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HISTOIRE DE LA FORMATION DU DELTA

Les tentatives faites pour établir une communication entre le Nil et le golfe arabique seront indiquées plus bas* lorsque nous parierons de l'isthme de Suez , comme frontière entre l’Arabie et l'Égypte, et comme le chemin qui conduit de l'Asie en Afrique.

3* Éclaircissement.

Histoire de la formation du Delta.

Ces recherches dont les savans de l'expédition française ont enrichi la connaissance physique de l’Égypte, et en général celles de toute la terre, nous apprennent h mieux comprendre les expressions d'Hérodote qui appelle le sol de la vallée égyptienne un don de l'activité créatrice du fleuve ( TOU norapbü, TTDT3U0, i p-/0L7lxbi'‘ (1 J , Conduits

et secondés par ces recherches , nous pouvons maintenant indiquer les traits principaux de Thistoire de la formation du Delta.

Il fut un temps où leDelta n'existait pas encore, et où sa place était occupée par un Delta négatif ou une vaste embouchure. (Voy. vol. I, Système des eaux, Observations prêt. ) Tous les naturalistes qui ont visité l'Égypte , n’ont pu se défendre de la pensée que la vallé du Nil était autrefois un golfe de mer, comme aujourd’hui le golfe arabique , et que la contrée du Delta actuel entre Alexandrie et Péluse formait la vaste entrée de ce golfe («41a« éaiiwi) (S) entre le Mokattarn et les promontoires de la chaîne libyque.Sur les parois escarpées et saillantes du Mokattarn (3) on reconnaît encore, aux Assures horizontales et aux excavations , l’effet de ce séjour antérieurdes flots, et ces traces sont beaucoup plus évidentes que les frottemens des eaux de Saussure (4) sur les hauteurs du mont Salève, prés de Genève. Une foule d'autres circonstances parlent encore en faveur de celle hypothèse. Puisque les eaux baignèrent autrefois le pied du promontoire des pyramides , 70 h 80 pieds plus haut que leur niveau actuel, il faut que. depuis cette époque, jusqu'il nous, il se soit écoulé un grand espace de temps pendant lequel le Delta ait pu se former (8). Mais celte époque remonte

(1) Hérodote, II, c. 6 et 11.

(2) Ibid., c. 10.

(S) Reynier, »em. mtr l'tjypte, I, IV, p. 4.

14) Satuiure, Voy. dansle* Alpea, éd. de Veufchitel, 1780- 1788, 1, eh. VII, p. 222.

(S) BSrod. seoir., dont Bredow, p. £02.

au delà de toutes lesdonnées de l'histoire, et cenx qui en ont fait mention les premiers ne l'ont regardée que comme une hypothèse (1).

Dans les premiers temps, le Nil commença donc par combler la vallée depuis Éléphaotine jusqu'au cap des Pyramides et même aussi le golfe du Delta. Dans la Haute-Égypte la violence du fleuve, augmentée par l'étroitesse de la vallée, devait entraîner des masses de débris avec elle; mais lorsque le lit du fleuve était devenu plus large (2), ces masses détachées devaient tomber au fond et se déposer peu à peu, parcequele fleuve ne pouvait pas les rouler plus loin. Ces débris s« déposant surtout au milieu du fleuve, comme un banc de sable primaire et un sol de Delta, divisèrent bientôt les eanx en deux courans, l’un h droite, l'autre à gauche, et formèrent ainsi la bifurcation du Nil.

Au milieu de chacun de ces deux courans séparés, il dut se former bientôt un nouveau banc secondaire qui gagna chaque jour en étendue, et finit nar se réunir au premier. Ccst ainsi que se forma, comme une base du Delta , sa pointe méridionale devant laquelle il s'élargit toujours de plus en plus par la divergence des bras. Outre ces deux principaux cours, il s’en forma en même temps d'intermédiaires qui durent d'abord se diriger d'après les premiers, et leur être toujours subordonnés; cependant ils présentent, dès le commencement, les variations les plus diverses, et ils deviennent successivement des bras , des lagunes ou des lacs. Ces variations continuelles avaient besoin tantôt d’être favorisées et tantôt combattues, c’est-àdire que l’art de l’homme devenait toujours do plus en plus nécessaire, car il avait la puissance de les modifier ; la formation des deux bras primitifs resta au contraireenlièrement abandonnée à la nature, parce que l’art n'aurait jamais pu dompter la force plus grande des flots. Ces deux principaux bras primitifs étaient assurément ceux de l'extrémité du Delta , le bras de Canope, à l’ouest; et le bras de Péluse, à l’est (3). Comme ils roulaient à la mer, presque tout le volume des eaux du Nil, tous les débris charriés par le fleuve durent sc déposer à leur embouchure, et cela dut arriver presque exclusivement toutle temps qu'ils furent en fonction. Les rives s'étendaient ainsi entre deux bandes

(1) lllrodote, If, p. 14.

(2) Girard, Obatrv*, |>.293.

