CHAPITRE VI
colins INFÉRIEUR DU RIL DASS LA BAS8E- ÉUYPTE, DELTA.
APERÇU
Près île la saillie de la chaîne libyque couronnée par les pyramides , le Nil entre de la moyenne Égypte dans la Basse-Égypte , où il arrose (2) des plaines sans Un, couvertes de sable
(1) Berlin, Tableau des arabes de la province de rayoura. descr. brdrogratdi., «te., p. £20.
(2) clrard, Observation» sur la Valide, vdm. de l Acad, - ■ale des sciences. Paris, 1819, il, p. 182.
et de limon, sans montagnes, sans collines, sans pierres. La chaîne libyque quitte tout h coup sa direction normale vers le nord , et s'avance au nord-ouest ; la chaîne arabique , appelée le Mokattam , c’est-à-dire la montagne escarpée, tourne subitement h l'est, au delà de la vallée de l’Égarement, la plus septentrionale des vallées transversales qui conduisent à la mer Rouge. La surface plane s'étend ainsi au nord, à partir de l’angle obtus de 14», dans une largeur toujours croissante, sous la forme d'un delta.
Le sol cultivable de cette surface ne se prolonge pas jusqu'à la mer, de même qu’il ne confine pas immédiatement au pied des montagnes qui étaient autrefois le rivage primitif de cette grande baie. Il est séparé des montagnes, au sud-ouest par une bande étroite de déserts de sables mouvons apportés du désert de Libye , et au sud-est par une zone semblable qui s'est avancée jusque-là , de l'isthme sablonneuxd e Suez.
Au sommet méridional de ce Delta, le Nil se sépare à 28 kilomètres du Caire ( 8 lieues), près de l'antique Kerkesnura , à l’endroit appelé Baln-et-Bakarah. c’est-à-dire le Ventre-de-lu Vache, en deux bras principaux, dont l'un se dirige au nord , et va se jeter dans la mer audessous de Rosette (Raschid). L'autre, qui est plus long et plus fort, sépare la basse Égypte en deux moitiés à peu près égales , et se jette dans la mer au-dessous de Damiette (Damiat). Les deux bras portent aujourd'hui le nom des villes situées à leur embouchure ; mais autrefois celui de Rosette s'appelait Bolbititiique et celui de Damiette le Bucolique (l’hatmétique dans Strabon). A l'ouest du Nil se trouve la plaine de Baiiié où est située Alexandrie aux portes de laquelle commence le désert de Libye, et à l’estse trouve la plaine de Sharkjé un peu plus fertile que la première et où commence à l'est de Belbeys le désert de sable de Suez.
Hérodote donneau Nil cinq embouchures naturelles et deux factices (1) (la Bolbinitique et la Bucolique); il se contente d’en citer les noms sans suivre l’ordre géographique, ce qui a laissé quelque incertitude à son récit. Toute l’antiquité nous cite septem ostia AlA; entre l'embouchure de Canopc, à l'ouest, près d'Aboukir, et celle de l’éluse. à l’est, près du lac de Menzaleh (2) ,
(1) nlrodote. Il, e. 17.
(2) Dubolt-AyniC et Jolloh, voyage >!vnt rinlCrieur ilia Delta, contenant üc» rccbtrcbcs gcograpbt<|tic» sur quel'iucs
AFRIQUE, SYSTEMES D'EAU : m« DIVISION , J 48.
s'étend la plaiiic unie (lu Delta; elle ue présente pas la moindre élévation, seulement elle est coupée çà et là parties terrasses factices, (les dunes, des marais dans le voisinage de la mer, et par des canaux dans l'intérieur des terres. D’apres les calculs les plus exacts des astronomes et des ingénieurs français, le Delta a 34 lieues (16 myriamèlres) en droite ligne, depuis la pointe méridionale jusqu’aux embouchures de Rosette et de Damiette; les deux bras ont, en comptant toutes les sinuosités , un développement de 48 lieues ( 83 à 34 myriamètres ) ; la base du Delta porte avec tous les détours de la cèle, environ 29 lieues ou 14 myriamètres 1/2. L’embouchure du bras de Rosette et celle du bras de Damiette sont à 13,700 mètres l’une de l’autre en ligne droite.
Nous considérons d’abord le cours des eaux, parce que c’est le seul moyen de s’orienter dans le Delta, aussi bien celui de l’antiquité que celui des temps modernes.
1” ÉCLAIRCISSEBEKT.
Les deux bras de Rosette et de Damiette avec
leur littoral. Aperçu hydrographique et
topographique delà Basse-Égypte d’après
les bras et canaux anciens et nouveaux.
Bras de Rosette avec sa rive gauche (1). —Ce bras coule d'abord parallèlement à la limite du désert de Libye, dans une étendue de 8 lieues (4 myriamètres) jusqu'à Terraneh. C’est près de ce lieu que se termine le canal de Joseph appelé hl-A'sarah ou le canal des pyramides. De Terraneh jusqu’au commencement du canal de la province Bahyreh , 6 lieues (3 myr.) en aval, le Nil oppose lui-mème une barrière aux niasses de sable, qui sont arrêtées par les forêts de roseaux de la rive gauche, et s’amoncèlent en dunes escarpées, près du fleuve. Le canal de Bahyreh, qui se dirige au nord-ouest jusqu'au lac Maryout (Mareotis), semble n’avoir d’autre destination que de protéger l’Égypte contre les sables du désert, pendant que le bras de Rosette coule au nord, à travers la plainequ'il fertilise par un nombre infini de petits canaux . Les plus iuiportans sont : 1" le canal de
villes ancienne*, scct. I, Ucscr. de l’tÿjrptc, E. Jl., livrais. l»l. P- 01, avec la carte hydraulique du Ocila.
(1) Uirsrd. Observ., p. 193.
Damanhour, 2° le canal de Rahmanyeh. 3“ celui de Deyrout. Le premier a 8 lieues (4 myriarn.) de longueur et il aboutit à la ville dont il porte le nom. Au-dessous de ce canal, le bras de Rosette baigne, sur sa rive droite, les ruines de Sais, et d'immenses buttes de décombres attestent encore aujourd’hui son antique grandeur (1). Les Copbtes l'appellent Sai et les Arabes Sa-elllagur. Le second canal arrose la partie la plus fertile du Delta, et il sert encore à approvisionner d’eau du Nil les citernes d’Alexandrie. Audessus de Rahmanyeh (2) le bras de Rozette se divise encore en deux bras principaux et forme une rangée d’Iles de 13,000 à 18,000 mètres de longueur. Le bras oriental est le plus fort, et il reste toujours navigable ; le bras occidental, qui était aussi navigable en tout temps, s’est presque entièrement comblé, et il est desséché aujourd'hui les trois quarts de l’année. Ramenyeh est situé sur la rive de ce bras, et 1 ,200 mètres au-dessous de ce lieu commence le canal d’Alexandrie, que nous étudierons plus bas. Le troisième canal , appelé Deyrout, se jette dans le la e Ed-k'ou.
