X1L. EL-FAÏOUM. LAC HOER1S
qucs, qui servaient d'enceinte % la ville. Les maisons étaient placées à 3 ou i pieds l'une de l'autre et non alignées en rues ; mais un grand chemin, paré en pierres, conduisait aux ruines d’un temple, dont la façade est tournée vers le sud. Le voyageur remarqua arec étonnement la disposition intérieure des maisons qui, sous un pavé composé de briques , de poutres, d’argile et de roseaux, avaient aussi des chambres souterraines qui oflraienl des tracesévidentesd’unc ancienne habitation, et dans lesquelles se trouvaient maintenant des troupeaux. Les maisons avaient 10 k 14 pieds carrés avec des entrées de trois pieds de largeur; elles ressemblaient en quelque façon à des édifices en forme de tour , mais tout est trop détruit pour en juger. Il en est de même du temple bâti en pierres colossales, qui étaitd'uneimmense étendue; on trouva dans les décombres les débris d'une statue d'Apollon , en marbre de la Grèce , et deux lions dont la matière était inconnue k Belzoni. Le temple a 140 pieds de longueur, les murailles 8 pieds d’épaisseur, et elles s'élèvent encore S une bailleur de 30 pieds. Le nombre des maisons éboulées se monte environ h 500. Au nord de la ville est une vallée autrefois cultivée , mais aujourd’hui couverte de sable. On voit, h l’ouest de la ville, sur les bords du lac , des forêts de roseaux , remplies d’oiseaux aquatiques , parmi lesquels on remarque des bécasses, des canarda, des pélicans et d’autres oiseaux semblables à ceux qui peuplent les bords du Nil. Plus loin k l’ouest, vis-à-vis Kassr-Keroun, on remarque sur le rivageun grand nombre de tronesd’arbres morts (1) de la grosseur d’un bras ou d’une cuisse, et à l’extrémité occidentale du lac, avant d’arriver au bord étroit encombré de blocs de rochers , croissent des buissons et du bois qui embarrassent le passage et indiquent la présence d’un sol fertile et cultivable.
Le point le plus remarquable sur la rive méridionale du Birket-el-keroun est Kassr-Kf.roiv (yasr-Qéroun) (2), situé à une lieue, k l’est, de l’extrémité occidentale du lac. Belzoni appelle Kassar-el-Haron les merveilleuses ruines du temple. Elles sont situées k 6 lieues k l'oucstnord-ouest du village Nazleh, au milieu d’une ancienne ville renversée dont l'enceinte, d’une
(1) Martin, Dcscr. h, drosraph . p. 315.
(2) Jomard, Description du temple égyptien connu mus le nom de Qisr Qéroun, p. 13-22- — ■artin, p. 216. — Bitzonl, \oyage., II, p. 149.
demi-lieue de tour, est toute couverte de temples, de fragmens de colonnes et de blocs de pierre. La plus grande partie de cette ville est recouverte par les sables. On voit encore, k l’est, à l’endroit où les Arabes appellent la contrée Beleri-keroun, une porte octogone, et près de lk une terrasse sur laquelle s’élève un petit temple semblable au temple quadrangulaire de Plie de l’hilæ. Belzoni le prit pour un édifice grec. Jomard pensa aussi qu’un grand nombre de ces édifices aujourd'hui détruits sont de construction plus récente que les autres monumens égyptiens, ou du moins qu’ils ont été postérieurement restaurés. Belzoni y remarqua des fragmens de marbre et une espèce d« granit blanc étranger k l'Égypte. Martin prit ces ruines, ainsi que celles situées k l’est, le long du lac , et appelées par les Arabes Kassr-Benat (Kassr-Kophou etKobaldans Pococlte), pour des édifices postérieurs , par la raison qu’ils ne sont point recouverts d’une couche de terre comme les monumens de la haute antiquité.