(3) Ibid. p. 294.

nin

ArRIQfE, SYSTÈMES d'eau : III* DIVISION, ij 29.

de sable qui étaient leur propre ouvrage , et leurs embouchures s'avançaient toujoursdeplus en plus en avant du golfe, et se prolongaient dans la mer, au nord , plus loin que le reste de la côte. Le développement du cours de ces bras devenait ainsi toujours de plus en plus grand , mais leur pente diminuait dans la même proportion.

Cet état de choses doit être regardé comme la troisième période de la formalioudu Delta; c'est alors que les eaux durent sejeter dans les canaux intermédiaires où elles trouvaient un cours plus rapide que dans les deux premiers, line partie du bras de Canope se déchargea à l'est par l’embouchure Bolbiti.nf. ( près de Rosette ) , et une partie du bras de Péluse, par l'embouchure SÊ- BEsaniqcEfprès de Damiette). Celte révolution s'opéra successivement comme presque toutes les révolutions de la nature, et c'est pourquoi nous n’avons l’a-dessus aucune donnée historique. Mais ce rétrécissement de la largeur du Delta entre les nouveaux bras est plus récent que Pline; car, d'après cet auteur, le bras de Canope et celui de Péluse soft encore les bras principaux; or, ils sont entièrement arrêtés aujourd'hui, comme nous l’avons vu plus haut. Les deux principaux bras plus récens de l'intérieur du Delta , le bras de Rosette et celui de Damiette, s'enrichirent successivement de ce que perdaient les deux autres situés h l'extrémité. Les nouveaux bras portèrent peu h peu leurs embouchures en avant, vers le nord, dans cette époque de leur action et de leur richesse ; aujourd’hui ils occupent dans le système hydrographique de l'Égypte , la même fonction et le même râle qu'occupaient autrefois les bras de Canope et de Péluse à l'époque où leurs eaux cessèrent de couler, et où elles sc portèrent dans l’intérieur du Delta. Autrefois, elles agrandissaient le Delta beaucoup plus rapidement qu'aujourd’bui. Les villes de Rosette et de Damiette situées audouzième siècle à l'embouchure de leurs bras respectifs en sont aujourd'hui h la distance de près de 2 lieues.

En comparant le développement de l'ancien bras de Péluse jusqu’au lac Henzaleh , situé presque au même niveau que la mer .Méditerranée, avec celui du bras actuel de Damiette, on trouvera qu'ils sont l'un à l’autre, sous le rapport de la longueur, comme 17 h 18. Si les eaux du Nilétaicnt arrêtées aujourd'hui entre le Caire et la bifurcation du fleuve au Ventre-de-la-Vache, le canal de Péluse reprendrait son ancienne fonction de bras principal.

Les eaux du bras de Damiette ont réellement

une tendance h se jeter dans le caxal de Mehouf , parce que son développement est moins grand, entre la bifurcation et l’embouchure, que celui de Rosette entre ces deux points. La digue de Fara’ounyeh , élevée h l'origine du canal de Menouf, se rompit il y a quelques années, et les eaux se précipitèrent alors avec une violence épouvantable vers le Nil occidental. Le bras de Damiette perdit ainsi beaucoup d'eau ; la mer y pénétra jusqu’il Fareskour, inonda et désola les campagnes. C'est ce qui arriverait aussi, si l'on négligeait d'entretenir les digues et les étangs des canaux de Moceys ( Tanitis ) et d’AcHMOcn (.Vendesius) qui sc jettent tous deux dans le lac Menzaleh. Les campagnes des environs de Damiette se changeraient alors en lagunes semblables aux lacs Menzaleh et Bourlos.

Les travaux des hommes s’y opposent encore aujourd'hui ; mais la marche de la nature amènera infailliblement cette nouvelle période. Les bras de Rosette et de Damiette devenus trop longs, et leur pente diminuant de plus en plus à cause de l’encombrement du lit du Nil , perdront un jour leurs eaux , et se chercheront , sur une pente plus rapide, un chemin plus court pour arriver h la mer.

Les bras du Nil sillonnent ainsi le Delta successivement et dans des directions différentes; ils oscillent de côté et d’autre pour se frayer leur route à la mer , sur la ligne qui possède la plus forte pente, et cette tendance des eaux modifie nécessairement sans cesse l’étendue du Delta , sans cependant changer visiblement sa forme.

Tels sont les traits principaux de l'histoire de la formation du Delta. Pour compléter cette exposition bydrogéographico - historique , nous n'avons plus qu’à étudier la limite du Delta du côté des flots de la mer et le jeu remarquable des dunes de sable.

La côte de l’Égypte, à l’ouest du désert de Libye , jusqu'à la décharge de l'ancien bras de Canope , près A'Jboukir, ou la côte d'Alexandrie , située en dehors du Delta, est éternellement fouetté par les vents violens du nord et du nordouest. Sans les écueils de roches calcaires qui forment un grand nombre de basses chaînes en avant de cette côte (t) , et que la mer a partout rongés et déchirés , la liasse-Égypte aurait été depuis longtemps submergée, de ce côté, par les flots. Le Delta ne doit donc pas seulement son existence aux matières charriées par le Nil.

(I) Girard, Obier»., p. 2P7.

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