L’Égypte ne s'avance pas immédiatement jusqu'à la mer, entre le désert de Libye et le bras de Rosette ; elle en est séparée par trois lacs littoraux ou lagunes qui se trouvent de l’ouest à l’est, dans l’ordre suivant : 1” le lac Mareotis, 4° le lac Madyeh ou à’ Aboukir, 3“ le lac d’£rfkou. Le premier et le second sont séparés l’un de l’autre par une étroite iaBgue de terre sur laquelle est pratiqué le cours inférieur du canal de Rhamanyeb ou d’Alexandrie. Ces deux lacs sont séparés de la mer par une bande de rochers calcaires, qui sont le prolongement de la chaîne littorale du sud-ouest ou nord-est. Le chaînon le plus septentrional forme le port d’Alexandrie, les rochers de l'ancienne Pliaros et se prolonge 2 myriarn. au delà, jusqu’au fort d’Aboukir, où se trouvele dernier écueil formé par celte chaîne. Le rivage égyptien, à partir d’Aboukir (3), n’a plus de résistance à opposer à la pression des vagues : ce n'est plus qu’un bord de sable élévé à peine au-dessus de l’horizon de la mer et derrière lequel le sol, plus bas encore, est recou. vert d’eaux pendant les grandes inondations, de-
(1 J Duhois-Ayrol cl Jollolj, p. 118, cl AnU<|., Scier., cb XXV,
(3) Onicrel cl Chabrol, .Cm, sur le uul d'Alçiandii- . Scier., de I’ (Aride, X. livrai!. III, p. 18g.
(3) Girard, ubscrv-, p 19d.
DELTA. UYDROGÉOGHAPUIE.
j'uis Itahmanyeh jusqu'à Rosette. Cette lagune forme maintenant le lac A'Ed-Kou.
2. Béas de Damiette avec le littobal qui LE SÉPARE DE CELUI DE ROSETTE (1). — LC Delta
proprement dit, ou le pays compris entre la Influence des bras du Nil, est entrecoupé par plusieurs canaux, qui tirent la plus grande partie de leurs eaux du fleuve de Damiette. Le plus méridional est le canal de Menouf, qui commence à 1 myriam. au-dessous de la bifurcation du Nil, prés du èen/re-rfe-/a-//ac/i«(llatn-cl-Bakarah), et se jette au-dessous de Terraneh, dans le bras de Rosette. Il coupe obliquement la pointe du Delta; son cours est de 10 lieues (g myriam.), tandis que le bras de Rosette met 13 lieues pour atteindre le canal de Terraneh, près du village de lYadir, qui est à la même distance. Ce cours moins long et la pente plus considérable du terrain font que les eaux sont attirées, petit à petit, dans le canal de Menouf, et hienldlil deviendrait le seul lit qu'elles suivraient, si on n'entretenait pas avec soin la digue de Faraounyeh, construite à l'origine de ce canal, pour maintenir l'équilibre des eaux. La pente totale de ce canal est, d’après le nivellement le plus exact, de 3,9” (2), sur un développement de 37,250”. Tous les niveliemens prouvent ainsi un affaiblissement du bras de Damiette et une tendance des eaux de se porter à l'ouest , dans le bras de Rosette , de sorte que la surface entière du Delta offre probablement aujourd’hui une inclinaison de l'est à l’ouest. Autrefois les eaux se portèrent avec beaucoup plus d'impétuosité encore dans le canal de Menouf, et le gouverneur du Caire fit fermer ce canal, qui demeura bouché ainsi jusqu'à ce que la grande inondation de 1800 vint l’ouvrir de nouveau. Depuis ce temps il est navigable , en tout temps , comme un grand bras du Nil, tandis qu’auparavant il n'était praticable qu'à de petites barques et encore seulement pendant quelques mois de l'année. Les deux bords du canal sont entourés de plaines cultivables et couvertes d’un grand nombre de villages. L'eau du Nil ne reste stagnante, au sommet du Delta , que pendant fort peu de temps; aussi l’air est beaucoup plus salubre et la peste beaucoup moins dangereuse que vers la base du Delta (3).
Sur les bords du canal s'étendent de riches
(I) Girard, obier v., p 190.
12) Dubois- Aymé cl Jullols, Voyage, p. 85. (3) Ibid., p 86.
champs où croissent le froment , l'orge , le riz. le dourrah , l’indigo , le chanvre , le colza , le trèfle , le bamyeh ( hibiscus etculentut) le meloukhieh ( canhorus otitorius), Yaroncolocasia, des légumes , des concombres , des melons, du chanvre que l'on fume ici comme le tabac et dont on se sert en guise d'opium pour s’enivrer. Cette énumération peut nous donner une idée de la fertilité du sol du Delta dans les endroits où l'homme sait en tirer parti par la culture. La ville de Menouf (1), chef-lieu de la province , placée dans une situation très-salubre à cause du rapide écoulement des eaux , n'est qu’un triste séjour bâti en briques et comptant environ 4,000 habitans presque tous tisserands. Dubois-Aymé croit qu'elle occupe l'emplacement de l'ancienne Ificii dans le nome Proeopile de l’Itinéraire d’Antonin.
En aval du bras de Damiette, 6 kilomètres audessous du canal de Menouf, une seconde branche s'étend au nord-ouest dans l’intérieur du Delta jusqu'à la ville Chybyn-El-Koum(i) qui lui a donné son nom : on l'appelait aussiautrefois canal de Karyneyn, du village du même nom. 11 a ajourd'hui l’apparence d’un canal, mais c'était autrefois , comme l’indique encore le nom de la ville de Chybyn , le bras Sébennitique de Strabon ; il a toujours une grande abondance d’eau et un cours rapide; sa largeur est de 600 pieds (150 à 200 mètres), il forme un grand nombre d'iles et arrose le Delta à droite et à gauche, par plusieurs canaux secondaires. Dans le voisinage de la ville Cbybyn-el-Koitm gisent des monceaux de décombres qui sont assurément les ruines de l'ancienne Atarbechis (3) (At« pSiizu dans Hérodote, Ara^eizn dans Étienne de Bysauce; Atarbaki, baki en cophte signifie ville) (4). Au nonl de ce lieu le canal envoie une branche au nord-ouest qui va se jeter dans le bras de Rosette après un cours de 9 myriamètres ; une autre branche , appelée canal Melyg , quitte la première près des ruines de l'ancienne Biblos (5) et coule directement au nord à Meballet-el-keetr (Cy impolis), la plus importante ville manufacturière du Delta actuel; cette seconde branche va se réunir, 25 kilomètres plus
(1) Dubois-Aymé cl Jollois, Voy„ p. 89.
(2) Girard, Observ., p, 196. — Dubois- Aymé cl Julloi». p. 1 (H>.
(3) Klrodotr, II, p. 41.
(4) C hanipoilion II, P. 171.
(5) Dubois-Aymé el Jollois. p. 101.
41ÎO
loin, au grand canal El-Tabanyeh. Mehallet-el- Kebyr, c’est-à-dire la grande ville, est la capitale du Gharbyeh; elle est très-grande et plusieursde ses quartiers sont déserts. Son commerce est très-important et ses manufactures de soieries(l) sont les seules que l’on trouve dans toute l’Égypte : dans les environs gisent des monceaux de décombres.
Le canal El-Tabanyeh (2) est la troisième branche occidentale du fleuve de Damiette. Dans l’espace qui sépare le second canal du troisième, le brasde Damiette arrose une contrée fertile, trèspeuplée et bien cultivée; on n’y voit que très-peu d'arbres, mais les champs se succèdent sans interruption. Ce bras coule devant Athrib et Bousyr où se trouve la butte factice de Bousyr (S), et traverse ensuite la ville de Semennoud ( le Sfemnovti des Cophtes, le Sebennylus des anciens, dérivant son nom de S/om, qui, en cophte, signifie Deus Omnipotent) (4). Cette ville est la plus importante que l’on rencontre sur les bords du Nil entre Damiette et le Caire ; cependant elle ne compte pas plus de 4 à 8,000 habitans (S) ; située dans une contrée très-fertile, entourée d’un grand nombre de canaux qui facilitent extraordinairement le transport des marchandises, c’est le lieu où se tiennent les marchés les plus fréquentés.
