PLATEAU DE L’ATLAS
échouent fréquemment les navires. Ils formaient autrefois le rempart occidental de Carthage.
Ce cap Blanco (1) ( I e promontorium candidum des anciens, le Ras-el-Abeab des Arabes ) a reçu son nom des rochers de calcaire blanc et luisant qui s’élèvent à sa cime.
3. F/atlas-Motes ; le Plateau.— En s’avançant dans l’intérieur (S), on aperçoit entre les chaînes parallèles du Petit et du Grand- Atlas , qui tous deux s'étendent de l’ouest li l’est , plusieurs autres rangées de montagnes qui tantôt suivent la même direction, tantôt présentent entre elles les connexions les plus variées. Elles forment un large et haut pays de montagnes entrecoupé par une quantité de vallées, de plaines, de fleuves et de pâturages. Peu accidenté au sud , depuis Constantine jusque près de la longue chaîne de flouzara qui borde le Sahara , l' Atlas-Moyen s’élève de plus en plus, et par terrasses, du côté île l’ouest, vers le Haut-Atlas. Sa situation élevée au-dessus de la mer et des déserts de sable brûlant, lui conserve un climat tempéré (3), que les Arabes ont de tout temps parfaitement apprécié. Edrisi (4) pense qu'aucune contrée de la terre n’est comparable h ce pays de montagnes, pour la fertilité, l'étendue et le nombre de la population ( frequentia domicilia rum).
Léo Afric. (3) nous apprend qu’à 100 milles à peu près de la côte, les chaînes de montagnes et de collines du Petit-Atlas s’élargissent plus ou moins dans la direction de l’intérieur; il en descend, dit-il, des rivières et des fleuves qui roulent leurs eaux claires vers la mer. (Suivant Shaw, quelques-uns sont salans). Du côté du Grand- Atlas s'étendent des rangées de collines et des plaines dont le sol, qui est excellent, produit en abondance du blé et les meilleurs fruits. A l’est se trouvent les contrées tunésienues de Zeugitana et Byzacène , les célèbres greniers d’abondance des Carthaginois; à l'ouest les contrées de Srjelmessa ( Seiin-Kessa , selon Jackson) et plusieurs provinces marocaines.
Ces chaînes moyennes se composent, dit-on, généralement de calcaire, excepté du côté du Haut-Atlas, où l'on rencontre fréquemment des
(1) fibaw, Trav., p, 74.
(2) UesfonUIne», Flora Atlanlica, Prcfat., p. i, etc.— fttoaw, Tra?., p. 45.— Varmol, Africa, I, p. 12.
(3) nocsL, ffachrlchteo \on Marocco, p. 78.
(4) Edrlsf. M. Hartmann, p. 140.
(6) Léo Afrlcanus, éd. i.orsbacb, p. 40.
roches quartzeuses ; en beaucoup d'endroits les masses, qui constituent ces chaînes de montagnes, sont remplies de pétrifications de toute espèce (1).
Desfontaines n’évalue qu’à 2,400 mètres de hauteur absolue, les principales élévations de l’Atlas-Moyen , au sud d’Alger et d'Oran. Elles ne aontnulle part couvertes de neiges éternelles; on y rencontre, au contraire, de superbes forêts de pins ( pintes alepica ) et plusieurs espèces de chênes, comme le çi/ercus suber . pseudo-tuber, ilex , coccifera et ballota ; le magnifique oléandre ( nerium oleander) orne également et les vallées et les hauteurs.
Le Wannasbrisé, dans la province la plus occidentale, et le Jurjura (le tiu/ns ferratus des anciens?), dans la province la plus orientale d’Alger, passent pour les plus hautes cimes de l'Atlas-Moyen (2). Les flancs de ce dernier sont bien cultivés; sa cime est formée par une chaîne non interrompue de rochers nus et d'ablmcsqui, se couvrant de fortes couches de neige en hiver, deviennent absolument impraticables dans cette saison, et amènent ainsi annuellement une suspension d’armes entre les habitans des deux versans.
Les montagnes de Titery, entre le Wannashrisé et le Jurjura, sont encore plus escarpées; elles présentent des sommets et des crêtes inabordables qui servent aux indigènes de licuxde refuge, de forteresses, cl surtout de greniers et de magasins pour conserver leurs provisions de blé.
Cette roideurdes parois de rochers etlesantres étroits et presque verticaux (3) qui les coupent soudain jusque dans la profondeur des vallées, nous apparaissent comme un phénomène caractéristique de ce pays de montagnes et même du Haut-Atlas. (Voy. plus bas.) On aperçoit trèsbien aux deux côtés des défilés les couches horizontales de roches qui jadis étaient adhérentes. Ces défilés n’ont souvent que G à 7 pieds de largeur, mais ils sont tellement escarpés, que peu d’hommes pourraient facilement défendre l’entrée du pays à toute une armée. Les Arabes les appcUent Reban, c’est-à-dire portes; les Turcs Demir-Capy , portes de fer, comme en Perse, au Caucase, dans la Turquie, etc. On rencontre plusieurs défilés semblables sur la route d’Alger à Constantine.
(1) Dcstontainea, Flora. — Polrct,lbbl., p. 279.
(2) fiba\r, Trar., p.34.
(3) Ibid , p, 0i.