Kvssr-Keboux, la ruine principale, est située sur une petite éminence qui porte des traces de l’ancien niveau des eaux;desorteque le lac baignait probablement autrefois le pied des ruines. L’édifice n’a pas été renversé par le temps, mais bien par la main de l'homme , et cependant la destruction n’empêche pas de reconnaître le caractère du monument. Sa façade (1) regarde le sud-est ; on y voit aussi les restes du portique qui avait ïi pieds de profondeur et deux gros piliers de 11 pieds de largeur, probablement ajoutés depuis. On n'en voit de semblables dans aucun monument égyptien, et ils portent une inscription grecque avec le nom de Thermuthis, le serpent sacré. Le temple qui succède au portique a 88 pieds de longueur, 58 de largeur et 29 de hauteur; de sorte que le rapport des trois dimensions , hauteur , largeur et profondeur , peut se représenter par 1 , 2,3, combinaison la plus simple qu’on puisse imaginer.
Les murs ont quarante-deux assises, et toutes se composent de pierres de dimension égale, excepté une seule pierre placée dans la muraille du sanctuaire , et qui est beaucoup plus grosse que les autres; les Arabes croient qu’on y a caché de l’or. Toutes les montagnes s’élèvent en pyramides . et présentent un talus dans le vrai style égyptien; toutes 1rs parties de l’intérieur
(1 > acarriptlon, -le rSsTPte antique, planches, vot. IV, pl, eo. 70.
eide l'extériruraticslent la plus grande symétrie: au dessus de l'entrée plane le globe ailé du inonde; mais à l'exception de ce signe , l’exlérieur du monument est sans ornement et sans hiéroglyphes.
L'intérieur est tout ruiné, cependant on reconnaît encore cinq salles dont la dernière était le sanctuaire. Celte dernière salle contient des sculptures habilement exécutées; on y toit deux globes portés par des serpens , et la frise se compose des fruits du lotus ( ubacus ). Audessous, on remarque le boeuf Apis. Derrière cette salle se trouve une pièce secrète, haute, obscure, et très-sonore; on y pénètre par une entrée très-étroite, pratiquée pour un seul homme, et qui peut être fermée par une pierre : Jomard l'a prise pour un oracle d'où la voix prophétique du prêtre, grossie par l’écho, se répandait dans toute l’enceinte du temple.
Danslesparliesque la destruction a épargnées, les sculptures se sont conservées dans toute leur perfection et leur fraîcheur; les pierres les plus pesantes qui forment le plafond des salles et ont 34 pieds de longueur, n'ont pas dévié de leur liaison. On trouve encore dans cet édifice remarquable , à côté des salles principales , cinq autres chambres étroites dont les unes n’ont pas d'ornemens; elles sont aujourd’hui remplies de décombres que les Arabes ont souvent fouillés pour y chercher de l’or. Jomard suppose qucces chambres scrvaicntautrefois'a garder des crocodiles; cet animal était si honoré dans le nome Crocodilopolis que les prêtres l’apprivoisaient, comme Strabon l’a observé lui-même.
Des escaliers conduisent dans l’intérieur de l’édificc h un second étage rempli de chambres où l'on remarque les seules figures humaines qui se trouvent dans tout le temple; on voit un Osiris aux cornes de bélier auquel un prêtre offre un sacrifice, mais le tout est très-endommagé.