A gauche de la ville , est située l'ile Chois de Strabon, et au-dessous, près du village Buhbcyt, h une distance d’une portée de fusil , gisent les décombres de l'ancien Isidis Oppidum (probablement le floïsi des Cophtes) (6) ; Dubois-Aymé découvrit dans cet emplacement les restes de la ville antique (7). On y voit une grande enceinte quadrangulaire de 362 mètres de longueur et de 241 de largeur , dont les murs ont jusqu'à 10 mètres d'épaisseur et s'élèvent encore, en plusieurs endroits, à 20 mètres de hauteur. Au centre étaient amoncelés des tas de cubes granitiques, de fragmens de granit, de bas-reliefs, de chapiteaux à tètes d'Isis, etc., et toutes ces ruines étaient en granit des carrières de Syènc. 11 est 'a remarquer que les ruines de l’Égypte se composaient jusqu’ici de grès et de calcaire, tandis que
(1) Girard, obterv., Ibid.
(2) Dubois- armé et Joiiols, Voyage, P. 108.
(3) Hérodote, IF, p. 69.
(4} ChampolMon, II, p. 101.
(5) Dubois- Aymé cl Joilols,p. 105.
(9) Chain poil ion, il, p. 193.
(7) Dubois Aymé cl iollols. Voyage, p. 107
dans le Delta on vovait des temples entiers bâtis en granit tiré des carrières de la Haute-Égypte. On construisit probablement les édifices en granit, dans le Delta, par magnificence et pour opposer à l’air âcre delà mer une matière moins sujette à s’effleurir. On découvrit, dans le voisinage de ces ruines, plusieurs blocs de granit rouge couverts d’inscriptions et un torse en basalte que les soins du général Vial tirent parvenir en France; cette statue appartient aux meilleurs morceaux de la sculpture égyptienne.
La villede Semennoud n'est éloignée que de 2 lieues et demie de Mehallet-cl-Kebyr; un jour de marche au sud-ouest , au centre de ce merveilleux système d’irrigation , est située, à une égale distanceduCaire.de Damiette et de Rosette, la nouvelle ville de Tanta qui occupe ainsi le centre du Delta ; elle est bâtie sur les ruines d’une ancienne ville appelée Tantalho chez les Cophtes , et dont l’ancien nom égyptien nous est resté inconnu.
Tanta , entourée de buttes factices pour la protéger contre le débordement, est aujourd'hui la ville la plus peuplée de la Basse-Égypte, et cependant elle n’a pas plus de 10,000 habitans. Elle renferme le tombeau d’Achmet-el-Bedawy, né à Fez, et mort en ce lieu en 1199 (896 de l’hég.). Ce tombeau est en très-grande vénération. A l’équinoxe du printemps et au solstice d’été, absolument selon l’ancien calendrier égyptien. les pèlerins y accourent de la Barbarie, du Dar-Four et de l’Abyssinie : ce concours de peuple fait de cette ville un marché d’une très-grande importance. Le nombre des pèlerins qui se rendent ainsi à la mosquée du Marabout se monte environ à 180,000 étrangers, et le commerce qui résulte de cette affluence procure au pays un gain d’à peu près 100,000 pataks. La contrée est extraordinairement fertile, rempliede canaux et de digues où s’élèvent partout des villages. L’agriculture a conservé ici l’antique simplicité égyptienne, et tout le travail consiste à répandre la semence dans le limon du Nil. On y cultive le sycomore, le dattier, le bananier, le tamarin, le napeca, le henneh, le mimosa, l’oranger, le citronnier, le grenadier et le cotonnier. Il est très-remarquable que les végétaux de l’Europe ne viennent dans ce sol que la première année et qu’ils ne produisent pas de semence féconde. Sans les inondations ces terres ne seraient qu’un affreux désert , le sol n’y produit de lui-même aucune plante ; il n’y vient que ce que la main de l’homme a semé , de sorte que les végétaux cultivés ont complètement étouffé la végétation
UELTA. HYDKOGÉOGRAPRIE.
naturelle. C'est pourquoi le conquérant Amrou décrivait ainsi sa nouvelle province au calife Omar : « L’Égypte est d'abord un affreux champ ■ de poussière, puis une mer aux douces eaux,
« puis un lit de fleurs. » 11 est très-difficile de voyager à travers ces contrées dans la saison de la sécheresse h cause des grandes crevasses qui couvrent la surface de la terre; d’un autre côté, les routes et les chemins se trouvent entièrement fermes pendant l’inondation, et l’humidité du terrain rend tout voyage impossible, de sorte qu’en tout temps, l’Égypte présente de grandes difficultés au voyageur. Les habitans ne boivent d’eau douce que pendant l’inondation, dans les autres saisons l’eau des puits et fontaines, quoique toujours assez abondante, est toujours saumâtre.
La troisième branche occidentale du bras de Damiette est le canal de Tabanyeh qui , comme nous l’avons vu plus haut , commence entre les villes Semennoud et Mansourah , et se perd, à libelles (6 myriam.) de son origine, dans le lac Bourlos.
Ce lac Uoublos ( le Bulos des anciens) (1) occupe , de l’ouest à l’est, plus de la moitié de la base du Delta , et il est plus rapproché du bras occidental de Rosette que du bras oriental. Une étroite bande de terre le sépare de la mer avec laquelle il ne communique que par une seule ouverture qui est l'embouchure Sébennitique des anciens. Ses bords sont couverts tout autour de monceaux de décombres. Outre l’eau du canal que nous venons d’indiquer, il reçoit encore toutes les eaux qui se trouvent dans l’intérieur du Delta et qui, venaut immédiatement du Nil lui- même ou des quatre grands canaux, de Menouf, de Chybyn-el-Koum , de Melyg et d’El- Tabanyeb, ne sont pas absorbées par les terres, ne s'évaporent pas ou ne trouvent pas leur écoulement. La plus grarde longueur de ce lac Bourlos, depuis le village Rerembat, près de Rosette, jusqu’au village Bell ym à la pointe la plus septentrionale de l’Égypte , est de lî lieues (6 myriamètres); sa plus grande largeur est de G lieues; sa surface est parsemée d'un grand nombre d'Ues , asile des pécheurs. La langue de terre qui sépare le lac de la mer est une côte liasse et sablonneuse qui se rétrécit toujours de plus en plus h mesure qu'elle avance du sud-
(1) Dubola.A?nié et Jollols, \oyagc , p. 1 19. — Girard . ub errai., p. 186.
ouest au nord-est , depuis l'embouchure de Rosette jusqu'à celle de ce lac, la seule par laquelle les eaux rassemblées dans l’intérieur du Delta se jettent dans la mer. A l’est de cette embouchure , la côte basse et sablonneuse se continue toujours, mais elle devient plus large, et les dunes s’élèventtoujours davantage, parccqu'elles sont fixées par les plantations de palmiers et les vignes du village Beltym. Entre ce village et le cap Bourlos, la pointe la plus septentrionale de toute l’Égypte , se trouve un groupe de 13 à 13 petits villages indépendans de celui de Beltym. Au sud-est, cette côte sablonneuse s'élargit enfin en une grande plaine de sable de deux lieues de largeur , bornée au sud-ouest par le canal Tabanyeh et s'étendant encore 16 lieues h l'est jusqu’au bras de Damiette.
Quand , du temps d’Hérodote (1) , on entrait en Égypte par l'embouchure Sébcnniquc, on voyait ici la fameuse Buto, ville de Laloneet oracle célèbre ; elle tenait son nom de la nourrice d'Ilorus ( Léto dans Hérodote et Buto dans Plutarque). Isis avait caché sou fils dans ces marais remplis de roseaux , dans l'Ue flottante de Chemmis, pour le dérober aux persécutions de Typhon. Hérodote vit en ce lieu le grand temple monolithe qu’il compte au nombre des merveilles de l’Égypte. Les ruines de Buto se trouvent aujourd'hui sur la rive méridionale du lac au milieu de marais dans lesquels l’sammétique passa les jours de son exil (3).
