PLATEAU DE L’ATLAS
Lemprière comme très -escarpé. 11 s'élève, dit-il, presque perpendiculairement du côté du nord ; au sud , il se dégrade en énormes rochers de marbre (comme le Üover-CH/f, mais d'une hauteur dix fois plus considérable), et en plusieurs endroits il est si étroit qu'un cheval n'y passe qu'à grand’peine, le cavalier est toujours obligé de descendre.
Cette chaîne du Haut-Atlas, qui sépare les plaines de Maroc de celles situées au sud-est, est partout hérissée de semblables rochers et de précipices infranchissables, et c’est là un des principaux caractères du plateau des Rerbers.
En traversant le Haut-Atlas pour aller de Tafilet (Ta fUelt selon Jackson ) à Maroc, on parcourt , les premières cinq journées , de vastes plaines dénuées de végétation et où il ne pleut jamais. De là on traverse , après trois journées de marche, un défllé escarpé (1), conduisant par-dessus les ruines de Pharoah , et de là à Fez; de semblables défilés conduisent aussi de Sejelmessa au même point. Les hordes qui les habitent sont toutes enrichies par les impôts qu’elles extorquent des caravanes du Soudan forcées de traverser ces portes pour se rendre dans la région littorale.
Un semblable défilé, long de 14 à lit lieues, très-étroit et facile à défendre , est situé dans 13 province de Quenana, près de Sejelmessa, sur la route de Fez. Sa principale entrée sé' trouve près du Zis ; elle est défendue par trois forts : le fort de Tamaracost sur le fleuve, celui de Gastir au pied de la plaine et celui dcZehbel sur la hauteur. Nous connaissons encore le défilé d'Agmet, que traversent annuellement, au mois d’octobre , les hordes numides , lorsqu'elles se rendent, avec leurs chameaux, chargés de dattes, aux marchés de Maroc. De semblables défilés servent aussi de passage aux caravanes qui se dirigentau nord jusqu'au Petit-Atlas et jusqu'au cap Blanc.
Remabqite.
Explication des noms Atlas U Daran.
1 . Atlas. — Nous ne discuterons pas ici la signification de l'antique nom d'Atlas, nom qu’Homère connaît déjà (2) , qu'Ilérodote emploie as-
(t) aannol, Atrlca, I , p. 13; Ut , p. 23. — Jackson'» Account, p. 21.
(2) Horoère, od., 1,62. — Hérodote, IV, c. 184.— Platon. —Pline, lllrt. ML, V, c. 1.
•urément pour désigner l'extrême montagne de la Libye occidentale , près de la mer salée ('AA*,*), et qui joue un si grand rôle dans la tradition des Atlantes et dans l’histoire romaine. Les étymologistes de Maroc (l) le font dériver tantôt de lia, qui signifie monter, et s'emploie généralement en parlant du soleil , tantôt de Jibbel Attils , c’est-àdire montagne de neige. Il est important de savoir que la première signification historique, celle d’Hérodote , s’applique à une montagne située sur la côté de la Méditerranée , et que les passages où Homère cite ce nom lui fout supposer une origine tyrienne. C'était probablement une montagne littorale située à l’ouest de Carthage (tont Sx Xdooifi xicyç QMtx oïJt>, qui voyait toutes les profondeurs de la mer), peut-être à l’endroit où nous plaçons maintenant l’extrémité orientale du Petit-Atlas. Hérodote (?) , qui connaissait les expéditions maritimes des Carlhaginoia au delà des colonnes d'Hercule , recula l’Atlas jusqu'à la roule de Gibraltar; c’est ainsi aussi que le nom de Pyrtne (llo/nfvif), promontoire situé au-dessus de Massilia, eu face de l'Atlas, a été étendu à toute cette grande chaîne que non» appelons maintenant les Pyrénées.
Le Périple d’Hannon ne cite pas encore le nom d’Atlas; or, ce document, le plus ancien que noos possédions sur ces contrées , remonte de 300 à 570 ans avant Jésus-Christ. Suivant Gosselin , 11 serait encore pins ancien.
L’ hypothèse postérieure d'une Atlantide engloutie par l'Océan que rapporte Platon dans son Timée, la découverte de Cerné et d’autres (les à l'ouest, les premiers renseignements de Scbosus sur les lies Fortunées (quas Fortunatus putant ) (3), appelées par nous les Iles Canaries, et dont l’ancienne cohérence avec l'Atlas du continent devint bientôt l’hypothèse favorite de tous les savait» (4), toutes ces circonstances contribuèrent à étendre le nom d’Atlas ( fabulosissimum A liant cm ) jusqu’à sa limite méridionale, le cap de Ger. Les Arabes étendirent son domaine à travers le continent , le long des déserts de sable jusque près de Tripoli ; d’autres géographes ont mémo reculé scs limites jusqu’en Égypte , et au delà jusqu’à la Mecque.
Il en fut de l’extension du nom d’Atlas commo de celle de tant d’autres noms dans l’ancienne et la nouvelle géographie , par exemple , celle du nom des Pyrénées , du Taurns en Cilicie , de l’Altaï , de l’Himalaya , du Caucase dans la Haute- Asie , etc.
(11 Rocst, Vachr., p. 78. — Jackson * Account, p. 2.
(2) Hérodote, II, e. 33.
(3) Pline, Bisi. net., v, c. 1; vi, c. 37.
(4) Jackson’s Account, p. 260. — ronde, Descr. de Espaça, de Xerlf Alctrls. XadrM, 1700, p. c.
2. Daran. — Ptolcmée appelle la plus haute ciiue de l'Atlas Rutaa-Diron, Suivant Solinus , Eustaibius, Itochart, etc., les noms les plu» anciens de l'Atlas étaient : Dyria , Dyrim , Adiria , Addcrim , etc.
Pline ( 1 ) dit expressément que Dyria est le nom qu'on donnait à la chaîne de montagnes située près du fleuve Vior, dans le voisinage de Sala (aujourd’hui Salé ou Sla, 34° S* latitude nord). On y voyait, de son temps, les ruines d'anciennes habitations, au milieu de vignes et de plantations de dattiers. On fait dériver Dyria (2) du mot phénicien Tur ( mona , altura ; Turana chez les Maures; Zurana chez les Espagnols) ou de taur (laurus). Quelques auteurs en trouvent même l’origine dans le mot sanscrit tir ou (tram, qui lignifie montagne.
I*o h be parle d'un fleuve Dara, qu’il trouva dans le voyage qu’il fit aux côtes d'Afrique, après la destruction de Carthage. Daus ce même voyage, il visita aussi les Gœtuli-Dara et les Daratiles éthiopiens ( Æliopaa-Daraiilœ) t qu i! rencontra au sud du cap Ger, dans 1a province do Sousc. Le Drab (Uarah?) no se jette plus, de nos jours, dans l'Océan atlantique (3), mais il se perd dans les masses de sable qui s’élèvent en hautes dunes jusqu’à la côte.
Edrisi appelle aussi l’Atlas Daran. C'est le nom que lui donnent eucore, de nos jours, scs habitons, les lierbers.
Toutes ces dénominations ont plus ou moins d'affinité avec le mot primitif dans la langue du pays (4) : /-dramau E-drar et Atheaar , de Dra au Dabra, montagne; et i-daurar (au pluriel), signifie encore ici chaîne de montagnes. U est surtout remarquable que la plus ancienne forme de ce nom so soit conservée dans l’aucicu nom du pic de Ténériffe, Aya-Dyrma.