décharger dans le désert de Libye. L’extrémité occidentale du lac confine de si près au versant des montagnes, que le chemin étroit qui s'étend sur ses bords est tout parsemé de débris de rochers, et le rivage couvert d’une croûte de sel, ce qui rend le passage très-pénible.

Il en est tout autrement de l'extrémité orientale du lac près de Tamyeb , localité que nous avons déjà étudiée plus haut. La vallée n’est nullement fermée ici , et le plateau calcaire qui sépare l'El-Fayoum de la Basse-Égypte est coupé au contraire par une grande vallée profonde , découverte pour la première fois par Martin (5). Selon l'affirmation de cheikh Aly , la route qui conduit d’ici à Gyseh, sur le Nil, et jusqu’à Alexandrie , passe par celte vallée à travers laquelle le Bahr-Belama doit avoir sa prolongation; le mémoire d’Andréossy (4) qui confirme en tout point ces indications , nous assure que le Bahr- Belama apparaît de nouveau près des lacs de Natroum. Nous ne pouvons pas encore assurer sicetterouteestbien la même quecileJomard(S) et qui, venant de Gyseh, passe par Atamyeh,

(!) Grande f arl« lopttpraph qt»c de l'Egypte, iUt moderne,

yo*. i, pi. e.

(2) Martin, Poser. , hydrograph., p. 215.

(3) Ihld Prier., p. 212.

(4) «cm. d’Andréossy sur 1* vallée des lacs de Ifairoum «t celle du fleuve sans eau, Bée. éç., S. !,p. 286.

(5) J omar J, Dc»c.,p 5.

longe le pied des pyramides de Melamyeh, et s’avance, au sud-ouest, à Tamyeh. Aucun voyageur n’a encore pris cette route qui nous donnerait des révélations importantes sur l'ancienne histoire du lac Mœris; celte vallée demeura même inconnue à Jomard qui fit ses recherches une année avant Martin.

On ne trouve donc aucune trace d’ouverture sur la rive occidentale du lac, à l’endroit où d'Anville a placé son l-ycus flurïus ; le sol , au contraire. s'élève toujours de plus en plus; c’est ici, à l’est selon les découvertes de Martin, que les eaux du grand lac Mœris se déchargeaient dans la Basse-Égypte. L'eau du Nil entrait assurément dans le lac Mœris par la gorge A’El- La/ioun , où est le lit du Babr-Yousef qui , à en juger par sa faible prolongation à l’ouest, est d’une date plus récente. La même gorge d’EI- Lahnun ne pouvait pas servir en même temps de décharge, car Strabon donne explicitement deux bouches au lac Mœris («ari Birifo» ri» (1). La conformation actuelle des lieux rend encore impossible cette supposition , car l'eau du Nil se précipite d'une hauteur assez considérable sous 1rs arches du pont A'Haouarah-rt-Kebyr; le lit du canal qui la reçoit est creusé dans la roche nue , et ne peut pas par conséquent avoir changé son élévation. Malgré la grande étendue qu'avait le lac Mœris, du temps de Strabon, et quoiqu'on ne puisse comparer son périmètre d'alors avec sa surface actuelle, le niveau du lac était cependant au-dessous de la crête tranchante de Medinat-el-Fayoum. Le canal de Joseph domine actuellement toute la contrée et occupe la ligne culminante du plateau; il était donc impossible que les eaux du lac refluassent par ce canal ou par un de ses bras dans la vallée du Nil. L'eau n'a pu avoir un libre jeu qu'à l'époque où tout le Fayoum ressemblait à un golfe formé par les eaux du Nil , selon la tradition que nous avons citée plus haut, et qui remonte avant l’époque de Joseph.

Les eaux de la haute et de la moyenne Égypte entrant parl’étroilegorge d’El-Lahoun, devaient nécessairement se déverser par uneantre ouverture, quand l’inondation avait baissé ; cette décharge ne pouvait avoir lieu que par la prolongation dn Bahr-Belama dans la vallée de Tamyeh (S), et vers l’Égypte inférieure, plus basse que la moyenne Égypte et que le Fayoum. Ainsi

(1) VnlMi, XVTI, p. 677, M. î*jch.

(2) anrtln, Ocvcr bydrosrjph., p. 22 î.

l'art de construire drs canaux avait fait du nome Arsinolte un grand bassin dans lequel la Haute- Égypte envoyait la surabondance de scs eaux , qui auraient pu devenir désastreuses pour la Basse-Égypte. Retenues pendant quelque temps, probablement par des digues élevées b l’est de Tamyeh, devant la vallée, suivant l'ancien système d'irrigation, les eaux étaient ensuite distribuées au Delta, desséché h l'époque de la baisse des eaux , de sorte que la contrée de Memphis , située immédiatement au débouché de la vallée de la Tamyeh, se trouvait arrosée et fécondée une seconde fois. De cette manière , la géographie seule nous explique l'énigme de l'ancienne Égypte sur laquelle les passages des auteurs Classiques étaient h peu près inintelligibles.