3. Br as UE Damiette avec sa rive droite. — Les deux premiers canaux commencent audessus du Ventre-de-la-Vache , au-dessus de la bifluence actuelle du Nil.
A. Le premier canal appelé canal d’Héliopolis, h droite du Caire, traverse (3) la plaine d’Héliopolis qu’il arrose, et va jusqu’au Birketel-fladji ou lac des pèlerins , ainsi appelé, parce qu’il est la première station des caravanes de la Mecque , qui vont du Caire h l’est, au port de Suez. Sur les bords de ce canal sont situées, à 6 lieues au nord de l'ancienne Memphis, les ruines d’Héliopolis qui lui a donné son nom. Quoique si Toisine de Memphis , cette ville du soleil, qui porte dans l’Ancien-Testament (4), aussi bien en hébreu qu’en cophte , le nom de
(1) BÉrodote, II, p. 155.
(2) Ibid., p. 161 .
(3) Girard, Obtenr., p. 1 07.
(4) Premier livre de Xoifc, 41, ». 45. — Kiôohlel, 3(1, v. 17.
AFRIQUE, SrSTKSES D'EAU : Ht* DIVISION , $ 28.
On (soleil, lumière, dans la langue cophte et dans l'ancien égyptien) (1), était cependant une grande capitale du Delta alors couvert d'unr population immense. Elle était fameuse par ses temples magnifiques et ses collèges dé prêtres où l'on enseignait les hautes sciences ; du temps de Strahon, lorsque les prêtres avaient déjh disparu, et que la ville était depuis longtemps en ruines , on montrait encore les salles où Kudoxus et Platon avaient autrefois étudié (S). Strabon décrit arec beaucoup de détails le temple antique, l’allée des sphinx, les obélisques, et compare les sculptures aux anciens ouvrages étrusques et grecs. On trouve encore aujourd’hui les décombres de l'ancienne Héliopolis près de HathariaA, appelé aussi Ain-tl- Shams , c'est-à-dire fontaine du soleil , d'une source qui a été probablement l'occasion à laquelle la ville dut sa naissance. Selon la légende cophte, la sainte famille s'est reposée ici sous un sycomore pendant la fuite en Égypte. Depuis Shaw (J) et Pococke, cette contrée a été décrite par un grand nombre de voyageurs , et on y a retrouvé depuis longtemps les ruines du temple du soleil. Abd-Allatif y trouva encore, en 1 200 (4), un grand nombre de sphinx gigantesques, les uns debout , les autres renversés ; il vit encore la porte du temple couverte d'inscriptions , et il décrit deux obélisques dont la pointe était garnie d'énormes boules de cuivre pesant 200 quintaux selon Macrizi; autour se trouvaient d'autres obélisques plus petits (un tiers environ des deux premiers), et en si grand nombre qu'il était difficile de les compter; la plupart étaient déjà renversés. I.’un des deux obélisques était déjà gisant à terre du temps de Macrizi et d'Abd- Allatif , l’autre est encore debout aujourd'hui. Zoéga .dans son ouvrage de usu etorig. Obelis., regarde l'obélisque que l’empereur Auguste fit transporter h Rome comme un monument de Sésostris. Aùguste et Constantin décorèrent , l'un Rome, et l’autre Constantinople, avec les monumens de l'antique Héliopolis. L'obélisquc(K) encore debout aujourd'hui à Mathariah a 60 à 70 pieds de hauteur; il est d'un seul bloc de granit rouge, et contient des hiéroglyphes qui
(t) Ch.mpollton, If, p. 30.
(2) s: ration, xvil, ed. vuek. p. 553, 557.
(3) Tta. shawi Rritrn. Lelpr., 1705. p. 205.
;4) Ahd-Allatlr, Relation de rtgypic, parAMacalrc dp s*cr. Farta, 1810, IV, p. 10.
(5) f.tarSc, Trav., 2* édll. tond., III, p. 103.
rappellent le style étrusque dont parle Strabon . I.a forme de croix (rra.r ansatn) qu'on y voit souvent répétée a particulièrement attiré l'attention des antiquaires chrétiens. Cet obélisque est le seul grand monument encore debout aujourd’hui sur le sol marécageux de ce pays de canaux. Dans les grandes eaux , il s’élève aujourd'hui au milieu d'un lac, et remplacement de l'ancien temple du soleil est tout recouvert par les eaux du canal d'Uéliopolis. Après un cours de 7 lieues au nord , ce premier canal de la rive droite du Nil va se jeter dans le canal Abou- Meneggy.
B. Canal Abom-Mcneggy, c’est-à-dire le bras de Pé/use. — La seconde branche droite du bras de Damiette est le caual Abou-Meneggy (1). Il commence deux lieues au-dessous du Caire, et se dirige pendant 4 lieues au nord ; il longe ensuite près de Belbeys la frontière du désert jusqu'à la vallée transversale de Wadg-Toumilat, où se trouvent les restesde l'ancien canal des Pharaons qui conduisait autrefois du Nil , à travers le bassin des marais salans ( lacus amarus); jusqu’au golfe de la mer Rouge , près de Suez, et traversait ainsi tout l’isthine de Suez. La véritable connaissance des rapports du terrain en ce lieu résulte de la configuration générale de l’Égypte, de la mer Rouge etde l'Arabie; aussi nous réservons, pour plus tard, à la conclusion de nos recherches sur l'Arabie , l'indication précise des rapports curieux decesystèmc de canaux et de l'isthme de Suez avec la physique générale de la terre : c'est pourquoi nous poursuivons, sans nous arrêter, l’étude du Delta, afin de faire sortir de l'immense variété qui s'offre à nos regards une idée claire des traits essentiels. Le canal Abou-Meneggy alimentait assurément avec les eauxdu Nilcet autre canal qui communiquai t avec la mer Rouge (2), et était le plus fameux de toute l'antiquité. Dans les grands débordemens extraordinaires, il conduit encore aujourd'hui les eaux, de Be/geys, à l'est, jusque dans la vallée deToumilat, et c'est ce qui fit découvrir, en 1800, l’ancien bassin des lacs salans et amers Uacus amari). Dans lesinondationsordinaires, l’eau du Nil monte par le canal Abou-Meneggy,
8 à 9 lieues au nord-est de Belgeys, par la vallée
(1) Girard, Observai., p. 107.
(2) Hoiitre, De la Géographie comparée, et de l'ancien étal de la mer Bouge, Desc., Antiq , I, p. 138. — l-e Père, Xém. sur la communication «k* la merdes Indes avec la Méditerranée, Dcscr. Bg., lit. w., I, p. 49.
DELTA. nTDROeÉOGHAPHIE.