Le temple est construit avec les roches calcaires qui composent le sol depuis Nazleh jusqu'au lac, et cette pierre est susceptible d'une espèce de poli. Le monument est de construction égyptienne, et ressemble b ceux de la llaute- Égypte, de l’bilæ et de Thèbes; mais on n’y remarque pas les magnifiques sculptures et les hiéroglyphes qui décorent ces anciens édifices, et c’est pourquoi on l’a regardé comme un ouvrage postérieur. Cependant on voit aussi b Thèbes les ruines de temples dont les hiéroglyphes ne sont pas achevés. Il est très-difficile , dit Jo-
inard, de déterminer l’époque de sa construction. La lumière ne pénètre dans le temple que par la porte d’entrée , et l’obscurité mystique s'épaissit de plus en plus à mesure qu’on avance vers le sanctuaire. La chambre sonore pratiquée derrière le sanctuaire, l’Osiris-Ammon et la situation de Kassr-Kcroun à l’entrée de la route qui conduit è l’oasis de Jupiter-Ammon, permettent de supjioser avec raison qu’ici était autrefois un oracle fameux. Il serait possible, pense Jomard, que le nom de Kassr-Keroun (palais cornu) ait été donné au temple li cause des quatres cornes ou saillies de la corniche qui ressemblent h des cornes d’Ammon, et s'avance en forme d’arc aux quatre coins du temple. Les Arabes donnent ordinairement ce nom aux volutes des chapiteaux corinthiens. ( Abou't-Que roun ) (1). Le lac aurait reçu le nom de Birketel-Kcroun, du temple principal qui s’élevait sur ses bords. Ce nom nouveau (l'ancien nom nous est demeuré inconnu ) a donné l'occasion aux élymologistes modernes de voir ici un palais etunlac de Caron, ils ont donne ainsi au nocher égyptien qui passait les momies sur le fleuve, le nom de la fable grecque , et ont cru trouver dans le Birket-el-Keroun et le lac Mceris un lac mystérieux de l'Hadès égyptien. Les lies des pyramides et les tombeaux des douze mausolées du Labyrinthe sembleraient confirmer cette interprétation. De nouveaux voyages dans celte province latérale de l'Égypte, nous promettraient assurément d’importantes découvertes sur la nature, l'histoire et les antiquités de ce pays de canaux. Mais malheureusement les dangers que celte contrée présente aux voyageurs opposent les plus grands obstacles à l'étude et à l'observation du pays. La capitale et les environs sont habités par des cultivateurs paisibles et laborieux. Des Arabes de la horde des Sammalou (3), la seule qui possède des habitations fixes, se sont établis dans la plupart des villages. Girard (3) les divise en deux branches qu'il appelle les h'orghan et les SemelnJious. Ces Arabes sont arrivés ici, en des lemjis différens, des états occidentaux de la Barbarie. Les h'orghan ont continué de vivre sous des tentes, selon la coutume des bordes nomades, tandis que les autres se sont répandus dans les villages, cl ont
(1) Jomard, Peser. r. 22.
(2) Martin, Peter. Pydrotraplt., p, 210.
(3j Cirant, lur les habitant de layount, Ment. surrSgyido, III p. 360.
DELTA. HYDROCÊOGRAPHIE.
pris le genre de vie des Fellahs et des paysans égyptiens. Ces hordes se composent de huit tribus qui habitent dans dix-sept villages; ils ont 808 hommes de cavalerie, 910 hommes d’infanterie, et possèdent 1,088 chameaux et 7,080 moutons, du moins telle était leur richesse quand Martin (1) parcourut leur pays. Cinq autres tribus nomades habitent encore la même province; elles ont 1 ,800 hommes de cavalerie, 1,088 hommes d'infanterie; elles possédaient, à cette époque, 3,300 chameaux, et 13,600 brebis.
Dans le voisinage du Fayoum habitent un grand nombre de tribus arabes qui , selon leur coutume , sont continuellement en guerre entre elles; elles se seraient déjà détruites depuis longtemps, si les récoltes et les troupeaux des riches habitans du Fayoum ne leur offraient pas annuellement un butin plus abondant et plus sûr que leurs propres possessions. Ces hordesarabes fondant tous les ans sur le Fayoum de l'est et de l’ouest, sont un vrai fléau pour les habitans de celte province.
Les tribus les plus redoutables sont les Arabesl)afé de Beny-Souef qui, dès que les eaux duNil atteignent leurs habitations près des villages Menfastel Oboueyt, quittent aussitôt leur séjour en bandes nombreuses, et tombent tout h coup par Tamyeh dans le Fayoum pour piller le pays. Les Arabes-Forghan qui habitent les déserts d'Alexandrie et de Bahyreh , s'élancent de l'ouest, près de Kassr-Keroun dans la vallée féconde, et pillent les villages des Sammalou (Semelnhous). Tel est l'étal actuel du nome Arsinoltc, si fameux et si vanté dans l'antiquité.