4. Haut-Atlas ; Daran. — Nous donnons ce nom aux plus hautes éminences de tout le système de l'Atlas, c'est-à-dire aux montagnes qui, dans le voisinage de l'Océan atlantique, séparent la terrasse littorale de l'empire de Maroc, des provinces méridionales et occidentales Souse, Tarudant et Sejelmessa; formant une grande série de plusieurs chaînes parallèles, elles s’étendent depuis le Petit-Atlas près d’Erif, dans la direction du sud-ouest , et se dégradent, entre le fleuve Dca ha et le cap Ger dans la vaste plaine du Sahara.
Près de Fez et de Méquinez (1) , ces mêmes éminences ne forment que des montagnes de hauteur moyenne, habitées par l'une des plus nobles races de l'Afrique ; les femmes surtout se distinguent par la beauté de leurs formes.
Près de Maroc, résidence de l'empereur, les chaînes de montagnes s’élèvent brusquement à l'est , et forment , à une demi-journée de cette ville (2) , les monts connus ici sous les noms A'Outstan, Orika , Emsfica, Tagana, Fraga, Sui/ana , Calmera , Rgagaia. (Près de Fez, ils s’appellent ïavias, lia la, Zaimbi, etc.)
Les plus hautes cimes , que l’on aperçoit à Maroc, couvertes de neige toute l’année, se réunissent eu une série de sommités qui longent cette ville, à l'est, à une distance de 30 milles anglais. De Mogodorc, ville située sur la côte, à 140 milles anglais . on aperçoit encore leurs pics neigeux et coniques, lorsque le ciel est serein (3). La hauteur des neiges éternelles suppose, au 31° lat. nord, une élévation de 10,800 pieds au-dessus du niveau de la mer (4); cependant la neige n'envahit nulle part de vastes espaces , elle ne couvre que quelques sommets qui surgissent du milieu de ces hauteurs (3).
Léo Afric. (6) ne cite qu'un seul sommet couvert de neige permanente, c’est le Hanteta, la plus haute montagne qu'il ait vue , située probablement près de l’ancienne ville de Tcssa : quant aux autres éminences , il se contente de dire qu'il y neige toute l'année, et que souvent
(1) Jackson’» Account, p. 68.
(3) Boest, Nacbr. von Karocco, p. 78.
(3) Pline, Ulal. nat., V, e. I.
(4) A. Je BumbolUt, Ansicbtcn der Katur, l*1 * 3 4 * 6 vol., 1808.
I>. lit.
(6) Jackson'» Account , p. 10. — Boest , Backr. von Sirocco, p. 79.
(0) Lco Afrlcanus. 00. loraback, p. 40, 131. — Rsrmol, Africa, ï,p. 13. — Boest., tbid., p. 81.
des caravanes y périssent par le froid. Ce fait , quoique surprenant , a été répété par tous les narrateurs postérieurs. Marntol nous dit que, dans les défilés élevés, la neige atteint souvent, dans une nuit, la hauteur d'une lance. On prétend qu'en hiver, le froid est quelquefois si rude sur les hauteurs, qu’il devient mortel pour les animaux et les hommes, même pour les montagnards indigènes. Ainsi ce que nous avons dit plus haut , qu’à Maroc toutes les cimes de montagnes paraissent blanches au mois de janvier (1), et qu’elles rendent par là le climat de la ville très-frais à celte époque, n'a rien qui puisse étonner.
Les glaciers sont inconnus dans cette région.
Défilés; Bebawan.— Un des phénomènes les plus remarqiiablcsque nous offre le Haut- Allas, c’est sans contredit son peu d'étendue en largeur. Vue du profil , cette chaîne comme l’observe très-bien M. Humboldt (3), apparaissait, aux anciens navigateurs des côtes, comme une colonne aérienne isolée, supportant la voûte du ciel («•«*« voû oüjkov). Aucun voyageur, pas même les caravanes les plus lentes, ne mettent plus de trois jours pour se transporter des plaines du nord-ouest aux plaines du sud-est. Léo, qui franchit le Haut-Atlas à cheval, par le défilé qui mène du pays de Hea ( lla/ia?) à Souse, mit trois jours pour aller de Tefetna, village situé sur le versant septentrional, à Messa , sur le versant méridional.
Le défilé conduisant par-dessus le Haut-Atlas, par la route de Maroc à la ville de Taroudant (siluëeàüO milles anglais du versant méridional, de cette chaîne, dans une plaine superbe, mais inculte), nous est représenté partout comme très-pénible ; cependant il n'est pas à comparer aux passages alpins de l'Europe. Lcmprière (3) le passa au mois de novembre ; il partit du pied de la montagne à six heures du matin , monta pendant trois heures et un quart par des chemins étroits , escarpés et pierreux , et , à deux heures de l’après-midi, il commençait déjà à redescendre ; le lendemain soir , il avait franchi toute la chaîne du Haut-Atlas.
Ce défilé, que Jackson appelle Bebatoan (de beb, qui signifie porte ) , nous est dépeint par
(1) Lemprière, Tour from Gibraltar to Barocco, 2* i.o n<). , 1703, ln-8% p. 174.
(2) An»lchtcn der Ralur, p. 18. — Btfrodotc, IV, c. 184.
(3) Icmprkre, ibid.— Jackwju'j Account. »». ,rt