Wady-Toumilat, jusqu'à une digue qui l'arrête, nulle part stérile et déserte ; l'eau du canal ré- L’an 1800, lorsque l'eau s'éleva deux coudées pand partout la fertilité et l'abondance. Trois plus haut qu’en 1799, les flots brisèrent cette lieues au-dessous de Tcll-llustah . est située la digue et pénétrèrent beaucoup plus loin, à l’est, ville moderne lle/iyeh, entourée d'épaisses fode sorte qu’ils n’étaient plus qu’à 12 lieues de rêts de palmiers; elle demeura longtemps in- Suez. Les savans Français observèrent cc fait, et connue aux géographes modernes; eteependant, la conséquence qui s'en suivit fut la découverte dans les environs, l'agriculture apparaît dans une de l’ancien canal des Pharaons et le nivellement merveilleuse richesse; de sorte que la contrée exact des terrains situés entre les amas d'eaux ressemble à un jardin de l'Europe. La ville est qui se trouvent en ces lieux. Dans les inonda- entourée de bonnes murailles , et Malus trouva lions ordinaires, l’eau du canal Abou-Meneggy les habitons très-hospitaliers et plus civilisés ne pénètre pas si loin; mais elle s’écoule au nord que leurs voisins. Pour se défendre contre les du côté de Tcll-Bustali , l'ancienne Bubastos ; invasions, ils ont élevé, sur les deux bords de au delà de ce lieu, ou reconnaît à peine dans son ce canal, un grand nombre de tours sans portes cours les traces du bras de Péluse, jusqu'aux n* fenêtres à l’extérieur, mais garnies en haut marais de Péluse, où il se perd, avec un dévelop- de meurtrières et de créneaux, pement de 32 lieues, dans la branche la plus beaucoup plus bas, près de la mer, le pays orientale du Nil. où le canal se décharge dans les environs de
Malus découvrit les ruines de l'ancienne Bu- l'ancienne Péluse, est une contrée sablonneuse bastos (1), habitée aujourd'hui par les Arabes, et marécageuse. Le bras du Nil était encore na- On y voit amoncelées , dans une confusion vigablc du temps d'Alexandre le Grand , car sa étrange, d'énormes masses de granit plus ou flotte le remonta depuisGhaza: ilestaujourd’hui moins brisées ; à leur vue , il est impossible de comblé , et la côte de la mer , située devant lui , comprendre comment elles ont pu être ainsi est remplie de limon. Cet ensablement est probouleversées. lin grand nombre semblent avoir doit en grande partie par les courans du rivage été taillées pour construire ée nouveaux édi- qui s’étendent, de l'est à l'ouest , sur la côte fices ; mais la difficulté du transport les a fait égyptienne, et qui , rendus plus violens par les abandonner à l'endroit où elles ont été Ira- vents d'ouest, amoncèlcnt le binon delà mer vaillées. Cette ville, comme presque toutescelles à l'embouchure de Péluse, de sorte que la côte de la basse-Égypte, était élevée sur une base de va toujours s’élargissant depluscn plus. On peut briques. Ces briques ont un pied de longueur, appeler aujourd'hui l'extrémité de l'ancien bras et c’est à les pétrir qu'on employait les Juifs de Péluse un canal limoneux (1), qui roulelendans leur captivité. L'enceinte de cette terrasse temeut ses eaux à la mer, à travers les solitudes de Bubaste est de 1,300 à 1 , 400 mètres sur clia- de ces lieux. Sur le rivage s’élève le fort Tynek que face. Au centre se trouvent, dans un très- bâti propablemcnt sous le règne du sultan Sélim, grand bassin, les monumens de la tille qui, selon et dont le nom a en arabe le même sens que Hérodote (3), était consacrée h Diane. Malus re- *vl4« en grec, bouc , limon, d'où vient le nom marqua une grande pierre toute couverte de Je Pilluse. Le nom égyptien était assurément le constellations et d’étoiles semblables à celles nom cophte Percmoun (du mot cophte /'eromi, que l'on voit sur les plafondsdes autres temples, boue) (2), et c'est de là qu'à l'époque de la con- Au-dessou$ de ccs ruines, entre deux bras du quête, les Arabes appelaient celte clef de l’Égypte même canal, est située l’ile Mycéphoris, habitée Faramah ou Al-Faramah. Thinéh ou Thyneli autrefois par les Calasiriens ou une partie delà ale même sens en arabe, et c’est pourquoi caste guerrière. C’est aujourd’hui une plaiue Exéchicl (chap. 50, v. 13) appelle 5f» cette forbien cultivée, couverte de grands bois de pal- teresse de l’Égypte.
miers et de riches villages , parmi lesquels on Au delà de cette barre de sable et de limon , remarque le village Quenyet qui a donné son à l’ouverture de l’embouchure de Péluse, l’eau nom au bras occidental du canal. La contrée n’est devient assez profonde pour servir de station
aux petits navires de commerce qui font la con-
(1) Extrait «l'tui Mémoire sur l'état ancien et moderne
des provinces orientales de la Basse-Egypte, par feu X. la- (1) Audréosiy, sur le lac Xctualeb, dans les Descr. Eg., lus, Descr. Eg., E. llv. III, p. 307. E». H., I, p. 276. — Valus, Eiir., p. 300.
(2) Hérodote, II, p. 60, 137, 166. *)rjuropoIllon, It, p. 32.
AFRIQUE, SYSTEMES tj’SA.1) : lit* DIVISIU.Y, § 28.
trebande avec la Syrie. Les <lune» s'élargissent toujours davamage à l'est de Péluse. Si l’on pénètre dans les terres , à partir de la côte de Péluse, les débris de coquilles détiennent toujours plus rares dans |e sable; mais la surface est couverte d'une croôte de sel, ce qui indique que l'eau de la mer y séjourne une partie de l’année, c'est-à-dire au solstice d’été. Xe général Andréossy a remarqué très-souvent dans cette contrée plane le phénomène du mirage qui se montrait surtout une demi-heure après le coucher du soleil. Selon Strabon, l'ancienne Péluse avait 20 stades de pourtour, et elle était située â une égale distance de la mer : l'enceinte de la ville a en effet, disent Andréossy et Malus, la grandeur que lui donne Strabon, c’est-à-dire 6,120 pieds <1,020 toises); mais elle est aujourd'hui h 4,000 toises de la mer, distance quatre fois plus grande que du temps de Strabon. On n'aperçoit plus aucune trace de végétation dans toute la plaine de Péluse. Un petit monticule isolé porte seul quelques broussailles, et l'on a trouvé en ce lieu quelques chapiteaux enfouis dans le sable.
C. Canal de Mouegs ou bras de Tanis.— Ce canal de Moueys (Mo-èi dans Andréossy) est la troisième branche orientale du Nil; maisc'estla première qui se détache immédiatement du bras de Damiette, au-dessous de la bifluence du fleuve au Ventre-de-la-Vache. Il commence immédiatement au-dessous des ruines d 'Atrib, coule au nord-est, sépare les provinces Sharkyeh et Mantourah, passe devant les ruines de Tanis { 1S kilom. au-dessus de l'embouchure) et sc jette, après un cours de Si lieues, dans le lac Menzale/i. Malus et Andréossy regardèrent ce canal comme les restes de l'ancien bras de Tanis dont on peut reconnaître l'embouchure dans la décharge actuelle du lac Menxaleb, près A’Ornm- Fareg.
La position de cet ancien bras du Nil était restée inconnue aux géographes modernes : les savans de l'expédition française, qui commentaient partoutdes nivellemenspour reconstruire l’ancien système de canaux et favoriser la navigation et l'irrigation du Delta, qui Iraçaicut des routes militaires dans toutes les directions et établissaient des lignes télégrapbiquesdu Caire aux stationsdes côtes, découvrirent enfin ce bras du Nil si souvent cité par les auteurs de l’antiquité. Cest à Malus que nous devons surtout cette importante découverte, par laquelle ou rectifia toutes les cartes antérieures du Delta , même celle de d'Anville qui manque ici d’exac-
titude aussi bien pour la géograbie ancienne que pour la géographie moderne.
