BUSE-ÉGYPTE. ALEXANDRIE. MARÉOTIDE
le partage des eaux entre le Nil et ta mer Rouge. Cependant il |>aralt toujours à l'œil comme une surface plane, et est toutcouvertde coquillages, surtout de coquilles bivalves non pétrifiées : ce fait force nécessairement h admettre qu'un t>ras de la mer passa autrefois b travers cette vallée transversale. A partir de cette contrée , près de laquelle se trouvent les fontaines de Utmendelhy , on descend de nouveau, mais toujours insensiblement, jusqu’au niveau de la mer Rouge, b travers une large vallée, au milieu de laquelle s'élève un cône de grès , qui a 430 pieds fl HO mètres) d’élévation et 1,200 pieds (400 mètres) de tour : les Arabes l'appellent Gratboun. Après avoir traversé cette large vallée qui était autrefois un lac au milieu duquel ce mont s’élevait comme une île, on sort enfin de la chaîne de Mokattam, proprement dit, par une gorge qui laisse un passage de 180 pieds entre des roches calcaires. A l'est de ce dernier défilé s’étend, jusqu'à la mer Rouge, une grande plaine horizontale, toute sillonnée de fragmens de gypse, de roche calcaire et d'autres matières apportées par les eaux. La roule se dirige ensuite au nord, passe devant les puits salés d’AVc- Touareg et aboutit au port de Suez.
2. t'allées des lacs de lYatron et du Bahr- Belamci. — Des traditions antiques rapportées par les historiens , et la tendance générale des eaux du Delta vers l’ouest ( voyez p. 449), rendent très-probable que, dans les premiers temps, le Nil s’était frayé une issue à travers le désert de Libye, avant d’avoir comblé de débris et de limon son Delta actuel. Les géographes arabes nomment, dans celte direction, une vallée desséchée qu’ils appellent Bahr-Belama, le fleuve sans eau, et les Arabes indigènes Bahr-el-Farigh , le fleuve vide. Cette vallée se dirige du sud-est au nord-ouest : c'est très-probablement la prolongation de la vallée de Tatnieh qui porte le même nom de Fayoum {voyez page 412). Cette vallée videaboulit au nordau Mariout (llaréotis), 4 lieues au sud-ouest d’Alexandrie. A son extrémité se trouvent trois puits très-abondans dans le voisinage desquels liabilent des Ara lies. Le sol plan de la province Mariout conflue immédiatement en cet endroit aux derniers chaînons septentrionaux de la chaîne libyque : il est dû à l'alluvion des eaux, comme le sol de l’intérieur du Delta. Les débordeincns du Nil ont donc pénétré jusque-ia, ou bien, cc qui est alors probable, cette contrée dut plutôt sou sol au lit du Bahr-Belama qu’aux bras actuels du Nil. Les Bédouins de la Maréolidc suivent ordinairement
la direction du Bahr-Belama, lorsqu’ils fout des incursions dans le Fayoum.
Une vallée parallèle court , à l’est , tout près du Bahr-Belama ; dans la même direction ; on l’appelle la vallée des tacs de Natron , à cause des lacs qui se trouvent sur son sol. La géographie doit la découverte et la connaissance de cette Tallée au général Andréossy et II ses compagnons Berthollet , Fourier , Redouté qui y entreprirent une excursion au mois de janvier 1799.
La vallée des lacs de !fatron est séparée de celle du Nil par un plateau de roche calcaire peu élevé, absolumentcommela contrée du Fayoum; la largeur de ce plateau porte 14 lieues en ligne droite, depuis Terraneh sur le bras de Rosette, jusqu’aux lacs de Natron, dans la vallée. Son sommet présente partout une surface calcaire unie couverte de silex , d’agates , de cailloux roulés de diffrrenles espèces; mais il n’offre nulle part de sable mouvant et léger , car les vents de l'ouest l’ont balaye, depuis longtemps, dans la vallée du Nil. Le haut est un désert aride etsans végétation; il ne peut nourrir d'animaux, et Andréossy n’y trouva qu'un très-petit nombre de plantes (la nilraria schoberi Linn. , et l'hyoscyamusdatura, Forsk.). fairsque, après 14 lieues de route, on descend à l’ouest, dans l’enfoncement, on remarque six petits lacs qui s'étendent du sud-est au nord-ouest ; entre les trois lacs situés au nord et les trois autres situés au sud, s’élève un vieux fort en ruines (Kassr); il est quadrangulaire , garni de tours rondes et bâti en fragmens de Natron. Vis-à-vis ce fort se trouvent, au sud-ouest de la vallée, sur la pente, un cloître grec, nommé El-Baramous, »t un cloitresyrien, nomme Amba-Bichay(Ambobicoi.) La largeur de la vallée, entre le Kassr et les cloîtres, est de 7,251 mètres; elle est couverte de sable mouvant ; mais d'espace en espace surgissent des roches solides de calcaire, de gypse et des couches de craie. Les cloîtres sont de misérables débris d'une é|>oque où le côté libyque de la Basse-Égypte fourmillait de moines, au point que l’empereur Valens leva, pour la défense de l’empire , seulement dans les nomes Maréotis et JVitriotis . 5,000 moines qu’il fit incorporer, h Constantinople, dans l’armée. Ces cloîtres appartiennent aux nombreuses ruines de couvens que l’on rencontre si souvent dans les déserts de Libye.