Il ne nous reste plus qu’à examiner les ruines éparses sur les rives du Birkel-et-k'croun. A l'extrémité méridionale du lac, au nord de Médine, près du village Sennoures (1), s'élève la plus grande construction, au milieu d'un groupe de palmiers. De celicu au nord, régnent partout, sur les bords du lac, le silence de la mort et du désert; on ne voit ça et là quequclqucs pauvres huttes de pécheurs. Belzoni s'embarqua en ce lieu sur une barque très-grossièrement construite, etcotoyale rivage. Le Nil avait envoyé, cette année, une si grande quantité d’eau douce dans le lac, que les pécheurs ne se rappelaient pas avoir vu un semblable phénomène. Le fleuve y entraîne annuellement une grande quantité de limon qui en change plusou moins le niveau et le sol. Martin pense, d’après l'observation des couchesdu terrain, que levillageacluelde Sennoures est construit sur une ancienne lledu lac Moeris, et que les petites éminences voisines pourraient bien être les Iles du lac, chargées, selon Hérodote, de pyramides colossales ; on voit de semblables éminences sur la rive septentrionale du lac. Belzoni (3), remarqua, dans le lac même , une lie appelée El-llear , et complètement déserte aujourd’hui ; on prétend avoir remarqué des piliers écroulés, à l'est de cette Ile. Les eaux du lac (3) sont transparentes et claires, mais saumâtres, moins salées cependant que celle de la mer ; elles nourrissent d’exccllens poissons et un grand nombre d'oiseaux aquatiques. Les pécheurs ne viennent y jeter leurs filets qu'à l'époque de l’inondation.

(1 ) Martin, Descr. bjrd,, p. 21 0. — Belzoni, Voy , II, p. 1 46. (2) Br.zoui, Voy., II, p. 150.

(2) AU, p. 213.

Ta rive orientale ne nous offre rien de remarquable, excepté la contrée de Tamyeh; la rive septentrionale s'élève presque partout comme un plateau calcaire, à la pente abrupte. En venant de l’est on aperçoit ici, sur le rivage, des ruines à demi enfouies sous le sable, et se prolongeant dans une étendue de 1,000 mètres, à un endroit où la chaîne libyque est encore à deux lieues de distance au nord(l); le sol est parsemé d'une craie rouge que les Arabes ramassent, et dont ils se servent pour la teinture. Ces ruines semblèrent à Belzoni celles des bains antiques, et il leur donna le nom d ’El-Haman. Ce voyageur trouva le sol qui s'élève aujourd'hui à 40 pieds au-dessus du niveau actuel du lac , tout couvert de coquillages, preuve que les eaux séjournèrent autrefois à cette hauteur.

Plus à l'ouest, à l'endroit où les montagnes escarpées s'avancent jusqu'au bord du lac, Mar tin découvrit sur la hauteur du plateau les ruines d’une ancienne ville (3), parmi lesquelles il crut reconnaître celles d'un palais. Les Arabes leur ont donné le nom de kassr-Tofcharah , palais de Tafcharah , ou bien Mcilinat-lSimroud, la ville de Nimrod. Jomard pense que c'est la ville Bacchis de Plolémée (3). Les décombres s’avançaient jusqu'au bord du lac; ils avaient 300 mètres de longueur et 600 de largeur du nord au sud ; ce sont pour la plupart des murs énormes, élevés et épais, bâtis en briques composées de craie blanche, de paille hachée et d'argile, et cuites nu soleil ; chacune a 30 centimètres de longueur , moitié de largeur et 7 d’épaisseur , ce qui fait juste la moitié de la dimension des briques de la pyramide d’Ei-Lahoun. On y trouve aussi des urnes de momies. L'emplacement de cette ville déserte est indiqué sur la carte française.

Belzoni découvrit sur le plateau de la rive septentrionale uneseconde ville déserte différente de la première et située plus à l'ouest dans une localité exactement semblable. Les Arabes l’appelaient Denay( 4). Il la prit pour la Dionysias de Plolémée. Cette ville est peut-être le Bacchis de Plolémée , située sous une latitude différente, mais sous le même méridien que Dionysias. Belzoni vit un grand nombre de maisons écroulées, entourées de hautes murailles en bri-

(1) nelioul, voy., u, p. 156, 812.

(2) Mutin, p. 213.

(3) Jomard. Doter., p. 12. — Ptolém., IV, c. 5, lob. lit.

(4) Oclzoni, Voy., Il, p. 254, ir. I. table.

Page 1