Le village Atrib, où commence ce canal, à l’extrémité de la province de Kclyoub , est l'ancienne At/iribis, autrefois l'une des capitales de la Basse-Égypte, et qui donnait son nom à un nome (1). Les Cophtes l’appellent Athrebi on Atrépe (2); Zoéga, Athorbaki, la ville d'Athor. D’après les observations de Nouet, les ruines sont situées par les 28° SS' long, orient, de Paris et les 50° 28' 30” lal. nord; elles ont 4,800 pieds (800 toises) d'étendue sur une face et 4,S00 pieds (730 toises) sur l’autre (3); mais on n'y reconnaît plus que des buttes factices dont les pierres ont étébrülées pour en faire de la chaux, comme l'indiquent les fours nombreux qui se trouvent en ces lieux. Une lieue au-dessous de ces ruines, est situé le village de Moueys , où commence le canal auquel il adonné son nom. Lorsque Malus visita ces lieux, vers la moitié de décembre, trois mois après l'inondation, le bras de Damiette -avait 500 mètres de largeur, ellecanaldeMoueys ■ISO mètres. Une partie des eaux du Nil se jetait avec tant de violence dans ce canal , et coulait avec une si grande rapidité , que Malus dut reconnaître que ce n'était point un canal factice, mais bien l’ancien bras de Tanis, aux bords planes et tout à fait sur le même niveau que la plaine. Les habitans disaient qu’il se perd, à peu de distance, sous la terre; mais, six lieues plus bas, on voyait partout des rivages fertiles, un payscoupé par des canaux qui produit de magnifiques cannes à sucre, du blé, du mats , du coton, etc. Près du village Denyeh, le bras principal se divise en plusieurs branches latérales qui communiquent avec le bras de Péluse. Plus bas, s'élèvent, dans une région marécageuse, sur les bords de cet ancien bras, la butte factice d'une ville antique appelée {lourd ou Orb par les Arabes qui ont donné le nom d 'Ilorbeyl au village voisin qu’ils habitent. Ces ruines n’ont que le quart de l'enceinte deËubaste, et on y trouve un grand nombre de chapiteaux, de colonnes de granit, et de fragmens de colosses. On reconnut bientôt dans ces décombres remplacement jusqu'alors inconnu de l'ancienne P/iarbcetus, P barbait (4) cher les Cophtes , dont les Arabes ont conservé le nom en retranchant l'as-
(1) Hérodote, II, 106,
(8) Ouïr» poil ion, II, p. 48.
(3) laiu», Extrait, |».306.
(4j Ctuinpollion, If, p. 03.
DELTA. DYDROGÉOaBATIIII.
piratiun. Une lieue au- dessous de ces ruines, est silué un village très-riche, appelé Kafr- Eoumygeh (1). Ce village est la vérilablc frontière du Delta cultivé. Les barques du Delta supérieur n 'osent jàmait naviguer plus bas, etcelles de ce lieu ne remontent jamais plus haut. Cette frontière naturelle est si bien déterminée que le canal de Mouey» perd même ici son nom pour prendre celui de canal de San. Le s villages que l'on rencontre au delà de cette limite sont moins riches , le pays moins cultivé et tout hérissé dé tours , les habitations même sont entourées de murailles comme des frontières. Chaque village n'a qu'une seule porte, et les habitans sont toujours armés, même au travail des champs : on se croirait encore dans le pays des anciens Calasiriens, chargés degarder les portes de l'Égypte contre les invasions de l'Asie. A partir du village Fournygeh , le canal devient plus étroit, et bientôt U n’a plus que 180 pieds (60 mètres ) de largeur. Sa profondeur est toujours la même jusqu'au lac Meuzaleb; mais, dans l’endroit où il se décharge , il a environ 4 mètres. Depuis l'ancienne Pharbætus jusqu'au village llorbeyt, le pays est coupé des deux côtés par une foule de canaux, d'étangs et de marais qui rendent ici toute communication difficile. Les eaux séjournent six à huit mois dans ces lagunes. Sur la rive gauche du canal, s'étend , depuis le village El-Labaydy, un très-grand lacqui reçoit, pendant huit mois , les eaux de plusieurs bras du canal; il est navigable pendant tout ce temps. Séparé du lac Menzaleh par une étroite langue de terre, il ne communique pas avec lui, et s’étend jusqu'à Abou-Daoud. Deux lieues avant de se verser dans le lac de Menzaleh , le canal de San passe encore devant les ruines de San , i’anêienne Tanis (i) qui lui a donné son nom.
La San des Arabes est la Tanis des Grecs, la Tsohan des Hébreux , dont lloise (3) place la fondation sept ans plus tard que celle d'Hébron : on croit que cette ville fut la résidence d’une dynastie des Pharaons; la tradition prétend aussi que c'est sur le bras de Tanis que Moïse , enfant, fut exposé aux flots (4). Ce lieu est fameux dans l’antiquité par sa grandeur, par les monumen»
(1) u.itu, ter., P. 308.
(2) Ibid., K&ir., p. 309. — Gordkr, Ducr. «le San, Auii<r . Df*er.,ch. XXIII,
TroUittno livra d« Roïsc, d». 13, ». 33.— -Iidcbtci, ch. 30, ». 14.
(4) clutnpolllon, II, p. tOl.
des rois et par les prodiges que Moïse fil en présence du roi Pharaon; les prophètesavaient prédit sa ruine. On voit encore (1),au milieu de scs ruines, sept obélisques de granit renversés et brisés, des fragment de colonnes, des monolithes funèbres brisés, des vases magnifiques, des briquesde différentes sortes, des morceaux de verre et de cristal. La plupart de ces ruines se trouvent dans l’intérieur du forum de la ville qui avait deux entrées, l'une à l’est, l'autre à l'ouest. Ces lieux ne sont plus habités maintenant que par quelques hommes qui échangent leurs poissons salés contre les dattes de Salehyeh.
Beaucoup plus bas, au-dessous de San, se trouve encore un petit canal qui conduit à Salehyeh et n'est navigable que pendant un seul mois de l’année. La plaine (S) , qui s'étend au nord de' San jusqu’au lac Menzaleh et près de Menées, appelée plaine de Dagag/yeh par Girard, est coupée par un grand nombre de canaux qui la croisent dans tous les sens et l'inondent huit mois de l'année. Le canal entre dans le lacàl’exlrémiléde cette plaine, et se continue pendant douze lieues b travers ce lac , en conservant toujours sun courant et sans mêler ses eaux à celles du lacqui n’a que 3 pieds (1 mètre) de profondeur. On distingue facilement partout le lit du canal qui est navigable dans toute son étendue; lee petites barques peuvent le parcourir toute l'année, mais il ne porte de grandes embarcations ( Germes ) que huit mois. Pendant neuf mois, l'eau du Nil descend librement au lac Menzaleh, par ce canal; mais, les trois autres mois, l'eau salée du lac pénètre dans l'intérieur des terres. Pour l'arrêter, on construit, chaque année, près du village Kafr-Moueys, une. digue qui ne doit durer que trois mois. Cependant l'eau salée coule encore sept à huit lieues dans les terres; l'eau du canal est alors salée jusqu’à la hauteur du village El-Labady , à l’époque qui est opposée aux grandes crues du Nil.
L'ancien bras de Tanis a été assurément retrouvé dans ce système de canaux, et il s'est ainsi conservé jusqu'aujourd'hui. Malus (3) avait proposé de le rendre navigable pour ouvrir une communication plus commode entre le Caire et la mer; il pensait que ce travail, peu coûteux, deviendrait d'un immense avantage pour l'intérieur du Delta. Les brigandages et les combats
(t)a.lii«, sur., p. 309. — Andriony, ion., r, 370. (3) Ibid., sur., p. 309.
<3) Ibid., p 310.
continuels des babitans de ces lieux ont enlevé depuis longtempsb la culture un sol très-fertile, d'une étendue de KO lieues, et l’ont rendu presque inaccessible aux étrangers. Il est encore b remarquer que ce canal de Moueys arrose la plus grande partie des terres situées sur la rive gauche, b cause de la pente générale du Délia de l'est b l’ouest , et que le bras de Damiette n'a plus de canal à partir du village de Moueys jusqu 'b la ville de Mansourah , située b une distance de 20 lieues.