La direction de la vallée fait un angle de 44“ à l'ouest, avec l'aiguille de la boussole, et les lacs île sel sont situés dans la même direction ;
AHUyuE, svsiemes d'eau : ut* Division, ‘j 29.
ils sont séparés l’un de l’autre par de petites étendues de sable, et ils produisent le natron sous la forme de croûte de sel. A l’est de ces lacs on rencontre de l’eau douce , en creusant dans le sol. Comme leur surface semble s’élever un peu jusqu'au moisdedécembre,puisbaisser, S partir de cette époque , on vit , dans ce phénomène, un certain rapport avec les inondations du Nil; on en conçut l'hypothèse que leur omplissement était une conséqueuce de la filtration latérale des eaux du Nil (1) à l'epoque de l'inondation. Les lacs n’ont pas 2 pieds de profondeur; l'eau de l’un d’eux est d’un rouge sanglant. On ne tire du natron que du quatrième de ces lacs, h compter du sud au nord. On brise avec des leviers la croûte de sel qui se forme sur sa surface; et les Égyptiens de Terraneh , à la figure foncée, en chargent leurs chameaux et leurs ânes, et vont ensuite le vendre h Rosette et 11 Alexandrie. Ils en tirent annuellement ainsi I ht) charges de chameau et S à 000 charges d'ânes. Les Fellahs de six villages dependans du district de Terraneh ne vivent que de ce travail et paient leur tribut en fragmensde natron : ce commerce n’est pas sans importance^). La flore et la faune de cette contrée sont très-pauvres (3). Des forêts de roseaux ( l’arundo donar) parent de leur tranchante verdure les rives de ces lacs; et la typha latifolia est la plante la plus commune dans les marais. On ne trouve pas daus l’eau une seule espèce de limaçons. On ne voit, dans la vallée , que quelques traces de palmiers ou plutôt quelques buissons qui ne produisent pa3 de fruits. Des poules d'eau, des canards , et differentes espèces d'oiseaux peuplent les lacs ; le solest tout couvert de grosses fourmies; mais les troupes de gazelles ne se montrent que dans les déserts. Andréossy n’aperçut , dans toute la vallée , d’autre trace de civilisation qu’une ancienne verrerie abandonnée, où Ton avait employé la soude.
Cette vallée des lacs de natron est bornée à l'ouest par un monticule peu élevé, à la pente occidentale duquel est située la vallée du Bahr- Belama; à partir des cloitres, il ne faut qu’une heure et demie pour passer d’une vallée à l'autre (4). Cette seconde vallée est couverte de sable et il ne faut que quarante minutes pour descendre
{ I) André os,?, « ni. p, 28a.
(2) IM.)., p. 284.
(3) ibni, aern.. p 2S4.
li; IliU., p. 2SB.
du monticule au fond de la vallée ; elle est tout h fait déserte et sans eau; maison y voit des troncs entiers d'arbres pétrifiés, qui ont jusqu'à 18 pieds de longueur. Les anciens voyageurs les prirent pour les mâts de vaisseaux naufragés avant le déluge. Plusieurs morceaux de ces bois sont changés en agate. Les savansde l'expédition française y trouvèrent aussi des vertèbres dorsales d'un grand poisson. On y voyait encore des cailloux roulés qui semblaient appartenir aux silex étaux roches primitives delaHaute-Égypte, d'où ils avaient été probablement entraînés. Il est très-probable que ce lit du fleuve desséché communiqua autrefois avec la vallée du Nil , et toutes les observations conduisent il admettre que de grands courans du Nil se dirigèrent autrefois vers le côté occidental, et que le Nil se séparait probablement h la hauteur du lac Moeris, en plusieurs bras qui prirent leurs cours vers la Libye. Andréossy croit pouvoir indiquer un de ces anciens lits de fleuve, à l'ouest de la vallée du Nil ; il part des pyramides de Gyzeh et se dirige , au nord , le long de la chaîne libyque (1) ; il continue ensuite , au nord-ouest , clans la direction du Hahr-Y auxi'f , et se prolonge, sous les noms El-l.cben, Massera , jusqu'au canal de Babyreh qui conduit dans la province de Mariout. Le fleuve coula donc autrefois dans cette direction, et le plan qu’avait conçu Albuquerque de changer l’Égypte en désert, en détournant le Nil du côté de la mer Rouge, n'aurait pas été impossible Il exécuter, dit Andréossy, si, au lieu de vouloir détourner les eaux à Test , on avait voulu les conduire à l'ouest , dans le désert de Libye, où elles pénètrent déjà d'eiles-mèmes par infiltration , et font hausser et baisser le niveau des lacs de Natron.
Suivant les indications données par Andréossy (2), on doit rencontrer, à trois grandes journées de marche plus loin, à l’ouest du Babr- Hclania , d'immenses amas d'eau , près desquels croissent des forêts de roseaux que les Arabes coupent tous les ans , et qu'ils vont vendre à Terraneh. Depuis ces premières données, nous n'avons rien appris de plus précis sur la position de cette localité.
Le cours du Bahr-Bclama , s'étendant du sud-est au nord-ouest, fait (pie tous les vents de l’ouest y balaient sans cesse le sable des déserts delà Libye; comme il est trop profond pour
(1) An«ir«;ut*y, «un , p, 287.
(2) Ibid., p. 280.