D. Canal Aehmoun.— Près de celte ville de Mansourah, le canal <T Aehmoun (1) se sépare, b l'est, du bras de Damiette; il traverse une contrée étroite et fertile, qui est fermée au sud par les marais de Dagahlyeh , et au nord par le lac Menzaleh, dans lequel il se jette après un cours de 12 lieues, près de la ville de Menzaleh b demi en ruines. Cette ville , n'a que 2,000 babitans, et elle est située à 6 lieues de Damiette. Le général Andréossy (2) reconnut la prolongation du canal b travers ce lac par de fréquens sondages, et il découvrit, dans ce lit de fleuve profond et sous-marin , l'ancien bras de Mondes, qui s'embouche dans la mer , près de Dybeb. Le bras de Damiette coule encore 14 lieues (7 tnyriam.), depuis Mansourab jusqu'à son embouchure, située b 3 lieues (13 kilom.) au-dessous de la ville de Damiette. Le Delta est occupe, entre ce bras du Nil et l’embouchure de l’eluse, par le lac auquel la ville de Menzaleh a donné son nom. Ce lac est couvert d’tlcs; le groupe le plus nombreux et le seul cultivé est celui des lies Mataryeh, voisines de la ville de Menzaleh, et habitées par 1,100 hommes qui possèdent 300 b 600 barques et vivent de la pèche et de la chasse aux oiseaux. La plus grande étendue du lac , du nord-ouest au sud-est , de Damiette b l’éluse , est de 11 lieues; mais sa largeur est beaucoup moins considérable. Suivant les calculs d’Andréossy , il a 43,000 toises de longueur, du nord-ouest au sud-est; cl sa moindre dimension , du sud au nord , est de 8,722 toises. Ses eaux se déchargent par deux ouvertures , à travers la digue de dunes qui le sépare de la mer. La première est celle à'Onim- Fareg ou l'ancienne embouchure de Tanis; la seconde est près de Dybeh, et elle correspond au canal d' Aehmoun et b l'ancien bras de Men-
ti) Girard, Observ-, p. 198.
(Z) Aiulràmjr, Mémoire ,ur le lac de Xctiaalcli, Dcicrip-
Uon de l'IiNdc, t, Ur. m, p. 161 .
dès. On reconnaît facilement la continuation du cours des canaux b travers le lac, b l'eau douce qu'ilt contiennent , tandis que le reste des eaux du lac est beaucoup plus salé. Cependant ce lac ne renferme pas d’eaux marines, comme les lagunes du Languedoc et du Roussillon; le fond se compose du limon du Nil, et il n'a été formé que par la destruction de l'équilibre des eaux de la mer et de celles du bras de Tanis et de celui de Metulès. Au milieu du lac s’élèvent encore quelques lies autrefois habitées et appelées montagnes , b cause des monticules qu'elles présentent : ce sont, par exemple le Uibbel- Tennys, Tounach, Samnah ; c'étaient autrefois des villes élevées sur leurs terrasses factices (1) et appartenant au continent aujourd'hui abaissé. Les Iles basses du lac sont couvertes de plantes marines.
Les eaux du lac ne sont pas si amères que celles de la mer, et on peut les boire pendant les debordemens du Nil; cependant elles sont toujours saumâtres et phosphorescentes. L’air est très-sain, et, b l'époquedc l'expédition française , les insulaires de Mataryeh n'avaient pas eu la peste depuis plus de trente ans. Le lac est très-uni, et il n’a ordinairement que 3 pieds de profondeur; mais, dans les lits des canaux qu'ils traversent , le fond se trouve de 6 b 13 pieds (2 à 8 mètres). Le fond du lac se compose d'argile et de sable , aux embouchures , et de boue noire près des canaux de Dybeh et d'Omm- Fareg; il est recouvert ailleurs de limon coquiilier, et, en plusieurs endroits, de plantes marines. Le lac est très-poissonneux , et ses embouchures sont fréquentées par les cochons de mer ( de/phinus phocœna). Les deux embouchures de Dybeh ( Mondes lus ) et d’Omm-Fareg ( Taniticus ) sonten tout temps navigables. Entre ces deux ouvertures s'en trouvent encore deux autres , fermées b b navigation par des pieux et des digues, et dans lesquelles on reconnaît les fausses embouchures des anciens ( fi-joSoTo/iara dans Strabon). La langue de terre, on la côte basse qui sépare le lacde la mer, présente ainsi quatre coupures sur une longueur de 92,000 mètres. Entre Damiette et Dybeh, elle est assez large; mais entre Omm-Farcg etPéluse, elle est très-étroite, très-basse, inculte et couverte seulement de quelques plantes marines. La côte n’est nulle part fortement dessillée, et un n’y voit pas de cailloux roulés , pas de pierres ;
(I) AuJiàour, xuu. m te lac aaualcb, p. £05.
DELTA. UYDKOGéuCaAPHlK.
elle ne présente que le lirnou de la mer, et elle n’a même que très-peu de coquillages. Andréossy n'y a remarqué que des coquilles bivalves et des buccinum. Pendant le solstice d'été, quand les ventsdu nord-ouest dominent (1), la mer reflue longtemps sur ces côtes de l'Égypte ; et les eaux du lac Menzaleh, se trouvant ainsi refoulées, inondent leurs lleset leurs bords; car, b la même époque, le lac se trouve gonflé par les eaux du Nil que lui amènent les canaux. Les eaux baissent quand les vents du nord-ouest s'apaisent; alors, comme l'inondation diminue en même temps , le rivage est mis à sec dans un circuit de 200 mètres; aux deux embouchures de Dybeh et à'Omm-Fareg se forment des courans qui atteignent une rapidité de 5,000 mètres b l’heure, et font que l’eau de la mer se retire encore plus promptement. Le Delta se trouve ainsi en deux états opposési\uam\ les eaux couvrent sa surface et quand elles sont complètement retirées; b l'époque où cette différence de niveau se change et se contre-balance ainsi, Andréossy trouva le niveau du bras de Damiette , 55 cenlim. plus élevé que celui du lac Menzaleh (2) : cela explique le système tout {particulier d’irrigation des environs de Damiette, où deux espèces de canaux sont ainsi nécessaires.
Le bras de Damiette (le bras Bucolique ou Phaniliquc) ayant été creusé de main d'homme, comme l'atteste Hérodote, ne devait pas être au commencement aussi important qu'aujourd'hui; son volume s'est probablement grossi aux dépens des bras de Péluse, de Tanis et de Mendès qui s'affaiblirent prodigieusement alors et ne furent plus capables de soutenir l'équilibre avec les bras de la mer. L’équilibre une fois rompu, l'eau de la mer pénétra dans les terres , et alors se forma le lac Menzaleh (5), aux dépens du sol fertile du Delta. La mer, poussée en masses énormes sur la cûte par les tempêtes continuelles du nord-ouest, rendit cette formation facile, et c'est avec les mêmes causes que le lac Bourlos naquit b l’ouest de Damiette. Andréossy a rappelé, b propos de ce phénomène , des formations semblables qui eurent lieu, en 1431, dans les Pays- Bas. Le defaut d’entretien des canaux , aux bras de Tanis, de Mendès eide Péluse, y ont beaucoup contribué , ainsi que l'inclinaison générale de la pente du Delta , de l'est b l'ouest. Cepen-
(1) AndrSouy, asm. sur le lac Mcttulcb, p. 267
(2) Ibid, Mc ai. sur le l.v XcuMlcb, p. 269.
(3) ib d , p 270.
dant, dit Andréossy, l’eau du Nil a conservé la tendance de se verser dans son bras primitif oriental , de sorte qu'il ne serait pas impossible aujourd'hui d'en rétablir le cours; si l'on y parvenait, on pourrait ensuite desséeher le lac Menzaleh et le convertir en champs fertiles.
Une des causes qui ont changé cette partie de la Basse-Égypte en marais , ce sont assurément les invasions continuelles des ennemis de l'est, dont les pas furent toujours marqués par la dévastation et les ravages. Les pays qu'ils parcourent sans cesse se dépeuplent, et l'encombrement des canaux et des bras du fleuve est alors une conséquence nécessaire. Les ruines fréquentes des villes que l'on rencontre dans cette contrée attestent encore aujourd'hui qu'une population nombreuse couvrait autrefois ces lieux désolés. Le lac même de Menzaleh renferme les ruines de deux villes appelées Thennys et Tounah; toutes deux s'élèvent du milieu des eaux sur des buttes factices; le sol peu étendu qui les entoure ne porte aucune trace de végétation, il est recouvert d’une croûte de sel qui crie sous les pieds comme de la neige.
Thennys, la Thennesus des anciens, peutêtre Thaniti, selon Champollion (1), ville d'Isis, nous montre auiourd’hui des ruines de bains (2), de grands murs de briques, des vases brisés, du verre, des fragmens de i>orcelaine,etc. Un grand nombre de mosquées et d’édiflees voisins sont ornés de ces ruines ; le seuil de la caserne de Damiette, par exemple, est formé du fragment d'un obélisque qui s'élevait autrefois dans cette ville. Thounah, probablement la T boni des Cophtcs, s’élève sur une Ile voisine; elle est moins grande que la première : cependant Andréossy y a trouvé de curieuses antiquités. Andréossy fait mouler b 52,000 ou 53,000 âmes le nombre des habitans répartis , autour du lac , en dix-sept villages (3) situés sur ses bords.
L'embouchure de Damiette a cela de partiruliir avec celle de Rosette, qu’elle se trouve sur uue grande langue de terre avancée , au nord, dans la mer, et à l’extrémité de laquelle scs eaux se mêlent pour la première fois aux flots de la Méditerranée.
D'après cet aperçu hydrographico-topograpliique, la Basse- Egypte nous apparaît comme une grande surface triangulaire, arrosée par le Nil;
(1) rjjjiiiiMjiiion, il, p. 142.
(2) Aiulrtuwy, nom. sur le üc Mctuakh, p. 275.
(3) Ibid, Xlui.,p. 278.
AFRIQUE , S1STEUES u'ïAU : III* DIVISION, J ‘28.
le sommet du triangle est formé par la bifurcation du fleuve. Cette surface est coupée , dans toutes ses directions, par une foule de canaux qui tous partent du Nil. Avant de se décharger dans la mer, leurs eaux foraient, sur la côte, derrière la digue des dunes de sable, une longue suite de marais ou de lacs.
Celte cite de la mer s’étend, en formant une grande courbe, depuis Alexandrie jusqu’à Péluse, sur un développement de 60 lieues ( 30 inyriam. ) (1). Elle est convexe du côté du nord , et la pointe d’Aboukir, avec les deux cornes des embouchures du Nil, en forme les promontoires les plus avancés. Exactement entre les deux embouchures est situé le cap flourlos, la poiute la plus méridionale de l'Égypte, sous le même méridien que les pyramides d’Égypte, 36 lieues plus loin, au nord. Le Delta est ainsi compris entre les 49° 39’ et 31° 33’ 30” lat. nord ; et toute l'Égypte, depuis les cataractes de Syène jusqu’au cap Bourlos, occupe 7° 30’ et présente une surface du 8,100,000 bect. de sol cultivable, qui doit toute sa fertilité b l’eau bienfaisante du Nil.
Éclaircissement.
Débordement du Nil, accroissement des couches de terrain dans la Haute, la Moyenne et la Basse-Égypte ; époque de ta fondation des villes d'apres les données géologiques ; eau du Nil.
L’Égypte, et le Delta en particulier , est seulement habitable, parce qu’elle sert de lit aux grandes eaux du Nil, dont les debordemens produisent la fécondité du pays.
Le débordement est causé, comme le savait déjà Hérodote, par les pluies des tropiques qui tombent dans les monts alpins de l’Abyssinie et dans le centre inconnu de l’Éthiopie. Elles inondent, en ces lieux, les vallées de l’immense plateau et descendent ensuite dans le bassin du Nil, leur dernier réceptacle ; le seul lit du Nil, chargé ainsi de toutes les eaux de l’immense contrée qui s’étend le long de la pente septentrionale de la Haute-Afrique orientale, sur un espace de 18* de longitude , c’est-à-dire 820 milles géog. , en porte tout le tribut à la mer, ’a travers la terre d’Égypte. La grande chaleur qui règne en Égypte, en N uhie et en Ethiopie, pendant les derniers mois de printemps, époque où le soleil s'élève perpen-
diculaire ats-dessus de ces contrées, dilate tellement l'atmosphère embrasée que les masses d'air et de nuages plus froides qui couvrent l'Europe, se précipitent à la place de cet air raréfié, pour rétablir l'équilibre détruit; telle est la cause physique du débordement qui , comme phénomène cosmique, est dans une entière dépendance, dans un rapport exact, avec le cours des astres du jour et de la nuit. De là la régularité de ce phénomène merveilleux et annuel, qui était le vrai régulateur de la vie des anciens Égyptiens. La lumière et la chaleur de L’équinoxe du printemps appelaient le Nil des contrées embrasées du sud; alors disparaissaient de l'Égypte toutes les influences mauvaises de la saison de la sécheresse; la terre rajeunie, s’éveillait à l'approche du dieu qui venait la féconder et la bénir. Au commencement de l’inondation, Osiris sortait de sonlombeau, et les fêles ella joie se répandaient dans tout le pays ; le Nil s'élevait ensuite dans une progression régulière, et c'est pour cela qu'on lui donna le nom de K<d»<, mot qui signifie en cophte l'eau mesurée; avec lui apparaissaient la tige el la fleur du lotus ; la timide gaxelle s’enfuyait de la vallée dans le désert; les serpens, les crocodiles, l’ibis arrivaient alors; le fleuve grossissait et baissait avec le solstice d’été (liorus) et l’équinoxe d’automne; il suivait si régulièrement le cours des astres, qu’on eût dit qu'il était leur satellilesur la terre, et la symbolique égyptienne lui donne le nom de mitnedes deux sur la terre (1 ). 11 atteignait sa plus haute crue en septembre , et le jour où l'on brisait les digues et où l'ou brisait les écluses, les féteset la joie se répandaient, comme aujourd'hui encore, dans tout le pays. Tant que les canaux elles bras du fleuve étaient remplisd’eau, on célébrait sans cesse des fêtes panégyriques, on entreprenait des pèlerinages aux saintes eaux (2), comme Hérodote nous le raconte avec des détails si circonstanciés. 11 résulte des observations les plus récentes que la crue du Nil se remarque pour la première fois (3), au solstice d'été, au-dessous des cataractes de Syène.
Le Uahr-el-Abiad amène le plus grand volume d’eau , et les pluies des trophiques le font gonfler régulièrement, comme le Nil en Égypte (4); cependant il ne baisse jamais autant que le Bahr-
(1) Crcuicr tytnbolik, I, p. 255.
(2) Bérodutr, II, C. 58.
f 3) Girard, Obterv., p. 201.
<4/ Browne, Trar., p. 454.
(1 ) Mrird, obier*., p. 200.